Listes et sélectionsLivres pour apprendre

Quels livres pour apprendre la sculpture ? 4 titres dans l'ordre

Tout le monde veut commencer par la pierre, et tout commence par la terre. Quatre livres vérifiés pour apprendre la sculpture, dans l'ordre, avec ce que chacun apporte et ce qu'il n'apporte pas.

L'équipe Relit10 min de lecture

Les livres de ce parcours, dans l'ordre

LivrePourquoiAcheter
La sculpture en terrePhilippe ClérinVoir La sculpture en terre, de Philippe Clérin à la Fnac (lien affilié)
La sculpture, toutes les techniquesPhilippe ClérinVoir La sculpture, toutes les techniques, de Philippe Clérin à la Fnac (lien affilié)
Sculpture, méthode et vocabulaireMarie-Thérèse Baudry, avec la collaboration de Dominique BozoVoir Sculpture, méthode et vocabulaire, de Marie-Thérèse Baudry, avec la collaboration de Dominique Bozo à la Fnac (lien affilié)
L'Art, entretiens réunis par Paul GsellAuguste RodinVoir L'Art, entretiens réunis par Paul Gsell, de Auguste Rodin à la Fnac (lien affilié)

Quels livres pour apprendre la sculpture ?

La scène se produit dans toutes les librairies de beaux-arts. Quelqu'un demande un livre pour se mettre à la sculpture, précise tout de suite qu'il veut travailler la pierre, et repart avec un ouvrage sur la taille directe. Six semaines plus tard, il y a un bloc de calcaire abîmé dans un garage et une conviction fausse : la sculpture serait une affaire de don.

Ce n'est pas un problème de talent, c'est un problème d'ordre. La sculpture s'apprend par la terre. Le modelage vous laisse ajouter de la matière, en enlever, revenir en arrière, et c'est la seule façon d'apprendre à lire un volume avant de s'engager dans un matériau qui ne pardonne rien. La taille directe vient après, quand votre œil sait déjà ce qu'il cherche.

Deuxième distinction, que presque aucune liste ne fait : les livres d'atelier et les livres de vocabulaire ne servent pas au même usage. Les premiers vous apprennent à faire, les seconds vous apprennent à nommer et à regarder. Il vous faut les deux, pas en même temps. Voici quatre titres seulement, dans un ordre qui suit vos mains.


Étape zéro : décidez ce que vous voulez faire

Trois personnes disent vouloir apprendre la sculpture et poursuivent trois choses distinctes.

La première veut fabriquer des objets en volume, des figures, des animaux, des formes abstraites. Elle a besoin d'un manuel de modelage et d'un peu de terre, rien d'autre pour la première année.

La deuxième vise la taille : la pierre, le bois, le marbre un jour. Elle croit avoir besoin de livres de taille immédiatement. Elle a d'abord besoin de faire du volume avec de la matière molle, puis de se tourner vers les manuels spécialisés de son matériau. Pour le bois, nous avons détaillé ce parcours dans notre article sur les livres pour apprendre la sculpture sur bois.

La troisième ne veut pas produire, elle veut comprendre. Elle visite des musées, elle voit des cartels remplis de mots qu'elle ne maîtrise pas, ronde-bosse, haut-relief, terre cuite, taille en réserve, et elle voudrait savoir de quoi on parle. Celle-là n'a besoin d'aucun manuel d'atelier, seulement du troisième livre de cette liste.

Repérez votre cas avant d'acheter. Le parcours ci-dessous fonctionne pour les trois, mais vous n'irez pas au même bout.

Premier livre : Philippe Clérin, « La sculpture en terre »

Philippe Clérin, « La sculpture en terre » (Dessain et Tolra, 1998, cent dix-huit pages, réédité en 2005) Voir à la FnacLa sculpture en terre, de Philippe Clérin (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis.

Clérin est sculpteur et il a longtemps enseigné, ce qui s'entend dans la manière dont le livre est organisé : par opération plutôt que par projet. Choix de la terre, montage sur armature, colombin, plaque, estampage, séchage, cuisson, patine. Vous n'y trouverez pas dix modèles à copier, vous y trouverez ce qui se passe dans la matière.

Ce qu'il vous apprend précisément : pourquoi une pièce se fend. Le retrait au séchage, l'épaisseur maximale d'une paroi, la nécessité d'évider une masse avant cuisson, la façon dont une armature rigide empêche la terre de rétrécir et la casse. Ces quatre notions expliquent l'écrasante majorité des échecs des six premiers mois, et à peu près aucun tutoriel vidéo ne les aborde sérieusement.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à composer. Clérin décrit des procédés, il ne vous dira pas pourquoi votre buste est plat ou pourquoi votre figure semble tomber en avant. Pour ça il faut sculpter, regarder, et faire regarder.

Une remarque pratique : commencez avec une terre chamottée fine, achetée au pain chez un fournisseur de céramique, et acceptez que vos trois premières pièces soient perdues. Elles font partie du budget.

Deuxième livre : Philippe Clérin, « La sculpture, toutes les techniques »

Philippe Clérin, « La sculpture, toutes les techniques » (Dessain et Tolra, première parution en 1988, édition largement illustrée de 1999, environ deux cent quatre-vingt-dix pages) Voir à la FnacLa sculpture, toutes les techniques, de Philippe Clérin (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : quelques pièces en terre derrière vous, même ratées.

Oui, c'est le même auteur deux fois, et c'est assumé. Le volume précédent traite un matériau, celui-ci couvre l'atelier entier, organisé autour de quatre grands axes : le modelage, le moulage, la taille et le métal. C'est le manuel généraliste le plus solide disponible en français, et il n'a pas de concurrent sérieux dans cette langue.

Ce qu'il vous apprend précisément : le moulage, qui est le passage obligé que tout le monde repousse. Une sculpture modelée en terre n'est pas un objet durable. Pour la transformer en plâtre, en résine ou en bronze, il faut prendre une empreinte, et la prise d'empreinte est une technique en soi, avec ses moules à bon creux, ses moules à pièces, ses contre-dépouilles. Le chapitre sur le moulage vaut à lui seul le livre.

Il ouvre aussi la porte de la taille : outils, attaque du bloc, mise aux points, et c'est là que vous verrez concrètement pourquoi la taille se pratique après le modelage. Tailler un bloc suppose de connaître la forme finale avant de commencer. Cette connaissance-là, c'est la terre qui vous la donne.

Ce qu'il ne vous apprend pas : la profondeur sur un matériau donné. Deux cent quatre-vingt-dix pages qui couvrent la terre, le plâtre, la pierre, le bois et le métal ne peuvent pas faire de vous un tailleur de pierre. Elles vous permettent de choisir ce que vous voulez creuser ensuite.

Troisième livre : Marie-Thérèse Baudry, « Sculpture, méthode et vocabulaire »

Marie-Thérèse Baudry, avec la collaboration de Dominique Bozo, « Sculpture, méthode et vocabulaire » (Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France, collection Principes d'analyse scientifique, première édition en 1978, régulièrement réimprimé par les Éditions du patrimoine) Voir à la FnacSculpture, méthode et vocabulaire, de Marie-Thérèse Baudry, avec la collaboration de Dominique Bozo (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Plus de mille cent illustrations. Aucun prérequis technique, mais un vrai appétit de précision.

Changement complet de registre. Ce n'est pas un livre d'atelier, c'est l'ouvrage de référence qui a fixé le vocabulaire français de la sculpture pour l'inventaire du patrimoine. Chaque terme y est défini, situé historiquement, et surtout illustré par une photographie d'œuvre réelle.

Ce qu'il vous apprend précisément : à nommer. Vous saurez ce que recouvrent une ronde-bosse, un bas-relief, un méplat, un modèle, une épreuve, une fonte à la cire perdue, une taille en réserve, un ravalement. Nommer n'est pas un ornement : tant que vous n'avez pas de mot pour une opération, vous ne la voyez pas dans les œuvres des autres, et vous ne pouvez pas la chercher dans un manuel.

L'ouvrage a aussi une vertu que ses auteurs ne visaient pas : il montre par l'image des centaines de solutions techniques. Comment tenir un drapé, comment poser une figure sur deux points d'appui seulement, comment traiter une chevelure sans tomber dans le peigné mécanique. Feuilleté lentement, c'est un cours de composition déguisé en dictionnaire.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à faire quoi que ce soit. Il n'y a pas une seule instruction pas à pas dans ce livre. Achetez-le en complément, jamais en premier, et ne l'ouvrez pas en attendant qu'il vous dise comment monter une armature. Si le regard historique vous intéresse pour lui-même, notre parcours pour apprendre l'histoire de l'art prend le relais.

Quatrième livre : Auguste Rodin, « L'Art, entretiens réunis par Paul Gsell »

Auguste Rodin, « L'Art, entretiens réunis par Paul Gsell » (Bernard Grasset, 1911, onze chapitres, réédité de nombreuses fois et disponible en libre accès sur Gallica) Voir à la FnacL'Art, entretiens réunis par Paul Gsell, de Auguste Rodin (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : avoir sculpté, ne serait-ce qu'un peu.

Le journaliste Paul Gsell a fait parler Rodin pendant des mois et a transcrit ces conversations. Le résultat est un livre bavard, daté par endroits, parfois péremptoire, et qui contient les pages les plus utiles jamais écrites en français sur ce qu'un sculpteur regarde.

Ce qu'il vous apprend précisément : que la sculpture est une affaire de profils et de plans, pas de contours. Rodin explique qu'il tournait autour de son modèle et travaillait une silhouette après l'autre, en corrigeant chaque profil comme s'il était le seul. C'est la différence entre un objet qui existe en volume et un objet qui n'est beau que de face. La plupart des sculptures de débutants sont belles de face.

Il y a aussi des développements sur le mouvement, sur la manière dont une figure immobile suggère un geste en cours, qui restent discutés un siècle plus tard.

Ce qu'il ne vous apprend pas : la technique, absolument pas, et il faut le lire en sachant que Rodin défend ses propres choix esthétiques avec l'assurance d'un homme couvert d'honneurs. Prenez-le comme une conversation avec un praticien génial et têtu, pas comme une doctrine.

Par où ne pas commencer

Voici la partie qui vous fera gagner le plus de temps.

Les manuels de taille de pierre achetés en premier. Ils sont souvent excellents, et ils supposent que vous savez déjà ce que vous voulez obtenir. Si la pierre est votre objectif, gardez ces livres pour plus tard et suivez plutôt notre parcours dédié, quels livres pour apprendre la taille de pierre.

Les beaux livres monographiques sur un sculpteur. Un ouvrage de deux kilos sur Giacometti ou sur Camille Claudel se regarde avec bonheur et n'apprend rien à faire. Il en va de même des catalogues d'exposition. Ils viennent après, quand vous avez de quoi comprendre ce que vous voyez.

Les gros traités d'anatomie artistique en début de parcours. L'anatomie sert le jour où vos proportions générales tiennent debout. Avant, elle donne l'illusion de progresser tout en produisant des figures parfaitement écorchées et parfaitement mortes. Six mois de volumes simples valent mieux.

Les manuels de modelage entièrement construits sur des modèles à copier, du type dix animaux étape par étape. Ils font faire de jolies pièces et n'expliquent jamais pourquoi la onzième, celle que vous inventez, s'effondre. Repérez la table des matières : si elle liste des projets et pas des opérations, passez votre chemin.

Enfin, la vidéo. Elle est très bonne pour le geste, meilleure qu'un livre, et très mauvaise pour le raisonnement. Un tutoriel vous montre une main experte à vitesse réelle, il ne vous dit pas pourquoi elle a choisi cet outil-là. Utilisez les deux, avec des attentes différentes.

Ce que les livres ne feront pas à votre place

Un livre de sculpture ne verra jamais votre pièce. C'est plus grave ici que dans la plupart des disciplines, parce qu'un défaut de volume est invisible à celui qui l'a produit : vous avez tourné autour de votre figure pendant huit heures, votre œil s'est adapté, et vous ne voyez plus que l'épaule gauche est trop haute.

Deux remèdes très simples, gratuits, et systématiquement négligés. Le premier est le miroir : regardez votre pièce dans une glace, l'inversion fait apparaître les déséquilibres en une seconde. Le second est la photographie : prenez trois clichés, de face, de trois quarts, de dos, et regardez-les le lendemain. Vous verrez ce que vous ne voyiez pas.

Un livre ne remplacera pas non plus l'atelier partagé, pour une raison matérielle. Un four céramique, un compresseur, une table de moulage, un local qu'on peut salir, tout cela ne s'installe pas chez soi pour essayer. Les ateliers municipaux, les maisons des associations et les cours du soir existent dans la plupart des villes moyennes et coûtent une fraction du prix du matériel.

Enfin, un livre ne vous fera pas dessiner. Une demi-heure de croquis d'observation par semaine améliore les sculptures plus vite que n'importe quel manuel supplémentaire, et presque personne ne s'y astreint. Si vous voulez vous y mettre sérieusement, notre sélection pour apprendre à dessiner est le complément direct de cette page.

Après ces quatre livres

Vous aurez alors un matériau que vous connaissez, une vue d'ensemble des techniques d'atelier, un vocabulaire pour lire les œuvres et une manière de regarder le volume. C'est un socle sur lequel presque tout se construit.

La suite se choisit par matériau. Si c'est la terre qui vous retient, la céramique vous attend, avec ses cuissons et ses émaux, et notre parcours pour apprendre la poterie enchaîne naturellement. Si c'est la taille, choisissez entre le bois et la pierre, et prenez le manuel spécialisé qui va avec. Si c'est le métal, la soudure et la fonderie ouvrent un monde entier, et cet apprentissage-là passe presque obligatoirement par un atelier équipé.

Le reste de la collection quels livres acheter pour apprendre à applique la même méthode à d'autres domaines, avec la même règle : peu de titres, dans un ordre, et la liste de ce qu'il ne faut pas acheter d'abord.

Faut-il commencer la sculpture par la terre ou par la pierre ?

Par la terre, dans presque tous les cas. Le modelage vous laisse ajouter, retirer, recommencer, et c'est exactement ce dont un débutant a besoin pour apprendre à voir un volume. La taille directe ne pardonne rien : chaque éclat parti ne revient pas, et vous passez vos premières semaines à corriger des erreurs de proportion que vous n'aviez pas les moyens de repérer. Quelques mois de terre avant le premier bloc changent tout.

Quelle terre acheter pour ses premiers modelages ?

Une terre chamottée grise ou rouge, à chamotte fine, achetée en pain de dix ou vingt-cinq kilos chez un fournisseur de céramique. La chamotte limite le retrait et les fissures au séchage, ce qui vous évite de voir votre première pièce se fendre en deux. La terre à modeler à l'huile, qui ne sèche jamais, sert à travailler une esquisse sur plusieurs semaines mais ne se cuit pas. Les deux sont utiles, pas au même moment.

Un livre de sculpture peut-il remplacer un cours d'atelier ?

Pour les techniques de mise en œuvre, un bon manuel va très loin, mieux que beaucoup de professeurs. Pour deux choses, non. La première est le retour extérieur sur une pièce ratée : vous ne voyez pas vos propres déformations, quelqu'un d'autre les voit en trois secondes. La seconde est le matériel lourd, four, tour à mouler, meuleuse, que personne n'achète pour essayer.

Faut-il savoir dessiner pour sculpter ?

Pas au sens du beau dessin fini, mais oui au sens de l'observation. Un sculpteur qui dessine se trompe moins sur les proportions et les axes, parce que le dessin l'oblige à décider où passe une ligne. Une demi-heure de croquis rapides avant de toucher la terre vaut mieux que trois heures de tâtonnement. C'est un investissement qui se rentabilise dès les premières pièces figuratives.

Les traités anciens de sculpture servent-ils encore ?

Oui pour la technique, qui a très peu bougé : un modelage sur armature, une prise d'empreinte au plâtre et un ciseau à pierre fonctionnent aujourd'hui comme au dix-neuvième siècle. Ce qui a changé, ce sont les matériaux de moulage, les silicones et les résines, absents des ouvrages anciens. Lisez les anciens pour le geste et le regard, un manuel récent pour les produits.

Combien de temps avant de sculpter une figure reconnaissable ?

Comptez plusieurs mois de pratique régulière pour un buste dont les proportions tiennent, et davantage pour une ressemblance. Le blocage classique arrive au visage, parce que l'œil humain détecte le moindre écart sur un visage et rien du tout sur un genou. Beaucoup de sculpteurs conseillent de faire dix mains avant le premier portrait, et ils ont raison.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

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