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Quels livres pour apprendre à dessiner ? 4 titres, dans l'ordre, sans mythe du don

Quatre livres pour apprendre à dessiner, dans un ordre de lecture précis : observation, perspective, anatomie, plus ce qu'aucune méthode ne remplacera jamais.

L'équipe Relit7 min de lecture

Quels livres pour apprendre à dessiner ?

Il existe une phrase qui a empêché plus de gens de dessiner que toutes les mauvaises méthodes réunies : « moi, je n'ai jamais su dessiner ». Elle est presque toujours prononcée par quelqu'un qui a arrêté vers dix ou douze ans, à l'âge où l'exigence de ressemblance apparaît et où le dessin d'enfant cesse de suffire.

Ce qu'on appelle le don, dans ce domaine, se ramène à une chose très concrète et parfaitement apprenable : la capacité de dessiner ce qu'on voit plutôt que ce qu'on sait. Un débutant à qui l'on demande de dessiner une main dessine son idée d'une main, cinq doigts alignés, une paume symétrique. Il ne dessine pas les angles réels qu'il a sous les yeux. Cela s'entraîne, et les livres suivants entraînent exactement cela.

Quatre titres, dans l'ordre. Pas davantage : une pile de méthodes non ouvertes est le symptôme le plus courant chez les gens qui veulent s'y mettre.

Le premier livre : Betty Edwards

Betty Edwards, « Dessiner grâce au cerveau droit » (Mardaga, dernière édition française en 2018, environ 320 pages) Voir à la FnacDessiner grâce au cerveau droit, de Betty Edwards (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Niveau requis : aucun.

Publié aux États-Unis en 1979, vendu à plus de deux millions et demi d'exemplaires, traduit dans une quinzaine de langues. Edwards a enseigné les arts plastiques à l'université d'État de Californie et a construit son livre autour de cinq compétences perceptives : voir les contours, voir les espaces vides, voir les rapports entre les éléments, voir les valeurs, voir l'ensemble.

Le cœur du livre tient dans quelques exercices qui paraissent absurdes et fonctionnent remarquablement. Copier un dessin retourné tête en bas, par exemple : privé de la reconnaissance des formes, votre cerveau cesse de dessiner des symboles et se met à transcrire des lignes. Le résultat surprend presque tout le monde dès la première tentative.

Disons-le franchement, puisque personne ne le dit : le cadre théorique est faux. L'opposition cerveau gauche rationnel contre cerveau droit intuitif est une simplification que les neurosciences ont abandonnée depuis longtemps, et Edwards l'a conservée dans son titre pour des raisons commerciales évidentes. Cela n'enlève rien à la valeur des exercices, qui reposent sur une observation pédagogique juste même si son explication est mauvaise. Sautez les chapitres d'explication, faites les exercices.

Ce qu'il ne vous apprendra pas : la perspective construite, l'anatomie, la composition d'une image complète.

Le deuxième livre : Ernest Norling

Ernest Norling, « La Perspective » (Vigot, collection Dessin mode d'emploi, 32 pages) Voir à la FnacLa Perspective, de Ernest Norling (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Niveau requis : deux ou trois mois d'observation derrière vous.

Un opuscule d'une trentaine de pages, illustré au trait, qui traite la ligne d'horizon, les points de fuite, la perspective à un puis à deux points. Norling était un illustrateur américain, et son texte d'origine date des années quarante, ce qui n'a aucune importance : les règles de la perspective n'ont pas bougé depuis Alberti.

Pourquoi un livre aussi mince plutôt qu'un gros ouvrage ? Parce que la perspective est un problème borné. Il y a peut-être six choses à comprendre, elles tiennent en une trentaine de pages, et le reste est de l'entraînement. Les manuels de trois cents pages sur le sujet noient six idées dans deux cents exemples, et le lecteur en ressort convaincu que c'est difficile.

Le moment juste pour l'ouvrir se reconnaît facilement : vos dessins d'objets isolés commencent à tenir, mais dès que vous dessinez une pièce entière, les meubles glissent et le sol part de travers.

Le troisième livre : Sarah Simblet

Sarah Simblet, « Anatomie pour l'artiste » (Dessain et Tolra, 2002, réédition 2014, 255 pages) Voir à la FnacAnatomie pour l'artiste, de Sarah Simblet (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Niveau requis : au moins six mois de dessin régulier.

Simblet enseigne le dessin à l'université d'Oxford. Son livre associe des photographies de modèles vivants, des planches d'écorchés et des dessins de maîtres annotés, ce qui permet de faire le lien entre un muscle nommé et une forme visible sous la peau. C'est précisément ce lien qui manque aux atlas d'anatomie médicale, inutilisables pour un dessinateur.

L'alternative francophone, plus austère et moins chère, est Giovanni Civardi, « L'Anatomie artistique » (De Vecchi), sur une ossature et une musculature détaillées, avec un répertoire de poses. Civardi a fait plusieurs années de médecine avant de se consacrer au dessin, et cela se sent dans la précision des planches.

Une mise en garde vaut pour les deux : ces livres se consultent, ils ne se lisent pas. Vous les ouvrirez pour comprendre pourquoi une épaule que vous venez de dessiner ne fonctionne pas, jamais pour apprendre par cœur le nom des muscles.

Un quatrième, si vous voulez comprendre d'où cela vient

John Ruskin, « Éléments du dessin » (Éditions Circé) Voir à la FnacÉléments du dessin, de John Ruskin (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Niveau requis : un an de pratique, ou une vraie curiosité pour l'histoire de l'art.

Ruskin, critique d'art anglais du dix-neuvième siècle, écrit ce texte en 1856 sous forme de lettres à un élève. Il y détaille des exercices d'une exigence redoutable : couvrir une surface d'un gris parfaitement égal, copier une feuille avec ses nervures, s'interdire la gomme.

C'est un livre à contre-courant absolu de l'époque, et c'est ce qui le rend utile. Ruskin part du principe qu'apprendre à dessiner sert d'abord à apprendre à regarder le monde, pas à produire de jolies images. Quelqu'un qui dessine depuis un an y trouvera une remise à niveau salutaire. Un débutant complet le trouvera décourageant, et il aura raison.

Par où ne surtout pas commencer

Trois achats reviennent sans cesse chez les débutants, et les trois sont contre-productifs.

L'anatomie en premier, avant tout le reste. C'est l'erreur la plus répandue, parce qu'un beau livre d'écorchés donne l'impression sérieuse d'attaquer le fond du sujet. En réalité il suppose acquise la construction d'une figure en proportion, qui est le vrai obstacle. Un livre d'anatomie ouvert trop tôt ne produit qu'une chose, la certitude que c'est trop dur.

Les méthodes « apprenez à dessiner en trente jours », ensuite. Elles produisent des résultats visibles rapidement parce qu'elles vous font copier des exemples déjà simplifiés par l'auteur. La copie d'un dessin est un exercice utile, mais elle n'entraîne pas la traduction d'un volume réel en lignes sur une feuille, qui est la compétence à construire. Beaucoup de gens finissent ces méthodes en sachant reproduire les dessins du livre et rien d'autre.

Les manuels d'un genre précis, enfin, dessin de manga en tête. Ils enseignent un ensemble de conventions graphiques, un œil type, un nez type, une posture type. On peut les tenir sans savoir dessiner, et ils bloquent souvent à un plafond décevant. Si le manga est votre motivation, gardez-la, mais faites vos six premiers mois d'observation d'après nature. Vous y reviendrez avec un tout autre niveau.

Signalons aussi un cas particulier : beaucoup de ressources célèbres, notamment les planches d'Andrew Loomis, circulent uniquement en anglais et sans édition française fiable. Elles sont excellentes, elles ne sont pas un point de départ pour quelqu'un qui débute dans sa langue.

Ce qu'aucun de ces livres ne fera à votre place

C'est la partie de l'article qui compte, et elle est simple : on n'apprend pas à dessiner en lisant. On apprend à dessiner en dessinant, beaucoup, mal, longtemps.

Un livre ne voit pas votre feuille. C'est sa limite absolue. Vous répéterez pendant des mois une erreur de construction que vous ne pouvez pas voir, parce que voir ses propres erreurs demande justement la compétence que vous n'avez pas encore. Un professeur, même une séance par mois, coupe des années à ce processus. Un cours de modèle vivant, avec des poses courtes de deux à cinq minutes, est le dispositif le plus efficace qui existe pour un adulte, et il coûte souvent moins qu'un livre par séance dans les ateliers municipaux.

Un livre n'impose rien non plus. Il ne vous fera pas dessiner un mardi soir de novembre où vous n'en avez pas envie, et c'est ce mardi-là qui décide de tout. Vingt minutes par jour battent trois heures le dimanche, largement, parce que la compétence perceptive se consolide par répétition rapprochée.

Enfin, aucun livre ne vous fera traverser le creux. Il arrive entre le deuxième et le quatrième mois : votre œil progresse plus vite que votre main, vous voyez donc désormais tout ce qui cloche dans vos dessins, et vous avez l'impression très nette de régresser. C'est exactement l'inverse qui se produit. Beaucoup abandonnent à ce moment précis en concluant qu'ils n'ont pas le don, alors qu'ils viennent de franchir l'étape la plus importante.

Ce qui vaut mieux qu'un cinquième livre

Un carnet de petit format et un crayon dans la poche. Trente croquis ratés d'inconnus dans le métro apprennent plus que cent pages de méthode, parce que le modèle bouge et vous oblige à saisir l'essentiel en quarante secondes.

Prenez ensuite la peine de dater chaque page et de ne rien arracher, même ce qui vous fait honte. Au bout de six mois, feuilleter le carnet du début est la seule preuve tangible que vous progressez, et cette preuve vaut plus que n'importe quel encouragement. Si l'histoire des images vous attire au passage, la sélection de livres pour comprendre l'art contemporain suit la même logique, et le reste de la collection de guides d'apprentissage tient partout la même promesse : quelques titres, dans l'ordre, et ce qu'ils ne feront pas.

Peut-on apprendre à dessiner sans avoir de don ?

Oui, et la question est mal posée. Dessiner d'après nature est une compétence perceptive : il s'agit de voir des angles, des proportions et des rapports de valeurs au lieu de dessiner l'idée qu'on se fait d'un objet. Cela s'entraîne, comme la lecture d'une partition. Les personnes qui dessinent bien ont presque toutes derrière elles des milliers d'heures commencées tôt, ce qui donne l'illusion d'un talent inné.

Par quel livre commencer quand on ne sait rien faire ?

Par « Dessiner grâce au cerveau droit » de Betty Edwards, publié en français chez Mardaga. C'est un livre d'exercices, pas un livre à lire. Il attaque directement le problème central du débutant, qui dessine ce qu'il sait au lieu de ce qu'il voit. Le cadre neurologique de l'autrice est daté, les exercices restent parmi les plus efficaces jamais écrits.

Faut-il commencer par l'anatomie ?

Non, et c'est l'erreur la plus fréquente. Un livre d'anatomie artistique acheté par un débutant reste fermé, parce qu'il suppose déjà la capacité de construire une figure en proportion. Apprenez d'abord à observer et à mesurer, dessinez pendant plusieurs mois, puis ouvrez un livre d'anatomie quand vos figures tiennent debout mais paraissent molles. Le besoin arrive de lui-même.

Combien de temps faut-il pour savoir dessiner correctement ?

Comptez plusieurs centaines d'heures pour un dessin d'observation honnête, à raison de vingt à trente minutes par jour plutôt que de trois heures le dimanche. La régularité pèse plus que le volume. La plupart des gens qui abandonnent le font entre le premier et le troisième mois, au moment précis où les progrès deviennent invisibles alors qu'ils continuent.

Un livre remplace-t-il un cours de dessin ?

Non. Un livre ne voit pas votre feuille, ne corrige pas une erreur de construction que vous répétez sans la voir, et n'impose aucune contrainte de temps. Un cours de modèle vivant, même une séance par mois, corrige des défauts que vous entretiendriez pendant des années en autodidacte. Le livre organise, le cours redresse.

Faut-il du bon matériel pour commencer ?

Un crayon HB, une gomme mie de pain et du papier machine suffisent pour les six premiers mois. Le matériel coûteux acheté au début sert surtout à repousser le moment de dessiner. Une seule dépense se justifie tôt : un carnet assez petit pour tenir dans une poche, parce qu'il transforme des minutes perdues en séances de croquis.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

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