Quels livres pour apprendre à fabriquer ses cosmétiques ?
Le scénario le plus courant ressemble à ceci. On achète un livre de recettes, on commande trois flacons et un émulsifiant, on réussit une crème visage qui a l'air très convaincante, et dix jours plus tard on la jette parce qu'elle sent bizarre. Deuxième tentative, même issue. Conclusion tirée par la plupart des gens : la cosmétique maison ne marche pas.
Elle marche très bien. Le problème n'est presque jamais la recette, c'est la conservation, et c'est précisément le chapitre que beaucoup d'ouvrages traitent en une demi-page entre deux photographies. Fabriquer un cosmétique demande deux compétences distinctes : formuler, et empêcher ce qu'on a formulé de se dégrader. La deuxième est la moins spectaculaire, et c'est elle qui décide si votre pot est utilisable dans trois semaines. Voici quatre livres seulement, dans un ordre qui vous fait commencer là où le risque de déception est le plus faible.
Ce qui contient de l'eau, et ce qui n'en contient pas
Toute la difficulté de ce domaine tient dans une distinction que personne n'énonce assez tôt.
D'un côté les préparations anhydres : huiles de soin, baumes, cires, sels de bain, poudres, argiles sèches, savons. Sans eau libre, les micro-organismes ne se développent pratiquement pas. Ces préparations vieillissent par oxydation, donc elles rancissent lentement, et un antioxydant comme la vitamine E prolonge leur tenue. Le risque sanitaire y est faible.
De l'autre les préparations aqueuses : crèmes, laits, lotions, gels, shampoings, démaquillants. Dès qu'il y a de l'eau, il y a un milieu de culture. Une émulsion maison sans conservateur se dégrade en quelques jours, et le fait qu'elle paraisse normale ne prouve rien : une contamination bactérienne n'est pas toujours visible. Appliquer une préparation contaminée sur une peau abîmée ou près des yeux n'est pas anodin.
La conséquence sur votre ordre d'apprentissage est nette. Passez plusieurs mois dans la première catégorie. Vous y apprendrez les ingrédients, les textures et les gestes, et vous n'aurez pas à jeter votre travail. La deuxième catégorie viendra quand vous saurez ce qu'est un conservateur, à quelle dose il s'emploie et pourquoi il ne dispense de rien.
Premier livre : Sylvie Hampikian et Frédérique Chartrand, « Je fabrique mes cosmétiques »
Sylvie Hampikian et Frédérique Chartrand, « Je fabrique mes cosmétiques, soins naturels à petits prix » (Terre vivante, 2012) Voir à la FnacJe fabrique mes cosmétiques, soins naturels à petits prix, de Sylvie Hampikian et Frédérique Chartrand (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis, et pratiquement aucun achat.
Le parti pris est celui de la simplicité assumée : peu d'ingrédients, souvent trouvables en magasin bio ou dans un placard de cuisine, des formules courtes, un vrai souci du coût. C'est un livre qui ne vous vend rien, ce qui est plus rare qu'on ne croit dans ce rayon.
Ce qu'il vous apprend précisément : les matières premières et leurs comportements. Ce que fait une huile végétale selon son degré d'insaturation, à quoi sert un hydrolat, comment une argile se réhydrate, pourquoi une cire change la fermeté d'un baume. Vous sortirez du livre en sachant improviser une huile de massage ou un masque, ce qui est déjà un usage quotidien.
Ce qu'il ne vous apprend pas : la formulation avancée. Les émulsions y sont abordées mais ce n'est pas le cœur du propos, et vous ne trouverez pas ici l'exposé complet des questions de conservation. C'est un livre d'entrée, il joue son rôle et ne prétend pas à davantage.
Deuxième livre : Sylvie Hampikian, « Créez vos cosmétiques bio »
Sylvie Hampikian, « Créez vos cosmétiques bio, visage, corps et cheveux » (Terre vivante, première édition en 2007, nouvelle édition augmentée en 2020, 223 pages) Voir à la FnacCréez vos cosmétiques bio, visage, corps et cheveux, de Sylvie Hampikian (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : avoir fabriqué et utilisé quelques préparations simples.
C'est le livre de référence en français sur ce sujet, et l'identité de son autrice explique pourquoi. Sylvie Hampikian est docteur vétérinaire et a exercé plus de vingt-cinq ans comme expert pharmaco-toxicologue indépendant pour l'industrie pharmaceutique et cosmétique, après un passage par l'Institut Pasteur. Cela change tout : elle écrit sur les ingrédients avec le réflexe de quelqu'un dont le métier était d'évaluer leur innocuité, pas de les vendre.
Ce qu'il vous apprend précisément : la logique de formulation. Les catégories d'ingrédients, les rôles respectifs des phases aqueuse et huileuse, ce qu'un émulsifiant fait réellement, les proportions qui tiennent, l'hygiène de fabrication, et la question de la conservation traitée pour ce qu'elle est, une contrainte structurante. Le livre encourage explicitement à improviser à partir des recettes, ce qui n'a de sens que parce qu'il vous a d'abord donné les règles.
Ce qu'il ne vous apprend pas : les actifs cosmétiques modernes commercialisés par les fournisseurs spécialisés, peu présents dans une approche qui privilégie les matières premières simples. C'est un choix cohérent, et cela laisse un espace que le livre suivant occupe.
Une opinion, franchement : si vous ne deviez en acheter qu'un, c'est celui-là, y compris avant le premier de cette liste. Je l'ai placé en deuxième position parce qu'il donne davantage quand on arrive avec des questions.
Troisième livre : Aroma-Zone, « 100 recettes de cosmétiques maison »
Aroma-Zone, « 100 recettes de cosmétiques maison, inédites, simples, créatives, efficaces » (Hachette Pratique, collection Les Essentiels beauté, 2015) Voir à la Fnac100 recettes de cosmétiques maison, inédites, simples, créatives, efficaces, de Aroma-Zone (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : les deux étapes précédentes, et l'envie de commander des ingrédients spécialisés.
Il faut dire ce qu'est ce livre : la production éditoriale d'un vendeur d'ingrédients, écrite par son équipe de recherche et développement, qui compte des ingénieurs et des docteurs en pharmacie. Ce statut appelle une lecture avertie, puisque chaque recette est aussi un bon de commande. Il apporte pourtant quelque chose que les deux précédents n'apportent pas.
Ce qu'il vous apprend précisément : le travail avec des ingrédients techniques. Émulsifiants du commerce et leurs modes d'emploi respectifs, actifs concentrés, gélifiants, conservateurs nommés avec leurs proportions d'usage et leur spectre d'action. Vous y verrez formulées, chiffres à l'appui, les crèmes que vous n'osiez pas tenter, et vous comprendrez enfin pourquoi votre émulsion précédente s'est séparée.
Ce qu'il ne vous apprend pas : la sobriété. Le catalogue d'ingrédients est vaste et il donne envie de tout essayer, ce qui est exactement le mécanisme commercial du livre. Servez-vous-en comme d'un manuel technique, pas comme d'une liste de courses.
Quatrième livre : Julien Kaibeck, « Adoptez la slow cosmétique »
Julien Kaibeck, « Adoptez la slow cosmétique, conseils et recettes de beauté pour consommer moins et mieux » (Leduc, édition mise à jour et augmentée, environ 250 pages) Voir à la FnacAdoptez la slow cosmétique, conseils et recettes de beauté pour consommer moins et mieux, de Julien Kaibeck (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : aucun sur le plan technique, mais il se lit mieux quand vous avez déjà fabriqué.
Kaibeck est aromathérapeute et à l'origine du mouvement et du label Slow Cosmétique. Son livre n'est pas d'abord un recueil de recettes, c'est un ouvrage sur la lecture des étiquettes et sur la réduction de sa salle de bains, et il vient utilement en fin de parcours.
Ce qu'il vous apprend précisément : à décoder une liste INCI, à repérer ce qui n'est là que pour la texture ou l'argument marketing, à comprendre pourquoi une routine de dix produits en vaut rarement trois bien choisis. Cette compétence est ce qui donne un sens durable à la fabrication maison : sans elle, on remplace une collection de flacons achetés par une collection de flacons fabriqués.
Ce qu'il ne vous apprend pas : la formulation fine. Les recettes proposées sont volontairement minimalistes. Ne le lisez pas pour apprendre à faire une crème, lisez-le pour décider si vous en avez besoin.
Par où ne pas commencer
Les beaux livres de recettes sans chapitre sur la conservation, en premier lieu, et ils sont nombreux. Le test tient en une minute en librairie : ouvrez à une émulsion et regardez si un conservateur est nommé, dosé, et accompagné d'une durée d'utilisation. En l'absence de ces informations, le livre vous fera fabriquer des choses que vous jetterez. Ce n'est pas une question de purisme, c'est une question d'usage.
Les ouvrages qui présentent les huiles essentielles comme de simples parfums, ensuite. Il s'agit de substances actives et concentrées. L'ANSES en déconseille l'usage chez les jeunes enfants, les femmes enceintes ou allaitantes, les personnes âgées et les personnes atteintes de pathologies chroniques, et rappelle des risques spécifiques selon les huiles, allergies cutanées, photosensibilisation pour certains agrumes, effets neurologiques pour d'autres. Un livre qui les distribue par gouttes dans chaque recette sans jamais nommer une contre-indication ne mérite pas votre confiance. Les bons ouvrages, dont ceux de Hampikian, les signalent systématiquement.
Les recettes glanées sur les réseaux, également, et pour une raison de format plus que de mauvaise foi. Une formule cosmétique tient dans ses pourcentages et dans son protocole d'hygiène, et une vidéo d'une minute montre le geste en supprimant les deux. Le « conservateur naturel » y est souvent un ingrédient sans efficacité antimicrobienne démontrée, ce qui est pire qu'aucun conservateur, puisque cela donne le sentiment d'être protégé.
Enfin, la fabrication de savon en premier projet. La saponification à froid emploie de la soude caustique, produit corrosif qui demande un équipement de protection et un protocole strict, et ce n'est pas le bon terrain pour découvrir la cosmétique maison. Ce sujet a ses propres livres, ses propres précautions, et il mérite d'être abordé pour lui-même.
Ce que les livres ne feront pas à votre place
Ils ne testeront pas votre peau. Une préparation maison ne passe aucun contrôle et ne comporte aucune mention d'allergène. Un ingrédient parfaitement anodin pour tout le monde peut vous déclencher une réaction, et cela vaut pour les huiles végétales comme pour les huiles essentielles. L'essai sur une petite surface, au pli du coude, quarante-huit heures avant d'appliquer sur le visage, est le geste que tous les livres mentionnent et que presque personne ne fait.
Ils ne surveilleront pas votre hygiène. La contamination d'une émulsion vient le plus souvent du matériel, du contenant réutilisé ou des doigts plongés dans le pot, pas des ingrédients. Un flacon pompe vaut mieux qu'un pot ouvert, un contenant neuf mieux qu'un ancien récupéré, et un conservateur ne compense jamais une fabrication faite dans un bol mal lavé.
Ils ne remplaceront pas un avis médical. L'acné, l'eczéma, le psoriasis et les dermatites relèvent d'un dermatologue, et une préparation maison appliquée sur une peau lésée peut aggraver la situation. Beaucoup de gens arrivent à la cosmétique maison précisément par lassitude de problèmes de peau, ce qui est compréhensible et constitue exactement le cas où l'autoformation ne suffit pas.
Enfin, tenez un carnet de formulation. Date, pourcentages exacts, lot des ingrédients, contenant utilisé, et surtout ce que vous constatez à trois semaines et à trois mois. Cette discipline paraît disproportionnée jusqu'au jour où une préparation est parfaite et où vous voulez la refaire.
Après ces quatre livres
Vous aurez alors les matières premières, la logique de formulation, la technique des émulsions et le recul nécessaire pour ne pas reconstituer une salle de bains surchargée. C'est largement de quoi couvrir vos besoins courants.
La suite se joue sur un choix. Certains vont vers la simplification radicale et se contentent finalement de trois préparations, ce qui est un aboutissement et non un renoncement. D'autres vont vers la formulation avancée, et alors les ouvrages professionnels de cosmétologie, l'étude des tensioactifs et les tests de challenge microbiologique deviennent le terrain, avec une exigence tout autre.
La savonnerie est le prolongement le plus fréquent, avec ses propres règles de sécurité qu'il vaut mieux apprendre dans des livres dédiés. La démarche zéro déchet en est l'autre voisine naturelle, puisque la salle de bains est souvent le premier endroit où l'on mesure ce que l'on consomme réellement. Le reste de la collection quels livres acheter pour apprendre à fonctionne sur le même principe de parcours, et le catalogue par genre vous aidera à repérer les éditions récentes, utiles dans un domaine où les recommandations sur les conservateurs et les huiles essentielles ont bougé ces dix dernières années.
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