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Quels livres pour apprendre la poterie ? 4 titres, et ce qu'aucun ne vous apprendra

La poterie ne s'apprend pas au tour dans un livre. Voici quatre ouvrages dans l'ordre, pour le modelage, la terre, l'émail et la cuisson, qui sont les vraies causes d'échec du débutant.

L'équipe Relit10 min de lecture

Les livres de ce parcours, dans l'ordre

LivrePourquoiAcheter
La poterie sans tourJacqui AtkinVoir La poterie sans tour, de Jacqui Atkin à la Fnac (lien affilié)
Le manuel potier, le guide complet des outils, des matériaux et des techniques pour potiers et céramistesSteve MattisonVoir Le manuel potier, le guide complet des outils, des matériaux et des techniques pour potiers et céramistes, de Steve Mattison à la Fnac (lien affilié)
L'émail : art et techniquesGabriel KlineVoir L'émail : art et techniques, de Gabriel Kline à la Fnac (lien affilié)
Le livre du potierBernard LeachVoir Le livre du potier, de Bernard Leach à la Fnac (lien affilié)

Quels livres pour apprendre la poterie ?

Autant le dire dès la première ligne, quitte à vous faire économiser un achat : si vous voulez apprendre à tourner, aucun de ces livres ne vous y aidera beaucoup. Le tour ne s'apprend pas par la lecture. Centrer une motte suppose de sentir la résistance de la terre sous les paumes et de corriger une posture que vous ne pouvez pas voir vous-même. Un professeur repère en trois secondes que vos coudes ne sont pas calés contre vos cuisses. Un livre ne le repérera jamais.

Ce qui s'apprend très bien par la lecture, en revanche, ce sont le colombin, la plaque, le moulage, et surtout les trois sujets qui font échouer la plupart des débutants sans qu'ils comprennent pourquoi : la terre, l'émail et la cuisson. Une pièce fendue en séchant, un émail qui tressaille ou qui coule sur la plaque du four, une anse qui se détache à la première cuisson, ce ne sont presque jamais des problèmes d'habileté. Ce sont des problèmes de connaissance du matériau, et ceux-là, un bon livre les règle.

Voici quatre ouvrages, dans un ordre qui suit ce raisonnement.


Ce qu'un livre peut vous apprendre, et ce qu'il ne peut pas

Séparez mentalement deux choses que les cours et les manuels mélangent en permanence.

D'un côté le geste, qui est une compétence sensorielle : centrer, monter une paroi régulière, sentir le moment où la terre est à consistance cuir. Cela s'acquiert par répétition et par correction extérieure, comme la nage.

De l'autre le matériau et le procédé : quelle terre pour quel usage, à quelle température, quel retrait au séchage et à la cuisson, quel émail est compatible avec quelle terre, comment se conduit une montée en température. C'est de la matière intellectuelle, cumulative, exactement ce qu'un livre transmet bien.

Un débutant qui prend uniquement des cours apprend le geste et reste ignorant du reste, ce qui l'empêchera longtemps de travailler seul. Un débutant qui lit uniquement reste maladroit mais comprend ce qu'il rate. Le second progresse plus vite dès qu'il met les mains dans la terre, et c'est l'argument principal en faveur de la lecture.

Premier livre : Jacqui Atkin, « La poterie sans tour »

Jacqui Atkin, « La poterie sans tour » (Mango, mars 2018, 192 pages, traduit de l'anglais) Voir à la FnacLa poterie sans tour, de Jacqui Atkin (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis.

Le titre est une promesse honnête, et c'est rare. Le livre couvre toutes les techniques de façonnage à la main : le colombin, le modelage dans la masse, l'assemblage de plaques, le travail à la presse et le moulage. Autrement dit, exactement le périmètre de ce qui se transmet correctement par le texte et l'image.

Ce qu'il vous apprend précisément : à construire une forme fermée qui tienne. Le colombin paraît enfantin et ne l'est pas du tout, parce que la difficulté est ailleurs que dans le boudin de terre. Elle est dans la soudure entre les colombins, dans la régularité de l'épaisseur, dans le rythme de montée qui doit laisser la base raffermir avant de charger le haut. Atkin décompose ces points avec des photographies de séquences.

Ce qu'il ne vous apprend pas : la chimie. Les chapitres sur les émaux existent mais restent introductifs, ce qui est cohérent avec l'objet du livre. Vous en sortirez avec des pièces bien montées et une idée vague de ce qu'il faut mettre dessus.

Une remarque sur l'auteure. Jacqui Atkin a publié plusieurs ouvrages de céramique en français, dont « Le grand livre de la poterie » chez le même éditeur. Ne prenez pas les deux, ils se recouvrent largement. Si vous n'avez pas de tour, celui-ci est le bon.

Deuxième livre : Steve Mattison, « Le manuel potier »

Steve Mattison, « Le manuel potier, le guide complet des outils, des matériaux et des techniques pour potiers et céramistes » (Ateliers d'Art de France, réédition de juin 2019, première édition française en 2008, 224 pages, traduit de l'anglais par Guy Ducornet) Voir à la FnacLe manuel potier, le guide complet des outils, des matériaux et des techniques pour potiers et céramistes, de Steve Mattison (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : avoir déjà fabriqué quelques pièces, même ratées.

Mattison est céramiste professionnel, spécialisé dans les cuissons au bois, les glaçures au sel et le raku, et enseigne depuis les années 1980. Son manuel suit le trajet complet de l'argile brute à la pièce cuite : conception, matériaux, façonnage, décoration, cuisson.

Ce qu'il vous apprend précisément : le vocabulaire et les paramètres. Vous saurez enfin ce que sont une terre chamottée et pourquoi elle pardonne davantage sur les grandes pièces, ce que veut dire un grès à 1 260 degrés par rapport à une faïence à 1 020, ce qu'est le retrait et pourquoi votre bol a rétréci de huit pour cent, ce qu'est la consistance cuir et pourquoi c'est le seul moment où l'on tourne un pied ou pose une anse. Ces notions paraissent arides listées ainsi, et ce sont elles qui font la différence entre quelqu'un qui applique une recette et quelqu'un qui décide.

Il traite aussi la terre papier, que peu d'ouvrages français couvraient à l'époque, et qui reste une entrée intéressante pour les formes fines.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à choisir dans un catalogue de fournisseur. Les terres du commerce ont des références commerciales et des fiches techniques propres à chaque maison, et rien ne remplace la discussion avec le vendeur d'un magasin de matériaux céramiques.

Troisième livre : Gabriel Kline, « L'émail : art et techniques »

Gabriel Kline, « L'émail : art et techniques » (Éditions Vial, février 2020, 200 pages, traduit de l'anglais par Laurence Chabard) Voir à la FnacL'émail : art et techniques, de Gabriel Kline (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : avoir déjà émaillé et raté au moins une fournée.

Ce livre arrive troisième et il pourrait presque arriver premier, tant l'émail est l'endroit où le débutant perd le plus de pièces. Vous avez passé six heures à monter un vase, il a séché trois semaines, il a survécu à la première cuisson, et il ressort de la seconde avec un émail mat là où vous vouliez du brillant, ou pire, collé à la plaque du four.

Kline dirige Odyssey ClayWorks, une école de céramique en Caroline du Nord, et enseigne depuis plus de vingt ans. Cela s'entend dans la construction du livre : il explique le mécanisme avant de donner des formules. Préparation, application au trempage, au pinceau et au pistolet, superpositions, engobes, et une sélection de recettes classées par température de cuisson.

Ce qu'il vous apprend précisément : à diagnostiquer. Un émail qui tressaille, qui se rétracte en gouttes, qui bulle, qui coule, chacun de ces défauts a une cause identifiable, souvent l'épaisseur d'application ou l'incompatibilité entre le retrait de la terre et celui de l'émail. Vous cesserez de considérer les résultats du four comme une loterie.

Ce qu'il ne vous apprend pas : votre four. Deux fours réglés sur le même programme ne donnent pas le même résultat, selon leur âge, leur chargement et leurs résistances. Kline vous donne la méthode pour établir vos propres repères, avec des plaquettes d'essai numérotées. Cette méthode demande de la discipline et personne ne l'applique, ce qui explique beaucoup de frustrations.

Quatrième livre : Bernard Leach, « Le livre du potier »

Bernard Leach, « Le livre du potier » (Dessain et Tolra, 1974, traduit de l'anglais par Bernadette Lhôte et Mathilde Bellaigue, édition originale « A Potter's Book » parue en 1940) Voir à la FnacLe livre du potier, de Bernard Leach (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : une pratique installée. À chercher d'occasion, l'édition française étant introuvable en neuf.

Celui-ci n'est pas un manuel et je vous le donne quand même, parce qu'il change la manière dont on regarde une pièce. Bernard Leach, né à Hong Kong en 1887, a passé une dizaine d'années au Japon avant de fonder son atelier à Saint Ives en Cornouailles en 1920, avec le céramiste Shoji Hamada. Son livre est le premier traité écrit par un praticien sur les traditions d'atelier venues de Corée, du Japon et de la Chine des Song, et il traite quatre familles : le raku japonais, la poterie vernissée anglaise, le grès et la porcelaine orientale.

Ce qu'il vous apprend précisément : un jugement. Leach explique pourquoi une forme est juste ou fausse, pourquoi l'irrégularité peut être une qualité et l'irrégularité voisine un défaut, ce que signifie faire des objets destinés à être utilisés. C'est de l'esthétique appuyée sur de la technique, écrite par quelqu'un qui tournait tous les jours.

Ce qu'il ne vous apprend pas : la pratique de 2026. Les considérations techniques datent de 1940, les matériaux et les fours ont changé, certaines positions de l'auteur sur la céramique industrielle sont datées et discutables. Lisez-le pour ce qu'il fait à votre regard, pas pour ses tableaux.

Par où ne pas commencer

Ne commencez pas par Leach, justement. Il est recommandé partout, à juste titre, et il est le plus mauvais premier livre possible. Sans pratique, ses pages sur la qualité d'une glaçure ne vous diront rien, et vous refermerez avec le sentiment vague d'avoir manqué quelque chose.

Ne commencez pas par un gros recueil de recettes d'émaux. Il en existe des sommes remarquables, avec plusieurs centaines de formules classées par température. Elles supposent que vous pesiez vos oxydes au gramme, que vous connaissiez le comportement de votre terre et de votre four, et que vous teniez un cahier d'essais. Un débutant achète cela, l'ouvre deux fois, et retourne aux pots prêts à l'emploi. Commencez par les émaux du commerce, sans honte, et par un livre qui explique ce qui se passe.

Ne commencez pas non plus par les manuels anciens trouvés d'occasion pour trois euros. « Le manuel du potier » de Kenneth Clark, publié chez Ulisse en 1992, circule beaucoup et reste un bon ouvrage sur le fond, mais les fours, les terres du commerce et les émaux prêts à l'emploi ont changé en trente ans.

Enfin, méfiez-vous des livres de projets décoratifs, ceux qui promettent vingt objets à réaliser ce week-end. Ils supposent presque toujours de l'argile autodurcissante, ce qui évacue la cuisson, donc la céramique. Vous ferez de jolies choses fragiles et poreuses, et vous n'aurez rien appris du matériau.

Ce que les livres ne feront pas à votre place

Le tour, on l'a dit, et il faut insister parce que c'est ce que la plupart des gens veulent apprendre. Comptez plusieurs dizaines d'heures accompagnées avant que le centrage devienne automatique. Un stage d'initiation d'un week-end vous donnera une pièce et l'illusion d'avoir compris. Un cours hebdomadaire sur une saison vous donnera le geste.

La cuisson, ensuite, pour une raison purement matérielle. Un four électrique de céramiste représente un investissement lourd, une installation électrique adaptée et une place au sol conséquente. Les ateliers associatifs et de nombreux céramistes indépendants cuisent les pièces des amateurs à la pièce ou au volume. C'est de loin la bonne solution pendant les premières années, et cela vous met en contact avec des gens qui ouvriront le four devant vous, ce qui vaut plusieurs chapitres.

Le regard extérieur, enfin. Vous ne verrez pas que vos anses sont systématiquement trop grosses, ni que vos pieds sont trop hauts. Personne ne voit ses propres tics de forme. Un atelier collectif, même deux heures par semaine, corrige cela sans que rien ne soit jamais dit explicitement, simplement parce que vous voyez les pièces des autres à côté des vôtres.

Après ces quatre livres

Vous aurez alors une main capable de monter une pièce sans tour, une compréhension du matériau et de son retrait, une méthode pour émailler sans jouer aux dés, et un regard formé par quelqu'un qui a passé sa vie devant un tour.

La suite se joue ailleurs que dans les livres. Elle se joue dans un carnet d'essais numérotés, dans les visites d'ateliers ouverts, et dans la fréquentation des collections de céramique, où vous verrez en une heure plus de solutions formelles que dans dix manuels.

Si le goût d'apprendre par les livres vous a pris, la même méthode de tri s'applique ailleurs : voyez le reste de notre collection quels livres acheter pour apprendre à, et notamment pour apprendre la broderie, un domaine où la répartition entre ce qui se lit et ce qui se pratique se pose dans des termes très proches. Le rayon arts et techniques du catalogue permet par ailleurs de repérer les rééditions, utile ici puisque plusieurs références de céramique circulent surtout d'occasion.

Peut-on apprendre le tour de potier dans un livre ?

Non, et aucun manuel sérieux ne le prétend. Le centrage d'une motte demande un dosage de pression que vous ne pouvez évaluer qu'en le sentant, et une erreur de posture invisible pour vous saute aux yeux d'un professeur en trois secondes. Comptez plusieurs dizaines d'heures de tour avec quelqu'un à côté. Le livre sert avant et après la séance, pour comprendre ce qui s'est passé, jamais pendant.

Qu'est-ce qu'un livre de poterie apprend vraiment à un débutant ?

Trois choses qui ne s'improvisent pas : le choix de la terre selon l'usage et la température de cuisson, la conduite du séchage, et la chimie des émaux. Ce sont les causes de la grande majorité des ratés du débutant, bien avant le manque d'habileté. Une pièce fendue au séchage ou un émail qui tressaille se comprennent par la lecture, alors qu'un geste maladroit se corrige uniquement par la répétition.

Faut-il un four pour commencer la poterie ?

Non, et il ne faut surtout pas en acheter un au début. Les ateliers associatifs, les maisons de quartier et de nombreux céramistes proposent la cuisson à la pièce ou au volume. Un four électrique représente un investissement lourd, une installation électrique adaptée et une place au sol, et rien ne justifie cette dépense tant que vous ne savez pas quelle terre et quelle température vous allez utiliser durablement.

L'argile autodurcissante permet-elle d'apprendre la poterie ?

Elle permet d'apprendre le modelage, la forme, la proportion, le colombin. Elle n'apprend pas la poterie, parce qu'elle saute l'étape qui définit le métier : la cuisson, qui transforme chimiquement la matière et la rend étanche et durable. Une pièce en argile autodurcissante reste poreuse et fragile à l'eau. C'est un excellent bac à sable pour la main, une impasse pour la compréhension du matériau.

Par quelle technique commencer quand on part de zéro ?

Par le colombin, sans hésiter. Vous montez la pièce en superposant des boudins d'argile, à votre rythme, en corrigeant au fur et à mesure. La technique de la plaque vient ensuite et ouvre sur les formes anguleuses. Ces deux méthodes ont produit l'essentiel de la céramique mondiale pendant des millénaires avant l'invention du tour, et se transmettent honnêtement par l'écrit et l'image.

Combien de temps avant de faire une pièce dont on soit content ?

Comptez une année pour le modelage à la main si vous pratiquez chaque semaine, davantage pour le tour. La lenteur ne vient pas de la difficulté du geste mais du cycle : entre le façonnage, le séchage, la première cuisson, l'émaillage et la seconde cuisson, il se passe souvent trois semaines. Vous apprenez donc beaucoup plus lentement qu'en dessin ou en couture, où le retour est immédiat.

Les recueils de recettes d'émaux sont-ils utiles au début ?

Ils sont fascinants et prématurés. Les gros recueils, qui alignent plusieurs centaines ou plusieurs milliers de formules, supposent que vous pesiez vos oxydes, que vous connaissiez votre terre et votre four, et que vous teniez un registre d'essais. Commencez par des émaux du commerce prêts à l'emploi et par un livre qui explique le mécanisme. Les recettes viendront quand vous saurez lire ce qu'elles disent.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

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