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Quels livres pour apprendre les relations internationales ? 4 titres dans l'ordre où les lire

Un parcours en quatre livres pour apprendre les relations internationales, la différence avec la géopolitique expliquée d'entrée, et les classiques qu'il ne faut surtout pas acheter en premier.

L'équipe Relit9 min de lecture

Les livres de ce parcours, dans l'ordre

LivrePourquoiAcheter
Théories des relations internationalesJean-Jacques RocheVoir Théories des relations internationales, de Jean-Jacques Roche à la Fnac (lien affilié)
Théories des relations internationalesDario Battistella, avec Jérémie Cornut et Élie BaranetsVoir Théories des relations internationales, de Dario Battistella, avec Jérémie Cornut et Élie Baranets à la Fnac (lien affilié)
Paix et guerre entre les nationsRaymond AronVoir Paix et guerre entre les nations, de Raymond Aron à la Fnac (lien affilié)
Le retournement du monde. Sociologie de la scène internationaleBertrand Badie et Marie-Claude SmoutsVoir Le retournement du monde. Sociologie de la scène internationale, de Bertrand Badie et Marie-Claude Smouts à la Fnac (lien affilié)

Quels livres pour apprendre les relations internationales ?

Il se passe presque toujours la même chose en librairie. Vous demandez un livre pour apprendre les relations internationales, et le libraire vous oriente vers un rayon plein d'ouvrages sur la mer de Chine, le Sahel et les routes de l'énergie. Vous en prenez un, vous le lisez avec plaisir, et six mois plus tard vous connaissez mieux la carte du monde sans avoir rien appris de la discipline que vous cherchiez.

Ce n'est la faute de personne. Les deux domaines se touchent, les mêmes auteurs passent de l'un à l'autre, et les rayons ne font pas la distinction. Elle est pourtant simple, et la comprendre vous fera gagner des mois.

Deux disciplines voisines qui ne répondent pas à la même question

La géopolitique décrit des terrains. Elle vous emmène sur place : voici le détroit, voici qui le contrôle, voici pourquoi cette frontière a été tracée là, voici ce que ce gisement change pour ce pays. C'est concret, c'est passionnant, et c'est ce que la plupart des gens veulent réellement quand ils disent s'intéresser aux affaires du monde. Notre sélection de livres pour apprendre la géopolitique couvre ce parcours-là.

Les relations internationales expliquent des mécanismes. Elles ne vous disent pas ce qui se passe dans tel détroit, elles vous disent pourquoi deux États qui n'ont aucune intention hostile finissent malgré tout par s'armer l'un contre l'autre, ce qu'une institution multilatérale produit vraiment quand elle n'a aucun moyen de contrainte, comment une norme sans police finit par peser sur un gouvernement. C'est plus abstrait, moins agréable au début, et infiniment plus rentable ensuite.

La différence pratique tient en une phrase. Un livre de géopolitique vous rend intelligent sur les cas qu'il traite. Un livre de relations internationales vous rend capable de raisonner sur des cas qu'il ne traite pas, y compris ceux qui n'existent pas encore au moment où vous lisez.

Voici quatre livres, dans un ordre.

Premier livre : Jean-Jacques Roche, « Théories des relations internationales »

Jean-Jacques Roche, « Théories des relations internationales » (LGDJ, collection Clefs Politique, neuvième édition en 2016, environ cent soixante pages) Voir à la FnacThéories des relations internationales, de Jean-Jacques Roche (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis. Attention à ne pas le confondre avec « Relations internationales », du même auteur et chez le même éditeur, qui est un manuel bien plus volumineux.

Roche enseigne la science politique à Paris 2 et a dirigé la formation à l'Institut des hautes études de défense nationale. Ce petit volume présente les grands courants dans l'ordre où ils se sont opposés, et il tient dans une poche.

Ce qu'il vous apprend précisément : le vocabulaire de base, et le fait que ce vocabulaire désigne des désaccords et non des cases. Réalisme, libéralisme, constructivisme, école anglaise, ces mots ne sont pas des étiquettes de rangement, ce sont des positions dans une dispute qui dure depuis un siècle. Tant qu'on n'a pas compris qui reproche quoi à qui, tous les autres livres restent opaques.

Ce qu'il ne vous apprend pas : le détail des débats. Cent soixante pages sur un siècle de théorie, cela veut dire des résumés serrés et des nuances sacrifiées. C'est exactement ce qu'il faut pour commencer, et pas assez pour s'arrêter là.

Deuxième livre : Dario Battistella, « Théories des relations internationales »

Dario Battistella, avec Jérémie Cornut et Élie Baranets, « Théories des relations internationales » (Presses de Sciences Po, collection Références, première édition en 2003, septième édition parue en janvier 2026) Voir à la FnacThéories des relations internationales, de Dario Battistella, avec Jérémie Cornut et Élie Baranets (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : le vocabulaire du livre précédent, ou un cours suivi.

C'est le manuel de référence francophone, celui que les étudiants de Sciences Po et des instituts d'études politiques ont dans leur sac. Les rééditions successives ne sont pas cosmétiques : la septième intègre des applications théoriques aux guerres en Ukraine et au Proche-Orient, ce qui donne l'occasion rare de voir des grilles anciennes affrontées à des faits récents.

Ce qu'il vous apprend précisément : à distinguer une théorie d'une opinion. Battistella prend chaque courant au sérieux, expose ce qu'il prétend expliquer, puis montre ce qu'il explique mal. Vous sortez du livre en sachant qu'aucune école ne gagne, ce qui est la seule conclusion honnête, et vous savez pourquoi.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à écrire simplement. Le livre est universitaire, dense, avec un appareil de notes considérable. Prenez-le par chapitres, en vous autorisant à sauter ceux qui ne vous parlent pas encore, et revenez-y. Personne ne le lit d'une traite, y compris les étudiants qui prétendent le contraire.

Troisième livre : Raymond Aron, « Paix et guerre entre les nations »

Raymond Aron, « Paix et guerre entre les nations » (Calmann-Lévy, 1962, près de huit cents pages, régulièrement réédité) Voir à la FnacPaix et guerre entre les nations, de Raymond Aron (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : les deux étapes précédentes, sérieusement.

Aron écrit en pleine guerre froide, quatre ans avant que la France quitte le commandement intégré de l'Alliance atlantique, et il tente une chose que personne n'avait tentée en français : construire un appareil conceptuel complet pour penser les rapports entre unités politiques. Il distingue quatre niveaux d'analyse, théorie, sociologie, histoire, praxéologie, et il s'y tient sur huit cents pages sans jamais se contredire.

Ce qu'il vous apprend précisément : ce que veut dire penser une situation stratégique. Aron ne cherche pas à prédire, il cherche à identifier ce qui est en jeu pour chaque acteur, y compris ce que chaque acteur croit être en jeu, ce qui n'est pas la même chose. La partie sur la dissuasion nucléaire, écrite quand l'arme était neuve, reste plus claire que la plupart de ce qui s'écrit aujourd'hui sur le sujet.

Une opinion assumée : c'est le seul livre de cette liste qui vous changera durablement, et c'est aussi celui que le plus grand nombre de lecteurs abandonnent. La cause est presque toujours la même, on l'a ouvert trop tôt. Les exemples d'Aron supposent que vous situiez sans effort le blocus de Berlin, la crise de Suez et la doctrine Truman. Si ce n'est pas le cas, lisez d'abord une histoire du vingtième siècle, notre sélection de livres pour apprendre l'histoire est faite pour ça.

Quatrième livre : Bertrand Badie et Marie-Claude Smouts, « Le retournement du monde »

Bertrand Badie et Marie-Claude Smouts, « Le retournement du monde. Sociologie de la scène internationale » (Presses de Sciences Po et Dalloz, 1992, environ deux cent cinquante pages, troisième édition revue) Voir à la FnacLe retournement du monde. Sociologie de la scène internationale, de Bertrand Badie et Marie-Claude Smouts (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : les trois précédents, ou au moins Roche et Battistella.

Le livre est né d'un cours donné à Sciences Po, et il attaque frontalement le présupposé qui tient toute la discipline classique : l'idée que les États sont les acteurs principaux et que le reste est du décor. Badie et Smouts font entrer sur la scène les migrations, les religions, les entreprises, les organisations non gouvernementales, les diasporas, et montrent que la souveraineté ressemble de moins en moins à ce que les manuels en disent.

Ce qu'il vous apprend précisément : à ne pas croire ce que vous venez d'apprendre. Après trois livres passés à intégrer une grammaire stato-centrée, vous rencontrez ici l'objection sérieuse, formulée par des gens qui connaissent parfaitement la grammaire en question. C'est le moment où la discipline cesse d'être un catalogue de doctrines et devient une discussion à laquelle vous pouvez participer.

Ce qu'il ne vous apprend pas : les trente dernières années. Le texte date du début des années quatre-vingt-dix, avant le web grand public, avant les réseaux sociaux, avant le retour des guerres interétatiques en Europe. Ses questions ont mieux vieilli que ses exemples, et une partie de ce qu'il annonçait s'est produit autrement que prévu. Lisez-le en tenant le calendrier en tête.

Par où ne pas commencer

C'est la section la plus utile de cet article, et celle que les bibliographies ne font jamais.

Thucydide en intégrale. « La Guerre du Péloponnèse » est citée dans tous les cours d'introduction, à cause d'une trentaine de pages, notamment le dialogue de Mélos, où des Athéniens expliquent posément à des insulaires que les forts font ce qu'ils peuvent et les faibles subissent ce qu'ils doivent. Le texte complet, dans l'édition Folio traduite par Denis Roussel avec une préface de Pierre Vidal-Naquet, fait plus de neuf cents pages de récit militaire grec. Lisez les passages fameux, revenez au reste plus tard, ou jamais.

Les manuels de préparation aux concours. Ils sont conçus pour produire une copie notée, pas une compréhension. Définitions closes, plans en deux parties, listes de dates : vous retiendrez des étiquettes et vous serez incapable de suivre un désaccord entre deux auteurs. Ils sont excellents si vous passez l'épreuve, inutiles sinon.

Les mémoires d'anciens diplomates et d'anciens ministres. Ce sont souvent d'excellents livres, écrits par des gens qui étaient dans la pièce. Ils ont un défaut majeur pour un débutant : ils racontent des décisions du point de vue de celui qui les a prises, et ce point de vue est présenté comme la réalité. Vous n'avez pas encore de quoi voir ce qui manque.

Les essais de prospective sur la décennie qui vient. Ils se vendent bien, ils ont un titre spectaculaire, et ils sont invérifiables au moment de l'achat. Le seul moyen d'en juger est d'aller lire ceux qui ont été publiés il y a quinze ans, exercice salutaire et légèrement cruel.

Enfin, les grands théoriciens anglo-saxons en version originale, Waltz, Keohane, Wendt. Ils sont fondamentaux, et une bonne partie de ce qu'ils apportent vous sera restituée honnêtement par Battistella. Vous irez les lire quand vous saurez précisément quelle question vous leur posez.

Ce que les livres ne feront pas à votre place

Un livre ne vous donnera pas la chronologie. C'est l'obstacle numéro un dans cette discipline, plus encore que la difficulté théorique. Les mêmes cas reviennent en boucle chez tous les auteurs, et si le congrès de Vienne, Sarajevo, Munich, Cuba et 1989 ne vous évoquent rien de précis, chaque démonstration tombera dans le vide. Deux heures passées à réviser une frise du dix-neuvième et du vingtième siècle valent mieux qu'un livre de théorie de plus.

Un livre ne vous donnera pas non plus la contradiction. Un auteur vous convainc parce qu'il est seul à parler. Le remède est de lire deux auteurs qui ne sont pas d'accord sur le même événement, puis d'aller frotter votre lecture à quelqu'un : un séminaire ouvert au public dans une université, une association de relations internationales, un club de lecture d'essais. Beaucoup de villes en ont, et personne n'y demande vos diplômes.

Enfin, aucun livre ne remplace la lecture régulière d'une bonne revue. La discipline vit dans les articles bien plus que dans les ouvrages, et une revue trimestrielle sérieuse vous montre des chercheurs en train de se disputer, ce qu'un manuel ne montre jamais. Les médiathèques municipales en sont souvent abonnées, ce qui règle la question du coût.

Après ces quatre livres

Vous aurez alors une carte des théories, un manuel de référence à consulter, un grand texte fondateur et une objection sérieuse à ce que ce texte présuppose. C'est un bagage inhabituel, et il se remarque immédiatement dans une conversation.

La suite se choisit par question plutôt que par région. Si c'est la guerre qui vous intéresse, allez vers les études de sécurité et la théorie de la dissuasion. Si ce sont les institutions, vers le droit international et l'économie politique internationale. Si c'est la manière dont les États se construisent en interne avant d'agir dehors, notre sélection de livres pour apprendre la science politique prend le relais naturellement. Vous pouvez aussi repérer les collections universitaires disponibles en poche dans le catalogue par auteur, qui aide à voir ce qu'un même chercheur a publié avant et après son livre le plus connu. Et si ce format de parcours ordonné vous convient, le reste de la collection quels livres acheter pour apprendre à fonctionne sur le même principe.

Quelle est la différence entre géopolitique et relations internationales ?

La géopolitique décrit des terrains : un détroit, une frontière, un gisement, une population. Les relations internationales expliquent des mécanismes : pourquoi deux États qui n'ont aucune raison de se craindre finissent par s'armer l'un contre l'autre, à quoi sert une institution multilatérale, comment une norme finit par contraindre un gouvernement. La première vous donne des cas, la seconde vous donne des grilles qui valent pour des cas que vous n'avez pas encore rencontrés.

Par quel livre commencer les relations internationales quand on part de zéro ?

Par « Théories des relations internationales » de Jean-Jacques Roche, chez LGDJ dans la collection Clefs Politique. Cent soixante pages, une présentation ordonnée des grands courants, et surtout un format assez court pour être relu deux fois en un mois. Vous en sortez avec le vocabulaire minimum sans lequel les manuels de référence restent illisibles, réalisme, libéralisme, constructivisme, école anglaise.

Faut-il lire Raymond Aron pour comprendre les relations internationales ?

Pas en premier, mais oui, à un moment. « Paix et guerre entre les nations » reste le grand texte francophone de la discipline, et il fonde une manière de raisonner qui ne se résume pas. Le problème est sa taille, près de huit cents pages, et son ancrage dans la guerre froide. Lu après un manuel, il devient limpide. Lu d'emblée, il donne le sentiment de suivre une conversation dont on n'a pas le début.

Les relations internationales s'apprennent-elles sans base en histoire ?

Difficilement. Les théories se discutent à partir de cas, et les mêmes reviennent en boucle : le congrès de Vienne, 1914, Munich, la crise de Cuba, la chute de l'URSS. Si ces épisodes ne vous évoquent rien de précis, chaque exemple d'un manuel tombera à plat. Une histoire générale du vingtième siècle lue en parallèle vaut mieux qu'un cinquième livre de théorie.

Faut-il apprendre l'anglais pour aller plus loin ?

Pour une culture solide, non. Pour aller au-delà, oui, sans échappatoire. La discipline s'écrit majoritairement en anglais et beaucoup d'auteurs majeurs n'ont jamais été traduits en français, ou l'ont été partiellement. La bonne nouvelle est que l'anglais académique des sciences sociales est un anglais lent et répétitif, nettement plus accessible qu'un roman contemporain.

Un manuel de préparation aux concours peut-il faire l'affaire ?

Il fait très bien l'affaire pour un concours et très mal pour comprendre. Ces ouvrages découpent la matière en fiches mémorisables, avec des définitions closes et des plans en deux parties. Vous retenez des étiquettes sans jamais voir un raisonnement se déployer. Si vous ne passez pas d'épreuve, prenez un manuel universitaire qui argumente, même s'il est deux fois plus long.

Combien de temps pour avoir des bases sérieuses ?

Comptez six mois à raison de deux ou trois heures par semaine pour les quatre livres de ce parcours, en acceptant de relire. La discipline demande peu de mémorisation et beaucoup de recul. Le signe que ça fonctionne n'est pas de retenir des dates, c'est de lire un article de presse sur une négociation et de repérer tout seul quelle grille théorique le journaliste applique sans le dire.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

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