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Quels livres pour apprendre la géopolitique ? 5 titres dans l'ordre où les lire

Un parcours en cinq livres pour apprendre la géopolitique par les cadres d'analyse durables plutôt que par les essais d'actualité, avec ce qu'il ne faut pas acheter en premier.

L'équipe Relit9 min de lecture

Les livres de ce parcours, dans l'ordre

SélectionPourquoiAcheter
La géopolitique. 50 fiches pour comprendre l'actualitéPascal BonifaceVoir La géopolitique. 50 fiches pour comprendre l'actualité, de Pascal Boniface à la Fnac (lien affilié)
La géographie, ça sert, d'abord, à faire la guerreYves LacosteVoir La géographie, ça sert, d'abord, à faire la guerre, de Yves Lacoste à la Fnac (lien affilié)
Prisonniers de la géographie. Quand la géographie est plus forte que l'histoireTim MarshallVoir Prisonniers de la géographie. Quand la géographie est plus forte que l'histoire, de Tim Marshall à la Fnac (lien affilié)
Grammaire des civilisationsFernand BraudelVoir Grammaire des civilisations, de Fernand Braudel à la Fnac (lien affilié)
Or noir. La grande histoire du pétroleMatthieu AuzanneauVoir Or noir. La grande histoire du pétrole, de Matthieu Auzanneau à la Fnac (lien affilié)

Quels livres pour apprendre la géopolitique ?

Le rayon géopolitique d'une librairie a une particularité que peu de rayons partagent : la moitié de ce qui s'y trouve sera périmé dans trois ans. Les essais écrits dans l'urgence d'une crise, les analyses publiées six mois après le début d'une guerre, les prospectives sur la décennie qui vient, tout cela se vend très bien et vieillit très mal. Vous en avez probablement déjà acheté un, et vous ne l'avez sans doute pas rouvert.

Autant le dire tout de suite, parce que c'est la seule chose vraiment utile à savoir avant de choisir : apprendre la géopolitique par l'actualité est le plus sûr moyen de ne rien apprendre du tout. Ce qui dure, ce sont les cadres. La géographie physique n'a pas bougé depuis un siècle. Les routes commerciales se déplacent lentement. La dépendance d'un pays à son pétrole ou à son blé se mesure en décennies. Un lecteur qui maîtrise ces cadres comprend une crise nouvelle en trois jours de presse. Un lecteur qui a lu quinze essais d'actualité recommence à zéro à chaque fois.

Voici cinq livres, dans un ordre, qui construisent ces cadres.


Premier livre : Pascal Boniface, « La géopolitique »

Pascal Boniface, « La géopolitique. 50 fiches pour comprendre l'actualité » (Eyrolles, régulièrement remis à jour, plus de 180 000 exemplaires vendus) Voir à la FnacLa géopolitique. 50 fiches pour comprendre l'actualité, de Pascal Boniface (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis.

Boniface dirige l'Institut de relations internationales et stratégiques, l'IRIS, et il écrit depuis trente ans pour des gens qui ne sont pas du métier. Le livre est découpé en fiches de quatre à six pages, chacune consacrée à une notion, une zone ou un acteur. Vous pouvez le lire dans l'ordre ou piocher.

Ce qu'il vous apprend précisément : le vocabulaire et les repères. Ce que veut dire un État failli, ce qu'est une puissance moyenne, pourquoi on parle de l'Arctique depuis quinze ans, où passent les câbles sous-marins. C'est la strate de connaissances que tous les autres livres supposent acquise sans jamais l'expliquer.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à raisonner. Les fiches donnent des états des lieux, pas des méthodes. Et comme le livre est mis à jour à chaque édition, les fiches les plus récentes sont aussi celles qui vieilliront le plus vite. Lisez-les, mais ne les retenez pas comme des vérités durables.

Deuxième livre : Yves Lacoste, « La géographie, ça sert, d'abord, à faire la guerre »

Yves Lacoste, « La géographie, ça sert, d'abord, à faire la guerre » (Maspero, 1976, réédition augmentée à La Découverte en 2012) Voir à la FnacLa géographie, ça sert, d'abord, à faire la guerre, de Yves Lacoste (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis, mais se lit mieux après Boniface.

Lacoste a fondé la revue Hérodote et, à peu près à lui seul, réinstallé le mot géopolitique dans le vocabulaire français d'après-guerre, où il traînait une réputation exécrable pour cause de compromission allemande. Le titre est un slogan, le contenu est une démonstration : la géographie enseignée à l'école, celle des reliefs et des productions agricoles, a été soigneusement vidée de sa dimension stratégique, alors qu'elle a toujours été un savoir de commandement.

Ce qu'il vous apprend précisément : à lire une carte comme un instrument de pouvoir et non comme une illustration. Après ce livre, vous ne regardez plus une frontière de la même manière. Vous vous demandez qui l'a tracée, contre qui, et ce qu'elle coupe.

Ce qu'il ne vous apprend pas : l'état du monde actuel. Le texte date de 1976 et ses exemples aussi, notamment le Vietnam. C'est sans importance : vous ne le lisez pas pour les faits, vous le lisez pour la méthode. C'est le livre le plus formateur de cette liste.

Troisième livre : Tim Marshall, « Prisonniers de la géographie »

Tim Marshall, « Prisonniers de la géographie. Quand la géographie est plus forte que l'histoire » (JC Lattès, 2018, traduit de l'anglais par Ariane Fornia) Voir à la FnacPrisonniers de la géographie. Quand la géographie est plus forte que l'histoire, de Tim Marshall (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : les deux livres précédents, ou un bon niveau de culture générale.

Dix chapitres, dix cartes. Marshall a été correspondant à l'étranger pendant vingt-cinq ans pour Sky News, et il raconte plutôt qu'il ne théorise. Pourquoi la Russie s'inquiète de la plaine d'Europe du Nord, pourquoi la Chine tient au Tibet, pourquoi l'Inde et le Pakistan restent bloqués sur un massif montagneux, pourquoi l'Afrique a si peu de fleuves navigables jusqu'à la mer.

Ce qu'il vous apprend précisément : à faire le lien entre un relief et une décision politique. C'est exactement l'exercice que Lacoste réclame, appliqué au monde contemporain, dans une écriture de journaliste qui se lit vite.

Une réserve, et elle est sérieuse : Marshall pousse le déterminisme géographique bien plus loin que ne le feraient la plupart des géographes universitaires. À le lire seul, on croirait que les montagnes décident de tout et les hommes de rien. Lu après Lacoste, il devient un excellent exercice d'application. Lu en premier, il donne une vision mécanique du monde dont on met des années à se défaire. L'ordre compte ici plus qu'ailleurs.

Quatrième livre : Fernand Braudel, « Grammaire des civilisations »

Fernand Braudel, « Grammaire des civilisations » (Arthaud, 1987, repris chez Flammarion dans la collection Champs) Voir à la FnacGrammaire des civilisations, de Fernand Braudel (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : de la patience, et l'envie de sortir de l'actualité.

Le texte a une histoire curieuse. Braudel l'avait écrit en 1963 pour un manuel scolaire de terminale, « Le Monde actuel, histoire et civilisation », qui n'a jamais vraiment pris dans les classes. Il a été republié seul en 1987, deux ans après la mort de son auteur, et il est devenu un classique.

Ce qu'il vous apprend précisément : le temps long. Braudel a passé sa vie à démontrer que les événements comptent moins que les structures qui les portent, et il applique ici cette idée à l'islam, à la Chine, à l'Inde, à l'Afrique, à l'Europe, à l'Amérique. Vous en sortez avec une notion durable, celle d'aire de civilisation, qui explique une bonne part de ce que les analyses d'actualité présentent comme des surprises.

Ce qu'il ne vous apprend pas : les soixante dernières années, forcément. Certaines pages ont mal vieilli, notamment sur les décolonisations en cours au moment de l'écriture. Vous le lisez pour l'échelle de temps, pas pour la mise à jour. Si vous aimez cette manière de penser, prolongez avec notre sélection de livres pour apprendre l'histoire.

Cinquième livre : Matthieu Auzanneau, « Or noir »

Matthieu Auzanneau, « Or noir. La grande histoire du pétrole » (La Découverte, 2015, environ 715 pages) Voir à la FnacOr noir. La grande histoire du pétrole, de Matthieu Auzanneau (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : les quatre étapes précédentes, ou l'équivalent.

Trente chapitres, un siècle et demi, une seule question : qu'est-ce que le pétrole a fait à la politique mondiale. Auzanneau dirige le Shift Project et a été journaliste d'enquête. Le livre a reçu en 2016 le prix spécial de l'Association des économistes de l'énergie.

Ce qu'il vous apprend précisément : que l'énergie est une variable géopolitique de premier rang, et pas un dossier technique annexe. Le cartel des grandes compagnies anglo-saxonnes, la naissance de l'Arabie saoudite moderne, les chocs pétroliers, l'Irak, le gaz de schiste américain : le fil se déroule sans que l'auteur ait besoin de forcer sa thèse.

Ce qu'il ne vous apprend pas : la suite. Le livre s'arrête au milieu des années 2010, avant la bascule accélérée sur les métaux critiques et les chaînes d'approvisionnement des renouvelables. La grille reste valable, il faudra la prolonger vous-même.

Par où ne pas commencer

C'est la section qui vous fera gagner le plus d'argent et de soirées.

Les essais sur une guerre en cours. Ils se vendent par dizaines de milliers d'exemplaires dans les mois qui suivent le déclenchement d'un conflit, ils sont écrits vite, avec des sources incomplètes, et ils sont invérifiables au moment où vous les lisez. Un an plus tard, la moitié de leurs hypothèses sont tombées. Suivez ces sujets par la presse spécialisée et les revues, pas par des livres.

« Le Choc des civilisations » de Samuel Huntington (Odile Jacob, 1997). Le livre est devenu un passage obligé dans les bibliographies, et il est régulièrement démoli par les spécialistes depuis trente ans, notamment pour sa manière de traiter des ensembles culturels comme des acteurs unifiés. Ce n'est pas une raison pour ne jamais le lire, c'en est une pour ne pas le lire en premier. Vous n'auriez rien pour le contredire.

« Diplomatie » de Henry Kissinger (Fayard, 1996). Un très gros livre, brillamment écrit, par un homme qui raconte un monde dont il a été l'un des acteurs et dont il défend implicitement les choix. C'est passionnant à condition de savoir déjà de quoi il parle. Sinon, vous prenez un point de vue pour un panorama.

Les atlas géopolitiques annuels, à acheter chaque année. Ils sont excellents en consultation et absurdes en collection. Empruntez-les en médiathèque, ou consultez la dernière édition disponible sans en faire une ligne budgétaire.

Enfin, les classiques fondateurs en version originale : Mackinder, Mahan, Spykman. Ils reviennent dans toutes les bibliographies sérieuses, ils ont fondé la discipline, et ils sont pratiquement illisibles pour un débutant. Ce qu'ils ont apporté vous sera résumé correctement par n'importe lequel des cinq livres ci-dessus.

Ce que les livres ne feront pas à votre place

Un livre ne vous apprendra pas la carte. C'est banal et c'est pourtant l'obstacle numéro un. Beaucoup de lecteurs suivent une démonstration sur le Bosphore, la mer Noire et la flotte russe sans avoir la moindre image mentale de l'endroit, et n'en retiennent rien. Gardez une carte ouverte à côté du livre. Cherchez chaque lieu cité. Cet unique réflexe change davantage votre compréhension que trois ouvrages supplémentaires.

Un livre ne vous donnera pas non plus la contradiction. La géopolitique est un domaine où les auteurs ont des positions, parfois des engagements, souvent une nationalité qui se voit dans l'analyse. Un Américain, un Français et un Indien ne racontent pas la même mer de Chine. Le seul remède est de lire deux auteurs qui ne sont pas d'accord sur le même sujet, puis d'aller écouter des gens qui vous répondent : un séminaire, une conférence de l'IRIS ou d'un institut universitaire, une association qui organise des débats dans votre ville.

Enfin, aucun livre ne remplace une langue. Si une région vous passionne vraiment, apprendre à lire sa presse dans sa langue vous apportera plus que dix ouvrages traduits. C'est un effort considérable, et c'est honnêtement la frontière entre l'amateur cultivé et quelqu'un qui sait de quoi il parle.

Après ces cinq livres

Vous aurez alors le vocabulaire, une méthode de lecture des cartes, une application concrète, une échelle de temps longue et un cas d'école sur les ressources. C'est une base solide, et elle vous rendra les journaux beaucoup plus intéressants.

La suite se choisit par région plutôt que par thème. Prenez la zone qui vous a le plus accroché et creusez-la sérieusement pendant quelques mois, plutôt que de survoler la planète. Vous pouvez repérer les collections dédiées en parcourant les genres du catalogue, où les essais de géopolitique voisinent avec l'histoire contemporaine. Et si cette manière d'apprendre par un parcours ordonné vous convient, le reste de la collection quels livres acheter pour apprendre à fonctionne sur le même principe, notamment pour apprendre l'économie, discipline voisine où le tri entre le sérieux et le bavardage se pose tout autant.

Par quel livre commencer la géopolitique quand on part de zéro ?

Par « La géopolitique. 50 fiches pour comprendre l'actualité » de Pascal Boniface, chez Eyrolles. Le format en fiches courtes vous donne le vocabulaire, les acteurs et les zones de tension sans supposer que vous savez déjà quelque chose. Vous le lisez en une semaine, et il vous sert ensuite de dictionnaire quand un nom de détroit ou de traité vous échappe dans un autre livre.

Faut-il acheter des livres sur les conflits en cours ?

Le moins possible au début. Un essai écrit six mois après le déclenchement d'une guerre repose sur des informations partielles, et il vieillit en deux ans. Les cadres d'analyse, eux, tiennent trente ans : la géographie physique, la démographie, les routes commerciales, la dépendance énergétique. Lisez d'abord ces cadres, puis suivez l'actualité par la presse et les revues plutôt que par des livres qui arrivent trop tard.

Quelle différence entre géopolitique et relations internationales ?

La géopolitique part du territoire : où se trouvent les montagnes, les fleuves, les ports en eau profonde, les gisements, les populations. Les relations internationales partent des acteurs et des institutions : États, organisations, traités, doctrines diplomatiques. Les deux se recoupent largement, mais un livre de relations internationales vous parlera de l'ONU et un livre de géopolitique vous parlera du détroit d'Ormuz. Commencez par le second, il est plus concret.

Les atlas et les cartes sont-ils utiles pour débuter ?

Ils sont même indispensables. La plupart des lecteurs qui abandonnent un livre de géopolitique le font parce qu'ils ne visualisent pas ce qui est décrit. Gardez une carte du monde sous les yeux pendant vos lectures, papier ou écran, et repérez systématiquement les lieux cités. Les atlas thématiques annuels sont pratiques pour l'actualité mais périment vite, alors empruntez-les plutôt que de les collectionner.

Le « Choc des civilisations » de Huntington est-il un bon point de départ ?

Non, malgré sa réputation. Le livre, paru chez Odile Jacob en 1997, propose une grille de lecture par blocs culturels qui a été très largement contestée par les spécialistes depuis trente ans. Le lire en premier revient à adopter une thèse sans avoir de quoi la discuter. Lisez-le plus tard, quand vous aurez de quoi voir ce qu'il force et ce qu'il éclaire malgré tout.

Combien de temps faut-il pour comprendre une région du monde ?

Comptez deux ou trois mois de lecture régulière pour une région, à condition de combiner un livre de fond, une carte et un suivi de presse sérieux. Le piège est de vouloir couvrir la planète en même temps. Prenez une zone qui vous intéresse vraiment, le Sahel, la mer de Chine ou le Caucase, et creusez-la jusqu'à reconnaître les noms sans effort. Le reste s'apprend ensuite plus vite, parce que vous aurez la méthode.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. La sélection est faite indépendamment.

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