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Quels livres pour apprendre l'histoire quand on n'a rien retenu du lycée ?

Cinq livres dans un ordre précis pour reprendre l'histoire à l'âge adulte, le récit d'abord et la méthode ensuite, avec les ouvrages à ne surtout pas acheter en premier.

L'équipe Relit8 min de lecture

Quels livres pour apprendre l'histoire ?

Vous avez fait de l'histoire pendant sept ans au collège et au lycée, et il vous reste 1515, une vague idée de la Révolution et une confusion durable entre les deux guerres mondiales. C'est le cas de presque tout le monde, y compris de gens très cultivés par ailleurs.

Ce n'est pas un problème de mémoire. C'est que l'histoire scolaire vous a donné des morceaux sans jamais vous donner le fil qui les relie, et qu'un morceau sans fil ne tient pas. Voici cinq livres, dans un ordre précis, qui reconstruisent ce fil. Le récit d'abord, la méthode ensuite, jamais l'inverse.


Le problème n'est pas votre mémoire, c'est l'ordre d'attaque

La plupart des gens qui décident de s'y remettre commencent par le plus gros ou le plus prestigieux. Une histoire de France en dix volumes, un manuel de classe préparatoire, un pavé de six cents pages sur la Rome antique. Ils abandonnent au tiers du premier volume, et concluent qu'ils ne sont pas faits pour ça.

Ils sont faits pour ça. Ils ont juste commencé par un livre qui suppose déjà connu ce qu'ils venaient chercher. Un ouvrage spécialisé est écrit pour quelqu'un qui possède la carte générale et veut zoomer sur une région. Si vous n'avez pas la carte, le zoom ne vous montre rien d'utilisable.

L'ordre qui fonctionne est le suivant : une charpente mondiale, puis un livre qui vous fait entrer physiquement dans une époque, puis un livre qui vous montre comment on tranche une controverse, et seulement à la fin un livre de méthode. Autrement dit, on apprend à aimer l'histoire avant d'apprendre comment elle se fabrique.

Le premier livre : Gombrich, pour poser la charpente

Ernst Gombrich, « Brève histoire du monde » (Hazan, traduction d'Anne Georges) Voir à la FnacBrève histoire du monde, de Ernst Gombrich (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Écrit en allemand en 1935 par un historien de l'art viennois de vingt-six ans, à destination de jeunes lecteurs, en quelques semaines et sur commande. Gombrich l'a revu lui-même bien plus tard, et il en a fait retirer la dernière partie qu'il jugeait datée.

Niveau requis : aucun. C'est précisément l'intérêt.

Ce que vous y gagnez : quarante chapitres courts qui vont de la préhistoire au vingtième siècle, écrits comme on raconte à quelqu'un assis en face de soi. Vous ne retiendrez pas les dates. Vous retiendrez l'enchaînement, ce qui est infiniment plus précieux, parce que les dates se retrouvent en dix secondes alors que l'enchaînement, non.

Le livre a un défaut que je préfère annoncer : il est daté sur plusieurs points, notamment sur le monde non européen, traité vite. Lisez-le en sachant que vous corrigerez plus tard. Un premier livre n'a pas à être définitif, il a à donner envie du deuxième.

Ensuite la France, mais par fragments

Patrick Boucheron (dir.), « Histoire mondiale de la France » (Seuil, 2017) Voir à la FnacHistoire mondiale de la France, de Patrick Boucheron (dir.) (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Cent quarante-six dates, cent quarante-six textes courts, chacun écrit par un spécialiste différent, de la grotte Chauvet à 2015. Le livre a fait polémique à sa sortie, accusé par certains de dissoudre le roman national, ce qui lui a valu une publicité considérable et un vrai succès de librairie.

Niveau requis : la charpente de Gombrich, rien de plus.

Ce qu'il vous apprend : que l'histoire de France n'a jamais été un long fleuve intérieur. Chaque entrée part d'une date et montre le fil qui relie ce moment au reste du monde, la présence grecque à Marseille, l'or africain, les modèles italiens, les révoltes coloniales. Vous lisez cinq pages, vous fermez, vous reprenez le lendemain. Le format court est un cadeau pour quelqu'un qui reprend l'habitude.

Son autre mérite est de vous montrer, sans discours de méthode, à quoi ressemble l'histoire écrite aujourd'hui par les chercheurs. Vous verrez la différence avec ce qu'on vous a enseigné, et cette différence est instructive en soi.

Le livre qui vous fait entrer dans un monde

À ce stade, vous avez des cadres. Il vous manque la sensation, et sans elle rien ne tient longtemps.

Emmanuel Le Roy Ladurie, « Montaillou, village occitan de 1294 à 1324 » (Gallimard, 1975, collection Bibliothèque des histoires, 642 pages) Voir à la FnacMontaillou, village occitan de 1294 à 1324, de Emmanuel Le Roy Ladurie (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). L'historien exploite les registres d'inquisition de Jacques Fournier, évêque de Pamiers devenu pape à Avignon, qui interrogea pendant des années les habitants d'un village de montagne ariégeois soupçonnés de catharisme.

Niveau requis : de la patience, pas de connaissances.

Ce que vous en tirez : vous savez comment ces gens dormaient, ce qu'ils pensaient de la mort, qui couchait avec qui, comment on gardait les moutons, ce que valait la parole d'un berger. C'est un livre épais et parfois répétitif, et c'est aussi l'un des rares ouvrages d'histoire qui donne l'impression physique d'avoir habité une époque. Après Montaillou, le Moyen Âge cesse d'être un décor.

Si l'idée d'un pavé vous décourage, sachez qu'il se lit très bien par chapitres thématiques, dans l'ordre que vous voulez. Ce n'est pas une intrigue, c'est une enquête.

Comment un historien tranche une question

Christopher Clark, « Les Somnambules. Été 1914 : comment l'Europe a marché vers la guerre » (Flammarion, 2013, traduction de Marie-Anne de Béru) Voir à la FnacLes Somnambules. Été 1914 : comment l'Europe a marché vers la guerre, de Christopher Clark (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). L'historien australien de Cambridge reprend la question la plus débattue du vingtième siècle, celle des responsabilités du déclenchement de 1914, et refuse de désigner un coupable unique. Le livre a reçu le prix Aujourd'hui et le Prix du livre d'histoire de l'Europe.

Niveau requis : réel. C'est votre quatrième livre, pas votre premier.

Son utilité pédagogique dépasse son sujet. Vous voyez un historien travailler en direct : accumuler les sources diplomatiques, discuter les interprétations concurrentes, expliquer pourquoi telle thèse largement admise ne résiste pas aux archives serbes. Vous comprenez enfin que l'histoire n'est pas une liste de faits établis, mais une discipline où l'on argumente.

C'est aussi le moment où vous devriez choisir une période et creuser. Cela peut être 1914, la Chine des Song ou la décolonisation, peu importe. La curiosité durable naît d'une obsession particulière, jamais d'un survol général.

La méthode, en dernier et pas en premier

Marc Bloch, « Apologie pour l'histoire ou Métier d'historien » (Armand Colin, 1949) Voir à la FnacApologie pour l'histoire ou Métier d'historien, de Marc Bloch (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Bloch, cofondateur des Annales, a écrit ce texte entre 1940 et 1943 dans la clandestinité, sans bibliothèque, sans ses notes. Il ne l'a pas terminé : il a été fusillé par la Gestapo en juin 1944, et c'est Lucien Febvre qui l'a publié après la guerre.

Niveau requis : les quatre livres précédents, ou une vraie curiosité pour la question « comment sait-on ce qu'on croit savoir ».

Cent dix pages, et la meilleure réponse jamais écrite à la question que pose un enfant : à quoi ça sert, l'histoire ? Bloch y explique la critique des sources, l'usage des témoignages involontaires, le danger de juger le passé avec nos catégories. Le livre est bref, il est inachevé, et le contexte de son écriture le rend bouleversant sans qu'il cherche jamais à l'être.

Si vous voulez un texte plus systématique et plus récent, prenez plutôt les « Douze leçons sur l'histoire » d'Antoine Prost (Seuil, 1996, réédité en Points avec des chapitres ajoutés), issues de cours donnés en première année à la Sorbonne. C'est le manuel de méthode le plus clair en français.

Par où ne pas commencer, même si on vous le recommande

Une histoire de France en dix ou treize volumes est le meilleur moyen d'arrêter. La collection dirigée par Joël Cornette chez Belin est remarquable, chaque tome est écrit par un grand spécialiste, et c'est exactement pour cela qu'elle est inadaptée à un débutant : ces volumes de sept à huit cents pages sont conçus pour être consultés par quelqu'un qui possède déjà les repères. Vous les achèterez, vous en lirez deux cents pages, ils resteront alignés dans votre bibliothèque comme un reproche.

Même remarque pour les grandes fresques anciennes, Michelet en tête. On ne commence pas par Michelet, on y revient quand on sait déjà de quoi il parle et pourquoi il en parle ainsi.

Deuxième piège, plus courant aujourd'hui : « Sapiens » de Yuval Noah Harari (Albin Michel, 2015, traduction de Pierre-Emmanuel Dauzat). C'est un livre brillant, très bien construit, et c'est un mauvais premier livre d'histoire. Harari synthétise à toute vitesse des débats scientifiques qui ne sont pas clos, et il présente ses paris comme des conclusions. Un lecteur qui a des repères le lit avec profit et discute avec lui. Un lecteur qui part de zéro en sort avec des certitudes fragiles qu'il croira acquises pendant dix ans.

Troisième piège, celui des livres d'histoire écrits par des gens qui ne sont pas historiens : essayistes, polémistes, journalistes pressés. Le test est simple et rapide. Regardez s'il y a un appareil de notes, si les sources sont citées, si l'auteur mentionne les travaux avec lesquels il est en désaccord. Un livre d'histoire qui ne cite personne raconte une opinion.

Ce qu'aucun de ces livres ne fera à votre place

Ils ne vous donneront pas de chronologie. La chronologie s'acquiert par la répétition et par le hasard des lectures, pas par un effort de mémorisation. Au bout de quatre ou cinq livres, vous situerez naturellement Charles Quint par rapport à François Ier, sans jamais l'avoir appris.

Ils ne remplaceront pas le terrain. Une journée dans un musée d'archéologie bien fait, une visite d'abbaye avec un guide compétent, une exposition aux Archives nationales vous apprendront des choses qu'aucun livre ne transmet, parce que l'échelle et la matière ne se décrivent pas. Les documentaires sérieux jouent le même rôle, à condition de vérifier qui les a écrits.

Ils ne remplaceront pas non plus la conversation. L'histoire est une discipline de controverse, et lire seul pendant deux ans produit des convictions qui n'ont jamais été frottées à personne. Un club de lecture, un cours du soir, une université populaire, une revue comme L'Histoire ou les Cahiers d'histoire changent la nature de ce que vous lisez.

Et après ces cinq livres

Vous n'aurez pas appris l'histoire. Vous aurez arrêté d'en avoir peur, ce qui est le seul objectif réaliste d'une première année.

La suite se choisit sur une obsession, pas sur un programme. Suivez la question qui vous a le plus agacé, celle sur laquelle vous vous êtes surpris à chercher davantage. C'est de là que naissent les bibliothèques cohérentes, jamais d'une liste de lectures recommandées. Pour prolonger, les cadres d'analyse de la géopolitique sont le complément naturel d'une culture historique, et les autres domaines de la collection fonctionnent sur le même principe de progression. Notre catalogue par genres permet aussi de circuler entre histoire, récit et essai sans se limiter à un rayon.

Par quel livre commencer quand on part vraiment de zéro ?

Par « Brève histoire du monde » d'Ernst Gombrich, traduit de l'allemand par Anne Georges et publié chez Hazan. Il a été écrit en 1935 pour de jeunes lecteurs, il tient en une quarantaine de courts chapitres et il raconte l'histoire humaine comme une suite d'épisodes reliés. Vous n'apprendrez pas de dates par cœur, vous obtiendrez une charpente mentale sur laquelle tout le reste viendra se fixer.

Faut-il commencer par l'histoire de France ou par l'histoire du monde ?

Par le monde, sans hésiter. L'histoire de France apprise seule donne une impression de continuité artificielle, comme si le pays avait toujours existé et regardé les autres de loin. Une fois que vous savez situer l'Empire romain, la Chine des Han, l'islam médiéval et les empires coloniaux les uns par rapport aux autres, la France redevient ce qu'elle est, un morceau d'un ensemble.

Est-ce que « Sapiens » de Yuval Noah Harari est un bon livre pour apprendre l'histoire ?

C'est un excellent livre de synthèse et un mauvais premier livre. Harari raconte formidablement bien, mais il tranche des débats que les spécialistes n'ont pas tranchés, et un lecteur débutant n'a aucun moyen de repérer où il extrapole. Lisez-le en troisième ou quatrième position, quand vous aurez de quoi discuter avec lui plutôt que de le croire sur parole.

Combien de temps faut-il pour se remettre à l'histoire sérieusement ?

Comptez une année à raison d'un livre tous les deux mois, ce qui est un rythme lent et tenable. Cinq à six ouvrages bien choisis en douze mois vous donneront plus de repères solides que quinze livres avalés en trois mois puis oubliés. La différence tient au temps de sédimentation entre deux lectures, pas au nombre de pages lues.

Faut-il prendre des notes en lisant un livre d'histoire ?

Oui, mais pas des résumés. Notez trois choses : les dates qui vous servent de bornes, les mots que vous ne connaissiez pas, et les moments où vous n'êtes pas d'accord avec l'auteur. Ce troisième point est le plus utile à long terme, parce qu'il transforme une lecture passive en discussion, et que la mémoire retient beaucoup mieux ce qui a été discuté.

Les livres d'histoire vulgarisés valent-ils les manuels universitaires ?

Pour un adulte qui reprend seul, oui, et souvent mieux. Un manuel universitaire est écrit pour accompagner un cours et suppose un enseignant qui hiérarchise. Un bon livre de vulgarisation écrit par un historien reconnu, comme Gombrich ou Christopher Clark, fait ce travail de hiérarchisation à votre place. Le piège est ailleurs, dans les livres d'histoire écrits par des non-historiens.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

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