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Quels livres pour apprendre le zéro déchet ? 4 titres sans effet vitrine

Quatre livres dans l'ordre pour réduire ses déchets sans tout changer d'un coup, celui qu'il ne faut surtout pas ouvrir en premier, et ce qu'aucun bocal ne réglera.

L'équipe Relit9 min de lecture

Les livres de ce parcours, dans l'ordre

LivrePourquoiAcheter
Famille (presque) zéro déchet, Ze guideJérémie Pichon et Bénédicte MoretVoir Famille (presque) zéro déchet, Ze guide, de Jérémie Pichon et Bénédicte Moret à la Fnac (lien affilié)
Zéro déchetBéa JohnsonVoir Zéro déchet, de Béa Johnson à la Fnac (lien affilié)
Zéro plastique zéro toxiqueAline GubriVoir Zéro plastique zéro toxique, de Aline Gubri à la Fnac (lien affilié)
Recyclage : le grand enfumage. Comment l'économie circulaire est devenue l'alibi du jetableFlore BerlingenVoir Recyclage : le grand enfumage. Comment l'économie circulaire est devenue l'alibi du jetable, de Flore Berlingen à la Fnac (lien affilié)

Quels livres pour apprendre le zéro déchet ?

Il y a un scénario qui se répète. Vous feuilletez un livre magnifique, tout est en verre et en lin, les enfants sourient, la poubelle annuelle tient dans un bocal à confiture. Vous achetez trente bocaux, deux filets à provisions et un lombricomposteur le samedi suivant. Trois semaines plus tard, la cuisine est encombrée, le vrac est à quarante minutes de chez vous, les vers sont morts, et vous en avez tiré la conclusion que ce mode de vie n'est pas fait pour vous.

C'est l'effet vitrine, et beaucoup de livres du rayon l'alimentent involontairement. Ils montrent un point d'arrivée et sautent le chemin. Voici quatre livres dans un ordre qui fait l'inverse, avec pour chacun ce qu'il apporte et ce qu'il ne fera pas. Vous ne trouverez ici aucune injonction à la perfection, et il n'y en aura pas non plus dans les pages recommandées.


Deux erreurs de départ qui expliquent presque tous les abandons

La première consiste à tout attaquer en même temps. Cuisine, salle de bain, entretien, garde-robe, compost, courses en vrac : cinq chantiers ouverts le même mois, aucun terminé, et le sentiment très net d'avoir compliqué sa vie sans rien gagner. Les foyers qui tiennent dans la durée ont presque tous procédé pièce par pièce, en laissant chaque habitude s'installer avant d'ouvrir la suivante.

La seconde est de confondre le zéro déchet avec un achat. Remplacer trente produits jetables par trente versions durables, c'est trente achats de plus, souvent avant même d'avoir vérifié qu'on s'en servira. La règle la plus rentable du mouvement est aussi la moins photogénique : refuser d'abord, réduire ensuite, et n'acheter du réutilisable qu'une fois que l'usage est confirmé.

Les deux livres suivants tiennent compte de cela. Le troisième s'apprécie mieux quand on a déjà commencé, et le quatrième change carrément d'échelle.

Premier livre : Jérémie Pichon et Bénédicte Moret, « Famille (presque) zéro déchet »

Jérémie Pichon et Bénédicte Moret, « Famille (presque) zéro déchet, Ze guide » (Thierry Souccar Éditions, 2016, préface de Nicolas Hulot, nouvelle édition en octobre 2024) Voir à la FnacFamille (presque) zéro déchet, Ze guide, de Jérémie Pichon et Bénédicte Moret (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis.

Le mot le plus important du titre est entre parenthèses. Pichon travaillait dans le milieu associatif environnemental, Moret est illustratrice, ils vivent près de Bayonne avec leurs deux enfants, et ils ont raconté leur passage au zéro déchet en assumant les ratés. Le livre dit ce qu'ils ont abandonné, ce qui leur a coûté trop de temps, ce qui a fait râler les enfants. Les dessins de Bénédicte Moret font une partie du travail : on ne culpabilise pas devant un croquis rigolard.

Ce qu'il vous apprend précisément : par où commencer et dans quel ordre. L'ouvrage est organisé par domaine, les courses, la cuisine, l'entretien, l'hygiène, les cosmétiques, les vêtements, le jardin, le bricolage, les fêtes, ce qui vous permet d'en prendre un seul et de laisser le reste. Les alternatives proposées sont testées, pas théoriques, et les auteurs disent quand une recette maison ne vaut pas le coup.

Ce qu'il ne vous apprend pas : la méthode d'ensemble. C'est un guide d'expérience, généreux et bavard, pas un système. Pour le système, il faut le livre suivant, et dans cet ordre plutôt que l'inverse.

Deuxième livre : Béa Johnson, « Zéro déchet »

Béa Johnson, « Zéro déchet » (Les Arènes, 2013, traduit de l'anglais par Laure Motet, environ quatre cents pages, traduction de « Zero Waste Home ») Voir à la FnacZéro déchet, de Béa Johnson (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : avoir déjà changé au moins une habitude.

C'est le livre fondateur du mouvement en France, et sa force est méthodologique. Johnson, française installée en Californie, y formule les cinq règles qui structurent depuis tout le reste : refuser, réduire, réutiliser, recycler, composter, dans cet ordre précis, la hiérarchie important autant que la liste. Comprendre pourquoi le recyclage arrive en quatrième position vous fera plus de bien que trente astuces.

Ce qu'il vous apprend précisément : à raisonner par flux plutôt que par objet. Vous cesserez de chercher une alternative pour chaque produit et vous commencerez à vous demander pourquoi ce produit entre chez vous. Le livre contient par ailleurs une masse d'astuces domestiques concrètes, dont beaucoup restent valables treize ans plus tard.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à composer avec la vraie vie. Le foyer décrit est celui d'une famille aisée, dans une région où le vrac est facile, avec des standards esthétiques élevés et un temps disponible que tout le monde n'a pas. Lu en premier, ce livre décourage plus qu'il ne lance. Lu en deuxième, quand vous avez déjà une victoire derrière vous, il devient un outil de structuration. C'est une opinion tranchée, je l'assume : le bocal de déchets annuels a fait autant de mal que de bien au mouvement.

Troisième livre : Aline Gubri, « Zéro plastique zéro toxique »

Aline Gubri, « Zéro plastique zéro toxique » (Thierry Souccar Éditions, décembre 2017, cent quatre-vingt-douze pages, illustrations de Bénédicte Moret) Voir à la FnacZéro plastique zéro toxique, de Aline Gubri (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : les deux étapes précédentes, ou six mois de pratique.

Gubri tenait le blog Consommons sainement quand elle a écrit ce livre, très jeune, et l'angle est plus étroit que celui des deux précédents : le plastique et les substances problématiques du quotidien. C'est justement ce qui le rend utile en troisième position, quand les grandes décisions sont prises et qu'il reste les points durs.

Ce qu'il vous apprend précisément : où le plastique se cache là où vous ne le voyez plus, et par quoi le remplacer sans y passer vos dimanches. Salle de bain, produits d'entretien, conservation des aliments, la centaine d'alternatives et de recettes est classée par difficulté. L'entrée par la santé, et pas seulement par les déchets, donne aussi un second motif de continuer les jours où l'écologie seule ne suffit pas à motiver.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à trier ses sources. Le rayon du « fait maison » est envahi de recettes recopiées sans vérification, et certaines sont franchement risquées, notamment tout ce qui touche aux huiles essentielles chez les enfants et les femmes enceintes, ou les mélanges de produits ménagers. Gubri est plus prudente que la moyenne, mais gardez le réflexe de recouper toute recette avant de la faire, comme le rappelle notre sélection pour apprendre la savonnerie, où la chimie ne pardonne pas l'approximation.

Quatrième livre : Flore Berlingen, « Recyclage : le grand enfumage »

Flore Berlingen, « Recyclage : le grand enfumage. Comment l'économie circulaire est devenue l'alibi du jetable » (Rue de l'échiquier, 2020, cent vingt-cinq pages) Voir à la FnacRecyclage : le grand enfumage. Comment l'économie circulaire est devenue l'alibi du jetable, de Flore Berlingen (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : aucun, mais l'effet est meilleur quand vous pratiquez déjà.

Celui-ci ne vous donnera aucune astuce, et c'est pour cela qu'il compte. Berlingen a dirigé l'association Zero Waste France, ce qui rend sa critique d'autant plus intéressante : elle vient de l'intérieur du mouvement. Elle y démonte le mythe du matériau recyclable à l'infini et montre comment la promesse du recyclage a servi à justifier la production de jetable au lieu de la réduire.

Ce qu'il vous apprend précisément : à déplacer votre attention du tri vers la conception. Vous comprendrez pourquoi la bouteille en plastique que vous mettez consciencieusement au bac jaune ne redeviendra probablement pas une bouteille, et pourquoi la consigne pour réemploi, disparue de France dans les années 1990, revient dans le débat public.

Ce qu'il ne vous apprend pas : quoi faire lundi matin. C'est un essai politique, court et net, qui vous rend un peu plus lucide et un peu moins seul responsable. En cent vingt-cinq pages, il fait le lien entre votre poubelle et le système qui la remplit, et c'est le passage naturel vers des lectures d'écologie plus larges.

Par où ne pas commencer

Quelques pièges de rayon, dans l'ordre où ils coûtent cher.

Les beaux livres de vie minimaliste, d'abord. Grand format, papier épais, photographies stylisées, intérieurs blancs sans un objet qui dépasse. Ils se vendent très bien à Noël et se referment en février. Le problème n'est pas leur contenu, souvent mince, c'est qu'ils vous font mesurer votre maison à une image publicitaire. Si le sujet de la maison vous intéresse pour lui-même, notre sélection pour apprendre le rangement traite la question sans ce détour esthétique.

Les recueils de cent recettes maison ensuite, quand ils arrivent trop tôt. Fabriquer sa lessive et son déodorant est satisfaisant, mais c'est la dernière étape, pas la première, et beaucoup de gens s'y épuisent avant d'avoir réglé les postes qui pèsent vraiment dans leur poubelle.

Méfiez-vous enfin des livres qui promettent le zéro déchet en trente jours. Le format défi fonctionne pour créer un élan et échoue à installer une habitude. Trente jours d'effort intense suivis de onze mois de rien valent moins qu'un seul changement tenu toute l'année.

Ce que ces livres ne feront pas à votre place

Trois choses, qu'il vaut mieux savoir avant d'acheter.

Ils ne connaissent pas votre territoire. Le vrac, le compostage partagé, la consigne, les recycleries et les ressourceries dépendent entièrement de là où vous habitez. Un livre écrit par quelqu'un qui vit en Californie ou au Pays basque ne vous dira pas ce qui existe dans votre commune, alors que c'est le facteur décisif. Commencez par une demi-heure sur le site de votre collectivité et par un tour de vos commerces à pied, cela vaut trois chapitres.

Ils ne remplacent pas les gens. Les ateliers de réparation, les groupes locaux, les repair cafés et les associations de quartier apprennent en deux heures ce qu'un livre met cent pages à décrire mal, parce qu'on y voit les mains faire. Cela vaut pour la couture, la réparation d'un vélo, le lombricompostage et la cuisine des restes.

Ils ne diront pas non plus que la moitié du problème vous échappe. Vos déchets ménagers ne représentent qu'une fraction des déchets produits pour vous, l'essentiel étant généré en amont, dans l'extraction, la production et l'emballage. C'est une raison de continuer, pas de renoncer, à condition de ne pas porter seul un poids qui n'est pas seulement le vôtre. La culpabilité est un très mauvais moteur, elle s'épuise vite et laisse un goût amer.

Après ces quatre livres

Vous aurez une méthode, des gestes qui tiennent, une lecture critique de ce qu'on vous vend comme écologique, et surtout la permission d'être imparfait. C'est plus que ce que la plupart des lecteurs de ce rayon en retirent.

La suite dépend de ce qui vous a accroché. Si c'est la cuisine, allez vers la conservation, la fermentation et l'anti-gaspillage. Si c'est la maison, vers la réparation et le réemploi. Si c'est l'analyse de Berlingen, vers l'écologie politique et l'histoire des déchets, un domaine où la production française est riche.

Vous pouvez aussi explorer les genres et thématiques du catalogue pour repérer les collections écologiques en poche, ou parcourir le reste de notre collection quels livres acheter pour apprendre à. Et pour les livres eux-mêmes, la logique du réemploi s'applique aussi : les boîtes à livres sont probablement le circuit le moins coûteux qui existe pour lire beaucoup sans rien jeter.

Par quel livre commencer le zéro déchet quand on a une vie normale ?

Par « Famille (presque) zéro déchet, Ze guide » de Jérémie Pichon et Bénédicte Moret. Le mot « presque » du titre est tout le programme : les auteurs racontent leurs échecs, leurs compromis et ce qu'ils ont abandonné, ce qui rend la démarche imitable. Les dessins de Bénédicte Moret désamorcent le côté sermon, et le livre est organisé pièce par pièce, ce qui permet de commencer par une seule.

Le livre de Béa Johnson est-il encore utile ?

Oui, mais pas en premier. « Zéro déchet », paru chez Les Arènes en 2013, a lancé le mouvement en France et sa méthode en cinq règles reste la colonne vertébrale de tout le reste. Le problème n'est pas le contenu, c'est l'impression qu'il laisse : un foyer californien qui tient ses déchets annuels dans un bocal, avec des photos irréprochables. Lisez-le une fois que vous avez démarré, il devient alors un outil plutôt qu'un tribunal.

Faut-il tout changer d'un coup pour réduire ses déchets ?

Non, et c'est même la meilleure façon d'abandonner en six semaines. Les foyers qui tiennent dans la durée changent un poste à la fois et laissent chaque habitude s'installer avant la suivante. La salle de bain est souvent le meilleur point de départ : peu d'objets concernés, des alternatives simples, un résultat visible vite. La cuisine demande davantage d'organisation et supporte mal d'être le premier chantier.

Le zéro déchet coûte-t-il plus cher ?

Au départ souvent oui, ensuite non. Les contenants réutilisables, les bocaux, une gourde correcte ou un rasoir de sûreté représentent un investissement initial réel. Le vrac, lui, dépend beaucoup du magasin et de ce que vous achetez : certains produits secs sont moins chers, d'autres non. L'économie durable vient surtout de ce que vous cessez d'acheter, pas des versions écologiques de ce que vous achetiez.

Peut-on faire du zéro déchet en appartement, sans magasin de vrac ?

Oui, en acceptant de viser moins que zéro. Sans commerce en vrac à proximité, le levier principal devient la réduction à la source : refuser les objets promotionnels, acheter en grand format, éviter le suremballage, réparer et emprunter au lieu d'acheter. Le compostage en appartement est possible avec un lombricomposteur ou un composteur de quartier, que beaucoup de communes proposent désormais gratuitement.

Les gestes individuels servent-ils vraiment à quelque chose ?

Ils servent, mais ils ne suffisent pas, et croire l'inverse mène à une culpabilité stérile. L'essai de Flore Berlingen montre comment le recyclage a été utilisé pour justifier la production de jetable plutôt que pour la réduire. Vos habitudes comptent pour vos propres déchets et pour l'exemple qu'elles donnent autour de vous. Le reste se joue sur la conception des produits, la consigne et la réglementation, donc collectivement.

Comment éviter la culpabilité quand on n'y arrive pas ?

En mesurant vos progrès par rapport à votre point de départ, jamais par rapport aux photos d'un livre. Un foyer qui divise ses ordures par deux fait plus pour l'environnement que dix personnes qui abandonnent après trois semaines de perfection. Les livres qui montrent des cuisines immaculées et des bocaux alignés vendent une esthétique, pas une méthode. Choisissez ceux qui racontent aussi ce qui a raté.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

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