Quels livres pour apprendre le rangement ?
Il faut le dire d'entrée, parce que personne ne le dit et que c'est la source de toutes les déceptions : la plupart des livres de rangement ne vous apprendront pas à ranger.
Vous entrez dans ce rayon en cherchant des astuces. Comment organiser un placard sous pente, que faire des câbles, comment ne pas se retrouver avec quatorze boîtes de rangement vides. Vous en ressortez avec un discours sur le désencombrement intérieur, la sérénité et le rapport à la possession. Ce n'est pas une escroquerie, c'est un genre. Le rangement est devenu, éditorialement, un sous-genre du développement personnel, et le tri des tiroirs y sert de porte d'entrée à une réflexion sur le mode de vie.
Certains de ces livres tiennent quand même leur promesse pratique. Un seul, en réalité, donne une méthode complète et applicable. Voici quatre titres, dans un ordre qui dépend de ce que vous cherchez vraiment.
Distinguez la méthode de l'essai
Trois choses différentes se vendent sous la même étiquette.
Il y a d'abord la méthode : un protocole, un ordre d'opérations, des gestes décrits. Vous ouvrez le livre, vous faites ce qui est écrit, votre logement change. C'est rare.
Il y a ensuite l'essai de vie, beaucoup plus fréquent. L'auteur raconte comment il a réduit ses possessions et ce que cela a changé pour lui. C'est souvent bien écrit, parfois émouvant, et cela vous laissera devant le même placard.
Il y a enfin le manuel d'organisation domestique, plus technique, qui traite les flux : le courrier, le linge, les papiers administratifs, l'entretien courant. Ce segment est mal servi en français, où la production penche massivement vers le japonisme et la sobriété heureuse.
Sachez lequel vous achetez. Un essai de vie acheté pour ses astuces se referme au tiers, et l'acheteur en conclut que le rangement n'est pas pour lui, ce qui est faux.
Le livre qui donne une méthode : Marie Kondo, « Ranger : l'étincelle du bonheur »
Marie Kondo, « Ranger : l'étincelle du bonheur » (Pygmalion, 2016, repris en poche chez J'ai lu) Voir à la FnacRanger : l'étincelle du bonheur, de Marie Kondo (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis. C'est le manuel illustré de la méthode KonMari.
Kondo est consultante en rangement au Japon depuis l'adolescence, et son second livre est celui qu'il fallait écrire en premier. Les pliages sont dessinés étape par étape. Chaque pièce est traitée, de la chambre à la salle de bains, et chaque catégorie d'objets a son protocole : vêtements, chaussures, papiers, photos, produits de soin, objets de valeur.
Ce qu'il vous apprend précisément : un ordre d'opérations. C'est là que se joue tout. On trie par catégorie et jamais par pièce, ce qui oblige à rassembler physiquement tous ses vêtements au même endroit et à découvrir qu'on en possède trois fois plus qu'on ne le croyait. On commence par les vêtements, parce que la décision y est facile, et on finit par les objets sentimentaux, parce que la décision y est presque impossible tant qu'on ne s'est pas entraîné sur le reste. Le rangement du logement vient après le tri, jamais avant, ce qui explique pourquoi acheter des boîtes en début de projet est une erreur systématique.
Ce qu'il ne vous apprend pas : à tenir dans la durée avec d'autres personnes sous le même toit. Le protocole suppose que vous décidez seul. Il suppose aussi des sessions longues, plusieurs heures d'affilée, ce qui est difficile à concilier avec une vie ordinaire.
Une précision utile, parce qu'on lit beaucoup de bêtises à ce sujet : la méthode est réellement structurée, pas ésotérique. Le fameux critère de la joie ressentie en tenant l'objet est une heuristique de décision rapide, pas une croyance. Elle sert à trancher vite sur des centaines d'objets, là où le raisonnement rationnel s'enlise. Elle est exigeante et souvent mal comprise, elle n'est ni miraculeuse ni ridicule.
Le livre fondateur, à lire ensuite : Marie Kondo, « La magie du rangement »
Marie Kondo, « La magie du rangement » (First, 2015, traduit de l'anglais par Christophe Billon, titre original japonais « Jinsei ga tokimeku katazuke no maho ») Voir à la FnacLa magie du rangement, de Marie Kondo (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis.
C'est le livre qui a vendu des millions d'exemplaires dans une quarantaine de pays et lancé le phénomène. Il expose la même méthode, mais dans l'ordre inverse de ce dont vous avez besoin : d'abord le pourquoi, longuement, puis le comment.
Ce qu'il vous apprend précisément : la logique de la méthode, et pourquoi elle demande un choc plutôt qu'un entretien progressif. Kondo défend l'idée que le rangement est un événement, unique et massif, après lequel on n'y revient plus. Cette thèse est contestable et elle est intéressante à discuter, mais elle explique pourquoi les rangements étalés sur des mois échouent presque toujours.
Ce qu'il ne vous apprend pas : le geste. Sans les illustrations du second volume, le pliage vertical reste abstrait, et c'est pourtant lui qui produit l'effet visible. Lisez celui-ci en deuxième, ou pas du tout si vous êtes pressé d'agir.
L'essai de vie qui assume ce qu'il est : Fumio Sasaki
Fumio Sasaki, « L'essentiel, et rien d'autre, ou comment le minimalisme peut vous rendre heureux » (Guy Trédaniel, 2017, traduit par Elias Nongue) Voir à la FnacL'essentiel, et rien d'autre, ou comment le minimalisme peut vous rendre heureux, de Fumio Sasaki (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis, et aucune méthode.
Sasaki était éditeur à Tokyo, il vivait dans un studio saturé de livres, de DVD et de matériel photo, et il a tout réduit jusqu'à un appartement quasi vide. Le livre raconte cette bascule et propose une longue liste de règles personnelles pour se séparer d'un objet.
Ce qu'il vous apprend précisément : à démonter vos raisons de garder. Les arguments du type « ça peut servir », « c'était cher », « c'est un cadeau » y sont examinés un par un. Ce travail-là est réellement utile, parce que le blocage au tri est presque toujours mental et non organisationnel.
Ce qu'il ne vous apprend pas : à ranger. Sasaki ne range pas, il supprime. Sa solution au problème du placard est de ne plus avoir de placard. C'est une position radicale, cohérente, et complètement inapplicable pour une famille de quatre personnes. Achetez-le en connaissance de cause : c'est un témoignage, pas un manuel.
L'essai français, pour un autre rapport aux objets : Dominique Loreau
Dominique Loreau, « L'art de la simplicité, simplifier sa vie, c'est l'enrichir » (Marabout, régulièrement réédité en poche) Voir à la FnacL'art de la simplicité, simplifier sa vie, c'est l'enrichir, de Dominique Loreau (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis.
Loreau est française, installée au Japon depuis des décennies, et son livre a précédé de plusieurs années la vague Kondo en France. Il mêle réflexion sur l'esthétique japonaise, conseils de vie quotidienne, alimentation, garde-robe et rapport à l'argent.
Ce qu'il vous apprend précisément : à penser une garde-robe et un intérieur en termes de cohérence plutôt que de quantité. Les pages sur le choix des matières et sur la réduction volontaire d'une penderie sont concrètes et souvent citées.
Ce qu'il ne vous apprend pas : à traiter un logement encombré. Le livre suppose déjà une certaine maîtrise, et son ton peut agacer, entre prescription esthétique et vision idéalisée du Japon. Je le mets en quatrième position pour cette raison : il complète bien, il ne commence rien.
Par où ne pas commencer
Voici la section qui vous fera économiser le plus.
Les livres d'astuces de rangement illustrés, avec les photos d'intérieurs impeccables : ils vendent un résultat, jamais un chemin. Vous refermez le livre en vous sentant plus mal qu'avant, parce que votre intérieur ne ressemblera jamais à ces pages où quelqu'un a retiré tous les objets avant la photo.
Les livres qui commencent par le rangement du logement : tout ouvrage qui vous parle de contenants, d'étiquettes et de systèmes de classement avant de vous avoir fait trier vous fait perdre du temps et de l'argent. Ranger ce qu'on aurait dû jeter revient à payer pour stocker un problème.
Les méthodes d'organisation américaines traduites qui reposent sur le garage, le walk-in closet et le sous-sol : elles supposent une surface habitable qui n'existe pas dans un deux-pièces parisien. Une bonne partie de leurs conseils devient inapplicable, et le lecteur en conclut que c'est lui qui échoue.
Enfin, une opinion assumée : n'achetez pas trois livres de rangement. C'est le paradoxe le plus commun de ce rayon, et je l'ai vu chez des gens très sérieux. L'accumulation de lectures sur le désencombrement est une forme d'évitement particulièrement efficace, parce qu'elle donne le sentiment d'avancer. Un livre, puis un samedi entier avec vos vêtements au milieu du salon.
Ce que les livres ne feront pas à votre place
La difficulté du rangement n'est jamais technique. Personne n'ignore comment plier un tee-shirt.
Ce qu'aucun livre ne fera, c'est trancher à votre place sur l'objet qui appartenait à quelqu'un que vous avez perdu, sur le vêtement d'une taille que vous espérez retrouver, sur le matériel d'un projet que vous n'avez jamais commencé. Ces décisions sont émotionnelles et elles prennent le temps qu'elles prennent. Une méthode vous donne un ordre pour les affronter, elle ne les prend pas en charge.
Un livre ne réglera pas non plus le désaccord domestique. C'est la limite la plus concrète et la plus fréquente. Vous pouvez trier vos affaires avec la meilleure méthode du monde et vivre avec quelqu'un qui n'a rien demandé. La règle est simple et non négociable : on ne trie pas les affaires d'un autre adulte, jamais, même en son absence, même en pensant bien faire.
Enfin, il y a le cas particulier de la bibliothèque, et il mérite un mot parce que c'est souvent là que le tri s'arrête net. Kondo recommande de ne garder que les livres qui déclenchent quelque chose, ce qui lui a valu une polémique nourrie chez les lecteurs, et il y a de bonnes raisons de ne pas la suivre à la lettre. Un livre non lu n'est pas un échec, c'est une intention. Une bibliothèque abondante n'est pas un encombrement si elle est organisée. Ce qui aide vraiment, avant de trier, c'est de savoir ce que vous avez déjà lu et ce que vous gardez pour plus tard : la question du volume devient beaucoup moins angoissante quand elle cesse d'être floue.
Et pour les livres dont vous vous séparez, il existe mieux que le bac de tri. Les boîtes à livres de quartier font circuler des ouvrages qui dormaient, les associations en récupèrent, les bibliothèques de rue en vivent.
Après ces quatre livres
Vous aurez alors une méthode complète, sa justification, un témoignage radical pour vous aider à lâcher, et un contrepoint français sur l'esthétique du peu. C'est amplement suffisant, et je serais bien en peine de vous en recommander un cinquième qui apporte autre chose.
La suite est ailleurs que dans les livres. Elle est dans les créneaux que vous bloquez dans votre agenda, dans le sac que vous descendez à la benne à textiles, dans la décision de ne pas acheter la boîte de rangement en attendant d'avoir fini de trier.
Si le sujet vous a intéressé pour ce qu'il dit du rapport aux objets plutôt que pour les placards, le reste de notre collection quels livres acheter pour apprendre à pose la même question dans d'autres domaines, et le catalogue par genre vous montrera les voisinages de ce rayon, entre développement personnel, art de vivre et essais japonais.
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