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Quels livres pour apprendre l'écologie ? Deux parcours à ne pas confondre

L'écologie scientifique et les enjeux climat ne s'apprennent pas dans les mêmes livres. Cinq titres, répartis en deux parcours, et ceux qu'il vaut mieux ne pas ouvrir en premier.

L'équipe Relit9 min de lecture

Les livres de ce parcours, dans l'ordre

LivrePourquoiAcheter
Jamais seul. Ces microbes qui construisent les plantes, les animaux et les civilisationsMarc-André SelosseVoir Jamais seul. Ces microbes qui construisent les plantes, les animaux et les civilisations, de Marc-André Selosse à la Fnac (lien affilié)
Un éléphant dans un jeu de quilles. L'homme dans la biodiversitéRobert BarbaultVoir Un éléphant dans un jeu de quilles. L'homme dans la biodiversité, de Robert Barbault à la Fnac (lien affilié)
Nature en crise. Penser la biodiversitéVincent DevictorVoir Nature en crise. Penser la biodiversité, de Vincent Devictor à la Fnac (lien affilié)
Parlons climat en 30 questionsChristophe Cassou et Valérie Masson-DelmotteVoir Parlons climat en 30 questions, de Christophe Cassou et Valérie Masson-Delmotte à la Fnac (lien affilié)
Sans transition. Une nouvelle histoire de l'énergieJean-Baptiste FressozVoir Sans transition. Une nouvelle histoire de l'énergie, de Jean-Baptiste Fressoz à la Fnac (lien affilié)

Quels livres pour apprendre l'écologie ?

Demandez à dix personnes ce que veut dire « s'intéresser à l'écologie » et vous obtiendrez deux réponses très différentes. Les unes pensent aux mésanges, aux mycorhizes, aux populations de poissons dans un estuaire. Les autres pensent aux émissions de CO2, au prix du gaz, aux scénarios de neutralité carbone. Ce sont deux domaines de savoir distincts, avec leurs méthodes, leurs revues et leurs auteurs, et le mot français les recouvre tous les deux sans prévenir personne.

C'est pour cette raison que tant de lectures échouent. Quelqu'un veut comprendre pourquoi les insectes disparaissent de son jardin, on lui offre un livre sur la transition énergétique, il le trouve austère et abandonne. L'inverse arrive aussi. Voici donc cinq livres répartis en deux parcours séparés, plus la liste de ceux qu'il vaut mieux ne pas ouvrir en premier, même quand ils trônent sur la table des libraires.


Choisissez votre parcours avant votre livre

Posez-vous la question franchement : ce qui vous intrigue, est-ce le fonctionnement du vivant, ou la trajectoire de nos sociétés ?

Le premier parcours est celui de l'écologie au sens scientifique, la discipline fondée dans les années 1860, qui étudie les relations entre les organismes et leur milieu. Elle parle de chaînes trophiques, de symbioses, de dynamique des populations, de services rendus par les écosystèmes. Elle est belle et elle est technique.

Le second parcours porte sur le climat, l'énergie et les décisions politiques qui en découlent. Il relève de la physique de l'atmosphère, de l'histoire des techniques et de l'économie. On peut y être très compétent sans savoir reconnaître une mésange.

Un critère de tri simple avant d'acheter : ouvrez le livre à une page au hasard et regardez ce qui y est mesuré. Des espèces et des surfaces, vous êtes dans le premier parcours. Des térawattheures et des tonnes de carbone, vous êtes dans le second. Un livre qui ne mesure rien du tout et qui ne fait qu'exhorter, reposez-le.

Premier parcours, livre un : Marc-André Selosse, « Jamais seul »

Marc-André Selosse, « Jamais seul. Ces microbes qui construisent les plantes, les animaux et les civilisations » (Actes Sud, 2017, 370 pages) Voir à la FnacJamais seul. Ces microbes qui construisent les plantes, les animaux et les civilisations, de Marc-André Selosse (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis.

Selosse est professeur au Muséum national d'histoire naturelle et travaille sur les symbioses impliquant des champignons. Son livre est organisé en treize chapitres, dont trois sur les symbioses des plantes et cinq sur celles des animaux, humains compris.

Ce qu'il vous apprend précisément : que rien de vivant ne fonctionne isolément. Vos bactéries intestinales, les mycorhizes qui alimentent les arbres, les levures du pain et du vin, la panse des ruminants. Vous ressortez du livre avec la notion d'interdépendance transformée en mécanisme concret, ce qui est exactement ce dont vous aurez besoin pour tout le reste.

Ce qu'il ne vous apprend pas : la crise. Selosse décrit un monde qui marche, pas un monde qui s'abîme. C'est délibéré, et c'est pourquoi il vient en premier : on ne comprend pas ce qui se casse tant qu'on ignore comment ça tient.

Livre deux : Robert Barbault, « Un éléphant dans un jeu de quilles »

Robert Barbault, « Un éléphant dans un jeu de quilles. L'homme dans la biodiversité » (Seuil, 2006, 270 pages, repris en Points) Voir à la FnacUn éléphant dans un jeu de quilles. L'homme dans la biodiversité, de Robert Barbault (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prix du livre Environnement 2006. Se lit après Selosse, ou seul si vous avez déjà quelques bases.

Barbault dirigeait le département d'écologie et de gestion de la biodiversité au Muséum, et il écrivait remarquablement bien, ce qui n'est pas donné à tous les universitaires. Le livre pose la question de la place de notre espèce dans un système qui a fonctionné pendant trois milliards d'années sans elle.

Ce qu'il vous apprend précisément : ce que le mot biodiversité recouvre réellement, au-delà du décompte d'espèces menacées. Barbault insiste sur la coopération comme moteur de l'évolution autant que la compétition, et sur le fait que la diversité n'est pas un ornement mais une condition de fonctionnement.

Ce qu'il ne vous apprend pas : les vingt dernières années. Le livre date de 2006, les rapports de l'IPBES publiés depuis ont considérablement affiné le diagnostic. Prenez-le pour ses idées, pas pour ses chiffres.

Livre trois : Vincent Devictor, « Nature en crise »

Vincent Devictor, « Nature en crise. Penser la biodiversité » (Seuil, collection Anthropocène, 2015, 361 pages) Voir à la FnacNature en crise. Penser la biodiversité, de Vincent Devictor (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : les deux précédents, ou l'équivalent.

Devictor est chercheur au CNRS à l'Institut des sciences de l'évolution de Montpellier, où il travaille sur la dynamique de la biodiversité dans les milieux perturbés. Ce livre est la synthèse qui manque partout ailleurs : il fait le point sur trente ans de progrès de la discipline sans jamais céder à la facilité militante ni au détachement de façade.

Ce qu'il vous apprend précisément : comment on mesure la biodiversité, ce que les indicateurs disent et ne disent pas, et pourquoi la question de la conservation n'est jamais purement scientifique. Devictor examine sérieusement les tensions entre écologie savante et décision publique, sujet que la plupart des livres grand public évitent.

Ce qu'il ne vous apprend pas : quoi faire dimanche prochain dans votre jardin. Pour ça, allez voir du côté des livres pour apprendre le jardinage, où la question du sol vivant est traitée de manière pratique.

Second parcours, livre un : Christophe Cassou et Valérie Masson-Delmotte, « Parlons climat en 30 questions »

Christophe Cassou et Valérie Masson-Delmotte, « Parlons climat en 30 questions » (La Documentation française, collection Doc' en poche, troisième édition en 2023, environ cent pages) Voir à la FnacParlons climat en 30 questions, de Christophe Cassou et Valérie Masson-Delmotte (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis.

Cassou est climatologue au CNRS et au Cerfacs, Masson-Delmotte paléoclimatologue au CEA. Tous deux ont coprésidé ou coécrit des travaux du sixième rapport du GIEC. Le format est ingrat, une centaine de pages en poche, sans mise en scène. C'est précisément son intérêt.

Ce qu'il vous apprend précisément : la physique de base du réchauffement, l'attribution des causes, la différence entre climat et météo, ce que veut dire un scénario, pourquoi un demi-degré compte. Trente réponses courtes, sourcées, écrites par des gens qui ont produit les données dont ils parlent.

Ce qu'il ne vous apprend pas : l'histoire, l'économie et la politique de l'énergie. Le livre décrit un système physique, pas une société. D'où l'étape suivante.

Livre deux : Jean-Baptiste Fressoz, « Sans transition »

Jean-Baptiste Fressoz, « Sans transition. Une nouvelle histoire de l'énergie » (Seuil, collection Écocène, 2024, 407 pages) Voir à la FnacSans transition. Une nouvelle histoire de l'énergie, de Jean-Baptiste Fressoz (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prix du livre d'écologie politique 2024. Prérequis : le livre précédent, ou une culture climatique équivalente.

Fressoz est historien des sciences et des techniques, chercheur au CNRS. Sa thèse est simple et démolit une évidence que tout le monde répète : il n'y a jamais eu de transition énergétique. Le charbon n'a pas remplacé le bois, il s'y est ajouté, et le monde consomme aujourd'hui plus de bois qu'au dix-neuvième siècle. Le pétrole n'a pas remplacé le charbon. Les énergies s'empilent, elles ne se relaient pas.

Ce qu'il vous apprend précisément : à vous méfier du vocabulaire même du débat. Après ce livre, vous n'entendrez plus le mot transition de la même manière, et vous saurez d'où vient ce mot, qui l'a promu et pourquoi à partir des années 1970.

Une opinion, que je vous donne franchement : c'est le livre le plus dérangeant de cette liste, parce qu'il ne réconforte personne. Ni ceux qui comptent sur la technologie, ni ceux qui comptent sur la sobriété. C'est aussi ce qui en fait le plus utile.

Par où ne pas commencer

Voici la partie que les sélections d'écologie ne font presque jamais.

« Le Monde sans fin » de Christophe Blain et Jean-Marc Jancovici (Dargaud, 2021) a été le livre le plus vendu en France en 2022, et il mérite en grande partie son succès : le dessin de Blain rend palpables des ordres de grandeur énergétiques que personne ne visualise. Le problème n'est pas là. Cette bande dessinée défend une position argumentée en faveur du nucléaire, et le format graphique la rend beaucoup plus convaincante qu'un texte équivalent. Un lecteur qui commence par là confond très facilement un exposé de connaissances et une plaidoirie. Lisez-le en troisième ou quatrième position, quand vous pourrez discuter.

« Comment tout peut s'effondrer » de Pablo Servigne et Raphaël Stevens (Seuil, collection Anthropocène, 2015) souffre d'un défaut différent. Le livre raisonne sur la rupture de systèmes couplés, ce qui suppose que vous connaissiez déjà ces systèmes. Ouvert en premier, il laisse surtout une angoisse sans prise. Ouvert en cinquième, il devient un objet de discussion sérieux.

Les manuels universitaires, ensuite. « Éléments d'écologie » de François Ramade fait autorité chez Dunod et il est parfaitement rédigé pour un étudiant de licence qui a un examen. Un lecteur autonome s'y perd, parce qu'un manuel est écrit pour être révisé, pas pour être lu.

Enfin, une catégorie entière : les livres qui promettent de vous dire quoi faire en cinquante gestes. Ils ne sont pas malhonnêtes, ils répondent juste à une autre question que la vôtre. Apprendre l'écologie et réduire son empreinte sont deux projets différents, et le second ne fait pas progresser le premier.

Ce que les livres ne feront pas à votre place

L'écologie scientifique est née du terrain, et elle s'y apprend toujours mieux qu'ailleurs. Un chapitre sur les pollinisateurs vaut une demi-heure passée à regarder qui vient sur un pied de lierre en septembre. Les associations naturalistes locales, les groupes de la LPO, les sorties botaniques d'un conservatoire régional : c'est gratuit ou presque, et ça reconfigure une lecture.

Les programmes de sciences participatives font le même travail en plus régulier. Compter les oiseaux de son jardin deux fois par an, relever les papillons, photographier des plantes pour un observatoire national : vous produisez de la donnée réelle et vous apprenez à identifier, ce qu'aucun livre ne fait tenir dans une tête.

Un livre ne tiendra pas non plus les chiffres à jour. Les inventaires de biodiversité et les bilans d'émissions sont republiés chaque année, les résumés du GIEC et de l'IPBES sont accessibles gratuitement en français. Prenez l'habitude d'aller y vérifier une donnée avant de la citer, y compris quand elle vient d'un des livres ci-dessus.

Enfin, aucun de ces ouvrages ne réglera pour vous la question de savoir quoi en faire. Les écologues eux-mêmes sont divisés sur les priorités et sur les moyens. Attendre d'un livre qu'il tranche à votre place, c'est lui demander un service qu'il ne peut pas rendre.

Après ces cinq livres

Vous aurez alors deux cartes distinctes, celle du vivant et celle de l'énergie, et vous saurez qu'elles ne se superposent pas.

La suite dépend du parcours qui vous a pris. Côté vivant, « Printemps silencieux » de Rachel Carson (Wildproject, 2009, traduction de Jean-François Gravrand révisée par Baptiste Lanaspeze) reste le texte qui a lancé le mouvement écologiste, et l'« Almanach d'un comté des sables » d'Aldo Leopold (Flammarion, traduction d'Anna Gibson, préface de J.M.G. Le Clézio) est simplement l'un des plus beaux livres jamais écrits sur un lieu. Ce sont des lectures de généalogie, pas de mise à jour.

Côté climat, allez vers l'histoire environnementale, l'économie des ressources, et les rapports eux-mêmes, qui sont plus lisibles qu'on ne le croit.

Pour repérer les collections qui tiennent, regardez du côté d'Actes Sud en sciences naturelles, de Quæ pour l'agronomie et de la collection Anthropocène au Seuil. Vous pouvez explorer les genres et les collections pour voir ce qui existe, et si la méthode vous a plu, le reste de notre collection quels livres acheter pour apprendre à applique le même tri à d'autres domaines encombrés.

L'écologie et le changement climatique, c'est la même chose ?

Non, et c'est la confusion la plus coûteuse quand on choisit ses lectures. L'écologie est une discipline scientifique qui étudie les relations entre les êtres vivants et leur milieu, née au dix-neuvième siècle, avec ses laboratoires et ses revues. Le climat et l'énergie relèvent de la physique, de l'histoire et de l'économie. Les deux se croisent, évidemment, mais un livre sur les symbioses ne vous apprendra rien sur le bilan carbone, et l'inverse est tout aussi vrai.

Par quel livre commencer si je ne connais rien ?

Par « Jamais seul » de Marc-André Selosse si vous voulez comprendre le vivant, parce qu'il part de choses que vous connaissez déjà, votre intestin, le pain, le fromage, la forêt, et remonte de là vers la théorie. Si votre question porte plutôt sur le réchauffement, prenez « Parlons climat en 30 questions » de Christophe Cassou et Valérie Masson-Delmotte, cent pages en format poche écrites par deux auteurs de rapports du GIEC.

Faut-il des bases scientifiques pour lire ces livres ?

Aucune pour les trois premiers titres de chaque parcours, qui sont écrits pour un lecteur sans formation en biologie ni en physique. Il faut en revanche de la patience : un livre d'écologie sérieux ne se lit pas comme un essai d'opinion, il enchaîne des mécanismes qu'il faut parfois relire. Comptez le double du temps que vous mettriez sur un roman de longueur équivalente.

Que penser de la bande dessinée « Le Monde sans fin » de Jancovici et Blain ?

C'est un objet pédagogique remarquable sur les ordres de grandeur énergétiques, et il a fait plus pour la culture énergétique française que dix rapports. Il défend aussi une position claire en faveur du nucléaire, que son format graphique rend très persuasive. Lisez-le, mais pas en premier et pas seul : vous risqueriez de prendre pour un état des connaissances ce qui est aussi une thèse discutée.

Les livres sur l'effondrement sont-ils une bonne porte d'entrée ?

Non, et pas pour des raisons idéologiques. La collapsologie raisonne sur des scénarios de rupture systémique, ce qui suppose que vous sachiez déjà comment fonctionnent les systèmes en question. Sans ces bases, vous retenez surtout l'angoisse et pas les mécanismes. « Comment tout peut s'effondrer » se lit très bien en cinquième ou sixième livre, quand vous avez de quoi discuter ses hypothèses.

Un livre suffit-il pour comprendre les débats écologiques actuels ?

Non, parce que les données bougent. Un livre publié en 2015 raisonne sur des courbes d'émissions et des coûts du solaire qui ont changé depuis. Les livres vous donnent les cadres, les mécanismes et l'histoire longue, ce qui ne périme pas. Pour les chiffres, allez aux sources publiques : les résumés du GIEC pour décideurs, les bilans de l'IPBES, les publications de l'Ademe et de l'Insee.

Faut-il lire les classiques comme Rachel Carson ou Aldo Leopold ?

Oui, mais après. « Printemps silencieux » et « Almanach d'un comté des sables » sont des textes fondateurs magnifiques, et ce sont des documents historiques : la science des pesticides et de la gestion des sols a beaucoup avancé depuis. Ils vous apprendront d'où vient la sensibilité écologique moderne, pas l'état actuel des connaissances. C'est une lecture de plaisir et de généalogie, pas une lecture de mise à niveau.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

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