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Quels livres pour apprendre le violon ? 3 titres, et ce qu'ils ne remplaceront pas

Le violon est l'instrument où l'autodidaxie abîme le plus. Trois livres utiles, ce que chacun suppose d'un professeur, et ce qui se travaille vraiment seul entre deux cours.

L'équipe Relit8 min de lecture

Les livres de ce parcours, dans l'ordre

LivrePourquoiAcheter
Le Violon intérieurDominique HoppenotVoir Le Violon intérieur, de Dominique Hoppenot à la Fnac (lien affilié)
Le violon théorique et pratiqueMathieu CrickboomVoir Le violon théorique et pratique, de Mathieu Crickboom à la Fnac (lien affilié)
Basics, 300 exercises and practice routines for the violinSimon FischerVoir Basics, 300 exercises and practice routines for the violin, de Simon Fischer à la Fnac (lien affilié)

Quels livres pour apprendre le violon ?

Autant le dire tout de suite, quitte à vous faire économiser un achat : le violon est l'instrument où les livres seuls font le plus de dégâts. Ce n'est pas une question de motivation ni de talent, c'est une question de mécanique.

Un piano donne la note juste dès qu'on enfonce la touche. Une guitare a des frettes qui placent le doigt à votre place. Un violon n'a ni l'un ni l'autre. Chaque note dépend d'un millimètre sur une corde, chaque son dépend d'un archet tenu par une main qui doit rester souple sous tension. Aucune de ces deux choses ne se transmet par le texte. Voici quand même trois livres utiles, avec pour chacun ce qu'il suppose que vous avez déjà à côté, et la liste franche de ce qu'ils ne feront pas.


Pourquoi cet instrument résiste à l'autodidaxie

Trois obstacles précis, qu'il vaut mieux connaître avant de commencer.

Le premier est la justesse. Sur une touche lisse, l'écart entre une note juste et une note fausse se compte en fractions de centimètre, et l'oreille d'un débutant met des mois à entendre l'écart qu'elle produit. Un professeur l'entend immédiatement et corrige avant que la main ne mémorise l'erreur.

Le deuxième est la tenue de l'archet. La main droite doit tenir fermement un objet en restant relâchée, contradiction apparente que personne ne résout par la lecture d'un paragraphe. Une prise crispée donne un son grinçant, fatigue le bras et devient une habitude en quelques semaines.

Le troisième est la tension générale. Le violon se tient entre la mâchoire et l'épaule, dans une position qui n'a rien de naturel, avec le bras gauche en rotation sous l'instrument. Les autodidactes développent presque tous des douleurs de cou, d'épaule ou d'avant-bras, et beaucoup arrêtent en croyant que leur corps n'est pas fait pour ça.

Ces trois obstacles ont un point commun : ils sont invisibles depuis l'intérieur. Vous ne pouvez pas vous entendre ni vous voir jouer correctement. C'est exactement ce qu'un livre ne compense pas.

Le premier livre à lire : Dominique Hoppenot, « Le Violon intérieur »

Dominique Hoppenot, « Le Violon intérieur » (Éditions Van de Velde, 1981, réédité plusieurs fois depuis, environ deux cent cinquante pages) Voir à la FnacLe Violon intérieur, de Dominique Hoppenot (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis instrumental, et il se lit même avant d'avoir acheté un violon.

C'est un livre et non un cahier. Hoppenot était violoniste et pédagogue, et son ouvrage a durablement marqué l'enseignement de l'instrument en France. Il ne contient pas d'exercices progressifs mais une réflexion sur le corps du violoniste : l'équilibre, la respiration, la manière dont la peur se loge dans une épaule, le rapport entre l'intention musicale et le geste qui la porte.

Ce qu'il vous apprend précisément : à comprendre l'origine de vos blocages. Un adulte qui commence a presque toujours le même problème, une tension qui vient d'une volonté de bien faire, et Hoppenot décrit cette mécanique mieux que quiconque. Il vous donnera aussi un vocabulaire pour parler avec votre professeur, ce qui rend chaque cours nettement plus rentable.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à jouer une note. Il n'y a pas de doigté dans ce livre, pas de gamme, pas de progression. Prendre ce texte pour une méthode serait un contresens complet.

Une réserve honnête : le style est parfois lyrique et le vocabulaire peut sembler flou à un lecteur qui attend des consignes. Passez sur les pages qui vous semblent vagues et revenez-y après six mois de pratique. Elles auront changé de sens.

La méthode de référence : Mathieu Crickboom

Mathieu Crickboom, « Le violon théorique et pratique » (Schott Frères, méthode en cinq cahiers, écrite au tournant du vingtième siècle par le violoniste belge Mathieu Crickboom, 1871-1947, professeur au Conservatoire royal de Bruxelles) Voir à la FnacLe violon théorique et pratique, de Mathieu Crickboom (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : un professeur, ou au minimum un cours régulier.

C'est la méthode francophone la plus utilisée en conservatoire, et elle le mérite. Sa qualité première est d'être musicale : Crickboom mêle des études progressives, des duos et des mélodies populaires, ce qui donne au premier cahier une allure de répertoire plutôt que d'exercice. La progression est lente et sûre, chaque nouvelle difficulté arrive quand la précédente est en place. Un volume séparé, « La Technique du violon », traite plus systématiquement des difficultés isolées.

Ce qu'il vous apprend précisément : quoi jouer, dans quel ordre, avec quel doigté. Le premier cahier vous mène de la corde à vide aux premières mélodies en première position, et il ne triche pas sur les étapes.

Ce qu'il ne vous apprend pas, et c'est le point à comprendre avant de l'acheter : comment tenir l'instrument et l'archet. Cette méthode a été écrite pour être ouverte devant un professeur qui corrige la main pendant que l'élève joue. Elle indique les notes et laisse tout le reste implicite. Un débutant seul avec Crickboom jouera les bonnes notes avec une posture qu'il faudra ensuite défaire.

Le livre du travail personnel : Simon Fischer, « Basics »

Simon Fischer, « Basics, 300 exercises and practice routines for the violin » (Edition Peters, 1997, environ deux cent trente pages, en anglais, aucune traduction française à ce jour) Voir à la FnacBasics, 300 exercises and practice routines for the violin, de Simon Fischer (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : un à deux ans de pratique, et un professeur qui vous en désigne les pages.

Fischer a fait le travail que personne n'avait fait aussi méthodiquement : décomposer chaque geste du violon en exercices minuscules et isolés, avec la raison technique de chacun. Trois cents entrées classées par problème, du contact de l'archet sur la corde à la vitesse du vibrato, en passant par le changement de position et l'indépendance des doigts.

Ce qu'il vous apprend précisément : à travailler intelligemment entre deux cours. C'est un livre à consulter, pas à lire de bout en bout. Votre professeur signale un problème de son au talon de l'archet, vous ouvrez à la page correspondante et vous avez cinq exercices ciblés pour la semaine.

Ce qu'il ne vous apprend pas : quoi choisir. Ouvert sans prescription, il devient un catalogue décourageant où l'on saute d'un exercice à l'autre sans jamais rien installer. L'anglais reste par ailleurs un obstacle réel, même si le vocabulaire technique est répétitif et s'apprend en quelques pages.

Par où ne pas commencer

La méprise la plus fréquente porte sur Ševčík. Vous verrez son nom recommandé partout, et il apparaît légitimement dans toutes les bibliographies sérieuses.

L'« École de la technique du violon », opus 1, d'Otakar Ševčík, est publiée chez Bosworth en quatre parties, respectivement consacrées à la première position, aux positions supérieures, aux changements de position et aux doubles cordes. Le violoniste tchèque Ševčík a formé des générations d'instrumentistes et son système reste employé dans le monde entier. Rien à redire sur la valeur de l'ouvrage.

Le problème est l'usage qu'en fait un débutant seul. Ces cahiers alignent des motifs de doigtés répétés dans toutes les combinaisons possibles, sans intérêt musical, et ils ont été conçus pour être administrés en très petites doses par un professeur qui sait ce qu'il vise. Travaillés longuement et sans contrôle, ils produisent trois effets : une main gauche tendue, un ennui considérable et l'impression de ne pas progresser. Gardez-les pour la troisième année.

Deux autres mises en garde, plus rapides. Les recueils de morceaux célèbres arrangés pour violon débutant, vendus avec un CD d'accompagnement, promettent un plaisir immédiat et livrent des transcriptions souvent trop difficiles pour le niveau annoncé. Et les méthodes qui affichent un délai, apprendre le violon en trois mois ou en quarante leçons, vendent un calendrier que l'instrument ne respectera pas.

Ce qui se travaille vraiment seul entre deux cours

Voici la partie utile, parce que la moitié de la progression se joue sur ce que vous faites les six autres jours de la semaine.

Ce qui se travaille très bien seul : la lecture de la partition, y compris loin de l'instrument. Le rythme, frappé sur une table, ce qui règle avant l'archet la moitié des difficultés supposées techniques. La mémorisation d'un court passage. Le travail lent sur cordes à vide, uniquement pour la qualité du son, sans main gauche, qui est l'exercice le plus rentable et le plus délaissé de tout l'apprentissage. Et l'écoute active d'enregistrements du morceau que vous étudiez.

Ce qui se travaille mal seul : tout ce qui touche à la posture, à la tenue de l'archet et à la justesse dans les positions nouvelles. Là, la répétition sans retour extérieur ne consolide pas le geste, elle consolide l'erreur.

Un moyen terme existe, et il fonctionne : filmez-vous. De face pour la main droite, de trois quarts pour la posture d'ensemble. Vous verrez en deux minutes ce que vous ne sentez pas, et vous arriverez au cours suivant avec une question précise au lieu d'une impression vague.

Une remarque sur le rythme des cours. Beaucoup d'adultes renoncent en apprenant le prix d'un cours hebdomadaire. Une leçon toutes les deux ou trois semaines, avec un travail personnel sérieux entre les deux, vaut infiniment mieux que rien, et c'est un compromis que la plupart des professeurs acceptent volontiers.

Après ces trois livres

Vous aurez alors la compréhension du corps, une progression musicale ordonnée et une boîte à outils pour le travail personnel. Le reste viendra du répertoire et de l'oreille.

La suite naturelle est double. D'un côté la lecture, parce qu'un violoniste qui déchiffre mal reste limité par ce qu'il peut apprendre par cœur : le sujet est traité dans notre article sur les livres pour apprendre le solfège. De l'autre le jeu d'ensemble, orchestre amateur ou simple duo, qui fait pour la justesse ce qu'aucun exercice ne fait.

Si le violon vous résiste trop, cette collection propose des parcours vers deux instruments nettement plus cléments pour un débutant seul, le piano et la guitare. Ce n'est pas un renoncement. Beaucoup de violonistes tardifs sont arrivés à leur instrument par un détour, et l'oreille formée ailleurs se réutilise entièrement.

Peut-on apprendre le violon seul avec des livres ?

Très difficilement, et c'est l'instrument où la réponse est la plus tranchée. Le violon n'a pas de frettes, donc chaque note dépend d'un placement de doigt au millimètre, et la main droite tient un archet dont la souplesse ne se décrit pas par écrit. Une tenue crispée installée pendant six mois se corrige ensuite pendant deux ans. Quelques cours au début coûtent moins cher que ce détour.

Quelle méthode de violon choisir pour débuter ?

« Le violon théorique et pratique » de Mathieu Crickboom, chez Schott, reste la référence francophone dans les conservatoires. Elle est progressive, musicale et bien conçue. Attention toutefois : elle suppose un professeur, parce qu'elle indique quoi jouer et jamais comment tenir le corps. Prenez le premier cahier et faites-le encadrer.

Y a-t-il un livre à lire avant même de toucher un violon ?

« Le Violon intérieur » de Dominique Hoppenot, publié chez Van de Velde en 1981, se lit comme un essai et non comme un cahier d'exercices. Il traite de l'équilibre du corps, de la respiration et de la peur, c'est-à-dire des vraies causes des blocages. Un adulte qui commence gagnera à le lire avant d'acheter un instrument.

Faut-il connaître le solfège pour commencer le violon ?

Pas au premier cours, mais très vite. Contrairement à la guitare, le violon n'a pas de tablature usuelle, et le répertoire s'écrit en clé de sol sur partition. Vous pouvez démarrer par imitation, puis apprendre la lecture en parallèle dès les premières semaines. Deux mois de retard sur ce point deviennent un plafond au bout d'un an.

Les exercices de Ševčík sont-ils utiles à un débutant ?

Ce sont des exercices remarquables et un mauvais premier achat. L'opus 1 aligne des motifs de doigtés répétés sans intérêt musical, conçus pour être dosés par un professeur en très petites quantités. Travaillés seul et longtemps, ils installent de la tension dans la main gauche et découragent. Ils prennent tout leur sens après deux ou trois ans de pratique encadrée.

Un adulte peut-il commencer le violon ?

Oui, avec deux avantages sur un enfant : il comprend vite ce qu'on lui explique et il travaille de manière organisée. Son handicap est ailleurs, dans la tolérance à jouer mal pendant plusieurs mois. La justesse arrive lentement et l'oreille adulte entend chaque écart. Prévoyez une année avant de trouver le son agréable, et faites-vous encadrer sur cette première année.

Que peut-on travailler seul entre deux cours ?

Beaucoup de choses, à condition qu'elles soient nommées par le professeur. La lecture de la partition, le rythme frappé sans instrument, la mémorisation d'un passage, le travail lent à vide sur la qualité du son et les exercices ciblés de « Basics » de Simon Fischer, quand ils vous ont été prescrits. Ce qui se travaille mal seul, c'est tout ce qui touche à la posture.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

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