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Quels livres pour apprendre le piano ? 4 titres pour un adulte débutant

Quatre livres pour apprendre le piano à l'âge adulte, dans l'ordre où les ouvrir, plus les méthodes qu'il ne faut surtout pas acheter en premier et ce que le papier apporte encore face aux tutoriels gratuits.

L'équipe Relit10 min de lecture

Les livres de ce parcours, dans l'ordre

LivrePourquoiAcheter
Le piano sans professeurRoger EvansVoir Le piano sans professeur, de Roger Evans à la Fnac (lien affilié)
Le Petit Livre d'Anna Magdalena BachJean-Sébastien BachVoir Le Petit Livre d'Anna Magdalena Bach, de Jean-Sébastien Bach à la Fnac (lien affilié)
MikrokosmosBéla BartókVoir Mikrokosmos, de Béla Bartók à la Fnac (lien affilié)
L'Art du pianoHeinrich NeuhausVoir L'Art du piano, de Heinrich Neuhaus à la Fnac (lien affilié)

Quels livres pour apprendre le piano ?

Le rayon des méthodes de piano est un piège pour les adultes, et pour une raison simple : il a été construit pour des enfants de sept ans. Les couvertures illustrées, les progressions étalées sur quatre années scolaires, les petits textes qui expliquent que le pouce s'appelle le doigt numéro un, tout cela s'adresse à quelqu'un qui apprendra le piano en même temps qu'il apprend à lire. Vous, vous savez lire depuis trente ans.

Un adulte qui se met au clavier a un profil que presque aucune méthode ne prend en compte. Sa tête va très vite, sa main va exactement à la même vitesse que celle d'un enfant, et il n'a pas de professeur qui l'attend le mercredi. Voici quatre livres qui tiennent compte de cet écart, dans l'ordre où les ouvrir, plus les achats classiques qui font abandonner.


Ce que le papier fait encore, alors que tout est gratuit en vidéo

Autant traiter la question tout de suite, parce qu'elle est légitime. Il existe des milliers d'heures de cours de piano gratuits, certains excellents, et personne ne devrait s'en priver.

Le problème n'est pas la vidéo en général, c'est le format qui domine le piano en ligne. Ouvrez n'importe quel tutoriel et vous trouverez des barres colorées qui descendent vers un clavier, avec la promesse de jouer un morceau connu en une demi-heure. Le format fonctionne : vous jouerez le morceau. Il produit aussi un résultat très particulier, que tout professeur reconnaît immédiatement. L'élève arrive avec trois pièces mémorisées touche par touche, incapable de déchiffrer quatre mesures d'un morceau qu'il n'a jamais vu, incapable de dire quel accord il vient de plaquer. Il a un répertoire, pas une compétence.

Il y a un deuxième point, plus physique. La caméra filme les mains d'en haut. Or ce qui distingue un son de piano d'un autre son de piano n'est visible sous aucun angle : c'est le poids du bras, la souplesse du poignet, la vitesse d'enfoncement de la touche, le moment exact où la pédale se relève. Un texte qui décrit ces choses vous donne au moins un vocabulaire pour les chercher. Une vidéo vue de dessus vous laisse croire qu'il suffit d'appuyer.

Enfin, le piano a une particularité qui le distingue de la guitare, où l'on peut faire une carrière d'amateur entier avec des grilles d'accords. Le répertoire de piano existe sous forme de partitions, et il n'existe à peu près que sous cette forme. Deux siècles de musique vous sont accessibles à condition de savoir lire, et inaccessibles sinon. Acheter des livres n'est donc pas une préférence esthétique dans cette discipline, c'est la condition d'entrée.

La bonne répartition est celle-ci : la vidéo pour voir un geste précis que vous n'arrivez pas à reproduire, le papier pour tout le reste.

Premier livre : Roger Evans, « Le piano sans professeur »

Roger Evans, « Le piano sans professeur » (Les Éditions de l'Homme, première parution française en 1987, édition révisée en 2015 dans une traduction de Christine Balta, une centaine de pages) Voir à la FnacLe piano sans professeur, de Roger Evans (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis.

Le sous-titre annonce une méthode claire et des mélodies choisies à l'intention du débutant, et le livre tient parole. Evans écrit pour un lecteur adulte, c'est-à-dire qu'il explique le pourquoi de chaque chose au lieu de le décorer. Vous apprenez la position de la main, la lecture des deux clés, les valeurs de notes et les premiers accords, dans un ordre qui vous fait jouer quelque chose de reconnaissable dès les premières semaines.

Ce qu'il vous apprend précisément : à lire une partition simple et à la jouer des deux mains, sans passer par une année de solfège préalable. La lecture arrive en même temps que le geste, ce qui est exactement le bon ordre.

Ce qu'il ne vous apprend pas : la technique fine. Rien sur le poids du bras, presque rien sur la pédale, et le répertoire proposé est neutre, souvent traditionnel. Prenez-le pour ce qu'il est, un sas de six mois qui vous rend capable d'ouvrir un vrai recueil. Le même auteur signe un volume jumeau pour la six cordes, dont nous parlons dans notre article sur les livres pour apprendre la guitare.

Deuxième livre : Jean-Sébastien Bach, « Le Petit Livre d'Anna Magdalena Bach »

Jean-Sébastien Bach, « Le Petit Livre d'Anna Magdalena Bach » (recueil constitué à partir de 1725, disponible dans de nombreuses éditions urtext, notamment chez Henle et Bärenreiter) Voir à la FnacLe Petit Livre d'Anna Magdalena Bach, de Jean-Sébastien Bach (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : savoir lire lentement les deux clés, soit environ quatre mois avec le livre précédent.

Bach a rassemblé ce carnet pour sa seconde épouse : des menuets, des marches, des polonaises, quelques pièces qui ne sont d'ailleurs pas de lui mais de Petzold ou de Böhm. C'est le premier vrai répertoire de presque tous les pianistes du monde, et il tient dans un volume mince.

Ce qu'il vous apprend précisément : à faire chanter deux voix indépendantes. Dans une pièce de méthode, la main gauche accompagne. Ici, elle a sa propre mélodie, et votre cerveau doit tenir deux lignes à la fois. C'est le moment le plus difficile des deux premières années, et aucun exercice mécanique ne le remplace.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à jouer romantique. Pas de pédale, pas de grands écarts, pas de nuances écrites. Vous apprenez la clarté, ce qui est le bon point de départ. Prenez une édition urtext annotée avec des doigtés, elle vous économisera des heures d'hésitation.

Un mot sur le prétendu ennui de cette musique. Les menuets en sol du carnet ont été repris par la variété américaine dans les années soixante et ont fait le tour du monde. Vous les reconnaîtrez à la première mesure.

Troisième livre : Béla Bartók, « Mikrokosmos »

Béla Bartók, « Mikrokosmos » (Boosey & Hawkes, six volumes composés entre 1926 et 1939, publiés en 1940, cent cinquante-trois pièces progressives) Voir à la FnacMikrokosmos, de Béla Bartók (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : les deux premiers volumes s'attaquent dès la première année, le cinquième relève du niveau concert.

Bartók a écrit ces pièces pour son fils Péter, et il a résolu au passage un problème que personne d'autre n'avait résolu : faire des études techniques qui soient de la vraie musique. Les premières pièces tiennent sur cinq notes par main. Les dernières sont jouées en récital par des professionnels.

Ce qu'il vous apprend précisément : à sortir du langage tonal auquel une méthode de débutant vous a habitué, et à travailler des difficultés isolées sans jouer des gammes. Chaque pièce isole un problème, l'indépendance des mains, un rythme irrégulier, un mode particulier, et le règle en une page.

Ce qu'il ne vous apprend pas : le plaisir immédiat. Les harmonies de Bartók surprennent une oreille formée à la variété, et les deux premiers volumes sonnent parfois austère. Ma conviction, que je vous donne franchement : c'est le meilleur substitut existant aux recueils d'exercices mécaniques, et l'adulte qui l'adopte tôt évite dix ans de gammes inutiles.

Quatrième livre : Heinrich Neuhaus, « L'Art du piano »

Heinrich Neuhaus, « L'Art du piano » (Van de Velde, première traduction française en 1971 par Olga Pavlov et Paul Kalinine, édition révisée en 1992, environ 240 pages) Voir à la FnacL'Art du piano, de Heinrich Neuhaus (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : un an ou deux de pratique, et l'impression tenace de mal sonner sans savoir pourquoi.

Neuhaus, mort en 1964, a formé Sviatoslav Richter et Emil Gilels au Conservatoire de Moscou. Son livre porte en russe le sous-titre de notes d'un professeur, et c'est exactement cela : un pédagogue qui écrit ce qu'il dit toute la journée à ses élèves, sans souci de faire une méthode.

Ce qu'il vous apprend précisément : que le son se décide avant le contact avec la touche, dans l'image que vous avez de la phrase. Il traite le rythme, le travail de la sonorité, la liberté du bras, le rôle de la pédale, et il démonte au passage l'idée que la technique se construirait séparément de la musique.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à débuter. Lu trop tôt, ce livre paraît nébuleux, voire prétentieux. Lu au bon moment, c'est-à-dire quand vous butez sur une pièce que vos doigts savent jouer mais qui reste laide, il change votre manière de travailler en une soirée.

Par où ne pas commencer

La « Méthode Rose » d'Ernest Van de Velde. Elle a formé des générations entières de petits Français depuis les années trente et elle fait très bien son travail, sur des enfants. Un adulte y trouve une progression étirée sur des années, un ton qui le renvoie à l'école primaire, et un rythme d'apprentissage trois fois plus lent que ce dont il est capable. Ce n'est pas un mauvais livre, c'est un livre qui ne vous est pas adressé.

Le « Pianiste virtuose en 60 exercices » de Charles-Louis Hanon (Henry Lemoine). C'est l'achat réflexe du débutant sérieux, et il fait plus de mal que de bien. Ces exercices reposent sur l'idée que les doigts se renforceraient par la répétition mécanique, une idée que la pédagogie moderne a largement abandonnée et que les kinésithérapeutes spécialisés voient revenir sous forme de tendinites. Si vous voulez travailler la technique, prenez Bartók : c'est de la musique et cela remplit la même fonction.

La « Théorie de la musique » d'Adolphe Danhauser, achetée le même mois que le piano. Ce manuel de solfège est une référence légitime, mais lu avant d'avoir produit un son, il n'apprend rien. On ne mémorise pas la valeur d'une double croche dans le vide. Gardez-le pour la deuxième année, en usuel, quand vous rencontrerez un symbole inconnu.

Les recueils de musiques de films ou de chansons pour piano, achetés le jour de la livraison de l'instrument. Le morceau qui vous a donné envie de jouer est presque toujours hors de portée pendant deux ans. Les versions dites faciles règlent le problème en supprimant ce qui faisait la beauté de la pièce, et vous vous retrouvez à jouer une carcasse.

Enfin, méfiez-vous des méthodes qui promettent un délai. Le piano en trente jours n'existe pas, et le seul effet de la promesse est de vous faire conclure au bout de trente jours que vous n'êtes pas doué.

Ce qu'aucun livre ne fera à votre place

Un livre ne verra pas vos épaules. C'est la limite la plus concrète de l'apprentissage en autodidacte au clavier : la tension du haut du corps est invisible de l'intérieur, elle s'installe en quelques mois, et elle plafonne tout le reste. Trois ou quatre séances avec un professeur, même très espacées, suffisent souvent à corriger une posture qu'un autodidacte traînerait des années. C'est de loin le meilleur investissement de ce parcours.

Un livre ne vous donnera pas non plus d'oreille. Entendre qu'un accord est bancal, ajuster l'équilibre entre les deux mains, sentir qu'une pédale traîne : cela s'acquiert en écoutant beaucoup de piano et en vous enregistrant. L'enregistrement est l'exercice le plus rentable et le plus détesté du parcours. Un téléphone posé sur le pupitre vous apprendra en cinq minutes ce que vous ne vouliez pas savoir.

Un livre ne réglera pas votre instrument. Un piano acoustique désaccordé décourage sans qu'on sache pourquoi, et un clavier à touches légères rend certaines choses littéralement impossibles à travailler. Avant de conclure quoi que ce soit sur vos aptitudes, vérifiez ce sur quoi vous jouez.

Enfin, aucun livre ne remplace la répétition quotidienne courte. La coordination des deux mains se consolide entre les séances, pas pendant. Vingt minutes six jours par semaine battent deux heures le dimanche, et cette phrase est la seule chose de cet article qui décidera vraiment de votre progression.

Après ces quatre livres

Vous aurez alors de quoi lire une partition simple, un premier répertoire réel, une réserve d'études musicales et une façon de penser le son. C'est plus que ce dont dispose la majorité des gens qui ont pris des cours pendant six ans et qui ont arrêté.

La suite se choisit par la musique qui vous appelle. Si c'est Bach, les « Inventions à deux voix » prennent naturellement la suite du carnet d'Anna Magdalena. Si c'est le romantisme, les « Scènes d'enfants » de Schumann et les « Gymnopédies » de Satie sont accessibles plus tôt qu'on ne le croit. Si c'est le jazz, il vous faudra un ouvrage d'harmonie et surtout des oreilles, dans cet ordre.

Le principe reste le même que dans le reste de notre collection quels livres acheter pour apprendre à : peu de livres, dans un ordre, et une pratique qui ne s'arrête pas. Vous pouvez aussi explorer le catalogue par genre pour repérer les biographies de pianistes et les livres sur l'écoute, qui font plus pour la motivation qu'une méthode de plus.

Une méthode pour enfant convient-elle à un adulte débutant ?

Mal, et pour une raison précise. Un adulte comprend en dix minutes ce qu'un enfant de sept ans met trois mois à intégrer, mais sa main met exactement le même temps à devenir indépendante. Une méthode pour enfant règle la progression intellectuelle sur la progression physique, ce qui donne à l'adulte l'impression humiliante de faire du surplace pendant que le texte lui parle de petites souris et de doigts qui se promènent.

Faut-il apprendre le solfège avant de toucher le clavier ?

Non, et l'ordre inverse fonctionne beaucoup mieux. Apprendre la théorie musicale dans l'abstrait, avant d'avoir produit un son, revient à mémoriser une grammaire sans jamais parler. Posez les mains, jouez cinq notes, et apprenez à les lire au moment où vous les jouez. La lecture s'installe alors en quelques semaines, parce que chaque symbole correspond à un geste que vous connaissez déjà.

Les tutoriels vidéo gratuits ne suffisent-ils pas ?

Ils suffisent pour reproduire trois morceaux, pas pour devenir autonome. La majorité des tutoriels de piano reposent sur des barres colorées qui descendent vers le clavier, un format qui vous fait mémoriser une suite de touches sans jamais lire une portée ni comprendre l'harmonie. Au bout d'un an, vous savez jouer ce qu'on vous a montré et rien d'autre. Le papier vous oblige au déchiffrage, et le déchiffrage est ce qui vous rend libre.

Peut-on commencer le piano à quarante ou soixante ans ?

Oui, avec un profil de progression différent. Vous n'aurez probablement jamais la vélocité d'un pianiste formé dès l'enfance, et vous n'en avez pas besoin. En revanche, votre compréhension musicale progresse beaucoup plus vite, votre choix de répertoire est plus sûr, et vous travaillez sans qu'on vous y oblige. Deux ans de pratique honnête suffisent pour jouer des pièces de Bach, de Satie ou de Schumann qui tiennent debout.

Combien de temps par jour faut-il travailler ?

Vingt minutes tous les jours valent mieux que deux heures le dimanche, et la différence n'est pas une question de motivation. La coordination des deux mains se consolide pendant le sommeil, ce qui fait de la fréquence un facteur plus important que la durée. Un adulte qui joue vingt minutes six fois par semaine progresse visiblement en trois mois. Le même adulte, deux heures le week-end, stagne un an.

Faut-il un vrai piano ou un clavier suffit-il pour commencer ?

Un clavier convient à condition qu'il ait soixante-seize touches au minimum et un toucher lesté. Les claviers à touches légères, du type synthétiseur d'entrée de gamme, posent un plafond réel : vous n'y apprenez ni le contrôle de la nuance ni le poids du bras, et le passage sur un piano acoustique vous donnera l'impression de repartir de zéro. C'est le seul achat de ce parcours sur lequel il ne faut pas économiser.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

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