Quels livres pour apprendre la guitare ?
Il y a deux personnes qui tapent cette question, et elles n'ont presque rien en commun. La première n'a jamais tenu l'instrument, elle vient de recevoir une guitare et elle ne sait pas quoi en faire. La seconde joue depuis trois ans, connaît une quinzaine d'accords, s'accompagne correctement sur une trentaine de chansons, et sent qu'elle tourne en rond depuis un moment sans savoir pourquoi.
Les listes en ligne mélangent ces deux cas et proposent aux deux la même pile de vingt titres. Voici quatre livres, dans un ordre précis, avec l'étape à laquelle chacun devient utile. Deux d'entre eux ne vous serviront à rien avant votre deuxième année, et je vous le dirai clairement plutôt que de vous les vendre tout de suite.
D'abord, situez-vous honnêtement
L'autodidacte total a besoin d'une seule chose : jouer une chanson entière, aussi vite que possible, pour que la guitare cesse d'être un objet posé contre un mur. Tout le reste peut attendre. Une méthode qui commence par trois semaines de gammes chromatiques avant le premier morceau perd neuf débutants sur dix, et elle a tort.
Le joueur intermédiaire a le problème inverse. Il sait faire des choses, mais il ne sait pas ce qu'il sait. Il place ses doigts sur un la mineur sans pouvoir dire quelles notes il joue. Il improvise en pentatonique parce qu'il a mémorisé une forme, pas parce qu'il entend où elle mène. Ce joueur n'a pas besoin d'une méthode de plus, il a besoin de vocabulaire.
Le parcours qui suit sert les deux, à condition de ne pas commencer au même endroit.
Ce qu'un livre fait, et que les vidéos ne font pas
La question mérite mieux qu'une réponse de vendeur de papier. Les vidéos gratuites de guitare sont d'excellente qualité, souvent meilleures que ce qui se publiait il y a vingt ans, et le travail pédagogique de quelqu'un comme Justin Sandercoe surpasse la moitié des méthodes imprimées. Prétendre le contraire serait malhonnête.
Sur un point, la vidéo gagne sans discussion : le geste. Voir une main droite frapper un rythme, entendre le tempo, observer où se place le poignet, aucun schéma ne remplace cela. Si vous butez sur un passage précis, cherchez une vidéo, pas un livre.
Ce que la vidéo ne fait pas, c'est décider à votre place de l'ordre. Un livre a un début, un milieu et une fin. Il vous dit que le chapitre 4 vient après le 3, que le barré arrive à la page 40 et pas avant, et surtout il finit. Une chaîne vidéo ne finit jamais : elle enchaîne, et l'algorithme vous propose la leçon suivante en fonction de ce qui retient l'attention, pas en fonction de ce dont vous avez besoin. C'est la différence entre un programme et un flux.
Il y a un deuxième point, moins évident. Un livre ouvert sur un pupitre ne se met pas en pause, ne notifie rien et ne propose pas autre chose. Vous restez face à l'instrument. Beaucoup de gens qui croient s'être exercés une heure ont en réalité joué douze minutes et regardé quarante-huit minutes de quelqu'un d'autre jouer.
Le partage des rôles est donc simple. La vidéo répond à « comment fait-on ce mouvement », le livre répond à « que dois-je travailler ces six prochains mois ». Prenez les deux.
Premier livre : Denis Roux, « Méthode Coup de pouce, guitare débutant volume 1 »
Denis Roux, « Méthode Coup de pouce, guitare débutant volume 1 » (Éditions Coup de Pouce) Voir à la FnacMéthode Coup de pouce, guitare débutant volume 1, de Denis Roux (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis.
Denis Roux a fondé les Éditions Coup de Pouce en 1984 avec une idée fixe : faire des méthodes visuelles, progressives, où l'on joue tout de suite. Le volume 1 s'est écoulé à plus d'un million d'exemplaires en France, ce qui en fait le livre de guitare le plus vendu du pays. Les éditions récentes comptent environ soixante-douze pages et donnent accès à des fichiers audio et à une trentaine de leçons vidéo, ce qui règle élégamment la question du geste évoquée plus haut.
Ce qu'il vous apprend précisément : accorder l'instrument, tenir un médiator, poser une dizaine d'accords ouverts, et enchaîner des rythmiques d'accompagnement sur des morceaux complets. Vous jouerez quelque chose de reconnaissable dans la première semaine. C'est tout l'intérêt.
Ce qu'il ne vous apprend pas : à lire la musique, et il ne s'en cache pas. Vous travaillerez avec des grilles et des diagrammes. Pour un accompagnateur, c'est suffisant pendant des années.
Deuxième livre : Roger Evans, « La guitare sans professeur »
Roger Evans, « La guitare sans professeur » (Les Éditions de l'Homme, 1988, traduction de Jean-Pierre Quijano, réédition en 2015) Voir à la FnacLa guitare sans professeur, de Roger Evans (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis, mais un tempérament plus patient que pour le précédent.
Le sous-titre annonce la couleur : une méthode claire et des mélodies choisies à l'intention du débutant. Evans écrit beaucoup, explique le pourquoi de chaque chose, et introduit la lecture de notes en parallèle des accords. Le livre se lit autant qu'il se joue.
Ce qu'il vous apprend précisément : ce que vous faites. Pourquoi une corde sonne juste ou non, comment fonctionne le manche, ce qui se passe quand vous barrez. Un lecteur qui vient d'un milieu non musical y trouvera les explications que les méthodes purement visuelles escamotent.
Ce qu'il ne vous apprend pas : à sonner comme un guitariste de groupe. Le répertoire est neutre, souvent traditionnel, et personne n'a jamais impressionné qui que ce soit avec. Prenez-le comme complément du premier plutôt que comme alternative, si vous voulez comprendre en même temps que vous jouez.
Troisième livre : Pierre Cullaz, « Technique pour guitaristes de tous styles »
Pierre Cullaz, « Technique pour guitaristes de tous styles » (Alphonse Leduc, quatre volumes) Voir à la FnacTechnique pour guitaristes de tous styles, de Pierre Cullaz (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : un an de pratique au minimum, et de vrais problèmes techniques identifiés.
Cullaz, mort en 2014, était un guitariste de jazz français et un pédagogue redouté du Centre d'informations musicales à Paris. Sa méthode en quatre volumes est le genre d'ouvrage qui ne se lit pas mais se travaille : le premier volume traite de la technique des deux mains, des doigtés, des gammes et des accords, le deuxième aborde l'improvisation et l'usage des accords, les suivants entrent dans le phrasé, les enrichissements, les cadences et le blues.
Ce qu'il vous apprend précisément : à ne plus dépendre des positions mémorisées. C'est le livre qui débloque le joueur intermédiaire coincé dans ses deux formes de pentatonique. Il est aride, exigeant, et il fonctionne.
Ce qu'il ne vous apprend pas : le plaisir. N'ouvrez pas ces volumes en première année, vous poseriez la guitare. Et si le jazz vous indiffère complètement, sachez que la moitié du contenu vous servira quand même, l'autre non.
Quatrième livre : Claude Abromont et Eugène de Montalembert, « Guide de la théorie de la musique »
Claude Abromont et Eugène de Montalembert, « Guide de la théorie de la musique » (Fayard et Henry Lemoine, 2001, six cent huit pages) Voir à la FnacGuide de la théorie de la musique, de Claude Abromont et Eugène de Montalembert (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : savoir déjà jouer, et buter sur du vocabulaire.
Plus de cinq cents exemples musicaux, des tableaux, un inventaire de vocabulaire. Ce n'est pas un livre qu'on lit du début à la fin, c'est celui qu'on ouvre quand on veut enfin savoir ce qu'est une septième de dominante, pourquoi le mode dorien n'est pas un mineur comme les autres, ou ce que signifie exactement une modulation.
Ce qu'il vous apprend précisément : le nom des choses. Cela paraît modeste, ce ne l'est pas. Un guitariste qui sait nommer ce qu'il joue peut le transposer, l'expliquer à un autre musicien et le retrouver un an plus tard. Un guitariste qui ne le sait pas rejoue indéfiniment les mêmes formes en espérant tomber juste.
Une opinion, que j'assume : c'est le seul livre de cette liste qu'un guitariste autodidacte regrettera de ne pas avoir acheté trois ans plus tôt.
Par où ne pas commencer
Les dictionnaires d'accords. Mille positions classées par ordre alphabétique, sans un mot sur celles qui servent réellement. Vous en utiliserez quinze la première année. Un recueil pareil se consulte, il ne s'apprend pas, et il donne l'illusion coûteuse d'avoir acheté quelque chose d'utile.
Les recueils de tablatures de vos morceaux préférés, achetés le même jour que la guitare. Le morceau qui vous a donné envie de jouer est presque toujours hors de portée pendant dix-huit mois, et voir la partition tous les jours sans pouvoir l'attaquer décourage plus qu'elle ne motive.
Les études classiques de Fernando Sor ou de Matteo Carcassi, si votre projet est de jouer du folk ou du rock. Ce sont des ouvrages excellents pour la guitare classique, écrits pour le jeu aux doigts sur cordes nylon, et ils ne vous rapprocheront pas d'une seule chanson que vous vouliez jouer.
Les gros volumes généralistes qui promettent toute la guitare en un livre. Ils traitent l'électrique, la classique, le flamenco et le blues en quarante pages chacun, ce qui garantit qu'aucune section n'est assez développée pour vous mener quelque part.
Enfin, méfiez-vous d'un réflexe : acheter la méthode suivante quand la précédente devient difficile. Le problème n'est jamais le livre à la page 30, c'est presque toujours les vingt minutes quotidiennes qui n'ont pas été faites.
Ce qu'aucun livre ne fera à votre place
Un livre ne vous dira pas que votre poignet gauche est trop cassé et que c'est pour ça que le barré ne sonne pas. Il ne verra pas la tension de votre épaule droite. Trois cours avec un professeur, même trois seulement, corrigent des défauts de posture qu'un autodidacte traîne parfois dix ans. C'est de très loin le meilleur investissement de ce parcours.
Un livre ne vous donnera pas non plus l'oreille. Accorder à l'oreille, entendre qu'un accord n'est pas celui de la version originale, repérer un changement avant qu'il arrive : cela s'acquiert en jouant avec d'autres et en repiquant des morceaux à la main, pas en lisant.
Un livre ne réglera pas votre instrument. Une guitare d'entrée de gamme avec des cordes trop hautes rend le jeu douloureux, et beaucoup de gens abandonnent en croyant manquer de doigts alors qu'ils manquent d'un réglage. Faites vérifier l'action chez un luthier avant de conclure quoi que ce soit sur vos aptitudes.
Enfin, aucun livre ne remplace le fait de jouer devant quelqu'un. Un morceau que vous tenez seul dans votre chambre s'effondre la première fois qu'une personne écoute, et cette expérience-là ne s'apprend qu'en la vivant.
Après ces quatre livres
Vous aurez de quoi accompagner, de quoi comprendre le manche et de quoi nommer ce que vous jouez. C'est déjà plus que la majorité des guitaristes amateurs qui jouent depuis dix ans.
La suite se choisit par le style. Si c'est le blues, allez vers les recueils de phrasé et vers le repiquage à l'oreille. Si c'est le classique, prenez un professeur, la question de la main droite ne se règle pas seul. Si c'est la composition, un manuel d'harmonie prendra le relais du guide théorique.
Le principe reste le même ailleurs : peu de livres, dans un ordre, et une pratique qui ne s'arrête pas. Vous retrouverez cette logique dans le reste de notre collection quels livres acheter pour apprendre à, notamment pour apprendre les échecs, où la tentation d'accumuler les ouvrages sans travailler est exactement la même. Et si le clavier vous tente aussi, voyez quels livres pour apprendre le piano, dont les méthodes pour adultes n'ont rien à voir avec celles pour enfants.
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