Quels livres pour apprendre le bricolage ?
La scène se répète en magasin tous les samedis. Quelqu'un décide de s'y mettre, repart avec un volume de six cents pages qui promet de tout couvrir, et l'ouvre trois semaines plus tard parce qu'une prise a cessé de fonctionner. Il trouve alors onze pages sur l'électricité, écrites pour ne fâcher personne, et se retrouve exactement aussi avancé qu'avant.
C'est le paradoxe du bricolage domestique : ce qu'on apprend le plus facilement dans un livre, ce sont les gestes qu'on peut aussi apprendre en regardant faire, et ce dont on a réellement besoin, l'électricité et la plomberie, relève de domaines normés où seul un ouvrage à jour et spécialisé fait le travail. Voici quatre livres, dans un ordre qui tient compte de ça, et l'orientation vers le manuel dédié dès que le chantier le mérite.
Ce que vous voulez vraiment apprendre
Trois personnes qui disent vouloir « apprendre le bricolage » ne cherchent pas la même chose, et se tromper de groupe coûte un livre.
La première est locataire ou vient d'emménager. Elle veut savoir accrocher, percer sans faire tomber le plâtre, changer un joint, remettre une chasse d'eau en état. Ses besoins tiennent en un livre, et elle n'a rien à faire dans un traité de maçonnerie.
La deuxième est propriétaire depuis quelques années. Elle entretient : peinture, revêtements, portes qui frottent, robinetterie, petites reprises. Elle a besoin d'un manuel généraliste sérieux, plus un ouvrage spécialisé par domaine, acheté au moment du chantier et pas avant.
La troisième s'attaque à une rénovation. Là, le généraliste devient anecdotique, et c'est la logique inverse qui s'applique : un livre par corps de métier, choisi pour sa date d'édition autant que pour son contenu.
Regardez honnêtement où vous êtes. Le parcours qui suit fonctionne pour les trois, mais vous vous arrêterez à des étapes différentes.
Premier livre : Jo Behari et Alison Winfield-Chislett
Jo Behari et Alison Winfield-Chislett, « Guide du bricoleur débutant, réparations & projets DIY » (Artémis, février 2021, 159 pages, traduit de l'anglais) Voir à la FnacGuide du bricoleur débutant, réparations & projets DIY, de Jo Behari et Alison Winfield-Chislett (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis.
Le format est modeste et c'est sa qualité principale. Cent cinquante-neuf pages, des travaux réels du quotidien, peinture, papier peint, étagères, petites réparations intérieures et extérieures, avec le matériel à prévoir et les précautions à prendre à chaque fois.
Ce qu'il vous apprend précisément : le vocabulaire et l'ordre des opérations. Vous saurez qu'un support se prépare avant d'être peint, qu'une cheville se choisit selon le mur et pas selon la vis, qu'on trace avant de percer. Ce sont des évidences pour qui bricole, et personne ne les dit jamais à qui commence.
Ce qu'il ne vous apprend pas, et il faut le dire nettement : rien d'utilisable sur l'électricité ni la plomberie françaises. L'ouvrage est traduit de l'anglais, et sur ces deux domaines les usages, les raccords et les règles d'installation ne se transposent pas. Lisez-le pour tout le reste.
Deuxième livre : Christian Pessey
Christian Pessey, « Le manuel du bricolage facile ! 500 gestes et techniques pas à pas pour créer, rénover et tout faire dans la maison » (Massin, collection Pratique du bricolage, mars 2015, environ 280 pages) Voir à la FnacLe manuel du bricolage facile ! 500 gestes et techniques pas à pas pour créer, rénover et tout faire dans la maison, de Christian Pessey (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : avoir déjà tenu une perceuse.
Christian Pessey est un des rares auteurs français à écrire sur le bricolage depuis assez longtemps pour avoir une vraie pédagogie du geste. Le livre s'organise en six domaines : menuiserie, maçonnerie, plomberie, électricité, revêtements de sols, isolation et chauffage.
Ce qu'il vous apprend précisément : la mécanique d'un chantier, illustrée pas à pas. Vous voyez la succession des étapes plutôt qu'un résultat, ce qui change tout quand vous vous retrouvez au milieu d'une opération sans savoir si vous êtes en avance ou en retard. C'est le manuel de référence à garder dans un placard pendant dix ans.
Ce qu'il ne vous apprend pas : le détail réglementaire. Un chapitre d'une trentaine de pages sur l'électricité vous donne les principes et vous laisse au seuil de ce qu'il faut savoir pour intervenir vous-même. C'est normal, ce n'est pas son objet, et c'est précisément la limite qui justifie la section suivante.
Les deux domaines où le généraliste ne suffit jamais
Voici l'argument central de cet article, et la raison pour laquelle il ne se termine pas sur une liste de pavés.
L'électricité domestique est régie par une norme d'installation qui a été révisée à plusieurs reprises, et qui fixe le nombre de circuits, les sections de conducteurs, les protections différentielles, les volumes de la salle de bains. Un manuel généraliste ne peut pas transporter cette matière, et un manuel ancien vous décrira des montages qui n'ont plus cours. C'est le domaine où la date d'édition d'un livre compte plus que la réputation de son auteur. Nous lui avons consacré un article entier, avec les ouvrages qui font autorité et l'ordre dans lequel les lire : quels livres pour apprendre l'électricité.
La plomberie pose le même problème sous une autre forme. Les techniques d'assemblage ont beaucoup bougé en vingt ans, le multicouche et les raccords à sertir ont remplacé une partie du cuivre et de la soudure, et un livre d'avant cette bascule vous apprendra un métier qui ne se pratique plus tout à fait comme ça. Là aussi, un ouvrage dédié et récent s'impose : quels livres pour apprendre la plomberie.
Si vous ne deviez retenir qu'une chose de cet article, ce serait celle-là. Deux tiers du budget livres d'un bricoleur devraient partir dans des ouvrages spécialisés, pas dans un généraliste de plus.
Troisième livre : le manuel du domaine que vous attaquez
Thierry Gallauziaux et David Fedullo, « Peintures et papiers peints, techniques professionnelles » (Eyrolles, février 2014) Voir à la FnacPeintures et papiers peints, techniques professionnelles, de Thierry Gallauziaux et David Fedullo (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : un premier chantier de peinture derrière vous, même raté.
Nous citons celui-là parce que la peinture est le chantier que tout le monde fait en premier et que personne ne prend au sérieux. Le duo Gallauziaux et Fedullo a signé une trentaine d'ouvrages chez Eyrolles, découpés par domaine, et cette collection par sujet est la bonne façon d'acheter des livres de bricolage : un par chantier, au moment du chantier.
Ce qu'il vous apprend précisément : que le résultat se joue sur la préparation du support et non sur la peinture. Rebouchage, ponçage, dépoussiérage, sous-couche adaptée au support. Un mur mal préparé recouvert d'une peinture excellente donne un mauvais résultat, l'inverse est presque acceptable.
Ce qu'il ne vous apprend pas : les autres domaines, évidemment, et c'est le principe. Le même éditeur publie, dans la même logique, un volume sur le carrelage de sol et mural, paru en août 2017, si c'est le chantier qui vous attend.
Quatrième livre : le manuel de votre chantier suivant
Il n'y a pas d'ordre universel au-delà de cette étape, parce que le quatrième livre dépend de ce que votre maison vous impose. Voici les cinq directions les plus fréquentes, chacune traitée en détail ailleurs, avec les titres vérifiés et les prérequis.
Si vous travaillez le bois, du meuble à la porte en passant par le parquet, allez vers les livres pour apprendre la menuiserie. C'est le domaine où l'apprentissage est le plus progressif et le plus gratifiant.
Si vous montez un mur, coulez une dalle ou reprenez de la pierre, ce sont les livres pour apprendre la maçonnerie qu'il vous faut, et le sujet demande plus de théorie qu'on ne le croit.
Si votre problème est le froid, les factures ou la condensation, passez par les livres pour apprendre l'isolation. C'est le domaine où une bonne intention mal exécutée fait le plus de dégâts, l'humidité piégée dans une paroi étant un classique.
Si vous rénovez un logement entier et cherchez à ordonner les chantiers, commencez par les livres pour apprendre à rénover sa maison, qui traitent le diagnostic et l'enchaînement des lots avant les techniques.
Par où ne pas commencer
Les encyclopédies généralistes d'occasion. « Le Larousse du bricolage » de Michel Galy, dont la dernière grande édition remonte à 2009 et compte plus de six cents pages, se trouve partout pour presque rien. Le contenu menuiserie, maçonnerie et finitions reste valable. Les parties électricité et plomberie ont pris un coup de vieux, et un débutant n'a aucun moyen de savoir quelles pages sont encore d'actualité. C'est le pire défaut possible pour un ouvrage de référence.
Le même diagnostic s'applique, en pire, aux manuels du Reader's Digest, dont les éditions les plus répandues datent des années 1990. On les trouve dans toutes les brocantes, ils sont magnifiquement illustrés, et ils décrivent une maison qui n'existe plus.
Les livres de projets. Trente réalisations en pas à pas, chacune photographiée sur trois pages, cela se feuillette avec plaisir et cela n'apprend rien de transposable. Vous saurez construire exactement ce meuble-là, dans ces dimensions-là. Un livre de techniques vous permet de construire n'importe quel meuble, et c'est un tout autre achat.
Enfin, un conseil sur un format plutôt que sur un titre : méfiez-vous des ouvrages qui promettent de couvrir la maison entière en moins de cent cinquante pages tout en incluant l'électricité. Le compte n'y est pas, et ce qui saute dans ces cas-là est toujours la partie qui protège.
Ce que les livres ne feront pas à votre place
Un livre ne vous dira pas ce qu'il y a dans votre mur. Sur un chantier, l'essentiel du travail est un diagnostic : cette cloison est-elle porteuse, ce câble passe-t-il là, cette fissure bouge-t-elle. Un détecteur à trente euros vous apprend en une minute ce qu'aucun chapitre ne peut vous dire, et un artisan appelé une heure pour avis coûte moins cher qu'une reprise.
Un livre ne remplacera pas les vérifications obligatoires. Sur une installation électrique neuve ou entièrement rénovée, le passage par un organisme de contrôle avant mise sous tension n'est pas une formalité facultative, et votre assurance s'y intéressera le jour où quelque chose brûle. Aucun manuel ne signera ce document à votre place.
Un livre ne compense pas l'absence d'outils. C'est l'erreur la plus commune du débutant lettré : trois ouvrages lus, un tournevis cruciforme et un marteau. Un mètre, un niveau, un détecteur, une perceuse honnête et un jeu de tournevis valent mieux qu'un quatrième livre, et de loin.
Enfin, un livre ne vous rendra pas patient. La différence entre un travail d'amateur et un travail propre tient presque toujours au temps de préparation et de séchage qu'on a accepté d'attendre. Les gens qui bricolent bien ne vont pas plus vite, ils recommencent moins.
Après ces quatre livres
Vous aurez un manuel de gestes, un manuel généraliste de référence, un ouvrage spécialisé sur votre chantier en cours, et l'habitude d'acheter le livre au moment où le besoin apparaît plutôt qu'en prévision. C'est déjà une bibliothèque de bricoleur mieux construite que la moyenne.
La suite se joue par domaine, et notre collection quels livres acheter pour apprendre à traite chacun d'eux séparément, avec le même principe : peu de titres, dans un ordre, et ce que chacun n'apporte pas. Vous pouvez aussi explorer le catalogue par genres pour repérer les collections d'éditeurs techniques, qui font une différence réelle dès qu'on quitte le niveau débutant.
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