Quels livres pour apprendre l'isolation ?
Un menuisier m'a raconté avoir rouvert, quatre ans après, une cloison qu'il avait isolée lui-même en suivant un guide de bricolage. La laine était noire sur trente centimètres de haut, l'ossature bois piquée, l'odeur reconnaissable. Le calcul de résistance thermique était pourtant impeccable. Le propriétaire avait posé un film plastique du mauvais côté, parce que le livre n'en parlait pas.
C'est le scénario qui doit guider votre achat. L'isolation semble être un sujet de performance : quelle épaisseur, quel R, quel matériau. Elle est d'abord un sujet d'eau. Une maison de quatre personnes produit chaque jour plusieurs litres de vapeur, cette vapeur cherche à sortir, et si vous placez sur son chemin un isolant plus une barrière mal positionnée, elle condense à l'intérieur de la paroi. Un livre qui ne traite pas cette question sérieusement ne vous protège pas, il vous rassure. Voici quatre ouvrages, dans un ordre qui suit cette logique.
Le critère de tri, avant même les titres
Ouvrez n'importe quel candidat au sommaire et cherchez trois mots : perspirance, frein-vapeur, condensation interstitielle. Si aucun n'apparaît, reposez le livre, quel que soit le nombre de photos.
Cherchez ensuite qui l'a écrit et qui l'a payé. Le rayon isolation est saturé de brochures très bien faites, gratuites ou vendues quelques euros, éditées par des marques de matériaux ou des organisations de filière. Elles ne mentent pas au sens strict, elles cadrent. Un guide financé par la filière laine minérale traitera la fibre de bois en une demi-page. Un guide financé par un négoce de biosourcés vous fera croire que la laine de verre est un poison.
Les signaux sont faciles à lire une fois qu'on les connaît. Un éditeur qui est aussi un fabricant, ou un nom d'association qui ressemble à un institut mais dont les membres sont des industriels. Des photos de chantier où le même conditionnement revient à chaque page, logo bien net. Un tableau comparatif dont une colonne manque. Et l'absence totale de mise en garde : aucun matériau n'a que des avantages, un texte qui n'en signale aucun sur son produit vedette fait de la publicité.
Rien de tout cela ne disqualifie l'information technique, souvent juste. Mais on ne construit pas sa culture sur des documents dont l'objectif est de vendre. Achetez des livres, gardez les brochures pour les fiches de pose.
Premier livre : Courgey et Oliva, « L'isolation thermique écologique »
Samuel Courgey et Jean-Pierre Oliva, « L'isolation thermique écologique, conception, matériaux, mise en œuvre, neuf et réhabilitation » (Terre vivante, édition 2023, 256 pages) Voir à la FnacL'isolation thermique écologique, conception, matériaux, mise en œuvre, neuf et réhabilitation, de Samuel Courgey et Jean-Pierre Oliva (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis, mais une lecture lente.
C'est le livre qui pose le problème dans le bon ordre. Oliva est charpentier de formation, Courgey travaille sur la performance énergétique depuis les années 1990, et l'ouvrage en est à sa quatrième vie éditoriale, mise à jour pour la RE 2020. Il s'est vendu à près de cent mille exemplaires, ce qui est considérable pour un livre technique en français.
Ce qu'il vous apprend précisément : le comportement hygrothermique d'une paroi. Vous comprendrez ce que veut dire la valeur Sd d'un film, pourquoi une paroi doit pouvoir sécher au moins d'un côté, comment se calcule grossièrement le risque de condensation, et pourquoi un frein-vapeur hygrovariable n'est pas un gadget marketing. Le panorama des matériaux biosourcés qui suit devient alors lisible, parce que vous avez les critères pour les juger.
Ce qu'il ne vous apprend pas : à poser. Les schémas de mise en œuvre existent, ils sont bons, mais ce n'est pas un manuel de geste. Vous saurez ce qu'il faut obtenir, pas toujours comment tenir l'agrafeuse.
Une réserve honnête : le parti pris écologique est assumé et parfois insistant. Les isolants minéraux sont traités correctement mais sans chaleur. Si vous cherchez un avis neutre sur la laine de roche, ce n'est pas ici que vous le trouverez, d'où le livre suivant.
Deuxième livre : Gallauziaux et Fedullo, « L'isolation thermique »
Thierry Gallauziaux et David Fedullo, « L'isolation thermique » (Eyrolles, 3e édition, juillet 2023, 443 pages) Voir à la FnacL'isolation thermique, de Thierry Gallauziaux et David Fedullo (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Se lit après le précédent, ou en parallèle.
Le contrepoids. Ces deux auteurs publient depuis vingt ans chez Eyrolles des ouvrages techniques sur l'électricité, la plomberie et le second œuvre, et leur méthode est toujours la même : de la norme, des schémas, des cas de figure, aucune ambiance. L'édition de 2023 intègre la RE 2020 et traite explicitement l'étanchéité à l'air et le pare-vapeur, ce qui n'était pas le cas des éditions plus anciennes du même fonds.
Ce qu'il vous apprend précisément : la mise en œuvre réglementaire, matériau par matériau et paroi par paroi. Combles perdus, rampants, murs par l'intérieur, murs par l'extérieur, planchers bas, chacun avec les points singuliers qui posent problème, les jonctions et les traversées. C'est le livre que vous rouvrirez sur le chantier, celui de Courgey et Oliva étant celui que vous lirez avant de décider.
Ce qu'il ne vous apprend pas : à arbitrer. Le livre décrit les solutions conformes, il ne vous dira pas laquelle convient à votre mur de moellons hourdé à la terre. Ce jugement-là suppose la lecture précédente.
Troisième livre : Beaumier et Janin, « L'isolation thermique-acoustique »
Jean-Louis Beaumier et Franck Janin, « L'isolation thermique-acoustique, solutions combinées écologiques, en neuf et en rénovation » (Terre vivante, collection Techniques de pro, 2017, 224 pages) Voir à la FnacL'isolation thermique-acoustique, solutions combinées écologiques, en neuf et en rénovation, de Jean-Louis Beaumier et Franck Janin (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : les deux étapes précédentes.
Personne ne pense à l'acoustique avant d'avoir isolé, et beaucoup le regrettent. Une paroi optimisée pour la seule performance thermique peut se révéler nettement plus sonore qu'avant travaux, notamment sur les doublages sur ossature. Beaumier est ingénieur en acoustique, Janin travaille sur les matériaux biosourcés, et le livre propose plus de quatre-vingts configurations de parois traitées sur les deux plans à la fois.
Ce qu'il vous apprend précisément : les jonctions. Angles de murs, liaisons mur-plancher, passages de gaines, appuis de fenêtre. C'est là que se jouent à la fois les ponts thermiques, les fuites d'air et les transmissions sonores, et c'est la partie que les guides généralistes expédient.
Ce qu'il ne vous apprend pas : les fondamentaux, qu'il suppose acquis. Attaqué en premier, il paraîtra sec et sans intérêt. Lu en troisième, il change la qualité de vos détails.
Quatrième livre, avec une réserve : Le Goarnig sur la maison ancienne
Patrick Le Goarnig, « L'isolation bio de la maison ancienne, choisir ses isolants bio, isoler murs, ouvertures, planchers » (Eyrolles, 2014) Voir à la FnacL'isolation bio de la maison ancienne, choisir ses isolants bio, isoler murs, ouvertures, planchers, de Patrick Le Goarnig (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Édition papier difficile à trouver neuve, à chercher d'occasion ou en bibliothèque.
Je vous le signale en connaissance de cause : recommander un livre de 2014 dans un article qui insiste sur les éditions à jour demande une justification. La voici. Sur le bâti ancien antérieur à 1948, murs épais en pierre, terre ou pan de bois, la physique n'a pas bougé et la littérature récente grand public reste maigre. Le Goarnig traite spécifiquement les parois qui régulent l'humidité par capillarité, celles que l'isolation par l'intérieur avec pare-vapeur peut détruire en quelques hivers.
Ce qu'il vous apprend précisément : à diagnostiquer un mur ancien avant d'y toucher, et à distinguer une humidité de condensation d'une remontée capillaire, deux pathologies qui appellent des réponses opposées.
Ce qu'il ne vous apprend pas : la réglementation actuelle, les aides et les produits d'aujourd'hui. Prenez-en la méthode de diagnostic, ignorez les références commerciales. Si vous ne le trouvez pas, sautez cette étape et compensez par un diagnostic sur place.
Par où ne pas commencer
Les compendiums généralistes de bricolage, d'abord. Un chapitre isolation dans un ouvrage de six cents pages qui couvre aussi le carrelage et la peinture vous donnera l'épaisseur à poser et rien sur la vapeur. C'est exactement le livre qui a produit la cloison moisie du premier paragraphe.
Les ouvrages centrés sur le calcul thermique ensuite, sauf si vous visez un métier. Les méthodes de calcul réglementaire, les logiciels de simulation, les coefficients Ubat, tout cela relève de la thermique du bâtiment et pas de l'isolation. On y passe des semaines pour une compétence qu'un bureau d'études facturera moins cher que le temps que vous y aurez laissé.
Les livres organisés par aide financière, enfin. Un ouvrage dont le sommaire suit les dispositifs publics sera périmé avant que vous ayez fini vos devis. Ces informations changent presque chaque année, elles n'ont rien à faire dans un livre.
Et méfiez-vous d'un genre précis : le guide à titre ronflant, vendu comme la somme définitive sur le sujet, dont on découvre au sommaire qu'il recycle un fonds ancien. Regardez la date de dernière édition, pas la date de réimpression.
Ce que les livres ne feront pas à votre place
Ils ne verront pas votre mur. Le point de départ d'un chantier d'isolation réussi est un diagnostic du support existant : composition, état, humidité mesurée à l'humidimètre, orientation, présence ou non d'une lame d'air. Aucun ouvrage ne fait ça à distance, et un espace conseil France Rénov' le fait gratuitement.
Ils ne poseront pas la question de la ventilation, ou trop tard. Isoler une maison sans revoir son renouvellement d'air revient à fermer les fuites qui l'assainissaient. La règle est simple et personne ne l'applique : on décide de la ventilation avant de décider de l'isolant.
Ils ne remplaceront pas non plus deux heures passées à regarder quelqu'un poser une membrane d'étanchéité à l'air. Les adhésifs, les manchons de traversée, les recouvrements, la tension du film, ces gestes se transmettent par imitation. Les associations de construction écologique et les chantiers participatifs sont pleins de gens qui laissent volontiers regarder.
Enfin, aucun livre ne mesurera votre résultat. Un test d'infiltrométrie en fin de chantier coûte une somme modeste et vous dira en une matinée si votre lecture a servi à quelque chose.
Ensuite
Ces quatre lectures faites, vous savez décider d'une paroi, la justifier et repérer une pose douteuse. C'est un niveau que peu de maîtres d'ouvrage atteignent, et qui change radicalement une discussion avec un artisan.
La suite dépend de votre chantier. Si l'isolation s'inscrit dans un projet plus large, la vue d'ensemble se trouve du côté des livres pour rénover sa maison, qui traitent l'ordre des travaux et le pilotage. Si vos murs eux-mêmes sont en cause, passez par les livres de maçonnerie. Et comme une isolation se termine toujours par des réseaux à repasser dans les cloisons neuves, les sélections consacrées à l'électricité et à la plomberie viendront vite. Le reste de la collection quels livres acheter pour apprendre à applique la même méthode à d'autres domaines.
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