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Quels livres pour apprendre le bouddhisme ? 4 titres et un tri à faire dans le rayon

Quatre livres pour étudier le bouddhisme comme une doctrine et une histoire, dans l’ordre, avec la méthode pour écarter le développement personnel vendu sous une étiquette orientale.

L'équipe Relit9 min de lecture

Les livres de ce parcours, dans l'ordre

LivrePourquoiAcheter
Comprendre le bouddhismeDennis GiraVoir Comprendre le bouddhisme, de Dennis Gira à la Fnac (lien affilié)
L’enseignement du Bouddha, d’après les textes les plus anciensWalpola RahulaVoir L’enseignement du Bouddha, d’après les textes les plus anciens, de Walpola Rahula à la Fnac (lien affilié)
Bouddhismes, philosophies et religionsBernard FaureVoir Bouddhismes, philosophies et religions, de Bernard Faure à la Fnac (lien affilié)
Dictionnaire encyclopédique du bouddhismePhilippe CornuVoir Dictionnaire encyclopédique du bouddhisme, de Philippe Cornu à la Fnac (lien affilié)

Quels livres pour apprendre le bouddhisme ?

Allez voir le rayon. Sur une même étagère vous trouverez un manuel d’histoire des religions, un recueil de soutras traduits du chinois, une méthode en dix semaines pour retrouver la paix intérieure, un livre de citations attribuées au Bouddha dont la moitié n’a aucune source, et un essai sur la pleine conscience en entreprise. Tout cela porte le même mot sur la couverture.

Aucun autre domaine n’a subi une telle absorption. Le bouddhisme est arrivé en France par deux canaux séparés, l’orientalisme universitaire d’un côté, la contre-culture puis le marché du bien-être de l’autre, et le second a largement recouvert le premier en librairie. Résultat : un lecteur qui veut savoir ce que le Bouddha a enseigné se retrouve devant vingt livres qui lui expliquent comment se sentir mieux.

Ce sont deux besoins légitimes, ce ne sont pas les mêmes livres. Voici quatre titres pour le premier, dans l’ordre, avec le critère qui vous permettra de trier tout seul ensuite.


Le critère de tri, avant même le premier achat

Le bouddhisme est traité ici comme un objet d’étude : une doctrine née dans le nord de l’Inde vers le cinquième siècle avant notre ère, avec un corpus de textes, une histoire d’expansion sur tout un continent, des écoles qui se sont divisées, des institutions monastiques et des pratiques rituelles. C’est ce que fait l’université, et c’est l’angle qui vous apprendra quelque chose.

Trois vérifications avant d’acheter, les mêmes que celles détaillées dans notre article sur quels livres pour apprendre l’histoire des religions.

L’auteur d’abord. Un chercheur rattaché à une institution universitaire, ou un moine reconnu pour son travail sur les textes, publie sous le regard de ses pairs. Un coach, un journaliste sans formation sur l’Asie ou un praticien qui raconte son cheminement personnel n’a pas ce garde-fou. Sa sincérité n’est pas en cause, sa méthode l’est.

L’éditeur ensuite. Seuil, Flammarion, Gallimard, Fayard, les Presses universitaires de France, le CNRS, Les Belles Lettres : maisons généralistes, sans engagement confessionnel. Les éditions rattachées à un centre bouddhiste ou à une lignée publient parfois d’excellentes traductions, mais vous devez savoir ce que vous tenez. C’est une information, pas un verdict.

Le traitement des désaccords enfin, qui reste le test le plus fiable. Les spécialistes discutent depuis plus d’un siècle de la datation du canon pali, du contenu réel de la prédication la plus ancienne, de la formation du Mahayana. Un ouvrage qui vous présente une doctrine unifiée et intemporelle, sans jamais signaler qu’un point fait débat, a choisi de vous rassurer plutôt que de vous instruire.

Il y a une conséquence désagréable à ce critère, et je l’assume : il écarte une bonne partie des succès de librairie sur le sujet, y compris certains écrits par des auteurs sympathiques et honnêtes.

Premier livre : Dennis Gira, « Comprendre le bouddhisme »

Dennis Gira, « Comprendre le bouddhisme » (Le Livre de Poche, 1998) Voir à la FnacComprendre le bouddhisme, de Dennis Gira (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis, format court.

Gira, spécialiste des spiritualités d’Extrême-Orient et longtemps enseignant à l’Institut de science et de théologie des religions, a écrit ici l’équivalent d’une carte routière. Naissance et histoire du bouddhisme, doctrine, puis les grandes formes : Theravada, Mahayana, bouddhisme tibétain, zen.

Ce qu’il vous apprend précisément : que le mot « bouddhisme » recouvre des ensembles très différents, séparés par des siècles et des milliers de kilomètres, avec des textes de référence distincts. C’est la chose la plus utile à savoir avant tout le reste, et c’est justement ce que le rayon bien-être efface, parce qu’il lui faut un bouddhisme unique et lisse.

Ce qu’il ne vous apprend pas : la doctrine dans le détail. Un livre de cette taille sur vingt-cinq siècles avance vite. Vous en sortirez avec un plan des lieux, pas avec le contenu des salles.

Deuxième livre : Walpola Rahula, « L’enseignement du Bouddha »

Walpola Rahula, « L’enseignement du Bouddha, d’après les textes les plus anciens » (Seuil, collection Points Sagesses, 1961 pour l’édition française, traduit de l’anglais, d’après « What the Buddha Taught » paru en 1959) Voir à la FnacL’enseignement du Bouddha, d’après les textes les plus anciens, de Walpola Rahula (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : la première étape, ou l’équivalent.

Voilà le livre qui manque à peu près à tous les lecteurs qui croient connaître le bouddhisme. Rahula était un moine theravadin cinghalais, docteur en philosophie, formé aux textes pali mais lecteur aussi des sources chinoises et tibétaines. Il expose les quatre nobles vérités, la notion d’anatta, l’absence de soi permanent, la production conditionnée, le sentier octuple. Une seconde partie donne un choix de textes canoniques traduits et situés.

Ce qu’il vous apprend précisément : le contenu réel de la doctrine, dans une langue nette, sans intermédiaire de vulgarisation. Vous découvrirez que le fameux « tout est souffrance » est une traduction discutable de dukkha, que le non-soi n’a rien de la dissolution paisible qu’on lui prête, et que le Bouddha des textes anciens argumente et réfute plus qu’il ne rassure.

Ce qu’il ne vous apprend pas : le recul historique. Rahula écrit depuis l’intérieur d’une tradition qu’il connaît en savant mais qu’il partage, et il présente le Theravada ancien comme le socle commun. Beaucoup d’historiens objecteraient que cette reconstruction du bouddhisme originel est elle-même une construction moderne. Lisez-le comme une exposition doctrinale de première qualité, et gardez la question ouverte.

Troisième livre : Bernard Faure, « Bouddhismes, philosophies et religions »

Bernard Faure, « Bouddhismes, philosophies et religions » (Flammarion, 1998, environ deux cent quatre-vingts pages, repris dans la collection Champs) Voir à la FnacBouddhismes, philosophies et religions, de Bernard Faure (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : les deux étapes précédentes.

C’est ici que vous prenez de la hauteur, et le pluriel du titre annonce la couleur. Faure, historien des religions d’Asie, spécialiste du bouddhisme chan et zen, a enseigné à Stanford puis à Columbia. Il examine ce que l’Occident a fait du bouddhisme depuis deux siècles : la fabrication d’un bouddhisme rationnel, athée, compatible avec la science, dépouillé de ses temples, de ses moines, de ses rituels et de ses démons.

Ce qu’il vous apprend précisément : à repérer votre propre lunette. Le bouddhisme que vous avez rencontré dans la presse et dans les librairies françaises est le produit d’une sélection opérée par des orientalistes puis par des lecteurs occidentaux en quête d’une spiritualité sans dogme. Sur le terrain asiatique, un temple ressemble beaucoup plus à une paroisse qu’à un club de philosophie.

Ce qu’il ne vous apprend pas : une doctrine. Faure suppose que vous savez déjà de quoi il parle, ce qui explique la place de ce livre en troisième position et pas en première. Pris trop tôt, il déconstruit un objet que vous n’avez pas encore.

Quatrième livre : Philippe Cornu, « Dictionnaire encyclopédique du bouddhisme »

Philippe Cornu, « Dictionnaire encyclopédique du bouddhisme » (Seuil, 2001, nouvelle édition augmentée en 2006, environ neuf cent cinquante pages) Voir à la FnacDictionnaire encyclopédique du bouddhisme, de Philippe Cornu (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : aucun, mais l’ouvrage n’a de sens qu’une fois la lecture engagée.

Cornu, tibétologue et enseignant, a réuni ici les notions, les écoles, les personnages, les lieux et les termes sanskrits, palis, tibétains, chinois et japonais que vous croiserez partout. Chaque entrée est datée, située et renvoie aux autres.

Ce qu’il vous apprend précisément : le vocabulaire, et la géographie des écoles. Sur un domaine où trois langues techniques circulent en même temps, où le même concept s’appelle dhyana, chan et zen selon le pays de sa migration, ce volume vous fait gagner des mois. Vous butez sur un terme au milieu d’un chapitre, vous ouvrez, vous repartez.

Ce qu’il ne vous apprend pas : un raisonnement suivi. Un dictionnaire fragmente par construction. Lu de bout en bout, il vous donnerait mille notions sans jamais montrer comment elles s’articulent. C’est un outil de consultation, gardez-le à cette place.

Par où ne pas commencer

Les livres de citations du Bouddha. C’est le sous-genre le plus vendu et le moins fiable. Une partie considérable de ces phrases n’a aucune attestation dans le canon, certaines sont des reformulations occidentales du vingtième siècle, et rien dans ces recueils ne vous dit d’où vient quoi. Une citation sans source ne vous apprend rien sur une doctrine, elle vous apprend ce que notre époque a envie d’entendre.

Les livres de bien-être à vernis oriental. Ceux qui promettent la sérénité, la paix intérieure ou une meilleure gestion des émotions en s’appuyant sur une sagesse millénaire. Ils peuvent vous faire du bien, ce n’est pas le sujet. Le problème est qu’ils empruntent un vocabulaire dont ils vident le contenu : dans le bouddhisme des textes, la souffrance n’est pas un désagrément à réduire mais la condition même de l’existence conditionnée, et la sortie proposée est autrement plus radicale qu’un rééquilibrage de vie.

Les soutras seuls, sans appareil. Le canon pali représente des milliers de pages et le Mahayana en ajoute autant. Ouvrir un soutra du Lotus en guise d’introduction, c’est se retrouver devant un texte liturgique dont chaque page suppose un contexte que vous n’avez pas.

Les récits de conversion et les autobiographies spirituelles. Ils se lisent bien, ils racontent une trajectoire réelle et parfois émouvante, et ils ne vous apprennent qu’une chose : ce que le bouddhisme a fait à cette personne-là.

Un mot enfin sur les livres de méditation, puisque la confusion est permanente. Ce sont d’excellents ouvrages pour ce qu’ils font, et notre article sur quels livres pour apprendre la méditation les trie sérieusement. Mais ils vous enseignent une pratique, pas une doctrine. On peut méditer dix ans sans rien savoir de la production conditionnée, et connaître la doctrine sans jamais s’asseoir. Ne demandez pas à ces livres ce qu’ils ne promettent pas.

Ce que les livres ne feront pas à votre place

Ils ne vous montreront pas ce qu’est un bouddhisme vécu. Un temple vietnamien de la région parisienne, un centre tibétain en Auvergne et une pagode thaïlandaise ne se ressemblent pas, et aucun ne ressemble à ce que vous aurez lu. La proportion de rituel, d’offrandes, de demandes de protection et de sociabilité de quartier surprend toujours les lecteurs venus par les livres. La plupart de ces lieux accueillent les visiteurs, et l’écart entre la page et la salle est instructif à lui seul.

Ils ne vous donneront pas les langues. Le pali, le sanskrit, le tibétain, le chinois classique : chaque traduction est une prise de position, et les traducteurs se disputent sur des mots décisifs, à commencer par nirvana et par dukkha. Vous n’allez pas devenir sanskritiste, vous pouvez comparer deux traductions d’un même passage. L’écart vous en dira plus que chacune séparément.

Ils ne remplaceront pas non plus les objets. Le musée Guimet, à Paris, conserve des collections d’art bouddhique de toute l’Asie. Une statue de Bouddha khmère, une thangka tibétaine et un jardin sec japonais règlent en quelques minutes des questions de matière, d’échelle et d’usage qu’un texte pose mal.

Un dernier point, plus délicat. Beaucoup de lecteurs français arrivent au bouddhisme avec une attente précise : trouver une spiritualité rationnelle, sans dieu, sans clergé et sans dogme. Cette attente n’est pas absurde, elle est simplement antérieure à la lecture, et elle filtre ce qu’on retient. Le repérer est la moitié du travail.

Après ces quatre livres

Vous aurez la carte des écoles, l’exposé de la doctrine ancienne, le recul critique sur ce que l’Occident en a fait, et un outil de consultation qui vous servira des années. C’est une base honnête, et elle vous permettra surtout de juger seul du sérieux du prochain livre que vous ouvrirez.

La suite dépend de ce qui vous a retenu. Si ce sont les textes, allez vers des recueils annotés du canon pali puis vers les grands soutras du Mahayana, en regardant toujours qui traduit et depuis quelle langue. Si ce sont les sociétés, l’histoire du bouddhisme au Tibet, au Japon ou en Asie du Sud-Est forme autant de domaines distincts, avec leurs spécialistes. Si c’est la comparaison entre traditions, l’article sur quels livres pour apprendre l’islam applique exactement le même critère de tri à un autre terrain.

Le reste de la collection quels livres acheter pour apprendre à fonctionne sur ce principe, et un détour par les genres vous aidera à repérer les éditions annotées, qui changent tout dès qu’il s’agit de textes traduits d’une langue ancienne.

Par quel livre commencer le bouddhisme quand on part de zéro ?

Par « Comprendre le bouddhisme » de Dennis Gira, disponible au Livre de Poche depuis 1998. C’est court, c’est écrit par un spécialiste des spiritualités d’Extrême-Orient, et cela vous donne la naissance de la doctrine, son histoire, puis ses grandes branches : Theravada, Mahayana, bouddhisme tibétain, zen. Vous saurez ensuite dans quelle direction creuser, ce qui est exactement le service qu’on attend d’un premier livre.

Comment repérer un livre de développement personnel déguisé en livre sur le bouddhisme ?

Regardez la table des matières. Un livre de doctrine parle des quatre nobles vérités, de la production conditionnée, du non-soi, des écoles et de leur histoire. Un livre de bien-être parle de sérénité, de lâcher-prise, de gestion du stress et de bonheur, avec des chapitres qui promettent un résultat. Le second n’est pas forcément mauvais, il ne répond simplement pas à la question que vous posez.

Faut-il méditer pour comprendre le bouddhisme ?

Non, et l’inverse est vrai aussi : méditer ne vous apprendra pas le bouddhisme. Ce sont deux activités distinctes que le marché francophone a fini par confondre. Vous pouvez étudier une doctrine sans la pratiquer, comme on étudie le stoïcisme sans être stoïcien. Si la pratique vous intéresse pour elle-même, ce sont d’autres livres, et ils ne se lisent pas de la même manière.

Le bouddhisme est-il une religion ou une philosophie ?

La question elle-même est un produit occidental du dix-neuvième siècle, et les historiens la traitent aujourd’hui comme un symptôme plutôt que comme un problème. Sur le terrain, les bouddhismes asiatiques comportent des temples, des clergés, des rituels, des offrandes, des cosmologies et des divinités. La lecture purement philosophique et rationnelle qui circule en France sélectionne une partie du corpus et laisse le reste dans l’ombre.

Y a-t-il un bouddhisme ou plusieurs ?

Plusieurs, et l’écart entre eux est considérable. Le Theravada d’Asie du Sud-Est, le Mahayana chinois et japonais, le Vajrayana tibétain diffèrent par leurs textes de référence, leurs pratiques, leur clergé et leur rapport au monde laïc. Les traiter comme un bloc unique, ce que font la plupart des présentations grand public, revient à parler du christianisme sans distinguer le monachisme orthodoxe des Églises évangéliques.

Faut-il lire les textes bouddhiques eux-mêmes ?

Oui, une fois le cadre posé, et dans une édition qui vous dit ce que vous lisez. Le canon pali compte des milliers de pages, les soutras du Mahayana forment un autre corpus encore, et aucun débutant ne peut y entrer sans guide. Un recueil de textes choisis, présentés et situés par un spécialiste, comme celui qui accompagne le livre de Walpola Rahula, est la bonne porte.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

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