Quels livres pour apprendre la méditation ?
Le rayon développement personnel de n'importe quelle librairie contient trente livres sur la méditation. Vous en achetez un, vous le lisez avec intérêt en quatre soirées, vous le refermez, et vous n'avez pas médité une seule minute. C'est le scénario le plus fréquent, et il n'est pas dû à un manque de volonté.
Il tient à une confusion de départ. Il existe deux catégories de livres sur ce sujet, elles se ressemblent beaucoup en librairie, et elles ne servent pas du tout à la même chose. Voici cinq titres dans un ordre qui tient compte de cette différence, plus la liste de ce qu'il vaut mieux ne pas acheter en premier.
Les livres qui font pratiquer et les livres qui parlent de la pratique
Un livre de méditation appartient à l'une de ces deux familles.
Le manuel de pratique vous donne des instructions exécutables : comment vous asseoir, où poser l'attention, quoi faire quand vous vous apercevez que vous pensiez à autre chose depuis six minutes, combien de temps tenir, à quelle fréquence. Il est souvent moins agréable à lire, plus répétitif, et il produit des effets.
Le livre de discours vous explique ce qu'est la méditation, ce que la neuro-imagerie en montre, ce que le bouddhisme en dit, comment elle a traversé l'Atlantique dans les années 1970. C'est passionnant, c'est parfois excellent, et cela ne vous apprend pas à méditer plus qu'un livre sur la physiologie de la course ne vous fait courir.
La grande majorité des best-sellers appartiennent à la seconde famille. Vérifiez avant d'acheter : ouvrez au milieu et cherchez des instructions à la deuxième personne. Si vous n'en trouvez pas en trois pages, vous tenez un livre de discours.
Premier livre : Christophe André, « Méditer, jour après jour »
Christophe André, « Méditer, jour après jour. 25 leçons pour vivre en pleine conscience » (L'Iconoclaste, 2011, avec un CD de séances guidées lues par l'auteur) Voir à la FnacMéditer, jour après jour. 25 leçons pour vivre en pleine conscience, de Christophe André (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis.
Le psychiatre qui a introduit la pleine conscience à Sainte-Anne a construit son livre autour de vingt-cinq tableaux, un par leçon. L'idée paraît décorative, elle ne l'est pas : regarder longuement une image est déjà un exercice d'attention, et le procédé installe le lecteur dans le bon régime avant même la première consigne. Le livre s'est vendu à plusieurs centaines de milliers d'exemplaires en France, ce qui en dit long sur la demande.
Ce qu'il vous apprend précisément : le geste de base, dans un cadre entièrement laïque, avec des séances guidées que vous pouvez suivre dès le premier soir. Vous saurez ce qu'on entend par attention à la respiration, par accueil des pensées, par retour au corps.
Ce qu'il ne vous apprend pas : la profondeur technique. André simplifie volontairement, il s'adresse à des gens qui n'ont jamais rien fait de tel. Certains lecteurs le trouvent trop doux, trop illustré, trop consensuel. Ce reproche est légitime au bout de six mois, pas au premier jour.
Deuxième livre : Bhante Henepola Gunaratana, « Méditer au quotidien »
Bhante Henepola Gunaratana, « Méditer au quotidien. Une pratique simple du bouddhisme » (Marabout, traduction de « Mindfulness in Plain English », paru en anglais en 1991, régulièrement réédité en poche) Voir à la FnacMéditer au quotidien. Une pratique simple du bouddhisme, de Bhante Henepola Gunaratana (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : avoir essayé de méditer quelques semaines et avoir buté sur quelque chose.
Gunaratana est un moine theravada srilankais, formé dans la tradition vipassana, installé aux États-Unis depuis les années 1960. Son livre est le manuel le plus clair qui existe en langue occidentale, et il ne ressemble à aucun ouvrage de bien-être : il vous dit combien de temps vous asseoir, ce que fait votre genou au bout de vingt minutes, pourquoi votre esprit fabrique des démangeaisons, et ce qu'il faut faire quand la séance devient franchement pénible.
Ce qu'il vous apprend précisément : à traverser les difficultés au lieu de conclure que vous n'êtes pas fait pour ça. Un chapitre entier est consacré aux problèmes rencontrés, un autre aux distractions, et c'est exactement ce dont on manque après le premier mois.
Ce qu'il ne vous apprend pas : à replacer la pratique dans une doctrine. Gunaratana écrit depuis le bouddhisme sans faire de vous un bouddhiste, ce qui est une prouesse, mais il laisse le cadre implicite.
Troisième livre : Jon Kabat-Zinn, « Au cœur de la tourmente, la pleine conscience »
Jon Kabat-Zinn, « Au cœur de la tourmente, la pleine conscience. MBSR, la réduction du stress basée sur la mindfulness » (traduction de Claude Maskens, préface de Christophe André, publié en français chez De Boeck puis repris en poche chez J'ai lu) Voir à la FnacAu cœur de la tourmente, la pleine conscience. MBSR, la réduction du stress basée sur la mindfulness, de Jon Kabat-Zinn (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : plusieurs mois de pratique, ou l'intention ferme de suivre un programme de huit semaines.
C'est le texte fondateur de la pleine conscience laïque. Kabat-Zinn, biologiste moléculaire de formation, a créé son programme de réduction du stress en 1979 dans un hôpital du Massachusetts, pour des patients atteints de douleurs chroniques que la médecine ne soulageait plus. Le livre décrit ce protocole en entier, semaine par semaine, avec le body scan, la marche méditative et le yoga doux.
Ce qu'il vous apprend précisément : un programme complet, structuré, adossé à une pratique clinique de plusieurs décennies. Rien de comparable en termes de sérieux.
Ce qu'il ne vous apprend pas à faire, c'est de commencer. Le volume dépasse largement les cinq cents pages et suppose que vous soyez déjà décidé. Beaucoup de gens l'achètent en premier sur la foi de sa réputation, et ne dépassent pas le troisième chapitre. Gardez-le pour le moment où vous voudrez du solide.
Deux prolongements, selon la tradition qui vous attire
À ce stade, vous saurez ce que vous cherchez. Deux directions s'ouvrent, et elles ne se mélangent pas bien.
Thich Nhat Hanh, « Le Miracle de la pleine conscience. Manuel pratique de méditation » (repris en poche chez J'ai lu en 2008) Voir à la FnacLe Miracle de la pleine conscience. Manuel pratique de méditation, de Thich Nhat Hanh (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Une centaine de pages, écrites à l'origine comme une lettre à des travailleurs sociaux vietnamiens en pleine guerre. Le moine zen y étend la pratique à la vaisselle, à la marche, au thé. C'est le livre à prendre si la voie qui vous parle est celle du quotidien plutôt que celle du coussin. Il est court, il se relit, et il ne contient presque aucune théorie.
Matthieu Ricard, « L'Art de la méditation » (NiL éditions, 2008, disponible en poche) Voir à la FnacL'Art de la méditation, de Matthieu Ricard (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Le moine tibétain, docteur en génétique cellulaire avant de partir en Himalaya, présente ici la pratique dans son cadre bouddhiste complet : l'entraînement de l'esprit, la compassion, les visualisations. C'est la direction opposée à la précédente, plus doctrinale, plus structurée, et honnête sur le fait qu'elle vous engage dans une vision du monde.
Ne mélangez pas tout, et par où ne pas commencer
Voici la partie que les listes ne font pas.
Ne commencez pas par un livre de neurosciences de la méditation. Les études d'imagerie sont fascinantes, elles décrivent des cerveaux de moines ayant cumulé des dizaines de milliers d'heures, et elles ne vous disent rien d'utilisable sur vos dix minutes de demain matin. Lire de la science sur la méditation procure la satisfaction d'avoir avancé sans avoir pratiqué, ce qui est la pire des choses au démarrage.
Ne commencez pas non plus par les textes canoniques. Le Satipatthana Sutta, le Visuddhimagga et leurs commentaires sont des sources d'une richesse considérable, écrits pour des moines encadrés par des maîtres. Sans accompagnement, vous les lirez comme un manuel de mécanique en sanskrit.
Méfiez-vous des livres qui empilent les traditions dans un même chapitre : un peu de zen, un peu de vipassana, un peu de méditation transcendantale, un peu de yoga nidra. Ces méthodes ont des instructions incompatibles sur des points précis, comme le fait de fermer ou non les yeux, de compter ou non les respirations, de suivre ou non un objet. Alterner entre elles pendant les six premiers mois vous garantit de ne rien installer du tout. Choisissez une porte, restez-y un an, comparez ensuite.
Un mot enfin sur un livre que beaucoup citeront : Fabrice Midal, « Foutez-vous la paix ! Et commencez à vivre » (Flammarion, 2017). Il a eu un succès considérable et il fait du bien à des lecteurs écrasés par les injonctions au calme et à la performance. Ce n'est pas un manuel de méditation, c'est un essai contre la méditation devenue une injonction de plus. Excellent en deuxième ou troisième lecture, désorientant en première.
Ce qu'un livre ne fera pas à votre place
Il faut le dire nettement : un livre ne suffit pas à installer une pratique de méditation. Presque personne n'y arrive seul, et ce n'est pas une question de discipline.
Ce qui manque au livre, c'est le rendez-vous. Une pratique tient parce qu'il y a un mardi soir, un groupe, un cycle de huit séances déjà payé, une personne qui remarquera votre absence. Les cycles MBSR se donnent dans beaucoup d'hôpitaux et de centres associatifs français, les groupes de méditation laïcs ou bouddhistes sont plus nombreux qu'on ne croit, et une heure hebdomadaire avec d'autres vaut plus que trois livres.
Il manque aussi quelqu'un à qui poser les questions bêtes. Au bout de quelques semaines apparaissent des phénomènes déconcertants : sensations de flottement, larmes sans cause, ennui violent, sommeil impossible à repousser. Un livre traite ces cas en trois paragraphes génériques. Un enseignant vous dira si c'est banal ou si vous devez lever le pied.
Dernier point, et il compte : la méditation n'est pas anodine. Des effets indésirables sont documentés, en particulier chez des personnes ayant vécu un traumatisme ou traversant un épisode dépressif. Si vous êtes dans ce cas, parlez-en à votre médecin plutôt qu'à un livre, et laissez de côté les retraites intensives en autonomie.
Après ces cinq livres
Vous aurez une méthode, un cadre pour comprendre ce qui se passe, et de quoi choisir entre une pratique laïque et une pratique inscrite dans une tradition. C'est déjà beaucoup plus que ce que donne une pile de best-sellers lus dans le désordre.
La suite ne se joue plus en librairie. Elle se joue sur le fait de vous asseoir demain matin, puis après-demain. Si vous voulez continuer à lire, préférez alors relire : ces cinq livres se relisent bien mieux qu'ils ne se remplacent, et une même phrase de Gunaratana ne veut pas dire la même chose au troisième mois qu'au premier.
Pour prolonger autrement, vous pouvez parcourir les genres et thématiques du catalogue afin de repérer les éditions de poche, ou explorer le reste de notre collection quels livres acheter pour apprendre à. Le même tri entre le sérieux et le décoratif se pose ailleurs, notamment pour apprendre la psychologie et pour apprendre à gérer son stress.
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