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Quels livres pour apprendre l'islam ? 4 titres universitaires dans l'ordre

Quatre livres pour étudier l'islam en historien : naissance, textes, courants, diversité géographique. Avec le critère qui permet d'écarter l'édition militante des deux bords.

L'équipe Relit9 min de lecture

Les livres de ce parcours, dans l'ordre

LivrePourquoiAcheter
Histoire de l'islam. Fondements et doctrinesSabrina MervinVoir Histoire de l'islam. Fondements et doctrines, de Sabrina Mervin à la Fnac (lien affilié)
« Le Coran », traduction de Denise MassonVoir « Le Coran », traduction de Denise Masson à la Fnac (lien affilié)
Le Coran décrypté. Figures bibliques en ArabieJacqueline ChabbiVoir Le Coran décrypté. Figures bibliques en Arabie, de Jacqueline Chabbi à la Fnac (lien affilié)
Dictionnaire encyclopédique du CoranMalek ChebelVoir Dictionnaire encyclopédique du Coran, de Malek Chebel à la Fnac (lien affilié)

Quels livres pour apprendre l'islam ?

C'est probablement le rayon de librairie où la sélection compte le plus. Sur l'islam, l'édition française produit chaque année des ouvrages de recherche solides, des manuels universitaires, et beaucoup de livres qui ne cherchent pas à instruire. Certains veulent édifier, d'autres veulent alarmer. Les uns et les autres se présentent volontiers comme des synthèses objectives, et leur couverture ne vous prévient de rien.

Le lecteur qui veut simplement comprendre, sans intention polémique ni engagement personnel, se trouve donc devant un problème pratique : par quoi commencer sans se faire embarquer.

La réponse tient en un critère de tri et quatre livres. Le critère d'abord, parce qu'il vous servira longtemps après ces quatre titres.


Le critère de tri, à appliquer avant tout achat

L'islam est ici traité comme un objet d'étude historique : une religion née dans l'Arabie du septième siècle, dotée d'un corpus de textes, d'un droit, d'une théologie, de courants, et d'une répartition géographique qui couvre aujourd'hui plusieurs continents. C'est exactement ce que fait l'université, et c'est le seul angle utile pour apprendre.

Trois vérifications avant d'acheter.

L'auteur, d'abord. Un chercheur rattaché à une institution universitaire, avec des publications dans des revues à comité de lecture, travaille sous le contrôle de ses pairs. Cela ne le rend pas infaillible, cela rend ses erreurs repérables. Un essayiste sans formation sur le sujet, quelle que soit sa notoriété médiatique, n'a pas ce garde-fou.

L'éditeur, ensuite. Flammarion, Fayard, Seuil, Gallimard, le CNRS, les Presses universitaires de France, Albin Michel pour sa collection de sciences religieuses : maisons généralistes, sans engagement confessionnel ni ligne politique sur le sujet.

La manière de traiter les désaccords, enfin. C'est le test le plus fiable. L'islamologie discute depuis longtemps de la datation des sources, de la composition du Coran, de la fiabilité des recueils de hadiths, du contexte arabique de la prédication. Ces débats sont ouverts. Un livre qui vous les présente comme tranchés, dans un sens ou dans l'autre, vous vend une conclusion et pas un savoir.

Une conséquence gênante de ce critère, mais assumée : il écarte à la fois la littérature de piété qui présente la tradition comme une chronique établie, et les essais de dénonciation qui traitent quatorze siècles d'histoire comme un dossier à charge. Ce n'est pas une position d'équilibriste, c'est simplement le cahier des charges d'un livre d'histoire.

Premier livre : Sabrina Mervin, « Histoire de l'islam »

Sabrina Mervin, « Histoire de l'islam. Fondements et doctrines » (Flammarion, collection Champs Université, 2000, environ trois cent dix pages, éditions mises à jour en 2010 et 2016) Voir à la FnacHistoire de l'islam. Fondements et doctrines, de Sabrina Mervin (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis.

Mervin est historienne, chercheuse au CNRS, spécialiste du chiisme et du monde musulman contemporain. Son manuel part de l'Arabie préislamique, la Jahiliyya, et suit un ordre qui est celui de la formation d'une religion : le Coran, la figure du Prophète comme modèle, la construction du droit et de sa méthodologie, l'élaboration de la théologie, les schismes, le chiisme duodécimain, le soufisme, puis les courants réformistes et contemporains.

Ce qu'il vous apprend précisément : que rien de tout cela n'est apparu d'un coup. Vous verrez le droit musulman se construire sur deux siècles, les écoles juridiques se différencier, la théologie se former dans des controverses datées. C'est ce que la plupart des présentations grand public escamotent, et c'est justement l'essentiel.

Ce qu'il ne vous apprend pas : la vie quotidienne des sociétés musulmanes. Mervin traite les fondements et les doctrines, comme le sous-titre l'annonce. Pour les pratiques, les sociétés, les États, il vous faudra d'autres livres.

Deuxième livre : le Coran, dans la traduction de Denise Masson

« Le Coran », traduction de Denise Masson (Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1967, reprise en Folio classique en deux volumes, préface de Jean Grosjean) Voir à la Fnac« Le Coran », traduction de Denise Masson (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : le manuel de Mervin, ou l'équivalent.

Vous ne pouvez pas étudier l'islam sans avoir lu son texte fondateur, et vous ne devez pas le lire en premier. Le Coran ne se présente pas dans l'ordre de sa révélation supposée, ses sourates sont classées à peu près par longueur décroissante, il allude à des récits et à des situations qu'il ne raconte pas, et il s'adresse à un auditoire qui partageait des références aujourd'hui perdues.

Masson, islamologue installée à Marrakech pendant des décennies, a travaillé plus de quinze ans à cette traduction. Elle est reconnue pour sa lisibilité et son souci de fidélité à un texte destiné à la récitation, et elle a été très largement diffusée du fait de sa parution en Pléiade puis en poche.

Ce qu'elle vous apprend précisément : la texture du texte, sa langue, ses ruptures de ton, l'alternance entre passages juridiques, récits et versets brefs et rythmés. Aucun résumé ne restitue cela.

Ce qu'elle ne vous apprend pas : le sens historique de ce que vous lisez. Toute traduction est une interprétation, et une traduction seule, même bonne, vous laisse devant un texte du septième siècle avec des réflexes de lecteur du vingt et unième. D'où l'étape suivante, qui est indispensable.

Troisième livre : Jacqueline Chabbi, « Le Coran décrypté »

Jacqueline Chabbi, « Le Coran décrypté. Figures bibliques en Arabie » (Fayard, 2008) Voir à la FnacLe Coran décrypté. Figures bibliques en Arabie, de Jacqueline Chabbi (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : les deux étapes précédentes, et une première lecture au moins partielle du texte.

Chabbi, agrégée d'arabe et docteur ès lettres, a consacré ses travaux aux origines de l'islam dans leur milieu réel : l'Arabie des steppes et des déserts, une société tribale avec ses règles, son économie, ses représentations. Ce livre examine comment les figures bibliques que le Coran mentionne fréquemment, Noé, Moïse, Abraham, y prennent une configuration particulière, adaptée à un auditoire d'hommes de tribu.

Ce qu'il vous apprend précisément : qu'un texte se lit dans son milieu. Vous verrez pourquoi tel récit insiste sur l'eau, la sécheresse, le pacte, la protection du groupe, et ce que ces motifs signifiaient pour ceux qui les entendaient. C'est la démonstration la plus concrète que vous trouverez de ce que veut dire contextualiser.

Ce qu'il ne vous apprend pas : le consensus. Les travaux de Chabbi sont discutés, comme le sont tous les travaux sur les origines. C'est une lecture d'historienne, argumentée et située, pas la version officielle d'une discipline qui n'en a pas. Lisez-la en sachant qu'elle prend position dans un débat savant réel.

Quatrième livre : Malek Chebel, « Dictionnaire encyclopédique du Coran »

Malek Chebel, « Dictionnaire encyclopédique du Coran » (Fayard, 2009, environ cinq cents pages, publié en accompagnement de sa propre traduction du Coran) Voir à la FnacDictionnaire encyclopédique du Coran, de Malek Chebel (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : aucun, mais son usage n'a de sens qu'une fois la lecture commencée.

Chebel, anthropologue et docteur en psychanalyse, a passé sa carrière à rendre accessible le corpus coranique à un public francophone. Ce volume recense les notions, les personnages, les lieux, les termes techniques, et les explique en quelques paragraphes chacun.

Ce qu'il vous apprend précisément : le vocabulaire. Vous butez sur un mot au milieu d'une sourate ou d'un chapitre de Mervin, vous ouvrez le dictionnaire, vous repartez. Sur un domaine aussi dense en termes non traduits, ce gain de temps est réel.

Ce qu'il ne vous apprend pas : un raisonnement. Un dictionnaire fragmente par construction, et lu de bout en bout il donne l'illusion de connaître mille choses sans en relier aucune. Gardez-le comme outil, jamais comme lecture principale.

Par où ne pas commencer

Les essais de l'actualité, dans les deux sens. La production française sur ce sujet comporte beaucoup d'ouvrages qui traitent en réalité de la France contemporaine, de la laïcité, de l'immigration ou du terrorisme, en se présentant comme des livres sur l'islam. Ces questions sont légitimes et se discutent, mais ce sont des questions de sociologie politique française, pas d'histoire des religions. Les lire d'abord vous fera aborder quatorze siècles à travers vingt ans de débat national.

Les ouvrages de piété présentés comme des introductions. Un livre destiné à enseigner la pratique à des croyants fait bien son travail, ce n'est simplement pas le même. Il vous dira ce que la tradition dit d'elle-même, ce qui est en soi une donnée intéressante, à condition de savoir que c'est cela que vous lisez.

Les biographies du Prophète en guise de première lecture. Elles existent en version dévote et en version hostile, elles reposent sur des sources tardives dont la valeur historique fait précisément l'objet des débats évoqués plus haut, et un débutant n'a aucun moyen de faire la part des choses. Après Mervin et Chabbi, vous en lirez une avec profit.

Les hadiths seuls. Les recueils de traditions rapportées sont un corpus immense, techniquement complexe, dont l'authentification a occupé des générations de savants musulmans et occupe aujourd'hui les chercheurs. Piocher des hadiths isolés, sur internet ou dans un florilège, est la manière la plus rapide de se tromper sur ce texte, et c'est l'exercice favori des militants de tous bords.

Enfin, une remarque sur les traductions du Coran disponibles gratuitement en ligne. Beaucoup sont anciennes, non identifiées, ou reprises sans mention du traducteur. Sur un texte où un seul mot change une lecture, vous devez savoir qui a traduit et quand.

Ce que les livres ne feront pas à votre place

Ils ne vous donneront pas l'arabe. C'est la limite la plus sérieuse et il vaut mieux la dire franchement : toute lecture du Coran en français est une lecture de seconde main. Vous n'avez pas besoin de devenir arabisant pour apprendre beaucoup, mais prenez l'habitude de comparer deux traductions d'un même verset. L'écart entre Masson, Blachère, Berque ou Chebel sur un passage difficile vous enseigne quelque chose que les deux traductions séparément ne disent pas.

Ils ne vous montreront pas la diversité vécue. Un livre décrit des doctrines, il rend mal ce qui sépare une mosquée de Jakarta d'une confrérie soufie sénégalaise ou d'une communauté chiite libanaise. Les récits de voyage, les documentaires et les travaux d'anthropologie comblent une partie de cet écart. Les expositions de l'Institut du monde arabe et le département des arts de l'Islam du Louvre en comblent une autre, la matérielle.

Ils ne vous protégeront pas non plus de vos propres angles morts. Sur ce sujet, chacun arrive avec quelque chose : une éducation, un environnement, des lectures de presse, parfois une expérience personnelle. La discipline consiste à repérer le moment où l'on cherche une confirmation plutôt qu'une information. Ce moment arrive à tout le monde, l'important est de le voir.

Un dernier point pratique. Ne cherchez pas à tout couvrir. L'histoire de l'islam recouvre l'Arabie du septième siècle, l'Andalousie, l'Empire ottoman, l'Asie du Sud-Est, l'Afrique de l'Ouest et bien d'autres terrains, avec des spécialistes différents pour chacun. Personne ne maîtrise l'ensemble. Choisissez un terrain une fois les bases posées.

Après ces quatre livres

Vous aurez la chronologie de la formation, une lecture du texte fondateur, une méthode de contextualisation et un outil de consultation. C'est une base honnête, et elle vous permettra surtout de juger par vous-même du sérieux du prochain livre que vous ouvrirez.

La suite dépend de ce qui vous a retenu. Si ce sont les origines et les textes, poursuivez avec les autres travaux de Chabbi et avec les publications d'islamologie récentes, en surveillant les dates. Si ce sont les sociétés et les États, l'histoire du monde musulman contemporain est un domaine à part entière, avec ses propres références. Si c'est la comparaison entre traditions, l'article sur quels livres pour apprendre l'histoire des religions donne le cadre général dans lequel ce parcours s'inscrit, avec le même critère de tri.

Pour situer ces quatorze siècles dans une trame plus large, l'entrée par l'histoire reste la plus utile, et le reste de la collection quels livres acheter pour apprendre à applique la même méthode à d'autres domaines. Vous pouvez aussi parcourir les genres pour repérer les éditions annotées, qui changent tout sur les textes anciens.

Par quel livre commencer pour apprendre l'islam ?

Par « Histoire de l'islam. Fondements et doctrines » de Sabrina Mervin, publié chez Flammarion dans la collection Champs Université en 2000 et mis à jour depuis. C'est un manuel universitaire, court pour ce qu'il couvre, avec glossaire, bibliographie et index. Il vous donne la naissance de l'islam, l'élaboration du droit et de la théologie, les schismes, le soufisme et les courants contemporains, dans cet ordre.

Faut-il lire le Coran pour comprendre l'islam ?

Oui, mais pas en premier et pas dans n'importe quelle édition. Le Coran n'est pas classé chronologiquement, il suppose connus des récits et des situations, et sa langue est difficile même pour des arabophones. Lisez d'abord un manuel d'histoire, puis une traduction annotée. Celle de Denise Masson, parue en Pléiade chez Gallimard en 1967 et reprise en Folio, reste la plus répandue en français.

Comment repérer un livre militant sur l'islam ?

Deux signaux suffisent le plus souvent. Le premier est l'absence totale de désaccord savant : sur un sujet où les spécialistes discutent des datations, des sources et des lectures depuis un siècle, un livre qui ne signale jamais une controverse a choisi son camp. Le second est le glissement entre l'histoire et l'actualité : un ouvrage qui explique un fait du septième siècle par un événement du vingt et unième, ou l'inverse, ne fait plus de l'histoire.

Y a-t-il un seul islam ou plusieurs ?

L'historien constate une grande diversité, dans le temps et dans l'espace. Sunnisme et chiisme se séparent tôt sur la question de la succession du Prophète, chacun se subdivise ensuite en écoles juridiques et en courants théologiques, et le soufisme traverse ces frontières. Géographiquement, les pratiques en Indonésie, au Sénégal, en Turquie ou au Maroc diffèrent nettement. Les traiter comme un bloc unique est une erreur de méthode courante des deux côtés du débat public.

Les travaux universitaires récents remettent-ils en cause le récit traditionnel ?

Ils le complètent et le discutent, ce qui est le travail normal d'une discipline. L'islamologie contemporaine croise les sources arabes, l'épigraphie, les manuscrits anciens et l'archéologie de l'Arabie, et cela produit des débats vifs sur la datation des textes et sur le contexte de la prédication. Ces débats existent, ils ne concluent pas à une seule thèse, et un bon livre vous dit qu'ils sont ouverts.

Un dictionnaire du Coran est-il utile à un débutant ?

Pas comme lecture suivie, oui comme compagnon. Le « Dictionnaire encyclopédique du Coran » de Malek Chebel, paru chez Fayard en 2009, se consulte quand un terme vous arrête pendant votre lecture. C'est exactement l'usage qu'il faut en avoir. Le lire de A à Z ne vous apprendra rien de structuré, l'ouvrir trente fois pendant une lecture du texte vous en apprendra beaucoup.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

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