Quels livres pour apprendre la photographie animalière ?
Le scénario est presque toujours le même. Quelqu'un achète un boîtier correct, un zoom qui monte à 300 mm, puis un livre de technique photographique parce que c'est ce qu'on lui a conseillé. Il lit le chapitre sur les modes d'exposition, celui sur la vitesse d'obturation, celui sur l'autofocus continu. Puis il sort, et il ne voit aucun animal. Six mois plus tard, il conclut qu'il lui faut un objectif plus long.
Le diagnostic est faux. Ce qui manquait n'était pas dans le boîtier, il était dans la tête : savoir où se poste un héron à sept heures du matin, à quelle distance un chevreuil se lève, pourquoi un renard emprunte toujours la même coulée. La photographie animalière est une discipline naturaliste avant d'être une discipline photographique, dans une proportion qu'on peut estimer sans exagérer à quatre cinquièmes contre un cinquième. Voici cinq livres qui tiennent compte de cette proportion, dans l'ordre où les lire.
Si vous partez vraiment de zéro côté appareil, réglez d'abord cette question avec notre sélection sur les livres pour apprendre la photographie. Ce qui suit suppose que vous savez déjà ce qu'est une ouverture.
Premier livre : Erwan Balança, « Les secrets de la photo d'animaux »
Erwan Balança, « Les secrets de la photo d'animaux » (Eyrolles, quatrième édition parue en 2018, sous-titrée « Matériel, prise de vue, terrain ») Voir à la FnacLes secrets de la photo d'animaux, de Erwan Balança (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Niveau requis : savoir utiliser son appareil en mode manuel ou semi-automatique.
Balança est l'un des rares photographes naturalistes professionnels français, primé notamment au festival de Montier-en-Der, et son livre a la qualité rare d'être écrit depuis la France. Les espèces citées sont celles que vous pouvez croiser : le chevreuil, le blaireau, la mésange, le héron cendré, le bouquetin. Aucun guépard.
Ce qu'il vous apprend précisément : l'articulation entre les trois volets du sous-titre. Quel matériel pour quelle distance, quelle prise de vue pour quelle lumière, et surtout quel comportement de terrain pour quelle espèce. Le troisième volet est celui qui manque partout ailleurs.
Ce qu'il ne vous apprend pas : à identifier ce que vous voyez. Balança suppose que vous savez reconnaître un pic épeiche d'un pic mar. Cette lacune est normale, elle n'est pas de son ressort, et c'est exactement l'objet du livre suivant.
Deuxième livre : Preben Bang et Preben Dahlström, « Guide des traces d'animaux »
Preben Bang et Preben Dahlström, « Guide des traces d'animaux, les indices de présence de la faune sauvage » (Delachaux et Niestlé, traduit du danois, adaptation française de Michel Cuisin, plusieurs éditions successives depuis les années soixante-dix) Voir à la FnacGuide des traces d'animaux, les indices de présence de la faune sauvage, de Preben Bang et Preben Dahlström (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis photographique.
Ce n'est pas un livre de photographie, et c'est précisément pour cela qu'il figure ici en deuxième position. Empreintes, crottes, restes de repas, terriers, coulées, frottis, plumes trouvées au sol : le livre recense les signes que laisse un animal absent.
Ce qu'il vous apprend précisément : à lire un lieu avant d'y installer quoi que ce soit. Vous cesserez de choisir vos postes au hasard. Une coulée bien marquée dans l'herbe haute vous dit qu'un animal passe là chaque nuit, ce qui vaut mieux que trois heures d'attente devant un joli fond flou où rien ne vient jamais.
Ce qu'il ne vous apprend pas : l'anticipation en temps réel, quand l'animal est devant vous. La lecture de traces se pratique sans témoin, la photographie exige de deviner le mouvement suivant. Cette compétence-là vient avec les heures.
Une remarque sur les éditions : l'ouvrage a été réédité et remanié plusieurs fois, avec des paginations variables selon les années. Le contenu de fond bouge peu. Prenez ce que vous trouvez, y compris d'occasion.
Troisième livre : Cédric Girard, « La photo animalière »
Cédric Girard, « La photo animalière » (Pearson, 2010, environ 240 pages, illustré de plus de deux cent cinquante photographies, réédité depuis dans une seconde édition augmentée) Voir à la FnacLa photo animalière, de Cédric Girard (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : quelques sorties infructueuses derrière vous, ce qui rend le livre lisible.
Girard va là où Balança reste synthétique : l'affût. Construction, camouflage, gestion du vent, choix des heures, matériel d'attente, contraintes physiques d'un poste tenu trois heures en février. C'est un livre technique et non un livre d'art, l'auteur le revendique.
Ce qu'il vous apprend précisément : que l'affût n'est pas une tente, c'est une méthode. Vous apprendrez à installer un poste plusieurs jours avant de l'utiliser pour que les animaux s'y habituent, à entrer avant l'aube et à sortir après la nuit, à ne jamais faire fuir un sujet en partant.
Ce qu'il ne vous apprend pas : à composer une image forte. Beaucoup de photographies d'affût sont techniquement irréprochables et visuellement mortes, parce que le photographe a tout misé sur la proximité. Le quatrième et le cinquième livre répondent à ce problème.
Quatrième livre : Erwan Balança, « Les secrets de la photo de nature »
Erwan Balança, « Les secrets de la photo de nature, technique, pratique, matériel » (Eyrolles, deuxième édition mai 2024, 242 pages) Voir à la FnacLes secrets de la photo de nature, technique, pratique, matériel, de Erwan Balança (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). C'est la refonte, à l'iconographie presque entièrement nouvelle, du « Grand livre de la photo de nature » paru chez le même éditeur en 2013. Prérequis : une saison de pratique.
Le titre change un mot et le sujet s'élargit beaucoup. On sort du portrait d'animal serré pour aller vers le paysage, la plante, l'insecte, l'animal replacé dans son milieu.
Ce qu'il vous apprend précisément : à ne plus considérer le décor comme un fond. Une bécassine minuscule dans une vasière au petit matin raconte davantage qu'un gros plan de tête sur fond crémeux. C'est le moment du parcours où l'on cesse de collectionner des espèces pour commencer à faire des images.
Ce qu'il ne vous apprend pas : une esthétique personnelle. Aucun manuel ne fait ça, et il faut donc regarder ailleurs.
Cinquième livre : la monographie de Vincent Munier
Vincent Munier, « Vincent Munier » (éditions Kobalann, novembre 2023) Voir à la FnacVincent Munier, de Vincent Munier (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). C'est la monographie du photographe, rassemblant ses images les plus connues et des inédits issus de voyages jamais publiés. Aucun prérequis, mais l'effet est nul avant d'avoir pratiqué.
Celui-ci ne se lit pas, il se regarde, longuement, plusieurs fois par an. Munier travaille au blanc, au silence, à la lenteur, sur des loups, des bœufs musqués, des panthères des neiges, avec des cadrages où l'animal occupe parfois deux pour cent de la surface.
Ce qu'il vous apprend précisément : que le sujet peut être petit dans l'image. C'est contre-intuitif quand on vient de passer un an à essayer de s'approcher. Une opinion que j'assume : un débutant progresse davantage en regardant vingt fois dix images excellentes qu'en lisant un quatrième manuel.
Par où ne pas commencer
Voici ce que je vous conseille d'éviter en premier achat, y compris des ouvrages recommandables par ailleurs.
Les manuels généralistes de réglages photo, achetés en pensant qu'ils couvrent l'animalier. Ils consacrent quatre pages au sujet, sur le mode « utilisez une vitesse rapide et suivez votre sujet », ce que vous auriez trouvé gratuitement. Ce n'est pas qu'ils soient mauvais, c'est qu'ils ne parlent pas de votre problème.
« Photographier les animaux » d'Erwan Balança, paru en 2007 chez le même auteur et devenu difficile à trouver neuf. Le livre est bon, mais son chapitre matériel a vieilli avec le numérique et les autofocus modernes. Si vous le croisez d'occasion à petit prix, prenez-le en second exemplaire, pas en premier.
Les beaux livres de photographie africaine achetés au moment où l'on envisage un voyage. Ils donnent envie et n'enseignent rien de transposable : les distances, la lumière, les densités d'animaux et le rapport à l'homme n'ont aucun rapport avec ce qui vous attend dans un bois de la Sarthe.
Enfin, méfiez-vous des guides d'identification trop complets pris comme premier livre naturaliste. Un ouvrage recensant cinq mille espèces vous noie. Commencez par un guide de terrain restreint à ce qui vit autour de vous, et laissez le pavé pour dans deux ans. Le même raisonnement vaut d'ailleurs pour l'ornithologie et pour l'entomologie, deux terrains d'entrée idéaux pour qui veut photographier.
Ce que les livres ne feront jamais à votre place
Trois choses, et il vaut mieux les savoir avant d'acheter.
Un livre ne remplace pas une focale. C'est brutal mais c'est arithmétique. La distance de fuite d'un chevreuil en plaine se compte en dizaines de mètres, celle d'un héron aussi. En dessous de 300 mm sur un capteur standard, votre animal fera trente pixels de haut et aucune lecture ne changera cela. Un vieux téléobjectif d'occasion vaut mieux qu'une bibliothèque.
Un livre ne vous donne pas de lieu. Il vous donne des méthodes pour en trouver, ce qui n'est pas pareil. Le repérage se fait à pied, sans appareil, plusieurs fois, à des heures différentes, dans un rayon de quelques kilomètres autour de chez vous. Les meilleurs photographes animaliers français travaillent souvent sur des territoires minuscules qu'ils connaissent depuis quinze ans. Commencer près de chez soi n'est pas un pis-aller, c'est la bonne méthode.
Un livre ne vous rendra pas non plus attentif au dérangement, et c'est le point qui mérite d'être dit sans détour. Photographier un animal a un coût pour lui. Un oiseau qui quitte son nid laisse ses œufs refroidir, un mammifère dérangé en hiver brûle des réserves qu'il ne reconstituera pas, une colonie qui s'envole perd une heure d'alimentation. Personne ne vous surveille sur le terrain, et c'est exactement pour cette raison que la règle doit être intérieure : reculez au premier signe d'alerte, pas au moment de la fuite. Une image ratée n'a jamais coûté grand-chose à personne.
Après ces cinq livres
Vous aurez un manuel de terrain, un livre naturaliste, une méthode d'affût, un élargissement vers le paysage et une référence esthétique. C'est assez pour tenir deux ou trois ans.
La suite se joue par spécialisation. Les oiseaux mènent aux guides sonores et aux migrations, les mammifères nocturnes mènent au piégeage photographique et à la lecture de traces plus fine, la macro mène vers un tout autre matériel. Le catalogue des genres et des auteurs vous aidera à repérer les collections naturalistes sérieuses, Delachaux et Niestlé en tête.
Et si cette manière d'apprendre par petites bibliographies vous convient, le reste de la collection quels livres acheter pour apprendre à fonctionne sur le même principe : peu de titres, un ordre, et ce que chaque livre ne fait pas.
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