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Quels livres pour apprendre l'entomologie ? 5 titres dans l'ordre où les lire

Aucun guide généraliste ne permet d'identifier un insecte à l'espèce, et c'est la première chose à comprendre. Cinq livres dans l'ordre, des ordres et des familles jusqu'à la spécialisation.

L'équipe Relit9 min de lecture

Les livres de ce parcours, dans l'ordre

LivrePourquoiAcheter
Le Petit guide entomo, observer et identifier les insectesVincent AlbouyVoir Le Petit guide entomo, observer et identifier les insectes, de Vincent Albouy à la Fnac (lien affilié)
Insectes de France et d'Europe occidentaleMichael ChineryVoir Insectes de France et d'Europe occidentale, de Michael Chinery à la Fnac (lien affilié)
Le Guide entomologique, plus de 5 000 espèces européennesPatrice LerautVoir Le Guide entomologique, plus de 5 000 espèces européennes, de Patrice Leraut à la Fnac (lien affilié)
Souvenirs entomologiquesJean-Henri FabreVoir Souvenirs entomologiques, de Jean-Henri Fabre à la Fnac (lien affilié)

Quels livres pour apprendre l'entomologie ?

Vous photographiez une petite bête noire sur une ombelle, vous rentrez, vous ouvrez le guide acheté la semaine précédente, et vous ne la trouvez pas. Vous recommencez le lendemain avec une autre. Toujours pas. Au bout de trois semaines, l'hypothèse qui s'impose est que vous cherchez mal.

Vous cherchez très bien. Le problème est ailleurs : il y a de l'ordre de trois cent mille espèces d'insectes en Europe, environ quarante mille pour la France, et le guide que vous tenez en couvre deux mille dans le meilleur des cas. Aucun ouvrage transportable ne peut faire mieux. Tant qu'on n'a pas accepté ce chiffre, on lit les guides d'entomologie comme on lirait un guide des oiseaux, et on s'épuise.

L'entomologie s'apprend donc à l'envers de l'ornithologie. On commence par apprendre à ranger : reconnaître les ordres, puis les grandes familles, avant même d'espérer une espèce. Ensuite, et ensuite seulement, on choisit un groupe et on devient bon dessus. Voici cinq livres qui suivent ce chemin.


Ce qu'apprendre l'entomologie veut dire

Trois niveaux, et il faut savoir auquel on joue.

Le premier est le rangement. Devant un insecte, savoir dire : c'est un hyménoptère, c'est un diptère, c'est une punaise et pas un coléoptère. Cela s'obtient en quelques mois et cela change absolument tout, parce que vous saurez enfin dans quelle partie du guide chercher, et surtout quand arrêter de chercher.

Le deuxième est la famille et le genre. Un syrphe plutôt qu'une abeille, un carabe plutôt qu'un ténébrion. C'est le niveau où un bon guide généraliste vous emmène, et il est déjà très satisfaisant.

Le troisième est l'espèce, et il ne s'atteint que par groupe. Un entomologiste chevronné qui détermine les charançons ne prétendra pas déterminer les micro-lépidoptères. Personne ne couvre tout. Le débutant, lui, croit spontanément qu'un spécialiste des insectes connaît les insectes, ce qui n'existe pas.

Premier livre : Vincent Albouy, « Le Petit guide entomo »

Vincent Albouy, « Le Petit guide entomo, observer et identifier les insectes » (Delachaux et Niestlé, 2017, 216 pages, 160 espèces d'Europe occidentale) Voir à la FnacLe Petit guide entomo, observer et identifier les insectes, de Vincent Albouy (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis.

Albouy est entomologiste amateur et ancien attaché au laboratoire d'entomologie du Muséum national d'Histoire naturelle, ce qui donne à ce petit livre une fiabilité que son format ne laisse pas deviner. Il est présenté comme un ouvrage familial. Ne vous laissez pas arrêter par cela : c'est un excellent premier livre pour un adulte, précisément parce qu'il ne fait pas semblant de couvrir la faune entière.

Ce qu'il vous apprend précisément : où chercher les insectes et comment les regarder. Battre une branche au-dessus d'un parapluie retourné, fouiller une litière, revenir sur la même ombelle à trois heures différentes de la journée. Puis les cent soixante espèces les plus communes, celles que vous croiserez vraiment, ce qui vous donne un premier vocabulaire visuel.

Ce qu'il ne vous apprend pas : la systématique complète. Cent soixante espèces sur quarante mille, l'écart est vertigineux, et c'est assumé. Ce livre vous apprend à voir, pas à nommer.

Deuxième livre : Michael Chinery, « Insectes de France et d'Europe occidentale »

Michael Chinery, « Insectes de France et d'Europe occidentale » (Flammarion, 2012, 320 pages, plus de 2 000 insectes et autres arthropodes, adaptation française par les entomologistes de l'AALEM) Voir à la FnacInsectes de France et d'Europe occidentale, de Michael Chinery (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : savoir ce qu'est un ordre, ce que le premier livre vous a donné.

C'est le guide généraliste de référence en français, et il couvre la plupart des familles vivant à l'ouest d'une ligne allant de la Finlande à l'Adriatique. Les illustrations sont des planches peintes, réalisées par une équipe de peintres animaliers assistés d'entomologistes, et les insectes y sont représentés dans leurs postures caractéristiques, ce qui aide énormément sur le terrain.

Ce qu'il vous apprend précisément : à utiliser une clé d'identification. Celle de Chinery repose sur la structure des ailes, la longueur des antennes et des cerques, la forme du corps. Suivre une clé jusqu'au bout, se tromper, recommencer, comprendre pourquoi on s'est trompé : c'est l'exercice fondateur de la discipline, et ce livre est celui sur lequel on l'apprend.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à conclure. Vous arriverez souvent à la famille et vous vous arrêterez là. Ce n'est pas un défaut du livre, c'est la nature du sujet, et le premier réflexe utile est d'écrire « syrphe indéterminé » plutôt que d'inventer une espèce.

Troisième livre : un guide dédié à votre groupe

Ici, pas de titre unique, parce que le bon livre dépend de ce qui vous attire. C'est l'étape que les listes d'entomologie oublient systématiquement, et c'est celle qui fait la différence entre un curieux et quelqu'un qui progresse.

Choisissez un groupe et achetez le guide spécialisé correspondant. Les papillons de jour, les libellules et les orthoptères sont les trois portes d'entrée les plus praticables : quelques centaines d'espèces françaises chacun, déterminables souvent à vue ou sur photo, et couverts par des guides dédiés régulièrement mis à jour, notamment chez Delachaux et Niestlé et chez Biotope. Les coléoptères et les diptères sont fascinants mais comptent des milliers d'espèces, et beaucoup de débutants s'y découragent.

Ce que cette étape vous apprend précisément : ce que veut dire connaître un groupe. Passer de « une libellule bleue » à « un agrion à larges pattes, mâle, sur une berge d'eau courante » demande une saison. Après cette saison, vous saurez ce qu'exige n'importe quel autre groupe, et vous serez devenu autonome.

Quatrième livre : Patrice Leraut, « Le Guide entomologique »

Patrice Leraut, « Le Guide entomologique, plus de 5 000 espèces européennes » (Delachaux et Niestlé, réédition 2022, 528 pages, 185 planches en couleurs, photographies de Philippe Blanchot) Voir à la FnacLe Guide entomologique, plus de 5 000 espèces européennes, de Patrice Leraut (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : au moins une saison de pratique et un groupe déjà travaillé.

Leraut est entomologiste au Muséum national d'Histoire naturelle, et cet ouvrage est l'outil de référence en langue française pour couvrir large. Cinq mille espèces illustrées, plus des chapitres sur la biologie, la systématique, la récolte et la conservation, avec des références bibliographiques pour aller plus loin.

Ce qu'il vous apprend précisément : à situer un groupe que vous ne connaissez pas dans l'ensemble. Quand vous tomberez sur un insecte totalement étranger à votre spécialité, ce livre vous dira à quelle famille il appartient et quelle littérature aller chercher. C'est un point de départ vers d'autres livres autant qu'un guide.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à déterminer avec certitude dans les groupes difficiles. Cinq mille espèces sur plusieurs dizaines de milliers, l'échantillonnage reste sélectif. Et le format ne se glisse pas dans un sac à dos, c'est un livre de table.

Cinquième livre : Jean-Henri Fabre, « Souvenirs entomologiques »

Jean-Henri Fabre, « Souvenirs entomologiques » (Robert Laffont, collection Bouquins, deux volumes, édition établie et présentée par Yves Delange, 1989, avec index analytique et bibliographie) Voir à la FnacSouvenirs entomologiques, de Jean-Henri Fabre (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis, mais se lit mieux après une saison de terrain.

Disons-le franchement : ce n'est pas un livre de détermination et il ne faut pas l'ouvrir dans cette intention. La nomenclature de Fabre a vieilli, ses illustrations sont rares, et chercher à identifier un insecte avec les « Souvenirs » serait absurde.

Ce qu'il vous apprend précisément : à observer. Fabre passe des saisons entières sur un seul comportement, celui d'un sphex qui paralyse sa proie, d'un scarabée qui roule sa boule, d'un ver luisant qui anesthésie son escargot. Il pose une question, monte un dispositif dans son jardin de Sérignan, échoue, recommence. C'est la meilleure école de protocole d'observation qui existe, et elle est écrite dans une prose qui a valu à son auteur des lecteurs bien au-delà des entomologistes.

Une opinion assumée : ces deux volumes valent plus, pour un débutant, que dix guides de plus. La compétence rare en entomologie n'est pas de posséder des livres, c'est de rester une heure immobile devant un talus.

Par où ne pas commencer

Par un guide d'insectes du monde entier. Ces beaux volumes couvrent la planète, ce qui garantit que la moitié des espèces photographiées ne vit pas chez vous, et que celle qui est devant vous n'y est pas. Restez sur l'Europe occidentale.

Par un traité de systématique universitaire, aussi. La classification des insectes est en refonte permanente, elle est passionnante quand on a des choses à ranger, et parfaitement indigeste quand on n'a encore rien vu. Le terrain d'abord.

Par les livres militants sur l'effondrement des populations d'insectes, enfin, et ce point est plus délicat parce que ces livres sont bons. « Terre silencieuse » de Dave Goulson, paru au Rouergue en 2023 dans une traduction d'Ariane Bataille, est un excellent ouvrage sur ce que serait un monde sans insectes. Lisez-le, mais lisez-le après. Commencer par l'alarme donne un rapport au sujet qui n'est pas celui de l'observation, et l'observation est ce qui vous fera tenir.

Un dernier mot sur un réflexe plutôt que sur un titre : les applications d'identification par photo se sont beaucoup améliorées, et elles se trompent encore massivement sur les insectes, bien plus que sur les plantes ou les oiseaux. Utilisez-les pour orienter, jamais pour conclure.

Ce que les livres ne feront pas à votre place

Un livre ne validera jamais votre identification. C'est le point aveugle de l'apprentissage solitaire : vous pouvez accumuler des déterminations fausses pendant deux ans sans que rien ne vous corrige. Les associations entomologiques régionales, les sociétés d'histoire naturelle et les plateformes de sciences participatives existent pour cela, et des spécialistes y valident gratuitement des propositions tous les jours.

Un livre ne vous apprendra pas non plus à noter. Une photo sans date, sans lieu et sans indication de milieu ne vaut presque rien, y compris pour vous quand vous la retrouverez l'hiver suivant. Prenez l'habitude dès la première sortie, c'est l'habitude qui distingue une collection de photos d'un jeu de données.

Et rien ne remplace la répétition sur un même lieu. Un talus, une mare, un carré de jardin visités toutes les semaines pendant une saison vous apprendront davantage que dix sorties dans dix départements différents. La phénologie, l'ordre dans lequel les espèces apparaissent au fil de l'année, ne se lit pas, elle se constate.

Après ces cinq livres

Vous saurez ranger ce que vous voyez, mener une clé jusqu'au bout, reconnaître les limites de vos guides et déterminer sérieusement au moins un groupe. C'est la définition raisonnable d'un entomologiste amateur, et c'est déjà beaucoup.

La suite passe par les faunes et les clés spécialisées, souvent éditées par des sociétés savantes et introuvables en librairie généraliste. Elle passe aussi par les autres disciplines naturalistes, qui s'éclairent mutuellement : impossible de comprendre la répartition des papillons sans connaître leurs plantes hôtes, ce qui mène directement aux livres pour apprendre la botanique. Et si la logique du guide de terrain vous a plu, elle s'applique presque à l'identique aux livres pour apprendre l'ornithologie, avec cette différence considérable qu'on peut espérer y connaître toutes les espèces d'un pays.

Le reste de la collection quels livres acheter pour apprendre à suit la même méthode, et les guides naturalistes anciens se trouvent très bien d'occasion, à condition de vérifier que la nomenclature n'a pas trop bougé depuis.

Peut-on identifier n'importe quel insecte avec un guide de terrain ?

Non, et c'est la principale illusion du débutant. L'Europe compte de l'ordre de trois cent mille espèces d'insectes, dont environ quarante mille pour la France seule. Aucun volume transportable ne peut les traiter. Un bon guide généraliste vous amène à l'ordre et souvent à la famille, parfois au genre. L'identification à l'espèce passe par des clés spécialisées, un groupe choisi, et fréquemment un examen à la loupe binoculaire.

Par quel livre commencer l'entomologie quand on part de zéro ?

Par « Le Petit guide entomo » de Vincent Albouy, paru chez Delachaux et Niestlé en 2017. Il présente cent soixante espèces communes d'Europe occidentale et surtout la manière de chercher, d'observer et de ranger ce qu'on voit dans les grands ordres. C'est un livre modeste, présenté comme familial, et c'est exactement le bon point de départ pour un adulte qui débute.

Faut-il collecter des insectes pour apprendre l'entomologie ?

Pas nécessairement, et de moins en moins. La photographie macro et les plateformes de sciences participatives permettent de progresser beaucoup sans prélever. Une collection de référence reste utile pour les groupes qui ne se déterminent qu'à la loupe, comme beaucoup de coléoptères ou d'hyménoptères. Si vous prélevez, renseignez-vous sur les espèces protégées et sur la réglementation des espaces où vous allez.

Les « Souvenirs entomologiques » de Fabre servent-ils à identifier des insectes ?

Pas du tout, et il faut le savoir avant d'ouvrir les deux volumes. Fabre observe le comportement, il ne décrit presque jamais dans un but de détermination, et sa nomenclature a vieilli. Ce qu'il apprend est autre chose : la patience, le protocole d'observation, l'art de poser une question à un animal et d'attendre la réponse pendant des mois. C'est un livre de méthode déguisé en littérature.

Faut-il un microscope ou une loupe binoculaire pour débuter ?

Une loupe de terrain à dix ou vingt grossissements suffit largement la première année, et coûte le prix d'un livre. La loupe binoculaire devient nécessaire quand vous vous spécialisez sur un groupe où les critères sont des soies, des ponctuations ou des pièces génitales. Achetez-la le jour où un guide vous demande un caractère que vous ne voyez pas, pas avant.

Sur quel groupe se spécialiser quand on débute ?

Les papillons de jour, les libellules et les orthoptères sont les trois portes d'entrée classiques, parce qu'ils sont peu nombreux à l'échelle française, visibles à l'œil nu et couverts par d'excellents guides dédiés. Les coléoptères et les diptères sont passionnants mais comptent des milliers d'espèces et découragent souvent. Commencez par un groupe où vous pouvez espérer nommer la plupart de ce que vous croisez.

Comment vérifier une identification quand on est seul ?

En la soumettant. Les plateformes de sciences participatives et les associations entomologiques régionales fonctionnent sur ce principe, et des spécialistes y valident ou corrigent gratuitement les propositions. Photographiez toujours plusieurs angles, notez la date, le lieu et le milieu. Une observation sans données associées est presque inutilisable, y compris pour vous six mois plus tard.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

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