Quels livres pour apprendre la peinture à l'huile ?
Le scénario se répète dans tous les magasins de beaux-arts. Quelqu'un décide de se mettre à la peinture à l'huile, ressort avec un chevalet d'atelier, une palette en bois, vingt tubes et trois toiles de grand format. Six mois plus tard, les premières toiles sont posées contre un mur, et de fines fissures apparaissent dans les zones sombres. Personne ne lui avait expliqué ce qu'est un médium, ni pourquoi l'ordre des couches compte davantage que le choix des couleurs.
L'huile n'est pas une technique difficile. C'est une technique lente, qui pardonne énormément dans l'instant et très peu dans la durée. Vous pouvez essuyer une zone entière au chiffon dix minutes après l'avoir peinte, revenir dessus le lendemain, modifier un visage trois semaines plus tard. En échange, elle vous demande de respecter une poignée de règles physiques que rien ne rattrape après coup.
Voici quatre livres, dans l'ordre. Quatre, pas quinze, parce que le rayon peinture est saturé d'albums illustrés qui montrent de belles pages et n'apprennent presque rien.
Le matériel avant le style, et le gras sur maigre avant tout
Deux conversations manquent presque toujours au départ.
La première porte sur le médium. Un médium est le liquide que vous ajoutez à la peinture sortie du tube pour modifier sa fluidité, sa brillance et sa vitesse de séchage. Il n'est pas un accessoire de confort, il est la moitié de votre technique. Un mélange classique associe une huile siccative, une essence et parfois une résine. La peinture pure du tube contient déjà son liant, ce qui veut dire que vous ne partez jamais d'une matière neutre : vous ajustez un équilibre existant.
La seconde porte sur la règle du gras sur maigre, et c'est celle qui craquelle les toiles quand on la prend à l'envers. Chaque couche doit contenir plus d'huile que celle qui se trouve en dessous. On commence donc très dilué, presque à l'essence seule, et on enrichit à mesure qu'on avance vers les dernières touches. Une couche grasse reste souple des mois, une couche maigre devient cassante en quelques semaines. Si la couche rigide se trouve au dessus d'une couche qui travaille encore, elle se fend. Les craquelures se voient rarement tout de suite, elles arrivent au bout d'un an, et à ce moment-là il n'y a rien à faire.
Retenez cette phrase, elle vous fera gagner deux ans : la première couche est celle où vous avez le droit de ne mettre que de l'essence, la dernière est celle où vous avez le droit de ne mettre que de l'huile.
Premier livre : Brian Gorst, « Mieux peindre à l'huile »
Brian Gorst, « Mieux peindre à l'huile » (Eyrolles, collection Trait pour trait, 2004, 128 pages, traduit de l'anglais) Voir à la FnacMieux peindre à l'huile, de Brian Gorst (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Niveau requis : aucun.
La collection Trait pour trait a un format reconnaissable, un volume compact organisé en sections courtes, matériel, forme et couleur, techniques, thèmes, travail d'atelier. Gorst y fait exactement ce qu'il faut faire pour un débutant : il vous explique de quoi est faite la peinture avant de vous montrer comment l'étaler.
Ce qu'il vous apprend précisément : à identifier vos supports, à comprendre l'apprêt, à préparer une palette limitée, à faire un frottis, un glacis et un empâtement, et à voir la différence entre ces trois gestes sur un même sujet. Vous saurez aussi pourquoi une toile achetée toute préparée en grande surface n'a pas le même comportement qu'un panneau encollé.
Ce qu'il ne vous apprend pas : à composer une image. Le livre traite du médium, pas du regard. Si vos toiles ratent parce que le sujet est mal placé et non parce que la matière est mal posée, aucun manuel de technique ne vous sauvera.
Deuxième livre : Amandine Gilles, « Peindre à l'huile aujourd'hui »
Amandine Gilles, « Peindre à l'huile aujourd'hui » (Eyrolles, 2020, 152 pages) Voir à la FnacPeindre à l'huile aujourd'hui, de Amandine Gilles (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Niveau requis : quelques toiles derrière vous, une palette que vous commencez à connaître.
C'est le plus récent de cette liste et cela change beaucoup de choses. Les produits ont évolué, les huiles modifiées, les médiums prêts à l'emploi, les essences de substitution moins agressives, les supports en lin sur panneau. Beaucoup d'ouvrages de référence décrivent un atelier des années soixante que vous ne pouvez plus reconstituer à l'identique.
Ce qu'il vous apprend précisément : à faire le lien entre les procédés anciens, que tout le monde cite, et les produits que vous trouverez réellement en rayon. L'autrice est peintre en exercice, et l'ouvrage articule les démonstrations techniques avec des œuvres contemporaines, ce qui évite l'impression pénible que la peinture à l'huile serait une pratique de musée.
Ce qu'il ne vous apprend pas : la chimie profonde. Il vous dit quoi faire et pourquoi, en restant à hauteur d'atelier. Pour savoir ce qui se passe à l'échelle de la molécule quand une huile siccative polymérise, il faudra attendre le quatrième livre.
Troisième livre : Isabelle Roelofs et Fabien Petillion, « La couleur expliquée aux artistes »
Isabelle Roelofs et Fabien Petillion, « La couleur expliquée aux artistes » (Eyrolles, 2012) Voir à la FnacLa couleur expliquée aux artistes, de Isabelle Roelofs et Fabien Petillion (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Niveau requis : six mois de pratique, et au moins une déception sur un mélange qui a viré.
Isabelle Roelofs fabrique des couleurs pour artistes, ce qui donne au livre une position rare : il parle des pigments du point de vue de celui qui les broie, pas de celui qui les vend en tube ni de celui qui les théorise à l'université.
Ce qu'il vous apprend précisément : ce qu'il y a derrière un nom sur une étiquette. Vous comprendrez pourquoi deux tubes portant la même appellation ne donnent pas la même couleur, ce que signifie l'indice de permanence, quels pigments sont opaques et lesquels sont transparents, et pourquoi certains ralentissent le séchage au point de perturber tout votre calendrier de couches. Le passage sur les causes matérielles des craquelures vaut à lui seul le détour, et il complète la règle du gras sur maigre par ce qui l'explique.
Ce qu'il ne vous apprend pas : à peindre. C'est un livre de connaissance des matériaux, à lire par petits morceaux, en revenant dessus quand une question précise se pose. Le lire d'une traite serait un contresens.
Quatrième livre : Xavier de Langlais, « La technique de la peinture à l'huile »
Xavier de Langlais, « La technique de la peinture à l'huile » (Flammarion, 1959, régulièrement réédité, plus de six cents pages) Voir à la FnacLa technique de la peinture à l'huile, de Xavier de Langlais (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Niveau requis : au moins deux ans de pratique, et une vraie curiosité pour les procédés anciens.
Xavier de Langlais, peintre et graveur breton disparu en 1975, a écrit là un traité que personne n'a remplacé en français. Supports, colles, enduits, huiles, couleurs, vernis, restauration, outils : chaque chapitre descend jusqu'à un niveau de détail que les manuels contemporains n'atteignent pas, et l'auteur précise avoir testé lui-même les recettes qu'il transmet.
Ce qu'il vous apprend précisément : la peinture à l'huile comme métier plutôt que comme loisir. Vous saurez encoller une toile, préparer un enduit, comprendre pourquoi les primitifs flamands travaillaient sur panneau et ce que la peinture a perdu en passant à la toile industrielle.
Ce qu'il ne vous apprend pas : à faire vite. Langlais suppose un atelier, du temps et le goût du travail préparatoire. C'est aussi pourquoi il ne doit pas être votre premier achat, comme on va le voir.
Par où ne pas commencer
Voici la partie que les listes ne font jamais.
Ne commencez pas par Langlais, précisément parce que c'est le titre que tout le monde vous citera. Six cents pages de technique lues avant d'avoir peint dix toiles produisent un effet précis et décourageant : vous n'osez plus rien poser, parce que chaque geste vous semble mal préparé. Achetez-le en troisième ou quatrième année, quand vous aurez des questions concrètes à lui poser. Il répondra à toutes.
Ne commencez pas non plus par les gros albums de démonstrations pas à pas, ces volumes cartonnés où un artiste peint un port breton en douze photographies. Ils donnent l'illusion de comprendre. Vous voyez le résultat de chaque étape, jamais la charge du pinceau, jamais la dilution, jamais le temps d'attente entre deux photographies, qui est pourtant l'information la plus importante de la page.
Méfiez-vous enfin des ouvrages généralistes qui traitent l'huile, l'acrylique, l'aquarelle et le pastel dans le même volume. Ils sont utiles pour choisir un médium, inutiles pour l'apprendre. Si vous hésitez encore entre plusieurs techniques, regardez plutôt du côté de l'acrylique, qui pose des problèmes exactement inverses, ou de l'aquarelle, qui est la moins pardonnante des trois.
Ce que les livres ne feront pas à votre place
Un livre ne vous dira jamais que votre toile est mal composée. Il vous donnera des principes de cadrage, il ne verra pas que votre horizon coupe l'image en deux parties égales et que c'est pour cette raison que rien ne fonctionne. Il faut un regard extérieur pour ça, et un atelier municipal ou une association de quartier le fournit à un prix dérisoire.
Un livre ne vous apprendra pas non plus à dessiner, et l'huile ne pardonne pas un dessin faible. Une nature morte dont les ellipses sont fausses restera fausse quelle que soit la qualité de la matière. Si c'est votre point faible, passez d'abord par les livres pour apprendre à dessiner.
Enfin, aucun livre ne remplacera l'ennui salutaire des exercices. Peindre une sphère blanche sur fond gris, la même, dix fois, en changeant seulement la source de lumière, vous apprendra plus que trois manuels. Personne n'a envie de le faire. C'est pourtant là que la main s'installe.
Après ces quatre livres
Vous aurez alors une méthode, des produits que vous comprenez, une connaissance sérieuse des pigments et un traité de référence pour les questions pointues. C'est largement de quoi peindre pendant dix ans.
La suite dépendra de ce qui vous tire. Si c'est la matière, vous irez vers les techniques anciennes, la tempera et les préparations mixtes. Si c'est la lumière, vous irez vers la peinture sur le motif et vers les paysagistes du dix-neuvième siècle. Si c'est la figure, il faudra vous remettre au dessin d'après modèle vivant, et ce sera la meilleure décision de votre parcours.
Vous pouvez aussi parcourir les genres et les rayons pratiques pour repérer les rééditions annotées, ou continuer avec les autres titres de notre collection quels livres acheter pour apprendre à.
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