Quels livres pour apprendre l'aquarelle ?
On raconte à peu près partout que l'aquarelle est la technique idéale pour débuter. Peu de matériel, pas d'odeur, pas de solvant, une boîte et un verre d'eau. Beaucoup de gens s'y mettent pour ces raisons, et beaucoup arrêtent au bout de trois mois avec le sentiment de ne pas être doués.
Ils sont doués comme les autres. Ils ont simplement choisi la technique picturale la moins pardonnante qui soit. À l'huile, une zone ratée se recouvre. À l'acrylique aussi. À l'aquarelle, il n'y a pas de repentir : la couleur pénètre la fibre du papier, le blanc n'est pas une peinture mais une absence, et une lumière perdue ne se rattrape pas. Ajoutez à cela que tout, absolument tout, dépend d'une variable que personne ne vous explique au début, le taux d'humidité du papier au moment où le pinceau le touche.
Voici trois livres, dans l'ordre. Trois, pas dix, parce que le rayon aquarelle des librairies est encombré d'ouvrages illustrés qui montrent de belles pages et n'apprennent rien.
Avant de parler pinceaux, parlons papier
C'est la conversation que les vendeurs ne vous font jamais, et c'est celle qui décide de vos six premiers mois.
Un papier aquarelle bon marché est fait de cellulose. Il boit l'eau vite et de façon inégale, il gondole, il pluche dès qu'on repasse dessus, et il rend les fondus impossibles parce que la couleur s'arrête là où elle veut. Vous ferez une aquarelle correcte dessus une fois sur dix, et vous conclurez que vous n'avez pas la main.
Un papier 100 % coton, 300 g/m², se comporte autrement. Il retient l'eau en surface assez longtemps pour que vous ayez le temps d'agir, il supporte le retrait de couleur à l'éponge, il ne se déforme pas si vous prenez un bloc collé sur les quatre côtés. Arches, Saunders Waterford, Fabriano Artistico : ces trois-là suffisent pour une vie de peinture. Comptez trois qualités de grain, satiné, fin et torchon, et sachez que le grain torchon pardonne davantage au débutant parce que sa surface irrégulière rattrape les gestes hésitants.
Cette dépense est disproportionnée par rapport au reste, et elle n'est pas négociable. Une boîte de godets d'entrée de gamme sur du bon papier donne des résultats corrects. Des couleurs d'artiste sur du papier scolaire ne donnent rien du tout.
Les pinceaux viennent après, et deux suffisent au démarrage : un petit-gris de belle contenance pour les lavis, un mouilleur ou un rond synthétique de taille moyenne pour le reste.
Premier livre : David Webb, « Manuel complet de l'aquarelle »
David Webb, « Manuel complet de l'aquarelle » (Eyrolles, 2017, 256 pages, traduit de l'anglais) Voir à la FnacManuel complet de l'aquarelle, de David Webb (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Niveau requis : aucun.
C'est le livre à ouvrir en premier parce qu'il fait les choses dans le bon ordre. Le matériel d'abord, les papiers et leurs comportements, les pigments transparents et opaques, puis seulement ensuite les techniques : le lavis uni, le lavis dégradé, l'humide sur humide, l'humide sur sec, la réserve, le retrait de couleur.
Ce qu'il vous apprend précisément : le vocabulaire et la mécanique. À la fin, vous savez nommer ce que vous faites, ce qui change tout, parce qu'un problème nommé se corrige. Vous comprenez pourquoi une auréole se forme au séchage, pourquoi vos verts sont ternes, pourquoi il ne faut pas repasser trois fois au même endroit. Webb est un peintre britannique de paysage et son sens du concret s'entend à chaque page.
Ce qu'il ne vous apprend pas : le jugement. Il vous montre comment obtenir un effet, il ne vous dit pas quand il faut s'arrêter. Cette question-là, qui est la seule qui compte à l'aquarelle, arrive dans le deuxième livre.
Deuxième livre : Jean-Louis Morelle, « Aquarelle, l'eau créatrice »
Jean-Louis Morelle, « Aquarelle, l'eau créatrice » (Fleurus, 2007, 128 pages, collection Les secrets de l'artiste) Voir à la FnacAquarelle, l'eau créatrice, de Jean-Louis Morelle (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Niveau requis : un mois ou deux de pratique, une trentaine de feuilles derrière vous.
Morelle est aquarelliste professionnel, il expose depuis les années quatre-vingt et il enseigne. Son livre part d'une idée que personne d'autre ne pose aussi clairement : à l'aquarelle, vous ne peignez pas avec de la couleur, vous peignez avec de l'eau. La couleur n'est que ce que l'eau transporte.
Ce qu'il vous apprend précisément : à lire l'état du papier. Un papier ruisselant, un papier brillant, un papier mat mais encore frais, un papier sec : ce sont quatre supports différents qui réagissent de quatre façons, et le même geste y produit quatre résultats. Morelle décrit ces états, leurs durées, ce qu'on peut y tenter et ce qu'on doit y renoncer. C'est la connaissance qui sépare l'amateur découragé de l'aquarelliste, et elle est presque introuvable ailleurs sous forme écrite.
Ce qu'il ne vous apprend pas : les bases. Le livre suppose que vous avez déjà tenu un pinceau et que vous avez déjà été surpris par un séchage. Lu en premier, il paraîtra vague. Lu après trente aquarelles ratées, il donne l'impression que quelqu'un a enfin mis des mots sur ce que vous ne compreniez pas.
Troisième livre : Jean-Louis Morelle, « Journal d'un aquarelliste »
Jean-Louis Morelle, « Journal d'un aquarelliste » (Fleurus Idées, 2003, 174 pages, collection Pratique des arts) Voir à la FnacJournal d'un aquarelliste, de Jean-Louis Morelle (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Niveau requis : six mois de pratique régulière.
Cinq années de travail d'un peintre, racontées et montrées, avec une centaine d'aquarelles. Ce n'est pas un manuel et c'est justement pour cela qu'il arrive en troisième.
Ce qu'il vous apprend précisément : ce à quoi ressemble une progression réelle. Vous y voyez les hésitations, les séries, les motifs repris dix fois, les échecs assumés. La plupart des livres de technique donnent l'illusion d'un chemin linéaire où chaque exercice réussit. Un journal montre le contraire, et il arrive au moment où vous en avez besoin, c'est-à-dire quand vous vous demandez si vos six mois de stagnation sont normaux. Ils le sont.
Ce qu'il ne vous apprend pas : de nouvelles techniques. Prenez-le comme une conversation avec quelqu'un qui a fait le trajet avant vous.
Par où ne pas commencer
Voici la partie que les sélections d'aquarelle ne font jamais.
Les recueils de type « 101 techniques » ou « 500 trucs et astuces », édités notamment chez Dessain et Tolra et chez Vigot, ne sont pas mauvais en soi. Ils sont mal placés au début. Ce sont des dictionnaires : on les consulte quand on a une question, et un débutant n'a pas encore de questions, il a besoin d'un ordre. Achetez-les en deuxième année, ils y trouvent leur utilité.
Les livres de modèles pas à pas, très nombreux depuis la vague de l'aquarelle botanique sur les réseaux, posent un autre problème. Vous reproduisez un eucalyptus étape par étape, vous obtenez un eucalyptus honorable, et vous n'avez rien appris de transférable. Le jour où vous voudrez peindre autre chose, vous serez exactement au même point qu'au premier jour. Ces livres produisent un résultat rapide et un savoir nul, ce qui explique leur succès commercial.
Enfin, méfiez-vous des ouvrages généralistes qui traitent l'aquarelle en un chapitre au milieu de l'huile, du pastel et de l'acrylique. Le médium a une logique qui lui appartient et qui ne se résume pas en quinze pages.
Un mot sur un piège de débutant que peu de livres signalent : la gomme à masquer. Elle promet des réserves nettes sans effort. Elle produit surtout des bords durs et artificiels, et elle arrache le papier une fois sur cinq. Apprenez à réserver au pinceau, en contournant. C'est difficile, c'est le cœur du métier, et c'est ce qui donne aux aquarelles leur respiration.
Ce qu'aucun livre ne fera à votre place
L'aquarelle a ceci de particulier que sa donnée principale est temporelle. Le papier passe de trempé à humide, puis d'humide à frais, puis de frais à sec, et chaque passage ouvre et ferme des possibilités. Ce chronomètre-là dépend de votre papier, de la température de la pièce, de l'hygrométrie du jour et de la quantité d'eau que vous avez posée. Aucun texte ne peut vous le transmettre. Vous l'apprendrez en regardant sécher des dizaines de feuilles, et il n'y a pas de raccourci.
Un livre ne vous dira pas non plus quand arrêter. C'est la faute qui ruine neuf aquarelles sur dix : on continue, on rajoute, on veut sauver, et la transparence meurt. Un professeur qui pose la main sur votre poignet au bon moment vaut trois manuels. Les stages de week-end sont fréquents et souvent bon marché en province, les associations de quartier en proposent aussi.
Enfin, personne ne vous fera dessiner à votre place. L'aquarelle repose sur un dessin sous-jacent, souvent léger, parfois invisible, mais toujours présent. Une aquarelle qui ne tient pas est presque toujours un dessin qui ne tenait pas. Si c'est votre cas, faites un détour par les livres pour apprendre à dessiner avant d'insister sur la couleur.
Après ces trois livres
Vous aurez alors la technique, la compréhension de l'eau et une idée réaliste de ce que représente une progression. C'est un socle solide, et il vaut mieux que quinze albums feuilletés.
La suite se choisit par sujet. Si le paysage vous attire, cherchez les ouvrages consacrés aux ciels et aux valeurs, parce que la profondeur à l'aquarelle se joue là. Si c'est le carnet de voyage, orientez-vous vers les formats nomades et les palettes réduites, où la contrainte est la moitié du plaisir. Si c'est la botanique, sachez que le genre demande une précision qui relève autant du dessin d'observation que de la peinture, et que les guides illustrés d'ancienne école restent de meilleurs modèles que les tutoriels récents.
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