Quels livres pour apprendre la MAO ?
MAO veut dire musique assistée par ordinateur. Le sigle est parfaitement banal dans les forums et les magasins de musique, et parfaitement opaque partout ailleurs, ce qui explique qu'on tombe dessus sans savoir ce qu'on achète. Il recouvre tout ce qui consiste à composer, enregistrer, arranger et mixer sur un ordinateur.
Voici comment se passe le premier achat, presque toujours. Quelqu'un installe un logiciel, se sent noyé au bout de vingt minutes, et commande un manuel consacré à ce logiciel précis. Deux ans plus tard, la version 12 est sortie, l'interface a changé, la moitié des captures d'écran ne correspondent plus à rien, et le livre part à la cave. Pendant ce temps, la question qui bloquait réellement le débutant, à savoir pourquoi ses morceaux sonnent mal, n'a pas été effleurée.
L'ordre proposé ici est l'inverse : d'abord le son, ensuite le logiciel. Quatre livres, dont trois qui vous serviront encore dans dix ans.
La hiérarchie que personne ne respecte
Il y a trois couches dans ce que vous essayez d'apprendre, et elles ne vieillissent pas à la même vitesse.
La première est l'acoustique et la physique du signal. Ce qu'est un décibel, pourquoi une pièce carrée pose problème, comment un micro capte une source. Cette couche a l'âge de la discipline et ne bougera plus de votre vivant.
La deuxième est la chaîne technique et ses gestes : structure de gain, égalisation, compression, réverbération, arbitrages de mixage. Elle évolue lentement, en gros au rythme des habitudes de production, sur des décennies.
La troisième est le logiciel, et elle se périme par cycles de deux ou trois ans. C'est pourtant celle par laquelle presque tout le monde commence, et c'est la seule pour laquelle il n'y a aucune raison d'acheter un livre. La documentation du fabricant est gratuite, à jour, et les vidéos font le reste mieux qu'un texte.
Un conseil que j'assume : n'achetez jamais de livre consacré à un logiciel nommé. Jamais.
Premier livre : Ernould et Fortier, « Le grand livre du home studio »
Franck Ernould et Denis Fortier, « Le grand livre du home studio, tout pour enregistrer et mixer de la musique chez soi » (Dunod, troisième édition parue en 2022, 336 pages) Voir à la FnacLe grand livre du home studio, tout pour enregistrer et mixer de la musique chez soi, de Franck Ernould et Denis Fortier (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis, sinon avoir un ordinateur et une envie précise.
C'est le seul ouvrage francophone qui couvre l'ensemble du parcours sans se raccrocher à une marque : le choix du matériel et des logiciels, l'installation, les réglages, l'enregistrement, le mixage, le mastering et la mise en ligne. Ernould est journaliste spécialisé dans l'audio depuis très longtemps, Fortier vient de la conception d'instruments électroniques, et cette double origine se sent dans les arbitrages.
Ce qu'il vous apprend précisément : à monter une installation cohérente et à comprendre ce que fait chaque maillon. Vous saurez pourquoi une interface audio n'est pas une carte son, ce qu'apporte un préampli, à quoi sert la latence et pourquoi votre casque ne suffira pas.
Ce qu'il ne vous apprend pas : à mixer vraiment. Le chapitre existe, il est correct, il ne remplace pas un ouvrage entier consacré au sujet. C'est justement l'étape d'après.
Deuxième livre : Lionel Haidant, « Guide pratique du mixage »
Lionel Haidant, « Guide pratique du mixage, sonorisation et enregistrement » (Dunod, deuxième édition parue en février 2023, 144 pages) Voir à la FnacGuide pratique du mixage, sonorisation et enregistrement, de Lionel Haidant (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : une installation qui fonctionne, et au moins un morceau que vous n'arrivez pas à équilibrer.
Cent quarante-quatre pages, ce qui en fait le livre le plus court de cette liste et probablement le plus rentable à l'heure de lecture. Haidant part de la console, du câblage et de la perception auditive, puis déroule les gestes du mixage sur des exemples concrets. L'ouvrage parle autant de sonorisation en salle que d'enregistrement, et ce détour n'est pas un défaut : c'est en comprenant ce qui se passe quand le son doit traverser une pièce réelle qu'on cesse de mixer au casque en aveugle.
Ce qu'il vous apprend précisément : la structure de gain, l'ordre des opérations, ce que fait un égaliseur avant de savoir lequel choisir. Le vocabulaire y devient enfin stable.
Ce qu'il ne vous apprend pas : le détail théorique. Il vous dit quoi faire et pourquoi grossièrement, pas ce qui se passe physiquement. Pour ça, il faut monter d'un étage.
Troisième livre : Denis Mercier, « Le livre des techniques du son »
Denis Mercier (dir.), « Le livre des techniques du son », tome 1, notions fondamentales (Dunod, ouvrage collectif, réédité régulièrement depuis les années 1980, sixième édition parue en 2022) Voir à la FnacDenis Mercier (dir.), « Le livre des techniques du son », tome 1, notions fondamentales (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : les deux étapes précédentes, ou une pratique déjà installée.
C'est l'ouvrage de référence des écoles de son françaises, publié en trois tomes : les notions fondamentales, la technologie, l'exploitation. Mercier est ingénieur du son, il a dirigé des formations à l'ENS Louis-Lumière, et il coordonne ici une vingtaine de contributeurs. Le tome 1 traite l'acoustique, la perception auditive, le signal, les bases électriques.
Ce qu'il vous apprend précisément : la physique sous vos réglages. Vous comprendrez pourquoi votre pièce vous ment sur les basses, ce que mesure réellement un vumètre, pourquoi deux micros placés différemment sur la même source ne donnent pas le même timbre. À partir de là, vous cessez de tourner des boutons au hasard.
Ce qu'il ne vous apprend pas : le goût. Aucune page ne vous dira si votre morceau est bon. Et n'espérez pas le lire d'un bout à l'autre, personne ne le fait. C'est un livre qu'on ouvre à la question du jour, et qui reste ouvert dix ans.
Si les trois tomes vous paraissent excessifs, ils le sont pour un amateur. Le tome 1 seul est le bon achat.
Quatrième livre, facultatif : Rumsey et McCormick, « Son et enregistrement »
Francis Rumsey et Tim McCormick, « Son et enregistrement » (Eyrolles, deuxième édition française parue en 2002, traduction de « Sound and Recording ») Voir à la FnacSon et enregistrement, de Francis Rumsey et Tim McCormick (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : les étapes précédentes. À chercher d'occasion, l'édition française est ancienne.
Je le mentionne pour une raison précise : il fait le pont entre la théorie et la pratique du studio mieux que la plupart des ouvrages francophones, en particulier sur les microphones et les principes de prise de son. Les chapitres consacrés aux supports numériques ont vieilli, ceux qui traitent d'acoustique et de perception n'ont pas bougé d'une ligne, parce que ces choses-là ne bougent pas.
Ce qu'il ne vous apprend pas : quoi que ce soit sur les outils logiciels d'aujourd'hui. Achetez-le pour les chapitres physiques, ignorez le reste.
Par où ne pas commencer
La liste des mauvais premiers achats est courte et coûteuse.
Le manuel de votre séquenceur, quel qu'il soit. Ableton Live, FL Studio, Logic, Cubase, Reaper : tous ces logiciels ont une documentation officielle gratuite, souvent en français, toujours à jour, et une communauté vidéo pléthorique. Un livre payant sur ce sujet est un livre qui perd la moitié de sa valeur à chaque mise à jour majeure. On en trouve d'excellents, c'est une question de format et pas de qualité d'auteur.
Les ouvrages de mastering achetés en premier. Le mastering est la dernière étape d'une chaîne, il corrige à la marge et ne sauve rien. Un mixage raté ne devient pas bon parce qu'on a lu un livre sur le mastering, il devient un mixage raté et fort.
Les recueils de recettes de réglages, du type tableaux de fréquences par instrument. Ils circulent partout, ils sont séduisants parce qu'ils promettent un raccourci, et ils produisent des mixages qui se ressemblent tous sans jamais tenir sur une autre écoute. Un réglage dépend de la source, de la pièce et du morceau, et aucun tableau ne connaît les vôtres.
Enfin, méfiez-vous des ouvrages de production musicale traduits trop vite de l'anglais, où le vocabulaire technique flotte d'un chapitre à l'autre. Sur ce domaine, la production éditoriale francophone sérieuse est peu abondante mais fiable, autour de deux ou trois éditeurs. C'est une chance.
Ce que les livres ne feront pas à votre place
Trois choses, et elles pèsent plus lourd que la bibliographie entière.
Votre pièce d'abord. Aucun livre ne posera de panneaux absorbants derrière vos enceintes, ne déplacera votre bureau, ne vous empêchera de mixer dans un angle. Tant que votre acoustique vous ment, vous corrigerez des problèmes qui n'existent pas et vous ignorerez ceux qui existent. C'est le premier investissement réel, avant tout achat de matériel supplémentaire.
Vos oreilles ensuite. La discrimination fine, entendre qu'il y a trop de 300 Hz plutôt que trop de basses en général, s'entraîne par exercice répété et par comparaison. Il existe des logiciels d'entraînement auditif pour ça, et une méthode gratuite qui vaut tous les livres : reprendre un morceau que vous aimez, essayer de le reproduire, échouer, comprendre où.
Le jugement enfin. Il vient d'écouter beaucoup et d'écouter analytiquement, ce qui n'est pas la même chose qu'écouter par plaisir. Prenez dix titres de référence dans votre style, écoutez-les sur votre installation jusqu'à connaître leur défaut sur votre écoute, et mixez en les gardant à côté. Cette habitude vaut plus qu'un rayon entier.
Un dernier point, celui que les débutants négligent le plus : terminez des morceaux. Dix titres finis et publiés vous apprendront davantage que trente projets abandonnés au troisième couplet, parce que la fin d'un morceau est précisément l'endroit où toutes les décisions difficiles se prennent.
Après ces livres
Vous aurez alors une installation cohérente, un vocabulaire stable et une idée claire de ce qui se passe entre le micro et l'enceinte. La suite se joue ailleurs que dans une bibliothèque.
Si votre blocage est musical et non technique, ce qui arrive plus souvent qu'on ne le croit, la théorie devient le vrai chantier : voyez quels livres pour apprendre le solfège pour la lecture et le rythme, puis quels livres pour apprendre l'harmonie quand les enchaînements d'accords vous résistent. Si c'est l'instrument qui manque à vos maquettes, la basse reste l'apprentissage le plus rentable pour un producteur.
Et si le principe de ces parcours vous convient, le reste de la collection quels livres acheter pour apprendre à applique la même règle partout : trois ou quatre titres bien choisis, dans le bon ordre, valent mieux qu'une étagère.
Que veut dire MAO exactement ?
Faut-il acheter le manuel de son logiciel ou un livre général ?
Peut-on apprendre la MAO uniquement avec des vidéos ?
Faut-il savoir le solfège pour faire de la MAO ?
Un livre peut-il remplacer le traitement acoustique de la pièce ?
Le livre des techniques du son est-il trop technique pour un amateur ?
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