Listes et sélectionsLivres pour apprendre

Quels livres pour apprendre la gravure ? 4 titres, selon la technique visée

La gravure regroupe quatre familles de techniques qui n'ont presque rien en commun. Voici comment choisir la vôtre avant d'acheter, et les quatre livres qui suivent ce choix.

L'équipe Relit8 min de lecture

Les livres de ce parcours, dans l'ordre

LivrePourquoiAcheter
La taille d'épargneVoir La taille d'épargne à la Fnac (lien affilié)
Le grand livre de la linogravure : bases, techniques, projets pour débutants et confirmésMaslauVoir Le grand livre de la linogravure : bases, techniques, projets pour débutants et confirmés, de Maslau à la Fnac (lien affilié)
Linogravure et techniques d'impressionAnne DefrévilleVoir Linogravure et techniques d'impression, de Anne Defréville à la Fnac (lien affilié)
Manuel complet de gravureBill Fick et Beth GrabowskiVoir Manuel complet de gravure, de Bill Fick et Beth Grabowski à la Fnac (lien affilié)
La gravure en taille-douce : art, histoire, techniqueLouis Lo MonacoVoir La gravure en taille-douce : art, histoire, technique, de Louis Lo Monaco à la Fnac (lien affilié)

Quels livres pour apprendre la gravure ?

Le mot gravure recouvre au moins six pratiques qui ne partagent presque rien : ni les outils, ni le geste, ni le papier, ni le vocabulaire, ni même l'idée de ce qu'est une bonne épreuve. Un graveur au burin et un sérigraphe se comprennent à peu près comme un ébéniste et un souffleur de verre : ils font tous les deux des objets.

C'est la raison pour laquelle tant de gens abandonnent après un seul achat. Ils sont entrés en librairie en disant « je voudrais apprendre la gravure », ils sont ressortis avec un ouvrage magnifique sur la taille-douce, et trois semaines plus tard ils ont compris que rien de ce qui y est décrit n'est réalisable sans une presse à cylindres de plusieurs centaines de kilos. Le livre n'était pas mauvais. Il ne répondait simplement pas à leur question.

Donc avant les titres, la question qui décide de tout.


Choisissez d'abord la famille, le livre vient après

Quatre grandes familles, et une information décisive à la fin.

La taille d'épargne Voir à la FnacLa taille d'épargne (lien affilié, ouvre un nouvel onglet) : vous creusez ce que vous voulez voir blanc, l'encre reste sur le relief. Linogravure, gravure sur bois de fil, gravure sur bois de bout. Outils : quelques gouges, un rouleau, de l'encre, du papier.

La taille-douce : vous creusez au contraire le trait qui s'imprimera. L'encre se loge dans le sillon, on essuie la surface, et il faut une pression considérable pour que le papier vienne chercher l'encre au fond. Burin, pointe sèche, eau-forte, aquatinte, manière noire. C'est la famille la plus riche et la plus exigeante.

La lithographie : aucune entaille. Vous dessinez au crayon gras sur une pierre calcaire, vous exploitez le fait que l'eau et le corps gras se repoussent. Matériel lourd, pratique quasi impossible hors d'un atelier équipé.

La sérigraphie : un pochoir sur un écran tendu, une raclette qui pousse l'encre au travers. Rangée avec la gravure par tradition, elle n'a en réalité ni matrice creusée ni presse.

Voici le point que la plupart des listes escamotent, et qui devrait déterminer votre premier achat : la linogravure est la seule de ces techniques praticable chez vous sans presse. Une cuiller pressée fermement au dos du papier suffit à transférer l'encre. Toutes les autres, taille-douce en tête, réclament un équipement que vous ne pouvez ni improviser ni contourner. Aucun tutoriel astucieux ne remplace deux tonnes de pression au centimètre.

Cela ne veut pas dire que la linogravure est un sous-produit. Picasso y a fait certaines de ses plus belles estampes tardives. Cela veut dire qu'elle est la seule porte d'entrée que vous pouvez ouvrir seul, ce soir, sur votre table.

Premier livre : Maslau, « Le grand livre de la linogravure »

Maslau, « Le grand livre de la linogravure : bases, techniques, projets pour débutants et confirmés » (Un dimanche après-midi, 2025, 140 pages) Voir à la FnacLe grand livre de la linogravure : bases, techniques, projets pour débutants et confirmés, de Maslau (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis.

C'est le livre à acheter en premier même si votre rêve est la taille-douce, et c'est un conseil que je donne sans réserve. Vous y trouverez le choix des gommes et linoléums, les gouges et leur affûtage, l'encrage au rouleau, l'impression à la main comme à la presse, l'impression en plusieurs couleurs et la fameuse technique de la plaque perdue, où l'on retaille la même matrice à chaque passage de couleur, sans retour possible.

Ce qu'il vous apprend précisément : le geste de la gouge, l'inversion mentale entre ce que vous creusez et ce que vous verrez, et le réglage de l'encrage. Ces trois choses sont communes à toute la gravure et vous les emporterez partout.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à dessiner. Le livre suppose que vous savez ce que vous voulez représenter. Si le dessin vous manque, prenez le temps de lire notre sélection de livres pour apprendre à dessiner en parallèle, parce qu'une plaque mal dessinée reste mal dessinée après trois heures de gouge.

Deuxième livre : Anne Defréville, « Linogravure et techniques d'impression »

Anne Defréville, « Linogravure et techniques d'impression » (Le Temps apprivoisé, collection Atelier découverte, 2016, 62 pages) Voir à la FnacLinogravure et techniques d'impression, de Anne Defréville (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis.

Soixante-deux pages, ce qui devrait vous faire hésiter. Prenez-le quand même, mais comme complément et non comme manuel principal. Son intérêt tient à ce que Maslau traite peu : l'impression sur des supports qui ne sont pas du papier. Tissu, plâtre, polystyrène. C'est plus important qu'il n'y paraît, parce que c'est souvent le moment où la gravure cesse d'être un exercice et devient un objet dont on se sert.

Ce qu'il ne vous apprend pas : la profondeur. Le format court impose des raccourcis, et vous sentirez vite le fond. Si vous devez n'acheter qu'un seul livre de linogravure, prenez celui de Maslau.

Troisième livre : Bill Fick et Beth Grabowski, « Manuel complet de gravure »

Bill Fick et Beth Grabowski, « Manuel complet de gravure » (Eyrolles, 2e édition, 2017, 256 pages, première édition française parue en 2009) Voir à la FnacManuel complet de gravure, de Bill Fick et Beth Grabowski (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : avoir déjà gravé et tiré au moins trois ou quatre plaques.

Fick enseigne à Duke University et dirige un atelier de gravure en Caroline du Nord, Grabowski enseigne à Chapel Hill et a présidé SGC International, l'une des grandes associations internationales de graveurs. Leur ouvrage couvre l'impression en relief, la taille-douce, la collagraphie, la lithographie, le monotype, la sérigraphie et les procédés numériques. La deuxième édition a mis à jour les chapitres sur les pratiques moins nocives pour la santé et l'environnement, ce qui n'est pas un détail cosmétique quand on parle d'acides et de solvants.

Ce qu'il vous apprend précisément : la carte complète du territoire, et surtout ce qu'une technique permet que les autres ne permettent pas. Après lui, vous saurez pourquoi un aquatintiste cherche le gris et un linograveur le contraste.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à devenir bon dans une technique. Six familles en 256 pages laissent une trentaine de pages à chacune. C'est un livre pour choisir, pas pour approfondir, et il faut l'acheter en sachant cela. C'est aussi pour cette raison qu'il ne doit pas être votre premier achat, malgré son titre et malgré son excellente réputation.

Quatrième livre : Louis Lo Monaco, « La gravure en taille-douce »

Louis Lo Monaco, « La gravure en taille-douce : art, histoire, technique » (Arts et métiers graphiques, diffusion Flammarion, 1992, 333 pages, traduit de l'anglais par Tamara Préaud) Voir à la FnacLa gravure en taille-douce : art, histoire, technique, de Louis Lo Monaco (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : avoir décidé que la taille-douce est votre voie, et avoir accès à une presse.

Un grand format épais, ancien, régulièrement disponible d'occasion, et qui reste la référence francophone sur le sujet. Lo Monaco est peintre et graveur. Il traite l'histoire de la taille-douce puis l'ensemble des procédés, burin, eau-forte, aquatinte, manière noire, avec l'encrage, l'essuyage, le tirage, l'encadrement et la conservation.

Ce qu'il vous apprend précisément : que le tirage est une technique en soi. Les débutants croient que la difficulté est dans la taille de la plaque. Elle est au moins autant dans l'essuyage de la surface, geste que l'on rate pendant des mois avant de le tenir. Le livre lui accorde la place que le sujet mérite.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à installer un atelier chez vous, parce que c'est rarement possible. La taille-douce se pratique dans un atelier partagé, et le livre le suppose plus qu'il ne l'écrit.

Par où ne pas commencer

Les beaux livres d'estampes anciennes, d'abord. Un ouvrage sur Rembrandt graveur ou sur Callot est un plaisir immense et n'enseigne rien de la pratique. Achetez-le après, quand vous saurez lire ce que vous regardez, et vous en tirerez dix fois plus.

Les manuels de sérigraphie, si vous n'êtes pas venu pour la sérigraphie. La confusion vient du rayon, pas de vous. Rien de ce qui s'y trouve ne vous servira en taille d'épargne, et l'inverse est vrai.

Les ouvrages d'eau-forte achetés en premier, ensuite. Ils sont beaux, souvent bien faits, et ils décrivent des opérations que vous ne pouvez pas engager sans acide, sans ventilation et sans presse. Frustration garantie.

Enfin, méfiez-vous d'un genre de livre en pleine expansion : le recueil de projets décoratifs à la gomme à graver, souvent traduit de l'anglais, où l'on vous montre trente motifs à décalquer. Ce n'est pas illégitime, c'est simplement autre chose. Vous y apprendrez à reproduire des motifs, pas à graver.

Ce qu'aucun livre ne fera à votre place

L'affûtage, pour commencer. Une gouge émoussée arrache le linoléum au lieu de le couper, et le débutant en conclut qu'il grave mal. Presque tous les livres consacrent deux pages à l'affûtage, aucun ne peut vous montrer l'angle et le son que fait une lame prête. Il faut voir quelqu'un le faire une fois, dix minutes suffisent.

L'encrage ensuite. Trop d'encre bouche les tailles, trop peu donne un gris sale, et la bonne quantité s'apprend au bruit du rouleau sur la plaque de verre. Aucune photographie ne transmet ce bruit.

Et puis il y a la presse, qui reste le vrai obstacle matériel. La solution ne s'achète pas en librairie : ateliers associatifs, maisons de quartier, écoles d'art qui ouvrent des créneaux adultes, résidences d'estampe. Un après-midi dans un atelier vaut trois manuels, et coûte souvent le prix d'un seul.

Dernière chose, plus ingrate. La gravure est une discipline de la répétition. On tire dix épreuves d'une même plaque et on en garde deux. Ce taux de déchet est normal, il n'indique pas votre niveau, et aucun livre ne vous le dira assez fort pour que vous le croyiez avant de l'avoir vécu.

Après ces quatre livres

Vous aurez une technique praticable seul, une carte des autres, et de quoi entrer sérieusement en taille-douce le jour où vous trouverez une presse.

La suite dépendra de ce qui vous a pris. Si c'est la matière du bois, la sculpture n'est pas loin, et notre sélection pour apprendre la sculpture sur bois prolonge naturellement la gravure sur bois de fil. Si c'est au contraire la composition, l'affiche et le rapport du noir au blanc qui vous ont retenu, allez voir les livres pour apprendre le design graphique : beaucoup de graveurs y trouvent le vocabulaire qui leur manquait pour dire ce qu'ils cherchaient.

Le reste de la collection quels livres acheter pour apprendre à applique la même méthode à d'autres pratiques manuelles, et vous pouvez aussi parcourir les genres pour repérer les monographies d'estampe, qui sont rarement rangées là où on les cherche.

Peut-on faire de la gravure sans presse ?

Oui, mais uniquement en taille d'épargne, c'est à dire en linogravure et en gravure sur bois. L'encre reste sur les parties en relief de la plaque, et une pression manuelle exercée avec une cuiller à baren ou même le dos d'une cuiller à soupe suffit à la transférer sur le papier. La taille-douce, la lithographie et l'aquatinte exigent au contraire une presse capable de faire remonter l'encre logée au fond des tailles. Aucune astuce ne remplace cette pression.

Par quel livre commencer quand on n'a jamais gravé ?

Par un ouvrage de linogravure, quelle que soit la technique qui vous attire à terme. « Le grand livre de la linogravure » de Maslau, paru chez Un dimanche après-midi en 2025, vous fera produire une première estampe en une soirée avec un matériel qui tient dans une boîte à chaussures. Vous saurez alors si le geste vous plaît, ce qui est la seule question qui compte avant d'investir dans un atelier plus lourd.

Quelle différence entre taille-douce et taille d'épargne ?

Dans la taille d'épargne, vous creusez ce qui restera blanc et l'encre se dépose sur le relief épargné : linogravure, gravure sur bois de fil ou de bout. Dans la taille-douce, vous creusez au contraire ce qui sera imprimé, l'encre se loge dans le sillon et la presse l'en extrait : burin, eau-forte, pointe sèche, aquatinte, manière noire. Ce sont deux logiques inverses, deux outillages différents et deux littératures séparées.

Un manuel généraliste vaut-il mieux qu'un livre spécialisé ?

Le manuel généraliste sert à choisir, le livre spécialisé sert à faire. « Manuel complet de gravure » de Fick et Grabowski couvre les six familles en 256 pages, ce qui donne à chacune une trentaine de pages : assez pour comprendre, jamais assez pour progresser seul. Achetez-le en deuxième position, quand vous savez déjà quelle technique vous voulez approfondir, et prenez ensuite un ouvrage consacré à celle-là.

La sérigraphie fait-elle vraiment partie de la gravure ?

Les manuels la rangent avec la gravure parce qu'il s'agit d'impression d'art en multiple, mais techniquement rien n'y ressemble. Vous ne creusez aucune matrice, vous fabriquez un pochoir photosensible sur un écran de soie et vous poussez l'encre au travers avec une raclette. Le matériel, le vocabulaire et les problèmes rencontrés sont autres. Si c'est la sérigraphie qui vous intéresse, achetez directement un livre de sérigraphie, pas un manuel de gravure.

Faut-il un atelier ou peut-on graver chez soi ?

La linogravure se pratique sur une table de cuisine, à condition de nettoyer les outils et de ne pas laisser traîner les gouges. La gravure sur bois aussi. Dès que vous passez à l'eau-forte, vous manipulez des acides ou du perchlorure de fer, il faut une ventilation réelle et un lieu de stockage adapté, et la question devient sérieuse. Beaucoup d'ateliers associatifs louent des créneaux avec presse, c'est presque toujours la meilleure option.

Combien de temps avant de sortir une estampe présentable ?

En linogravure, une première estampe correcte sort du premier ou du deuxième essai. Une estampe dont vous serez fier, avec un dessin construit et un tirage régulier, demande plutôt une dizaine de plaques, donc quelques mois de pratique irrégulière. En taille-douce, comptez une année avant de maîtriser le seul mordage de l'eau-forte, indépendamment de votre niveau de dessin.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

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