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Quels livres pour apprendre les arts martiaux ? 4 titres et ce qu'ils ne remplacent pas

Manuels techniques, textes fondateurs traduits, philosophie martiale : trois rayons qu'on confond. Quatre livres dans l'ordre, et pourquoi aucune technique ne s'apprend seul dans un livre.

L'équipe Relit8 min de lecture

Les livres de ce parcours, dans l'ordre

LivrePourquoiAcheter
Encyclopédie des arts martiaux de l'Extrême-OrientGabrielle et Roland HabersetzerVoir Encyclopédie des arts martiaux de l'Extrême-Orient, de Gabrielle et Roland Habersetzer à la Fnac (lien affilié)
Karaté-do, ma voie, ma vieGichin FunakoshiVoir Karaté-do, ma voie, ma vie, de Gichin Funakoshi à la Fnac (lien affilié)
Miyamoto Musashi, « Traité des cinq roues », ou Gorin-no-shôVoir Miyamoto Musashi, « Traité des cinq roues », ou Gorin-no-shô à la Fnac (lien affilié)
L'Esprit indomptable, écrits d'un maître zen à un maître d'armesTakuan SôhôVoir L'Esprit indomptable, écrits d'un maître zen à un maître d'armes, de Takuan Sôhô à la Fnac (lien affilié)

Quels livres pour apprendre les arts martiaux ?

Il faut commencer par une phrase que la plupart des listes évitent : vous n'apprendrez aucun art martial dans un livre. Aucun. Ni un mawashi-geri, ni un ikkyo, ni une garde de boxe thaï. C'est vrai pour un débutant comme pour un pratiquant confirmé, et ce n'est pas une formule prudente destinée à ménager les fédérations.

Une technique martiale existe dans une distance, un timing et un rapport de forces avec quelqu'un qui ne collabore pas. Un livre ne peut rien contenir de tout cela. Il peut décrire une trajectoire, il ne peut pas vous dire que vous avez le poids sur le mauvais pied, que votre épaule annonce le coup une demi-seconde à l'avance, ou que votre partenaire vous laisse gagner par politesse. Un enseignant règle ces trois points en un cours.

Alors à quoi sert un livre. À comprendre pourquoi. Pourquoi un style japonais fonctionne autrement qu'un style chinois, d'où vient le grade que vous préparez, ce que cherchaient les gens qui ont codifié ces gestes il y a trois siècles, et ce qu'ils entendaient par des mots que vous répétez sans y penser. C'est considérable, et c'est ce que les quatre livres qui suivent apportent.


Trois rayons qu'on prend pour un seul

Sous l'étiquette « arts martiaux », une librairie mélange trois familles de livres qui n'ont ni le même usage ni le même public.

Les manuels techniques, d'abord. Un ouvrage de karaté shotokan, un livre de kata de judo, un traité de wing chun. Ils s'adressent à quelqu'un qui pratique déjà ce style précis et qui veut réviser. Achetés par un débutant, ou pire par un débutant d'une autre discipline, ils ne servent à rien.

Les textes fondateurs traduits ensuite. Musashi, Funakoshi, Takuan, Yagyû, les classiques chinois. Ce sont des documents historiques, écrits pour des praticiens de leur temps, souvent elliptiques parce que leurs auteurs supposaient acquis ce qui nous manque. Ils se lisent lentement et ils gagnent à être relus dix ans plus tard.

La philosophie martiale enfin, où le meilleur voisine avec le pire. Un traité du dix-septième siècle sur la fixation de l'attention n'a rien à voir avec un essai contemporain sur la mentalité du guerrier appliquée au management. Le premier a des sources, le second a une couverture.

Savoir dans quel rayon vous êtes évite les trois quarts des mauvais achats.

Premier livre : Gabrielle et Roland Habersetzer, l'encyclopédie

Gabrielle et Roland Habersetzer, « Encyclopédie des arts martiaux de l'Extrême-Orient » (Éditions Amphora, plusieurs éditions successives depuis les années quatre-vingt-dix, dernière version augmentée parue en 2019, plus de neuf mille deux cents entrées) Voir à la FnacEncyclopédie des arts martiaux de l'Extrême-Orient, de Gabrielle et Roland Habersetzer (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis.

Roland Habersetzer pratique et écrit depuis la fin des années soixante et a publié près d'une centaine d'ouvrages, ce qui en fait l'auteur francophone le plus prolifique de la discipline. L'encyclopédie est le fruit d'un demi-siècle de travail avec Gabrielle Habersetzer.

Ce qu'elle vous apprend précisément : ce que recouvrent les mots. Vous cherchez aïkido, vous trouvez l'origine, l'école dont il est issu, les concepts qui le structurent, les personnages qui l'ont transmis, et les renvois vers les disciplines voisines. Fait deux ou trois fois de suite, l'exercice vous donne une carte du domaine que personne n'obtient en regardant des vidéos.

Ce qu'elle ne vous apprend pas : à choisir un club. Une encyclopédie ne connaît pas les enseignants de votre ville, et la qualité d'un professeur pèse plus lourd dans votre progression que le style qu'il enseigne. Servez-vous du livre pour éliminer, pas pour élire.

Deuxième livre : Gichin Funakoshi, « Karaté-do, ma voie, ma vie »

Gichin Funakoshi, « Karaté-do, ma voie, ma vie » (Budo Éditions, traduction française de Valérie Melin, environ cent soixante pages en format poche) Voir à la FnacKaraté-do, ma voie, ma vie, de Gichin Funakoshi (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis, se lit en deux soirées.

Funakoshi, né à Okinawa en 1868, mort en 1957, est l'homme qui a introduit le karaté dans le Japon des années vingt. Le livre est une autobiographie, sans une seule technique décrite.

Ce qu'il vous apprend précisément : à quoi ressemblait la transmission avant les fédérations, les grades et les compétitions. Un enfant s'entraîne la nuit, en secret, chez son maître, parce que la pratique est interdite. Il répète le même kata pendant des années. Il ne combat presque jamais. Funakoshi raconte aussi, avec un humour sec, sa vieillesse pauvre à Tokyo et son travail de gardien dans un foyer d'étudiants.

Ce qu'il ne vous apprend pas : le karaté. Rigoureusement rien de technique. Et c'est le meilleur livre à offrir à un débutant, précisément pour cette raison : il donne une échelle de temps. Quelqu'un qui a lu Funakoshi ne s'étonne plus qu'on lui demande de refaire le même déplacement pendant six mois.

Troisième livre : Miyamoto Musashi, « Traité des cinq roues »

Miyamoto Musashi, « Traité des cinq roues », ou Gorin-no-shô (Albin Michel, collection Spiritualités vivantes, traduction du japonais par Maryse et Masumi Shibata) Voir à la FnacMiyamoto Musashi, « Traité des cinq roues », ou Gorin-no-shô (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Une centaine de pages. Prérequis : savoir de quoi il retourne, donc les deux premières étapes ou l'équivalent.

Musashi écrit ce texte vers 1645, dans une grotte, quelques semaines avant sa mort, après une soixantaine de duels dont il est sorti vivant. Cinq parties, appelées la terre, l'eau, le feu, le vent et le vide.

Ce qu'il vous apprend précisément : que la technique et la stratégie ne sont pas deux choses. Musashi passe d'un conseil très concret sur la manière de tenir deux sabres à une remarque sur la perception du rythme d'un adversaire, sans transition, parce que pour lui c'est le même sujet. La partie consacrée au vent est une critique méthodique des autres écoles de son temps, et elle est étonnamment polémique.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à vous battre, évidemment, et pas davantage à diriger une entreprise, contrairement à ce qu'ont voulu croire deux générations de cadres japonais et américains. Une opinion tranchée, puisque nous y sommes : le succès du livre en gestion repose sur une lecture qui saute tous les passages techniques, c'est-à-dire l'essentiel.

Si l'homme vous intrigue plus que le texte, la biographie de Kenji Tokitsu, « Miyamoto Musashi, maître de sabre japonais du dix-septième siècle », publiée aux éditions DésIris en 1998, mène une enquête historique sérieuse sur ce qui relève du mythe et ce qui tient debout.

Quatrième livre : Takuan Sôhô, « L'Esprit indomptable »

Takuan Sôhô, « L'Esprit indomptable, écrits d'un maître zen à un maître d'armes » (Budo Éditions, traduction française à partir de la version anglaise de William Scott Wilson, par Josette Nickels-Grolier) Voir à la FnacL'Esprit indomptable, écrits d'un maître zen à un maître d'armes, de Takuan Sôhô (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : une pratique en cours, quelle qu'elle soit.

Takuan Sôhô, moine de l'école Rinzai mort en 1645, écrit à Yagyû Munenori, maître d'armes des shoguns Tokugawa. Trois textes courts sur un problème unique : ce qui arrive quand l'attention se fixe.

Ce qu'il vous apprend précisément : pourquoi vous ratez. Si votre regard s'arrête sur le sabre de l'adversaire, il ne voit plus l'adversaire. Si votre pensée s'arrête sur la technique que vous voulez placer, votre corps s'arrête avec elle. Takuan appelle cela l'esprit qui demeure, et il en fait le défaut fondamental du combattant. La formulation est bouddhique, l'observation est vérifiable dès votre prochain cours.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à méditer, malgré les apparences. Ce n'est pas un manuel de pratique spirituelle mais une lettre à un professionnel du combat. Si le versant contemplatif vous intéresse pour lui-même, il vaut mieux passer par des livres consacrés au bouddhisme, plus clairs sur ce qu'ils font.

Par où ne pas commencer

Les manuels techniques d'un style que vous ne pratiquez pas. Un beau livre de katas de shotokan acheté avant le premier cours produit des gestes appris de travers, répétés des centaines de fois, qu'un enseignant mettra un an à corriger. Achetez le manuel de votre style, après un an de pratique, et servez-vous-en comme d'un aide-mémoire.

« L'Art de la guerre » de Sun Tzu, présent dans tous les rayons arts martiaux du pays. C'est un traité de stratégie militaire chinois sur la conduite d'une armée. Il n'a rien à voir avec un corps qui bouge face à un autre corps.

« Le Tao du Jeet Kune Do » de Bruce Lee, à réserver pour plus tard. Ce sont des notes personnelles rassemblées après sa mort en 1973, fragmentaires par nature, brillantes par endroits, et impossibles à suivre comme méthode. Elles supposent que vous ayez déjà une pratique à laquelle les confronter.

Enfin, toute la production sur la voie du guerrier appliquée à la vie de bureau. Le procédé consiste à extraire des maximes de textes anciens en supprimant ce qui les rendait vérifiables. Vous y gagnerez des citations, rien d'autre.

Ce qu'un livre ne remplacera pas

Un partenaire qui ne veut pas que vous réussissiez. C'est la formulation la plus courte de tout le problème.

Tant que personne ne résiste, vous ne savez pas si votre technique fonctionne, et vous ne pouvez pas le savoir. Le nombre de gens convaincus de leur efficacité après des années de travail solitaire est considérable, et le moment où cette conviction se vérifie est toujours désagréable. Un club règle la question en trois séances, gratuitement pour la première dans la plupart des cas.

Un livre ne vous donnera pas non plus le volume. Un art martial est une somme de répétitions : plusieurs milliers d'exécutions avant qu'un geste devienne disponible sous pression. Aucune lecture n'abrège ce compte, et la lecture peut même le retarder en donnant le sentiment agréable d'avancer.

Ce que les livres font très bien, en revanche, c'est tenir dans les périodes creuses. Une blessure, un déménagement, un club qui ferme, six mois sans tapis. C'est là que Funakoshi et Takuan valent leur poids, parce qu'ils entretiennent la raison pour laquelle vous pratiquiez, quand le corps ne peut plus entretenir le reste.

Après ces quatre livres

Vous aurez une carte du domaine, une vie de pratique racontée de l'intérieur, un texte de combat et un texte sur l'attention. La suite dépend de la porte qui s'est ouverte.

Si c'est l'histoire, allez vers le Japon des Tokugawa et vers la Chine des écoles internes, deux terrains où la littérature en français s'est nettement améliorée depuis vingt ans. Si c'est le corps, les ouvrages d'anatomie fonctionnelle et de préparation physique vous serviront plus que dix manuels techniques. Si c'est l'attention et le rapport au geste, la piste passe par la méditation et par les textes qui l'accompagnent.

Le reste de la collection quels livres acheter pour apprendre à suit la même règle : peu de titres, dans un ordre, et une phrase honnête sur ce que les livres ne feront pas.

Peut-on apprendre un art martial dans un livre ?

Non, et il faut le dire sans détour. Une technique martiale se corrige par le contact et par le regard d'un tiers : la distance, le timing, le transfert de poids et la réaction d'un partenaire qui ne coopère pas ne s'écrivent pas. Un livre vous donne l'histoire, le vocabulaire, la logique d'un style et l'état d'esprit d'une pratique. Il ne vous donnera jamais un geste juste, et un geste appris seul de travers est plus long à défaire qu'à apprendre.

Par quel livre commencer quand on hésite entre plusieurs disciplines ?

Par l'encyclopédie de Gabrielle et Roland Habersetzer, chez Amphora. Plus de neuf mille entrées sur les styles, les écoles, les techniques et les hommes, du Japon à la Chine en passant par la Corée et la Thaïlande. Ce n'est pas un livre qu'on lit d'un bout à l'autre, c'est celui qui vous permet de comprendre ce que recouvrent réellement les mots aïkido, wing chun, muay-thaï ou kendo avant de pousser la porte d'un club.

Les textes fondateurs japonais sont-ils lisibles par un débutant ?

Le « Traité des cinq roues » de Musashi l'est, à condition de savoir ce qu'on y cherche. C'est un texte court, écrit vers 1645 par un homme qui avait survécu à une soixantaine de duels, et il alterne des conseils d'escrime très concrets avec des principes généraux. Ce qui le rend difficile n'est pas la langue mais l'absence de contexte : lisez d'abord de quoi savoir ce qu'était un duel au sabre à cette époque.

« L'Art de la guerre » de Sun Tzu est-il un livre d'arts martiaux ?

Non. C'est un traité de stratégie militaire chinois, probablement du cinquième siècle avant notre ère, qui porte sur la conduite d'une armée, le renseignement et la logistique. Sa présence systématique dans les rayons arts martiaux tient à une confusion commerciale entretenue depuis les années quatre-vingt. C'est un texte remarquable, il ne vous apprendra rien sur une garde, une distance ou un déplacement.

Faut-il lire sur la philosophie martiale ou est-ce du folklore ?

Une partie de ce rayon est du folklore, une autre non. Les textes de Takuan Sôhô ou de Yagyû Munenori ont été écrits par des contemporains des écoles qu'ils décrivent, pour des praticiens, et ils traitent d'un problème concret : que fait l'attention quand elle se fixe sur quelque chose. Les ouvrages contemporains qui promettent la sagesse du guerrier en dix leçons relèvent d'un autre genre, et se reconnaissent à leur absence totale de sources.

Quel livre offrir à quelqu'un qui débute le karaté ?

« Karaté-do, ma voie, ma vie » de Gichin Funakoshi, chez Budo Éditions. C'est une autobiographie courte, sans technique, écrite par le maître okinawaïen qui a introduit le karaté au Japon dans les années vingt. Elle raconte ce que représentait une vie entière de pratique à une époque où l'art était encore transmis en secret. Elle situe le débutant dans une histoire, ce qu'aucun manuel de katas ne fait.

Les manuels de katas et de techniques ont-ils une utilité ?

Oui, mais comme mémoire externe, pas comme méthode. Un manuel de son propre style, acheté après un an de pratique, sert à réviser un enchaînement vu en cours, à vérifier un nom, à préparer un passage de grade. Utilisé à l'envers, pour apprendre un mouvement jamais montré par un enseignant, il produit des approximations que vous répéterez des centaines de fois avant que quelqu'un ne les corrige.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

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