Quels livres pour apprendre le vitrail ?
Il y a une erreur qui se paye cher au vitrail, et elle se produit avant même le premier coup de roulette. Une personne décide de s'y mettre, achète un livre qui lui plaît, se procure le matériel décrit dedans, puis découvre trois mois plus tard que le livre suivant qu'elle voulait lire ne parle pas du tout de la même technique et que la moitié de son outillage ne sert à rien.
Le vitrail se pratique de deux manières principales, et la littérature se répartit assez proprement entre les deux. Ce n'est pas un détail d'école : le plomb et le ruban de cuivre demandent des gestes différents, des outils différents et un plan de travail différent. Voici quatre livres seulement, dans un ordre qui commence par ce choix, plus la partie que personne n'écrit sur ce qui bloque vraiment un débutant.
Plomb ou ruban de cuivre, le choix qui commande tout
Le vitrail au plomb est la technique historique, celle des églises et des fenêtres. Les pièces de verre sont serties dans des baguettes de plomb en H, l'ensemble est soudé aux intersections, puis mastiqué pour devenir rigide et étanche. C'est la seule méthode qui produit un panneau capable de tenir dans une ouverture et de durer un siècle. Elle demande de la place, une table de montage, un mastic, et elle impose des contraintes de tracé : les baguettes ont une largeur, et cette largeur dessine votre image autant que le verre.
La méthode au ruban de cuivre, souvent appelée méthode Tiffany du nom de l'atelier américain qui l'a popularisée vers 1880, procède autrement. Chaque pièce de verre est bordée d'un adhésif de cuivre, les pièces sont posées côte à côte, et l'étain vient souder l'ensemble en recouvrant le cuivre. Le trait est plus fin, les courbes serrées sont possibles, et surtout les volumes le sont : les abat-jour, les boîtes, les objets en trois dimensions viennent de là.
Une opinion, que je vous donne franchement : commencez par le ruban de cuivre si votre but est de fabriquer quelque chose cette année. L'entrée matérielle est plus légère, les petites pièces se terminent, et une pièce terminée vaut trois panneaux abandonnés. Le plomb viendra quand vous voudrez une fenêtre.
Premier livre : Karine Barbier, « Le vitrail : le guide du Tiffany »
Karine Barbier, « Le vitrail : le guide du Tiffany » (Le Temps apprivoisé, 2003, soixante-deux pages) Voir à la FnacLe vitrail : le guide du Tiffany, de Karine Barbier (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis.
Un petit format, des mini-vitraux, des explications pas à pas et des gabarits fournis pour ne pas avoir à dessiner soi-même au départ. Ce livre ne prétend rien d'autre que vous faire terminer un objet, et c'est précisément sa qualité au premier achat.
Ce qu'il vous apprend précisément : la chaîne complète d'une pièce en ruban de cuivre, du report du modèle sur le verre jusqu'à la patine finale. Vous verrez pourquoi on ponce les bords avant de poser le cuivre, ce qui arrive quand le ruban n'est pas centré, et à quoi ressemble une soudure correcte.
Ce qu'il ne vous apprend pas : la conception, l'histoire, le plomb, la peinture sur verre. Soixante-deux pages ne couvrent pas un métier. Vous en sortirez avec une pratique minuscule et réelle, ce qui est le bon point de départ.
Deuxième livre : Bruno Tosi, « Le vitrail : techniques et création »
Bruno Tosi, « Le vitrail : techniques et création » (Fleurus, 2005, cent vingt-quatre pages) Voir à la FnacLe vitrail : techniques et création, de Bruno Tosi (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : une première pièce terminée, ou au moins tenue en main.
Tosi est verrier d'atelier, et son livre couvre le vitrail au plomb, les techniques d'altération du verre comme les grisailles, les émaux et la sanguine, puis des procédés plus récents : la dalle de verre, le ruban de cuivre, le gemmail. L'iconographie suit l'évolution du vitrail à travers les époques, avec des photographies des étapes de réalisation.
Ce qu'il vous apprend précisément : où votre pratique se situe dans un ensemble beaucoup plus vaste. Vous comprendrez que la peinture sur verre est un métier dans le métier, que la dalle de verre appartient au vingtième siècle, et que la technique choisie découle de l'usage prévu et pas d'une préférence esthétique.
Ce qu'il ne vous apprend pas : à travailler vite. Cent vingt-quatre pages sur autant de procédés obligent à survoler. Prenez-le pour la carte, pas pour le mode d'emploi.
Troisième livre : Pere Valldepérez, « Le vitrail : art et techniques »
Pere Valldepérez, « Le vitrail : art et techniques » (Éditions Vial, collection Art et techniques, édition de 2018, cent soixante pages) Voir à la FnacLe vitrail : art et techniques, de Pere Valldepérez (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : avoir décidé d'aller vers le plomb.
Voici l'ouvrage de plomb complet en français. Il commence par l'évolution de la technique et les matériaux complémentaires du verre, présente les outils de coupe, de meulage, de soudure et de décoration, puis déroule le processus entier : élaboration du projet et du carton, coupe, mise en plomb, soudure, masticage, patine. Une large section d'exercices détaille la réalisation de vitraux assemblés, peints et sertis, et une dernière partie traite la restauration et le nettoyage.
Ce qu'il vous apprend précisément : la logique du carton. C'est l'étape que les débutants sous-estiment le plus. Un tracé de vitrail n'est pas un dessin, c'est un plan de découpe qui intègre l'épaisseur des âmes de plomb et les tensions du panneau. Tant que ce point n'est pas compris, chaque pièce arrive avec un ou deux millimètres de trop.
Ce qu'il ne vous apprend pas : à contourner l'atelier. Le livre décrit un poste de travail sérieux, et une partie de ce qu'il montre suppose de la place et des équipements que vous n'aurez pas sur un coin de table.
Quatrième livre : Christiane et Philippe Andrieux, « La maîtrise du vitrail »
Christiane et Philippe Andrieux, « La maîtrise du vitrail : création et restauration » (Dessain et Tolra, réédition de 2004, quatre-vingt-seize pages) Voir à la FnacLa maîtrise du vitrail : création et restauration, de Christiane et Philippe Andrieux (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : une pratique installée, et l'envie de comprendre un métier plutôt qu'un loisir.
Les Andrieux sont des professionnels du vitrail, et ils décrivent leur travail dans l'ordre où il se fait : le relevé des baies, le dessin, le choix de la coloration, le calibrage et la coupe, la gravure, la peinture à la grisaille et à l'émail, la patine, la cuisson, le thermoformage, la mise en plomb, l'étanchéité et la pose.
Ce qu'il vous apprend précisément : que le vitrail est un travail sur commande et sur mesure, dans une architecture existante. Le relevé d'une baie, les jeux de dilatation, la manière dont un panneau est tenu par ses barlotières, tout cela est absent des livres de loisir créatif et change complètement la façon de concevoir une pièce.
Ce qu'il ne vous apprend pas : les gestes de base. Il suppose que vous coupez. Quatre-vingt-seize pages pour un métier entier, cela veut dire beaucoup de choses nommées et peu de choses détaillées, et c'est cohérent pour un quatrième livre.
La coupe du verre, l'obstacle des premières semaines
Aucun livre ne consacre assez de place à ce point, et c'est pourtant celui sur lequel les gens abandonnent.
Vous ne coupez pas le verre. Vous le rayez avec une roulette de carbure, sur une trace unique, d'un seul passage régulier, puis vous provoquez une rupture qui suit cette trace. Trois choses tuent la coupe : repasser la roulette sur le trait, ce qui abîme l'outil et fait dévier la cassure, hésiter au milieu du geste, et attendre trop longtemps avant de rompre, parce que la fêlure se referme.
Les courbes concaves sont un cas à part. Une courbe rentrante ne se casse pas d'un coup, elle se retire par tronçons successifs, et il faut le savoir avant d'essayer, sinon vous conclurez que votre verre est mauvais. Le verre opalescent américain, celui qu'on utilise beaucoup en Tiffany, casse d'ailleurs autrement qu'un verre antique soufflé.
Un conseil pratique qui vaut n'importe quel chapitre : procurez-vous des chutes chez un miroitier ou un atelier, et passez deux heures à couper des bandes et des courbes sans rien fabriquer. Personne ne fait cet exercice, tout le monde devrait.
Par où ne pas commencer
Voici la section qui vous évitera les achats regrettés et l'équipement inutile.
Un livre de plomb quand vous voulez faire une lampe. C'est l'erreur symétrique de celle du début : le plomb ne convient pas aux petites pièces courbes ni aux volumes, et un ouvrage entièrement consacré au panneau ne vous servira à rien avant longtemps.
Les beaux livres de vitrail ancien en premier achat. Chartres, la Sainte-Chapelle, les monographies d'ateliers du dix-neuvième siècle : ce sont des ouvrages magnifiques, ils ne contiennent aucune information exécutable, et ils donnent surtout le sentiment décourageant qu'il faudrait naître verrier.
Les recueils de modèles sans partie technique. Ils fournissent des cartons prêts à agrandir, ce qui est très utile plus tard, et rien sur la manière de les réaliser. Beaucoup de débutants achètent ça en pensant acheter un cours.
Les ouvrages américains non traduits, quand c'est votre unique référence. Les épaisseurs de verre, les désignations de ruban de cuivre et une partie des fournitures ne correspondent pas à ce que vous trouverez en France, et vous passerez plus de temps à convertir qu'à travailler.
Enfin, un conseil sur un format plutôt que sur un titre : préférez les livres à reliure solide et à grandes photographies d'étapes. Le vitrail se lit avec les mains occupées, et un schéma de mise en plomb illisible à cinquante centimètres ne sert à personne.
Ce qu'un livre de vitrail ne fera pas à votre place
Il faut être direct sur un point de santé, et le nommer sans le noyer.
Le plomb est un métal toxique. Le vitrail traditionnel en met dans vos mains, sous la forme de baguettes, de poussières et de résidus qui se déposent sur les surfaces et les vêtements. Les soudures à l'étain produisent en plus des fumées de flux. Ces sujets relèvent de la réglementation du travail, de la médecine du travail et d'une formation encadrée, et ils n'ont pas leur place dans un article ni dans un chapitre de livre de loisir. Avant d'installer un poste chez vous, renseignez-vous auprès d'un atelier professionnel, d'un centre de formation aux métiers d'art ou d'un organisme de prévention. C'est le genre de démarche qu'on repousse et qu'on regrette.
Le verre coupe, aussi, et pas seulement au moment de la casse. Les arêtes fraîches sont vives, les éclats sautent, et une paire de lunettes coûte moins cher qu'un œil.
Enfin, aucun livre ne vous donnera le coup d'œil sur la matière. Un même dessin réalisé dans un verre transparent, dans un opalescent et dans un cathédrale texturé donne trois pièces sans rapport, et cette compétence se construit en manipulant des plaques à contre-jour, pas en lisant des légendes de photographies. Les ateliers associatifs ont souvent des bacs de chutes, et une après-midi passée à les regarder vaut un chapitre.
Après ces quatre livres
Vous aurez alors une méthode légère qui produit des objets, une carte des techniques, un ouvrage de plomb complet et un regard de professionnel sur la commande et la restauration. C'est déjà plus que ce dont disposent la plupart des gens qui pratiquent en amateur depuis des années.
La suite dépend de ce qui vous a retenu. Si c'est la lumière, allez vers le vitrail contemporain et vers les verriers du vingtième siècle. Si c'est le dessin, la peinture sur verre et la grisaille vous attendent, et elles supposent un four ou un accès à un atelier. Si c'est le bâti, la restauration est un domaine réglementé, exigeant, et il recrute.
Vous pouvez aussi explorer les ouvrages d'artisanat et de métiers d'art par genre pour repérer les grands formats à photographies d'étapes, qui font une différence réelle sur ce type de technique. Et si l'apprentissage par les livres vous plaît, le reste de notre collection quels livres acheter pour apprendre à suit la même méthode ailleurs, notamment pour apprendre la mosaïque, où le choix entre méthode directe et méthode indirecte se pose exactement comme ici, ou pour apprendre la gravure.
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