Quels livres pour apprendre à reconnaître les mammifères sauvages ?
Faites le compte des mammifères sauvages que vous avez vus cette année, en excluant les écrasés du bord de route. La liste est probablement courte. Un chevreuil qui détalait, deux ou trois renards à la tombée du jour, un écureuil, peut-être un sanglier entrevu, et une forme brune qui a traversé les phares sans se laisser identifier.
C'est normal, et c'est là que la plupart des lecteurs se trompent de livre. Ils achètent un guide d'identification avec de belles planches, l'emportent en promenade, et ne l'ouvrent jamais parce qu'il n'y a rien à identifier. Les mammifères d'Europe sont nocturnes, discrets, et pour beaucoup d'entre eux minuscules. Vous n'allez pas apprendre à les reconnaître en les regardant. Vous allez apprendre à les reconnaître en lisant ce qu'ils laissent derrière eux, et cela demande un autre livre, acheté dans un autre ordre.
Le renversement qui change tout
Un ornithologue passe son temps à voir des oiseaux. Un mammalogiste amateur passe son temps à voir de la boue, de la neige, des crottes et des poils accrochés à un fil de fer barbelé.
La conséquence pratique est simple. Sur dix sorties, votre guide de planches vous servira une fois, celle où l'animal se sera montré assez longtemps. Votre guide de traces vous servira les neuf autres. La proportion est aussi brutale que cela, et elle inverse l'ordre d'achat que recommandent à peu près toutes les listes en ligne.
Seconde conséquence, moins évidente : la détermination par indices est une compétence de raisonnement, pas de mémoire visuelle. Vous n'aurez presque jamais l'empreinte parfaite du manuel, mais une empreinte partielle dans un substrat moyen, et il faudra tenir compte de la taille, des appuis, de la longueur de la foulée, du milieu, de la saison et de ce qui est plausible dans votre région. C'est un travail d'enquête, et c'est passionnant pour cette raison précise.
Premier livre : Muriel et Luc Chazel, « Guide des traces d'animaux, France et Europe »
Muriel et Luc Chazel, « Guide des traces d'animaux, France et Europe » (Belin, 2017, 448 pages) Voir à la FnacGuide des traces d'animaux, France et Europe, de Muriel et Luc Chazel (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis.
Luc Chazel est zoologue et a dirigé un programme de recherche sur le lynx dans le parc national des Abruzzes, en Italie. Muriel Chazel a fait du droit avant de revenir à l'histoire naturelle et aux inventaires de terrain. Le livre s'ouvre sur une partie générale d'ichnologie, la science des traces : les types de substrat, la relation entre le pied de l'animal et l'empreinte qu'il produit, les déformations dues à la vitesse et à la pente. Ces quarante premières pages sont ce que vous relirez le plus.
Ce qu'il vous apprend précisément : à raisonner sur un indice incomplet. Chaque espèce est traitée par ses empreintes, ses allures, ses crottes, ses restes de repas, ses touffes de poils et ses gîtes, avec une rubrique consacrée aux lieux où chercher. Cette rubrique vaut de l'or, parce que le vrai problème du débutant n'est pas de lire une trace, c'est de se poster là où il y en a. Les bords de mares, les coulées sous les clôtures, la vase des berges, le sable d'un chemin après la pluie, les congères en montagne.
Ce qu'il ne vous apprend pas : à quoi ressemble l'animal. Le livre couvre mammifères, oiseaux et reptiles, ce qui est une force sur le terrain et une limite si vous cherchez une monographie. Il ne remplace pas un guide de détermination classique, il le précède.
Deuxième livre : le guide Delachaux des mammifères d'Europe
Stéphane Aulagnier, Patrick Haffner, Tony Mitchell-Jones, François Moutou et Jan Zima, « Mammifères d'Europe, d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient » (Delachaux et Niestlé, collection Les guides du naturaliste, nouvelle édition 2020) Voir à la FnacMammifères d'Europe, d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient, de Stéphane Aulagnier, Patrick Haffner, Tony Mitchell-Jones, François Moutou et Jan Zima (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : quelques mois de terrain, ou une curiosité qui dépasse le jardin.
C'est le guide de référence en français pour le Paléarctique occidental, avec plus de 450 cartes de répartition, plus de 650 illustrations d'animaux et environ 500 dessins de crânes et de dents. L'édition de 2020 ajoute quatre-vingt-six espèces à la précédente, dont une quarantaine de cétacés, et intègre les révisions systématiques accumulées depuis, qui ont été nombreuses chez les micromammifères.
Ce qu'il vous apprend précisément : ce qui est possible chez vous. Une aire de répartition est un filtre plus puissant qu'une planche. La moitié des erreurs de débutant disparaissent le jour où l'on vérifie qu'une espèce est effectivement présente dans le département avant de la retenir. Les planches de crânes et de dents, elles, ont l'air d'un caprice de spécialiste jusqu'au jour où vous ouvrez une pelote de réjection de chouette effraie et où vous vous retrouvez avec dix mandibules de campagnols dans la main. C'est d'ailleurs la manière la plus efficace de découvrir les micromammifères d'une commune, et elle ne dérange personne.
Ce qu'il ne vous apprend pas : à trouver l'animal. Aucun guide de détermination ne le fait, et celui-ci moins que d'autres parce qu'il est conçu comme un ouvrage de référence.
Une note d'occasion. Le « Guide complet des mammifères de France et d'Europe » de David Macdonald et Priscilla Barrett, paru chez Delachaux et Niestlé en 1995, circule beaucoup en seconde main Voir à la FnacGuide complet des mammifères de France et d'Europe, de David Macdonald et Priscilla Barrett (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Les planches de Barrett, qui montrent les animaux en mouvement plutôt que figés de profil, restent remarquables pour se faire l'œil. Ses cartes, en revanche, sont périmées : le loup, le lynx, le chacal doré, le castor et la loutre ont changé de territoire de façon spectaculaire depuis. Servez-vous des dessins, vérifiez les aires ailleurs.
Troisième livre : Arthur et Lemaire, « Les Chauves-souris de France, Belgique, Luxembourg et Suisse »
Laurent Arthur et Michèle Lemaire, « Les Chauves-souris de France, Belgique, Luxembourg et Suisse » (Biotope, collection Parthénope, et Publications scientifiques du Muséum national d'Histoire naturelle, troisième édition parue en 2021) Voir à la FnacLes Chauves-souris de France, Belgique, Luxembourg et Suisse, de Laurent Arthur et Michèle Lemaire (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : de la curiosité, et l'acceptation de ne pas mettre de nom sur ce que vous voyez voler.
Les auteurs ont dirigé le muséum d'histoire naturelle de Bourges et travaillent sur les chiroptères depuis des décennies. L'ouvrage traite trente-six espèces en monographies détaillées, avec cartes de répartition, biologie, gîtes, menaces et sonogrammes.
Il mérite une mise en garde qui vaut pour tout le domaine. Une chauve-souris en vol, dans la pénombre, ne s'identifie pas à l'œil, et pas davantage avec un livre à la main. L'identification de terrain passe par un détecteur d'ultrasons et par l'analyse des sonogrammes, avec un apprentissage réel derrière. Même dans ces conditions, certains groupes ne se séparent pas de façon fiable : les murins posent des problèmes que des professionnels laissent régulièrement ouverts, et l'on écrit alors « murin indéterminé » sans que cela soit un échec.
Ce qu'il vous apprend précisément : pourquoi une colonie s'installe sous une toiture, ce qu'un pont ou un vieil arbre creux représente pour une espèce, ce que veut dire hiberner à quelques degrés en économisant chaque battement de cœur. Cela déplace complètement le regard sur un groupe que beaucoup de gens détestent par ignorance.
Ce qu'il ne vous apprend pas : à identifier depuis votre terrasse. Et une règle absolue, qui n'est pas négociable : on ne manipule pas une chauve-souris, on ne dérange pas un gîte, et les espèces sont protégées par la loi. Si vous en trouvez une au sol, contactez le réseau SOS chauves-souris animé par la Société française pour l'étude et la protection des mammifères, qui existe dans presque tous les départements.
Les vingt espèces que vous verrez vraiment
Il y a plus de cent espèces de mammifères terrestres en France. Vous en verrez une vingtaine, et il est utile de le savoir dès le départ pour ne pas prendre votre pauvre liste pour une incompétence.
Le chevreuil, le renard, le lièvre, le lapin de garenne, l'écureuil roux, le sanglier, le blaireau au crépuscule, la fouine sur un toit, le ragondin sur une berge, quelques musaraignes et campagnols aperçus une seconde, un hérisson, un cerf si vous fréquentez les bons massifs, un chamois ou un bouquetin en montagne, une marmotte, un phoque sur un banc de sable en baie de Somme ou en mer d'Iroise. Voilà à peu près l'inventaire d'un amateur assidu, sur plusieurs années.
Le reste existe pourtant, et parfois à trois cents mètres de chez vous. La loutre a recolonisé des bassins entiers sans que personne ne la voie jamais. Le castor a fait de même sur la plupart des grands cours d'eau. Vous saurez qu'ils sont là par une épreinte sur un rocher, par un arbre taillé en crayon, par une coulée dans la végétation de berge. C'est exactement pour cela que le premier livre de cette liste est un livre de traces.
Par où ne pas commencer
Les beaux livres de photographie animalière achetés comme outils d'apprentissage. Une photographie de renard dans une lumière parfaite ne vous apprend rien sur le renard qui traverse un labour à la nuit tombée. Ces livres ont leur place, ce n'est pas celle-là.
Les guides mondiaux des mammifères. Un ouvrage qui couvre les continents multiplie vos candidats par vingt et rend toute détermination impossible sur le terrain. Restez à l'Europe, et de préférence à l'Europe de l'Ouest.
Les applications d'identification photographique appliquées aux traces. Elles fonctionnent correctement sur les plantes et honorablement sur les chants d'oiseaux. Sur une empreinte partielle dans un substrat ingrat, elles proposent des réponses assurées et fausses, parce que le contexte, qui est ici l'essentiel de l'information, leur échappe totalement.
Les monographies d'espèce en premier achat. Un ouvrage entier sur le loup ou sur la loutre est souvent excellent, et vous le lirez avec profit dans deux ans. Acheté d'abord, il vous laisse démuni devant les quinze autres espèces de votre commune.
Enfin, une erreur d'ordre : commencer par un guide de détermination visuelle. C'est le conseil le plus répandu et le moins adapté à ce groupe animal. Il vaut pour les oiseaux, où l'observation directe est la règle, comme le détaille notre article sur les livres pour apprendre l'ornithologie. Il ne vaut pas ici.
Ce que les livres ne feront pas à votre place
Ils ne vous mettront pas dehors à l'heure qui compte. Les mammifères sortent au crépuscule et à l'aube, et une heure passée immobile à la lisière d'un bois au bon moment vaut dix soirées de lecture. Le vent doit venir vers vous, pas l'inverse, et c'est la première chose que tout le monde oublie.
Ils ne vous corrigeront pas. Vous confondrez pendant des mois une crotte de renard et une crotte de fouine, une empreinte de chien et une empreinte de loup, et personne dans votre salon ne vous le dira. Sortez avec une association naturaliste départementale, un parc naturel régional ou une réserve : les sorties pistage existent presque partout, souvent gratuites, parfois de nuit, et une matinée suffit à corriger un an de certitudes.
Ils ne vous apprendront pas la retenue. Un gîte de blaireau, un terrier de renard en période de mise bas, un site d'hibernation de chauves-souris ne se visitent pas. Le dérangement coûte cher aux animaux et il ne se voit pas, ce qui le rend d'autant plus facile à commettre. Le meilleur observateur reste celui dont l'animal n'a pas soupçonné la présence.
Ils ne tiendront pas votre carnet. Notez la date, le lieu, le substrat, la mesure de l'empreinte et surtout votre degré de certitude, et photographiez avec un objet de taille connue à côté. Au bout de deux saisons, ce carnet vaudra plus que les trois livres, parce qu'il portera sur votre territoire à vous. La Société française pour l'étude et la protection des mammifères coordonne par ailleurs des enquêtes nationales auxquelles un amateur sérieux peut contribuer.
Après ces trois livres
Vous aurez de quoi lire un chemin boueux, de quoi vérifier ce qui est plausible chez vous, et de quoi comprendre le groupe le plus difficile de tous. C'est déjà davantage que ce dont dispose la quasi-totalité des promeneurs.
La suite dépend de ce qui vous aura pris. Si c'est la lecture des indices pour elle-même, elle constitue une discipline à part entière et nous lui avons consacré un article complet, les livres pour apprendre le pistage, avec des ouvrages plus spécialisés que celui cité ici. Si ce sont les grands prédateurs revenus depuis trente ans, la littérature sur le loup, le lynx et l'ours est abondante et très inégale, choisissez des auteurs qui donnent leurs sources. Si c'est le milieu aquatique, la loutre et le castor ouvrent une bibliothèque entière.
Et si le goût d'apprendre par les livres vous a pris, la même méthode s'applique ailleurs : voyez le reste de notre collection quels livres acheter pour apprendre à, ou explorez les ouvrages classés par genre pour repérer les rééditions récentes des guides naturalistes, dont la date compte davantage qu'on ne l'imagine.
Par quel livre commencer pour reconnaître les mammifères sauvages ?
Combien d'espèces de mammifères peut-on espérer voir vraiment en France ?
Peut-on identifier une chauve-souris avec un livre ?
Un vieux guide des mammifères hérité de la famille est-il encore utilisable ?
Faut-il un piège photographique pour progresser ?
Où apprendre à lire les traces autrement que dans un livre ?
Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.