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Quels livres pour apprendre le saxophone ? 4 méthodes selon le répertoire visé

Quatre méthodes de saxophone dans l'ordre où les ouvrir, la différence entre la voie classique et la voie jazz, et les recueils de conservatoire qu'un débutant ne doit surtout pas acheter en premier.

L'équipe Relit10 min de lecture

Les livres de ce parcours, dans l'ordre

LivrePourquoiAcheter
L'Alphabet du saxophonisteHubert PratiVoir L'Alphabet du saxophoniste, de Hubert Prati à la Fnac (lien affilié)
Le Saxophone en jouant volume 1Jean-Marie LondeixVoir Le Saxophone en jouant volume 1, de Jean-Marie Londeix à la Fnac (lien affilié)
50 études faciles et progressives pour saxophone volume 1Guy LacourVoir 50 études faciles et progressives pour saxophone volume 1, de Guy Lacour à la Fnac (lien affilié)
How to Play Jazz and Improvise volume 1Jamey AebersoldVoir How to Play Jazz and Improvise volume 1, de Jamey Aebersold à la Fnac (lien affilié)

Quels livres pour apprendre le saxophone ?

Le scénario est toujours à peu près le même. Quelqu'un achète un alto d'occasion, entre dans un magasin de musique, demande une méthode, et ressort avec un recueil recommandé par un professeur de conservatoire. Trois semaines plus tard, l'instrument produit un couinement instable, la première page du livre parle de doigtés et de rythmes, et rien nulle part n'explique pourquoi le son sort comme ça.

C'est le malentendu central de cette discipline. Les méthodes de saxophone françaises sont excellentes, parmi les meilleures au monde, et elles ont toutes été écrites dans un contexte où un professeur se tient à côté de l'élève. Ce que le professeur règle, à savoir l'embouchure et la colonne d'air, la méthode ne le traite qu'en une demi-page introductive. Voici quatre livres, dans un ordre qui tient compte de ce trou, plus la voie qu'il faut choisir selon la musique que vous voulez jouer.


D'abord, décidez de votre répertoire

Deux traditions coexistent au saxophone, elles n'enseignent pas la même chose, et personne ne vous le dit clairement au moment de l'achat.

La voie classique est une invention française. Marcel Mule au Conservatoire de Paris à partir de 1942, puis Jean-Marie Londeix à Bordeaux, ont construit une école entière autour d'un son droit, d'une justesse stricte et d'un détaché net. C'est cette école qui alimente le catalogue des éditeurs Billaudot, Leduc et Lemoine, et c'est elle que vous trouverez en rayon par défaut. Si vous visez l'orchestre d'harmonie, le quatuor, la musique de chambre ou simplement un son propre, prenez cette voie.

La voie jazz fonctionne autrement. Elle part des grilles d'accords, du phrasé, du swing et de l'improvisation, et elle relègue au second plan une partie de la rigueur classique. Un saxophoniste de jazz travaille des gammes en pensant à ce qu'il pourra en faire sur une grille, pas à leur régularité rythmique. Si votre projet est de jouer sur un blues avec des amis, une méthode de conservatoire vous fera perdre un an.

Les six premiers mois se recouvrent, parce qu'un débutant doit de toute façon apprendre à faire sonner l'instrument et à lire. Après quoi, choisissez. Mener les deux de front est un excellent moyen de ne progresser dans aucune.

Ce qu'une méthode ne dira jamais sur le son

Il faut poser ce point avant de parler des livres, parce qu'il détermine si les livres vous serviront.

Le saxophone a une caractéristique cruelle : il est facile d'en tirer un son, et très difficile d'en tirer un bon. Un enfant de huit ans obtient une note à sa première tentative. C'est précisément ce qui piège les autodidactes, qui concluent que l'instrument est facile et attaquent les partitions avec une embouchure fautive qui leur restera dix ans.

Trois défauts s'installent en quelques semaines et se corrigent très mal ensuite. Le premier est la morsure : on serre l'anche avec la mâchoire pour stabiliser la note, et le son devient dur, pincé, systématiquement trop haut. Le deuxième est la gorge fermée, qui produit un timbre étranglé sans que le musicien comprenne d'où vient le problème. Le troisième est le souffle thoracique, qui vide les poumons en trois mesures et rend impossible toute phrase un peu longue.

Aucune de ces trois choses ne se voit dans un miroir et aucune ne se lit dans un livre. Elles s'entendent, par quelqu'un d'autre, en une minute. C'est la raison pour laquelle je recommande à peu près systématiquement trois ou quatre cours particuliers en début de parcours, même à quelqu'un qui compte apprendre seul ensuite. Le rapport entre le coût et l'effet est sans équivalent dans tout ce parcours.

Cela posé, une fois le son lancé, les méthodes deviennent redoutablement efficaces.

Premier livre : Hubert Prati, « L'Alphabet du saxophoniste »

Hubert Prati, « L'Alphabet du saxophoniste » (Gérard Billaudot, référence GB2856) Voir à la FnacL'Alphabet du saxophoniste, de Hubert Prati (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis.

Prati est un pédagogue français dont le catalogue chez Billaudot couvre tout le premier cycle, des « 17 études faciles et progressives » aux « Gammes conjointes ». L'« Alphabet » est son entrée, et son mérite principal est la lenteur assumée du début : les premières pages ne demandent que quelques notes, ce qui vous laisse la place pour travailler le son plutôt que les doigts.

Ce qu'il vous apprend précisément : la position de départ, les doigtés du registre médium, la lecture en clé de sol et les rythmes simples, dans une progression assez fine pour qu'aucune page ne vous saute au visage. Le format tient sur une leçon courte, ce qui convient à quelqu'un qui travaille vingt minutes par jour.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à faire de la musique. Le répertoire de ce type d'ouvrage est fonctionnel, écrit pour illustrer une difficulté, et personne n'a jamais eu envie de le rejouer pour le plaisir. Acceptez-le comme un sas.

Deuxième livre : Jean-Marie Londeix, « Le Saxophone en jouant, volume 1 »

Jean-Marie Londeix, « Le Saxophone en jouant, volume 1 » (Henry Lemoine, 1964, environ 49 pages, référence 24073) Voir à la FnacLe Saxophone en jouant volume 1, de Jean-Marie Londeix (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : produire une note stable, soit environ deux mois de pratique.

Londeix, né en 1932, a enseigné au Conservatoire de Bordeaux pendant plus de trente ans et a formé une partie considérable des saxophonistes classiques en activité. Sa méthode repose sur un principe explicite : une leçon par page, chaque obstacle franchissable en une semaine, avec des récapitulations régulières et de petites pièces préparées par les exercices qui les précèdent.

Ce qu'il vous apprend précisément : à construire. C'est un jeu de construction où chaque page ajoute une pièce au bâtiment déjà monté, et c'est ce qui distingue cette méthode des recueils d'exercices classés par difficulté croissante. Vous n'avancez jamais dans le vide, et vous jouez de la musique dès les premières semaines, ce qui est rare dans la tradition classique.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à improviser, ni à swinguer, et il ne s'en cache pas. La série compte quatre volumes, mais ne les achetez pas ensemble. Le premier vous occupera plus longtemps que vous ne le croyez.

Troisième livre, voie classique : Guy Lacour, « 50 études faciles et progressives, volume 1 »

Guy Lacour, « 50 études faciles et progressives pour saxophone, volume 1 » (Gérard Billaudot) Voir à la Fnac50 études faciles et progressives pour saxophone volume 1, de Guy Lacour (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : une méthode de début terminée, soit un an à dix-huit mois.

Guy Lacour, mort en 2013, est un saxophoniste et compositeur français dont les recueils d'études sont devenus le passage obligé du premier cycle en conservatoire. Le volume 1 réunit les vingt-cinq premières études, le volume 2 les vingt-cinq suivantes. Ce sont de vraies pièces courtes, pas des lignes d'exercice, avec un caractère musical propre à chacune.

Ce qu'il vous apprend précisément : à tenir une pièce entière, avec des nuances, des phrasés, des respirations placées et un tempo qui ne bouge pas. C'est l'étape où l'on cesse de jouer des notes justes pour commencer à jouer de la musique, et elle demande plusieurs mois.

Ce qu'il ne vous apprend pas : les registres extrêmes ni la vélocité. Lacour reste délibérément dans une tessiture confortable. Le même auteur a publié « 56 études récréatives » chez le même éditeur, avec accompagnement audio, qui font une alternative plus légère si les études vous rebutent.

Troisième livre, voie jazz : Jamey Aebersold, « How to Play Jazz and Improvise », volume 1

Jamey Aebersold, « How to Play Jazz and Improvise », volume 1 (Jamey Aebersold Jazz, édition en langue française avec disques d'accompagnement, ISBN 9781562241230) Voir à la FnacHow to Play Jazz and Improvise volume 1, de Jamey Aebersold (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : les mêmes que pour Lacour, plus l'envie de jouer avec quelqu'un.

C'est ici que la bifurcation devient concrète. Aebersold, saxophoniste et pédagogue américain, a lancé cette collection en 1967 et le volume 1 en est resté la porte d'entrée universelle. Le livre s'accompagne de plages où une section rythmique complète, piano, contrebasse, batterie, joue les grilles sans la ligne mélodique. Vous jouez par-dessus.

Ce qu'il vous apprend précisément : les gammes et les modes utiles, la structure du blues, les enchaînements de deux cinq un, les gammes bebop et pentatoniques, et surtout la sensation de jouer en place avec une section rythmique. Le format français existe et évite le contresens de vocabulaire, même si l'usage courant conserve les termes anglais.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à avoir des idées. Aebersold vous donne le matériau et le terrain d'entraînement, il ne vous donne pas le phrasé. Celui-là s'attrape en repiquant des solos à l'oreille, exercice que 90 % des élèves évitent et qui produit à lui seul l'essentiel des progrès. Si le jazz vous intéresse au-delà de l'instrument, voyez aussi notre sélection pour apprendre le jazz.

Par où ne pas commencer

Les « Exercices journaliers d'après Terschack » de Marcel Mule, chez Alphonse Leduc. Mule est le fondateur de l'école française du saxophone et le recueil est une pièce d'histoire autant qu'un outil de travail. C'est aussi vingt-six exercices d'une page et demie chacun, conçus pour un instrumentiste de niveau avancé qui entretient sa technique quotidiennement. Ouvert par un débutant, ce livre ne fait rien d'autre que le convaincre qu'il n'y arrivera jamais. Il devient utile vers la quatrième ou cinquième année, pas avant.

Les recueils d'études du même Mule, les « 53 études d'après Boehm, Terschak et Fürstenau », relèvent du même diagnostic. Excellents, écrits pour des étudiants de conservatoire en fin de second cycle.

Les tableaux de doigtés vendus seuls, plastifiés, à poser sur le pupitre. Ils ne coûtent presque rien et ils ne vous apprennent rien : un doigté sans un ordre d'apprentissage est une information sans usage. Toutes les méthodes citées plus haut contiennent le tableau complet en annexe.

Les recueils de standards ou de musiques de films achetés le jour de l'instrument. Le morceau qui vous a donné envie de jouer du saxophone est presque toujours hors de portée pendant deux ans, et les arrangements dits faciles suppriment exactement ce qui vous avait plu.

Enfin, méfiez-vous d'un réflexe précis : acheter la méthode suivante quand la précédente devient difficile. À la page 30, le problème n'est jamais le livre.

Ce qu'aucun livre ne fera à votre place

Un livre ne réglera pas votre matériel, et au saxophone, le matériel décide de beaucoup. Une anche trop dure pour votre embouchure rend le son dur et fatigue en dix minutes ; une anche trop molle produit un timbre creux et des notes graves qui refusent de sortir. Les débutants achètent presque toujours trop dur parce qu'un vendeur leur a dit que c'était plus sérieux. Un tampon fuyant, lui, rend certaines notes injouables et vous fera conclure que vous ne savez pas jouer alors que l'instrument est en cause. Faites vérifier un saxophone d'occasion avant de tirer la moindre conclusion sur vos aptitudes.

Un livre ne vous donnera pas la justesse. Le saxophone est un instrument dont chaque note peut être corrigée à l'oreille par la mâchoire et la gorge, ce qui est une liberté et un piège. On ne travaille cela qu'avec un accordeur posé devant soi, sur des notes tenues, en écoutant. C'est ennuyeux au point que presque personne ne le fait, et c'est ce qui sépare les amateurs entre eux.

Un livre ne vous fera pas jouer avec d'autres. Or un instrument à vent, seul dans une chambre, s'épuise vite. Un orchestre d'harmonie municipal, un big band amateur ou une école de musique associative accueillent des débutants toute l'année et vous feront progresser plus vite que six méthodes. Jouer sa partie en écoutant celle du voisin est une compétence entière que le papier ne transmet pas.

Enfin, aucun livre ne remplace la régularité courte. Vingt minutes par jour battent trois heures le dimanche, et pour une raison spécifique à cet instrument : les muscles de l'embouchure se construisent comme n'importe quel muscle, par sollicitations rapprochées et modérées.

Après ces quatre livres

Vous aurez de quoi produire un son stable, lire une partition, tenir une pièce courte et, selon la voie choisie, jouer sur une grille. C'est déjà considérablement plus que ce dont dispose la majorité des saxophones qui dorment dans les greniers français.

La suite se choisit par la musique. En classique, les recueils de Lacour de deuxième niveau puis le répertoire lui-même, avec le catalogue Leduc et Billaudot qui a été écrit pour cet instrument. En jazz, un recueil de transcriptions de solos et un vrai travail d'oreille prennent le relais. Dans les deux cas, un ensemble amateur vaut plus qu'un livre de plus.

Le principe reste celui de toute notre collection quels livres acheter pour apprendre à : peu d'ouvrages, dans un ordre, et une pratique qui ne s'arrête pas. Si la lecture de partition est ce qui vous bloque, voyez quels livres pour apprendre le solfège. Et vous pouvez explorer le catalogue par genre pour trouver les biographies de saxophonistes, qui font souvent plus pour la motivation qu'une méthode supplémentaire.

Une méthode de saxophone peut-elle apprendre l'embouchure ?

Non, et c'est la limite la plus sérieuse du papier dans cette discipline. Une méthode vous dira de poser la lèvre inférieure sur les dents et de laisser vibrer l'anche, mais elle ne saura pas que vous serrez trop, que votre gorge est fermée ou que votre son est étranglé parce que vous soufflez avec la poitrine. Ces trois défauts sont invisibles de l'intérieur et s'entendent immédiatement pour quelqu'un d'autre. Prévoyez quelques cours au démarrage, même très espacés.

Faut-il choisir entre la méthode classique et la méthode jazz dès le début ?

Pas dès le premier mois, mais assez vite, parce que les deux voies divergent après. Une méthode classique française vous forme à la lecture, au détaché, à la justesse et à un son droit. Une méthode de jazz vous forme aux grilles d'accords, au phrasé swing et à l'improvisation. Les six premiers mois se recouvrent largement. À partir de là, travailler les deux en même temps ralentit tout le monde.

Le saxophone alto est-il vraiment le meilleur pour débuter ?

Dans la grande majorité des cas oui, pour des raisons purement physiques. L'alto en mi bémol demande moins d'air que le ténor, son bec est plus petit, l'instrument est plus léger et l'écartement des clés convient à des mains adultes comme à celles d'un adolescent. Presque toutes les méthodes françaises sont écrites en pensant à l'alto. Passer ensuite au ténor prend quelques semaines, l'inverse est plus pénible.

Peut-on apprendre le saxophone sans savoir lire la musique ?

Beaucoup moins facilement qu'à la guitare, où les grilles d'accords suffisent pendant des années. Le saxophone joue une ligne mélodique, et cette ligne existe presque exclusivement sous forme de partition. Vous pouvez démarrer à l'oreille, vous ne dépasserez pas un plafond très bas. La bonne nouvelle est que la lecture s'apprend en même temps que l'instrument, sans année de solfège préalable.

Combien de temps avant de produire un son correct ?

Un son quelconque sort dès la première séance, souvent dans la première minute. Un son que vous n'aurez pas honte de faire entendre demande en général deux à quatre mois de pratique quotidienne. Ce qui prend du temps n'est pas la note, c'est la stabilité : tenir la même hauteur pendant huit temps sans que le son tremble ou monte. Les notes longues sont l'exercice le plus ennuyeux et le plus rentable du saxophone.

Faut-il acheter les quatre volumes d'une méthode d'un coup ?

Non, et les vendeurs eux-mêmes vous le déconseilleront. Un premier volume de méthode représente en général une à deux années de travail régulier pour un adulte autodidacte. Acheter la suite maintenant ne fait qu'accumuler du papier que vous n'ouvrirez pas, avec le désagrément supplémentaire de voir chaque jour ce que vous n'arrivez pas encore à jouer.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

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