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Quels livres pour apprendre le jazz ? 4 titres et un parcours d'écoute

Apprendre le jazz commence par savoir quoi écouter et dans quel ordre. Quatre livres pour construire ce parcours, plus la distinction entre apprendre à écouter et apprendre à jouer.

L'équipe Relit9 min de lecture

Les livres de ce parcours, dans l'ordre

LivrePourquoiAcheter
Le jazzLucien Malson et Christian BellestVoir Le jazz, de Lucien Malson et Christian Bellest à la Fnac (lien affilié)
Histoire du jazz et de la musique afro-américaineLucien MalsonVoir Histoire du jazz et de la musique afro-américaine, de Lucien Malson à la Fnac (lien affilié)
Le nouveau dictionnaire du jazzPhilippe Carles, André Clergeat et Jean-Louis Comolli (dir.)Voir Le nouveau dictionnaire du jazz, de Philippe Carles, André Clergeat et Jean-Louis Comolli (dir.) à la Fnac (lien affilié)
Free Jazz / Black PowerPhilippe Carles et Jean-Louis ComolliVoir Free Jazz / Black Power, de Philippe Carles et Jean-Louis Comolli à la Fnac (lien affilié)

Quels livres pour apprendre le jazz ?

La question arrive presque toujours sous la même forme : par quel disque commencer. Et la réponse arrive presque toujours sous la même forme aussi, une liste de sommets, « Kind of Blue », « A Love Supreme », « Bitches Brew ». Ce sont des chefs-d'œuvre. Ce sont aussi, pour la plupart, des points d'arrivée d'une histoire qu'on n'a pas racontée à celui qui demande. Il les écoute, n'y entend rien de particulier, et en conclut que le jazz n'est pas pour lui.

Le problème n'est pas le goût, c'est l'ordre. Le jazz est une musique qui se répond à elle-même sur un siècle : chaque génération commente, prolonge ou refuse la précédente. Coltrane en 1965 est une réponse à Charlie Parker, qui était une réponse au swing, qui était une réponse à La Nouvelle-Orléans. Entendre la réponse sans avoir entendu la question donne exactement ce que vous imaginez.

Voici donc quatre livres, non pas pour lire sur le jazz, mais pour construire un parcours d'écoute qui tienne debout.


Écouter ou jouer, ce ne sont pas les mêmes livres

Séparons tout de suite les deux projets, parce que le rayon les mélange et que la confusion coûte cher.

Apprendre à écouter le jazz, c'est acquérir des repères historiques, une oreille pour les formes, la capacité de reconnaître un chorus, un thème réexposé, un batteur qui pousse. Cela ne demande aucune compétence instrumentale et aucun solfège. Les livres qui servent ici sont des histoires et des guides discographiques.

Apprendre à jouer du jazz, c'est autre chose : harmonie, grilles, relevés, improvisation. Cela suppose un instrument, plusieurs années de pratique, et de préférence quelqu'un en face de vous. Les livres qui servent là sont des traités, et ils sont inutiles au premier groupe.

La grande majorité des gens qui posent la question veulent le premier. Les quatre ouvrages qui suivent traitent ce cas. Le versant instrumental est abordé à la fin, avec les renvois qui conviennent.

Premier livre : Malson et Bellest, « Le jazz »

Lucien Malson et Christian Bellest, « Le jazz » (Presses universitaires de France, collection Que sais-je ?, cent vingt-huit pages, ouvrage couronné par le prix du livre de jazz en 1987, plusieurs fois réédité) Voir à la FnacLe jazz, de Lucien Malson et Christian Bellest (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis.

Cent vingt-huit pages pour un siècle de musique afro-américaine, présentées dans l'ordre, du spiritual aux formes les plus récentes. La contrainte du format oblige à trancher, et c'est précisément ce dont un débutant a besoin. Malson, agrégé de philosophie, rédacteur en chef des Cahiers du jazz de 1959 à 1971 puis critique au Monde, écrit sec et ne fait pas de sentiment.

Ce qu'il vous apprend précisément : la chronologie et les étiquettes. Vous saurez ce que veulent dire New Orleans, swing, bebop, cool, hard bop, free, et vous saurez surtout dans quel ordre ces mots sont apparus et contre quoi. C'est la carte. Sans elle, chaque nouveau disque flotte.

Ce qu'il ne vous apprend pas : le plaisir. Ce n'est pas un livre chaleureux, il informe. Si la densité universitaire vous rebute, « Le jazz pour les nuls » de Dirk Sutro (First Éditions, 2008, traduit et adapté par Stéphane Koechlin, environ quatre cent dix-huit pages) fait le même travail d'initiation en beaucoup plus détendu, chapitres indépendants et présentation des instruments comprises.

Deuxième livre : Malson, « Histoire du jazz et de la musique afro-américaine »

Lucien Malson, « Histoire du jazz et de la musique afro-américaine » (Seuil, collection Solfèges, environ deux cent quatre-vingts pages, repris chez Points) Voir à la FnacHistoire du jazz et de la musique afro-américaine, de Lucien Malson (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : la chronologie du premier livre, ou quelques mois d'écoute désordonnée.

Le même auteur, à l'aise cette fois, avec la place de développer. Une quinzaine de chapitres suivent le fil depuis les sources, la Louisiane, la remontée vers Chicago et New York, la crise des années trente, la guerre, le bebop, puis le moment Black Power et les musiques afro-américaines nouvelles.

Ce qu'il vous apprend précisément : que le jazz est une histoire sociale autant qu'une histoire de formes. Vous comprendrez pourquoi les grands orchestres disparaissent après-guerre, pourquoi le bebop se joue en petite formation et vite, pourquoi certains musiciens quittent les États-Unis pour Paris. Ces raisons ne sont pas anecdotiques, elles s'entendent dans les disques.

Ce qu'il ne vous apprend pas : ce qui s'est passé depuis. L'ouvrage date, ses dernières pages sont plus courtes que le reste, et le jazz des trente dernières années y tient peu de place. Ce n'est pas rédhibitoire pour un parcours qui commence par le début, mais sachez-le.

Troisième livre : le « Nouveau dictionnaire du jazz »

Philippe Carles, André Clergeat et Jean-Louis Comolli (dir.), « Le nouveau dictionnaire du jazz » (Robert Laffont, collection Bouquins, édition revue et augmentée parue en 2011, environ deux mille huit cents articles, ouvrage collectif entrepris en 1988 avec des dizaines de contributeurs) Voir à la FnacLe nouveau dictionnaire du jazz, de Philippe Carles, André Clergeat et Jean-Louis Comolli (dir.) (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : écouter régulièrement, et buter sur des noms.

Voilà l'objet qui transforme une écoute passive en enquête. Musiciens, orchestres, producteurs, critiques, mais aussi styles, lieux, expressions propres au milieu, définitions musicologiques, évolution de chaque instrument. Carles a dirigé Jazz Magazine pendant des années, Comolli est cinéaste et critique, et ce mélange donne un ton beaucoup moins scolaire qu'on ne l'attend d'un dictionnaire.

Ce qu'il vous apprend précisément : quoi écouter ensuite. Chaque notice se termine par une sélection de disques exemplaires, et c'est de loin la fonction la plus utile du volume. Vous entendez un nom dans un livret, une émission, une conversation, vous le cherchez, vous ressortez avec trois titres et une date. Répétez ce geste pendant un an et vous aurez une culture réelle.

Ce qu'il ne vous apprend pas : un récit. Un dictionnaire est alphabétique, il ne raconte rien, et lu à la suite il produit une bouillie de noms. D'où sa place en troisième position et pas en première.

Quatrième livre : Carles et Comolli, « Free Jazz / Black Power »

Philippe Carles et Jean-Louis Comolli, « Free Jazz / Black Power » (paru chez Champ libre en 1971, réédité en Folio chez Gallimard en 2000 avec une préface et une discographie inédites) Voir à la FnacFree Jazz / Black Power, de Philippe Carles et Jean-Louis Comolli (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : une année d'écoute, dont un peu de free, sans quoi le livre parlera dans le vide.

Un ouvrage polémique, écrit à chaud, sur ce que le free jazz des années soixante doit aux luttes politiques afro-américaines et sur la manière dont la critique européenne, blanche, a longtemps refusé de le voir. Il a fait scandale à sa sortie et il continue de diviser.

Ce qu'il vous apprend précisément : à écouter politiquement une musique qu'on présente souvent comme pure forme. Après ce livre, Albert Ayler et Archie Shepp ne sonnent plus pareil, et le confort du jazz d'ambiance devient difficile à retrouver.

Une opinion, que j'assume : c'est le meilleur livre de cette liste et le pire premier livre possible. Il suppose que vous ayez déjà un avis pour pouvoir le heurter. Donné trop tôt, il fabrique des certitudes empruntées, ce qui est exactement le contraire du but.

Par où ne pas commencer

Ne commencez pas par le dictionnaire, même s'il est le plus impressionnant du lot. Deux mille huit cents entrées sans parcours pour les relier ne produisent que du découragement.

Ne commencez pas non plus par un traité d'improvisation ou d'harmonie si votre projet est d'écouter. « Le livre de la théorie du jazz » de Mark Levine est une référence sérieuse, et il ne vous fera pas aimer un disque d'un iota. Cette confusion est la plus fréquente en librairie. Si vous voulez le versant théorique, le sujet est traité à part dans notre article sur quels livres pour apprendre l'harmonie musicale, qui range Levine à sa juste place.

Méfiez-vous des listes de disques essentiels vendues en volume. Cent chefs-d'œuvre alignés hors chronologie reproduisent exactement le problème décrit en introduction, en pire, puisqu'ils vous laissent croire que vous avez un plan.

Enfin, un mot sur les biographies de musiciens, qui sont souvent le premier achat spontané. Elles sont passionnantes et elles arrivent trop tôt. La vie de Miles Davis ne vous apprendra pas à entendre ce que fait Miles Davis, et lue avant les disques, elle transforme une musique en anecdote.

Un parcours d'écoute, décennie par décennie

Le vrai contenu de cet article n'est pas une pile de livres, c'est ceci. Prenez-le comme un ordre de marche sur douze à dix-huit mois.

Commencez par Louis Armstrong, les Hot Five et Hot Seven enregistrés entre 1925 et 1928. Le son est vieux, acceptez-le : c'est là que le solo de jazz est inventé, et sans ce point de départ le reste n'a pas de sens. Passez ensuite aux grands orchestres des années trente, Duke Ellington et Count Basie, où vous entendrez ce que veut dire faire swinguer une masse de quinze musiciens. Arrivez alors au bebop, Charlie Parker et Dizzy Gillespie au milieu des années quarante, et écoutez la rupture : tempo doublé, harmonie complexifiée, orchestre réduit à cinq personnes.

Les années cinquante vous offrent la détente du cool et la sécheresse du hard bop, deux réactions opposées au même bebop. Le tournant de 1959 mérite qu'on s'y arrête longtemps, avec l'entrée du jeu modal. Puis viennent les années soixante et leur radicalisation, où le quatrième livre de cette liste trouve enfin son emploi. Après quoi vous êtes libre, et le désordre devient un plaisir plutôt qu'un handicap.

Une chose rend ce parcours infiniment plus profitable : écrire trois lignes après chaque disque, ce que vous avez entendu, ce qui vous a échappé. Presque personne ne le fait, et c'est ce qui distingue au bout d'un an celui qui a écouté deux cents disques de celui qui en a retenu vingt.

Ce que les livres ne feront pas à votre place

Aucun de ces ouvrages ne remplace les heures d'écoute, et le rapport est brutal : un livre de trois cents pages se lit en une semaine, le parcours qu'il décrit se parcourt en un an.

Un livre ne vous apprendra pas non plus à entendre une structure. Reconnaître un blues en douze mesures, sentir revenir le thème après les chorus, repérer qui prend le solo : cela s'acquiert par répétition, en écoutant vingt fois le même morceau plutôt qu'une fois vingt morceaux. C'est ennuyeux à lire et décisif à faire.

Et rien ne remplace le concert. Le jazz est une musique d'interaction, et l'enregistrement en efface la moitié : on ne voit pas le batteur répondre au saxophoniste, on ne sent pas le moment où un musicien décide de prolonger. Un club, une salle de quartier, une scène de festival, même avec des musiciens que vous ne connaissez pas, vous en apprendra plus qu'un chapitre. C'est aussi la seule situation où le jazz cesse d'être un patrimoine pour redevenir ce qu'il est, une musique qu'on fabrique devant vous.

Après ces quatre livres

Si c'est le versant instrumental qui vous a attrapé en route, la bifurcation existe et elle est sérieuse : Philippe Baudoin, « Jazz mode d'emploi » (Outre Mesure, deux volumes, présenté comme une petite encyclopédie des données techniques de base, le second volume comportant environ cent vingt transcriptions) suppose un instrument et de la lecture, et il est fait pour n'importe quel instrumentiste. C'est le passage du côté de ceux qui jouent.

Si vous restez du côté de l'écoute, élargissez maintenant plutôt que d'approfondir : le blues d'avant le jazz, les musiques cubaines et brésiliennes qui l'ont croisé sans arrêt, et la musique savante européenne dont plusieurs jazzmen se sont nourris. Notre parcours pour apprendre la musique classique repose sur la même idée d'écoute guidée, avec d'autres outils. Et le reste de la collection quels livres acheter pour apprendre à applique la même méthode ailleurs.

Par quel livre commencer quand on ne connaît rien au jazz ?

Par « Le jazz » de Lucien Malson et Christian Bellest, dans la collection Que sais-je ? aux Presses universitaires de France. Cent vingt-huit pages, une chronologie claire du negro spiritual aux formes contemporaines, et surtout des noms placés à leur date. C'est court, dense, et cela vous donne la carte dont vous avez besoin pour que les disques cessent d'arriver dans le désordre.

Faut-il écouter le jazz dans l'ordre chronologique ?

Oui, au début, et c'est la meilleure décision que vous prendrez. Le jazz est une musique qui se répond d'une décennie à l'autre : le bebop réagit au swing, le free réagit au bebop. Entrer par un chef-d'œuvre tardif revient à ouvrir un roman au dernier chapitre. Commencez par Louis Armstrong dans les années vingt et avancez décennie par décennie, quitte à revenir plus tard piocher au hasard.

Un livre peut-il apprendre à jouer du jazz ?

Il peut vous donner le vocabulaire, la théorie et les transcriptions, pas le geste. L'improvisation s'acquiert en relevant des solos à l'oreille, en jouant sur des grilles, et en jouant avec d'autres. Les ouvrages de Philippe Baudoin ou le livre de théorie de Mark Levine sont d'excellents outils, mais ils accompagnent une pratique instrumentale déjà installée. Sans instrument dans les mains tous les jours, ils ne servent à rien.

Le « Dictionnaire du jazz » est-il un bon premier achat ?

C'est un ouvrage remarquable et un mauvais premier achat. Ses quelque deux mille huit cents articles se consultent, ils ne se lisent pas de bout en bout. Il devient précieux à partir du moment où vous écoutez régulièrement et où des noms vous manquent, parce que chaque notice se termine par une sélection de disques exemplaires. Achetez-le en troisième position, quand vous aurez des questions.

Faut-il savoir le solfège pour comprendre le jazz ?

Pour écouter, non, et beaucoup de bons connaisseurs n'ont jamais lu une portée. Pour jouer, oui, au moins la lecture de la clé de sol et les grilles d'accords. La confusion entre les deux besoins fait acheter des traités d'harmonie à des gens qui voulaient simplement savoir pourquoi ce disque leur plaît. Réglez la question avant d'entrer en librairie.

Par quel disque commencer le jazz ?

Par les Hot Five et Hot Seven de Louis Armstrong, enregistrés entre 1925 et 1928. Le son est ancien, ce qui rebute, mais l'invention du solo de jazz s'y entend en direct et tout le reste en découle. Si l'enregistrement acoustique vous décourage vraiment, entrez par le swing des grands orchestres de Duke Ellington ou de Count Basie, puis revenez à Armstrong dans un second temps.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

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