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Quels livres pour apprendre le jardinage ? 4 titres, dans l'ordre où les lire

Quatre livres pour apprendre le potager, du guide de base au sol et à l'eau. Avec le critère qui élimine la moitié du rayon : l'adaptation au climat de votre région.

L'équipe Relit8 min de lecture

Quels livres pour apprendre le jardinage ?

Il existe un test simple pour juger un livre de jardinage avant de l'acheter. Ouvrez-le au chapitre des semis et cherchez une carte, une mention de région, une plage de dates au lieu d'une date unique. S'il est écrit « semer les tomates en mars » sans autre précision, reposez-le.

Le jardinage est une discipline locale. Entre Rennes et Avignon, la date de dernière gelée varie de six semaines, le sol n'a rien à voir, et les mêmes variétés ne donnent pas le même résultat. La plupart des livres du rayon, notamment les traductions, ignorent ce problème. Voici quatre titres qui ne l'ignorent pas, dans l'ordre où ils se lisent.


Le critère qui élimine la moitié du rayon

Beaucoup de beaux livres de jardin sont des traductions. C'est là que la difficulté commence.

Un ouvrage britannique raisonne sur un climat océanique très doux, avec des hivers sans gel dur et des étés sans canicule. Un livre américain classe les plantes par zones USDA, une nomenclature qui ne dit rien sur la sécheresse estivale méditerranéenne. Les textes fondateurs de la permaculture, écrits en Australie, décrivent des saisons inversées et une flore qui n'a rien de commun avec la nôtre. Les principes tiennent, les dates et les variétés tombent à côté.

Regardez aussi l'origine de l'auteur français lui-même. Un maraîcher normand et un jardinier héraultais ne parlent pas du même métier. L'un lutte contre l'excès d'eau et le mildiou, l'autre contre trois mois sans pluie. Un livre écrit dans votre moitié de France vaut souvent mieux qu'un livre mieux écrit à mille kilomètres.

Dernier signal, plus subtil : la présence de dates de récolte réelles et de rendements chiffrés. Un auteur qui donne ses chiffres a jardiné. Un auteur qui reste dans le principe général a parfois seulement compilé.

Étape 1 : un guide de potager avec des cartes climatiques

Jean-Paul Thorez et Christian Boué, « Le Guide Terre vivante du potager bio » (Terre vivante) Voir à la FnacLe Guide Terre vivante du potager bio, de Jean-Paul Thorez et Christian Boué (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Une centaine de légumes, aromatiques et petits fruits, chacun avec ses variétés, son calendrier de semis à récolte, ses maladies courantes et ses conseils de conservation. Thorez est ingénieur agronome et cofondateur de Terre vivante, Boué est producteur de semences biologiques au sein de Biau Germe.

Ce qui le distingue des dizaines de guides comparables tient en une chose : des cartes climatiques qui permettent d'adapter le calendrier à votre situation. Vous ne lisez plus « semer en mars », vous lisez ce qui correspond à votre zone. C'est banal à décrire et cela change entièrement l'usage du livre.

Si votre projet dépasse le potager et inclut un verger ou des massifs, « Le Guide du jardin bio » des mêmes éditions, signé Jean-Paul Thorez et Brigitte Lapouge-Déjean (Terre vivante, quatrième édition en 2020, 432 pages), couvre 88 légumes, 26 fruitiers et 177 plantes d'ornement. Prenez l'un ou l'autre, pas les deux : ils se recoupent largement.

Une seule année d'usage suffit à annoter ce genre d'ouvrage. Écrivez dans les marges vos dates réelles, ce qui a levé, ce qui a échoué. Le livre devient alors le vôtre, et c'est à ce moment qu'il commence à servir vraiment.

Étape 2 : le sol, après avoir raté quelque chose

La deuxième année, les questions changent. Pourquoi la terre croûte après la pluie, pourquoi les carottes fourchent, pourquoi rien ne pousse le long du mur. Toutes ces réponses sont dans le sol.

Marc-André Selosse, « L'Origine du monde : une histoire naturelle du sol à l'intention de ceux qui le piétinent » (Actes Sud, 2021, illustrations d'Arnaud Rafaelian, 468 pages) Voir à la FnacL'Origine du monde : une histoire naturelle du sol à l'intention de ceux qui le piétinent, de Marc-André Selosse (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Selosse est professeur au Muséum national d'histoire naturelle et travaille sur les symbioses. Il raconte ce qu'est réellement un sol : un milieu vivant, structuré par des racines, des champignons, des vers et des bactéries, qui fabrique la fertilité au lieu de la stocker.

Prévenons honnêtement : ce n'est pas un manuel pratique. Vous n'y trouverez ni calendrier ni recette de compost. C'est un livre de science, dense, écrit avec humour mais long, et il demande une vraie attention. Son effet est ailleurs. Après l'avoir lu, on ne bêche plus de la même manière, on comprend pourquoi laisser un sol nu tout l'hiver est un gâchis, et on cesse de considérer la terre comme un support inerte à enrichir.

C'est le livre de cette liste qui produit le plus grand écart entre le jardinier d'avant et celui d'après. Il se lit très bien en janvier, quand il n'y a rien à faire dehors.

Étape 3 : l'eau, devenue le sujet principal

Il y a vingt ans, un guide de potager consacrait cinq pages à l'arrosage. Aujourd'hui, dans une grande partie de la France, c'est la contrainte qui décide de tout : ce que vous plantez, quand, à quelle densité, et sous quel couvert.

Blaise Leclerc, « Un potager presque sans eau » (Terre vivante) Voir à la FnacUn potager presque sans eau, de Blaise Leclerc (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Leclerc est docteur en agronomie et travaille depuis longtemps sur les relations entre agriculture et environnement. Le livre traite du paillage, du choix des espèces et variétés sobres, de l'espacement des plants, des dates de semis décalées et de la structure du sol qui retient l'eau au lieu de la laisser ruisseler.

Terre vivante publie plusieurs ouvrages voisins sur le même terrain, dont « Solutions pour un jardin résilient » de Jean-Paul Thorez, plus large, qui traite aussi des canicules et des ravageurs qui remontent vers le nord. Choisissez selon votre situation : si votre problème est strictement l'eau, prenez le premier ; si vous voyez votre jardin changer sur plusieurs plans à la fois, prenez le second.

Cette étape est aussi celle où le conseil régional devient indispensable. Un paillage épais protège un sol méditerranéen et favorise les limaces sur un sol breton. Aucun livre national ne règle ce genre d'arbitrage à votre place.

Le quatrième livre, si vous voulez comprendre plus loin

Claude et Lydia Bourguignon, « Le Sol, la terre et les champs » (Sang de la Terre, plusieurs éditions successives depuis 2002) Voir à la FnacLe Sol, la terre et les champs, de Claude et Lydia Bourguignon (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Les Bourguignon sont microbiologistes des sols et dirigent leur propre laboratoire d'analyses, le LAMS. Le livre est un plaidoyer, assumé comme tel, contre les pratiques agricoles qui ont appauvri les sols français en cinquante ans.

C'est un ouvrage d'agriculture plus que de jardin, ce qui explique qu'il figure rarement dans les listes pour débutants. Il vaut pourtant la lecture pour une raison précise : il vous donne le vocabulaire des analyses de sol, argile, limon, matière organique, capacité d'échange cationique. Une fois ce vocabulaire acquis, vous pouvez faire analyser votre terre et lire le résultat, ce qui vaut plus que dix guides pratiques supplémentaires.

Il est militant, il a ses détracteurs parmi les agronomes, et il vaut mieux le savoir en l'ouvrant. Ce n'est pas une raison pour l'écarter.

Par où ne pas commencer

Trois catégories reviennent constamment et desservent les débutants.

L'encyclopédie alphabétique des plantes, d'abord. Deux kilos, quinze cents entrées, aucune progression. On ne l'ouvre que pour vérifier une information ponctuelle, et pour ça le téléphone est plus rapide. Elle donne le sentiment d'être équipé sans rien apprendre.

Le livre de méthode unique, ensuite. Le rayon jardin produit régulièrement des ouvrages qui promettent une seule technique résolvant tout : ne plus jamais bêcher, ne plus jamais arroser, ne plus jamais désherber. Certains sont excellents et fondés sur une pratique réelle. Le problème est de commencer par là, parce qu'on adopte alors un système entier avant de savoir observer son propre terrain, et qu'on ne dispose d'aucun repère pour juger si ça marche.

Les fondateurs de la permaculture enfin, Bill Mollison et David Holmgren. Ce sont des textes importants, écrits pour le climat australien, et conçus pour la conception de systèmes à l'échelle d'une propriété. Sur un potager de cinquante mètres carrés en première année, ils n'aident pas. Si le sujet vous attire, il vaut mieux passer par des praticiens francophones, comme le détaille l'article de cette collection consacré aux livres pour apprendre la permaculture.

Ce qu'un livre ne remplacera jamais au jardin

Il faut être franc sur les limites de ce rayon, plus qu'ailleurs.

Un livre ne connaît pas votre terre. Il ignore que votre parcelle est en fond de vallée avec une poche de gel, qu'un noyer domine l'angle sud, que les trente centimètres du dessus sont du remblai de chantier. Une analyse de sol et deux saisons d'observation vous en apprendront plus que n'importe quel manuel.

Un livre ne connaît pas non plus votre microclimat. Les moyennes régionales cachent des écarts considérables, et la seule source fiable reste le voisin qui jardine sur la même rue depuis trente ans. Il sait la date à laquelle il plante ses tomates et il ne se trompe pas. Les sociétés d'horticulture, les jardins partagés et les grainothèques de bibliothèque jouent le même rôle, et sont largement sous-utilisés.

Enfin, un livre ne vous fera pas tenir le rythme. Le jardin se joue sur des gestes répétés au bon moment, et le seul outil qui aide vraiment est un carnet où vous notez vos dates, vos variétés et vos échecs. Au bout de trois ans, ce carnet devient plus précis que tout ce que vous pourriez acheter.

Si vous cherchez plutôt un livre à offrir qu'un livre pour apprendre, la logique est différente et la sélection aussi : nous avons détaillé ce cas dans notre article sur le livre à offrir à quelqu'un qui aime le jardinage.

Reste une question que ces quatre livres finissent par poser d'eux-mêmes. Vous pouvez apprendre à produire, avec des rendements et des calendriers, ou apprendre à regarder, ce qui prend plus de temps et se lit dans d'autres rayons, du côté de la botanique et du récit. Les jardiniers qui durent font souvent les deux, et rarement dans cet ordre.

Par quel livre commencer quand on n'a jamais jardiné ?

Par un guide de potager qui donne des calendriers adaptés à votre zone climatique. « Le Guide Terre vivante du potager bio » de Jean-Paul Thorez et Christian Boué contient des cartes qui permettent de décaler les dates de semis selon la région, ce qui est le seul moyen de rendre un calendrier utilisable de Perpignan à Lille. Évitez les encyclopédies alphabétiques : elles se consultent, elles ne s'apprennent pas.

Les livres de jardinage traduits de l'anglais sont-ils utilisables en France ?

Rarement tels quels. Un ouvrage britannique raisonne sur un climat océanique doux et humide, un livre américain sur des zones USDA qui ne correspondent à rien chez nous, un livre australien sur des saisons inversées. Les principes restent valables, les dates et les variétés ne le sont pas. Vérifiez toujours si l'éditeur a fait adapter le calendrier, ce qui est signalé en général dès l'avant-propos.

Faut-il un livre sur le sol quand on débute ?

Pas tout de suite, mais très vite. La première saison, vous avez besoin de savoir quoi semer et quand. Dès la deuxième, la moitié de vos problèmes viendront du sol : terre battante, sol trop lourd, carence, absence de vie. C'est le moment où un livre sur le sol produit le plus grand écart entre avant et après. Lu avant d'avoir mis les mains dedans, il reste abstrait.

Un livre remplace-t-il une analyse de sol ?

Non, et c'est la principale limite du rayon. Aucun ouvrage ne peut vous dire si votre terre est calcaire, argileuse, acide ou pauvre en matière organique. Un test de pH coûte quelques euros en jardinerie, une analyse complète en laboratoire reste accessible et vaut plusieurs livres. Beaucoup d'échecs attribués à une mauvaise méthode viennent en réalité d'un sol qu'on n'avait jamais regardé.

Permaculture ou jardinage classique, par quoi commencer ?

Par les bases de culture, quelle que soit l'école. Un débutant qui commence par un ouvrage de permaculture apprend une philosophie du système avant de savoir repiquer un poireau, et se décourage souvent. Les livres de conception permaculturelle prennent tout leur sens la troisième année, quand vous connaissez votre terrain et que vous pouvez réellement l'organiser.

Combien de livres de jardinage faut-il posséder ?

Trois ou quatre suffisent pour dix ans. Le rayon jardin est celui où l'on accumule le plus de titres jamais ouverts, parce que les beaux ouvrages illustrés donnent l'impression d'avancer. Un guide de base annoté, corné, dans lequel vous notez vos propres dates de semis, vaut mieux que six volumes intacts. Le carnet de jardin personnel finit d'ailleurs par devenir votre meilleur livre.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

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