Quels livres pour apprendre la permaculture ?
Une confusion domine tout le rayon, et il vaut mieux la lever avant d'acheter quoi que ce soit. Beaucoup de gens qui disent vouloir apprendre la permaculture veulent en réalité apprendre à jardiner sans produits chimiques. Ce n'est pas la même chose, et les livres ne sont pas les mêmes.
La permaculture, telle que Bill Mollison et David Holmgren l'ont formulée en Australie à la fin des années 1970, est une méthode de conception. Elle ne vous dit pas comment cultiver une tomate. Elle vous dit où placer le poulailler par rapport au potager, au compost et à la porte de la cuisine, pour que chaque élément rende service à plusieurs autres et que vous marchiez le moins possible. Le paillage, les buttes et les associations de légumes sont des techniques compatibles avec elle, pas sa définition.
Voici cinq livres, dans un ordre qui suppose que vous partez de zéro, plus la liste de ceux qu'il vaut mieux ne pas ouvrir en premier.
Ce que vous cherchez décide de la pile
Trois projets très différents se cachent derrière la même demande.
Le premier est un potager de particulier, quelques dizaines de mètres carrés, avec l'envie de faire mieux que la culture en rangs sur sol nu. La conception permaculturelle n'y apporte presque rien : il n'y a pas assez d'éléments à relier. Un bon guide de potager sera plus utile, et nous avons détaillé ce cas dans l'article de cette collection consacré aux livres pour apprendre le jardinage.
Le deuxième est un terrain, en général entre mille mètres carrés et quelques hectares, avec une maison, de l'eau quelque part, une pente, des arbres et l'intention d'organiser tout cela sur dix ans. C'est le cas pour lequel la permaculture a été inventée, et c'est là que les livres qui suivent donnent leur pleine mesure.
Le troisième cherche un cadre de pensée plus large, appliqué à l'habitat, à l'énergie, à l'économie locale. Holmgren a écrit exactement pour lui, et il peut sauter les chapitres de jardin sans rien perdre.
Regardez sincèrement dans quel groupe vous êtes avant de commander. La moitié des livres de permaculture qui prennent la poussière ont été achetés par des gens du premier groupe.
Premier livre : Grégory Derville, « La permaculture, en route pour la transition écologique »
Grégory Derville, « La permaculture : en route pour la transition écologique » (Terre vivante, 2018, 207 pages, collection Conseils d'expert) Voir à la FnacLa permaculture : en route pour la transition écologique, de Grégory Derville (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis.
Derville enseigne à l'université de Lille, où il travaille sur les politiques environnementales, et il anime par ailleurs des formations et un jardin partagé. Cette double casquette explique la qualité du livre : il pose la démarche générale avant les recettes, ce que presque aucun ouvrage grand public ne fait, puis traite point par point la conception, la gestion de l'eau, le compost et le recyclage des déchets, l'habitat et les animaux.
Ce qu'il vous apprend précisément : que la permaculture est une méthode qui commence par l'observation d'un lieu et par l'énoncé de vos propres objectifs, avant toute décision d'aménagement. Vous en sortez avec le vocabulaire opérationnel, zones, secteurs, éléments, fonctions, et surtout avec l'ordre des opérations.
Ce qu'il ne vous apprend pas : les gestes. Vous ne saurez pas plus qu'avant tailler un fruitier ou repiquer un poireau. Ce n'est pas son objet et il ne prétend pas le contraire.
Deuxième livre : Bill Mollison, « Introduction à la permaculture »
Bill Mollison, « Introduction à la permaculture » (Passerelle Éco, traduction française parue en 2012, édition originale australienne de 1991) Voir à la FnacIntroduction à la permaculture, de Bill Mollison (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Se lit beaucoup mieux après un ouvrage francophone d'introduction.
C'est le livre du cofondateur, écrit vingt ans après l'invention du mot, quand Mollison avait déjà formé des milliers de personnes et savait où elles butaient. La traduction française a été menée avec l'aide de praticiens, d'un botaniste et d'un écologue tropical, ce qui se sent : le texte tient debout là où beaucoup d'auto-éditions du domaine s'effondrent.
Ce qu'il vous apprend précisément : le zonage et la sectorisation, c'est-à-dire l'outil central de la discipline. La zone 1 est ce que vous visitez tous les jours, la zone 5 ce que vous laissez tranquille. Les secteurs sont les énergies qui traversent votre terrain sans vous demander votre avis : le soleil d'hiver, le vent d'ouest, le ruissellement, le bruit de la route, le risque d'incendie. Placer les éléments en croisant ces deux grilles, c'est la permaculture, et Mollison l'explique mieux que ses commentateurs.
Ce qu'il ne vous apprend pas : quoi planter chez vous. Les listes d'espèces sont australiennes, souvent tropicales ou méditerranéennes sèches, et les saisons sont inversées. Lisez la méthode, ignorez les catalogues.
Troisième livre : David Holmgren, « Permaculture : principes et pistes d'action pour un mode de vie soutenable »
David Holmgren, « Permaculture : principes et pistes d'action pour un mode de vie soutenable » (Rue de l'échiquier, 2014 pour l'édition française, traduit de l'anglais par Agnès El Kaïm, réédité en poche en 2024) Voir à la FnacPermaculture : principes et pistes d'action pour un mode de vie soutenable, de David Holmgren (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Original australien de 2002. Prérequis réel : les deux étapes précédentes.
Holmgren est l'autre cofondateur, et ce livre est sa formulation la plus aboutie. Il y expose douze principes de conception, chacun accompagné d'un proverbe et d'exemples, et les inscrit dans une hypothèse plus large, celle d'une descente énergétique à laquelle il faut préparer nos manières d'habiter. L'édition française porte une préface d'Yves Cochet, ce qui situe assez bien son horizon politique.
Ce qu'il vous apprend précisément : à généraliser. « Observer et interagir », « capter et stocker l'énergie », « produire un rendement », « appliquer l'autorégulation et accepter la rétroaction » cessent d'être des slogans quand on les voit s'appliquer à un potager, à une toiture, à une trésorerie de coopérative.
Ce qu'il ne vous apprend pas : rien de pratique, assumons-le. C'est un livre d'idées, dense, parfois aride, qui demande de l'attention et se relit. Il n'a jamais eu vocation à vous accompagner sur le terrain.
Quatrième livre : Perrine et Charles Hervé-Gruyer, « Permaculture : guérir la terre, nourrir les hommes »
Perrine et Charles Hervé-Gruyer, « Permaculture : guérir la terre, nourrir les hommes » (Actes Sud, 2014, collection Domaine du possible, disponible en poche depuis 2021, préface de Philippe Desbrosses et postface de François Léger) Voir à la FnacPermaculture : guérir la terre, nourrir les hommes, de Perrine et Charles Hervé-Gruyer (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis, mais l'effet est plus fort après les livres de méthode.
Les auteurs ont créé la ferme du Bec Hellouin en Normandie sans venir du milieu agricole : lui était navigateur, elle juriste internationale. Le livre raconte l'installation, les tâtonnements, les erreurs coûteuses, et il s'élargit à une enquête menée chez des agriculteurs du monde entier. Il s'est très bien vendu et a été traduit dans huit langues, ce qui lui vaut la méfiance habituelle réservée aux succès. Cette méfiance passe à côté de l'essentiel : c'est le seul de cette liste où vous voyez la méthode s'appliquer réellement à une parcelle française, sur des années, avec les échecs laissés dans le récit.
Ce qu'il vous apprend précisément : le temps que ça prend. Entre le plan dessiné sur le carnet et le système qui fonctionne, il y a des saisons de corrections, et lire ce décalage vaut mieux que se le faire raconter après coup par son propre terrain.
Ce qu'il ne vous apprend pas : une méthode transposable telle quelle. Le Bec Hellouin est une microferme professionnelle, sur un sol et un climat normands, avec une main d'œuvre importante. Les rendements annoncés ont fait l'objet de discussions parmi les agronomes, et leur contexte compte autant que leurs chiffres.
Cinquième livre, si vous passez à l'acte
Damien Dekarz, « La permaculture au jardin mois par mois » (Éditions de Terran, 2019, 176 pages) Voir à la FnacLa permaculture au jardin mois par mois, de Damien Dekarz (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : avoir un terrain sous la main.
Dekarz est un praticien français, connu pour ses vidéos, et son livre suit le calendrier plutôt que la théorie. C'est exactement ce qui manque après les quatre premiers : quelque chose à faire en février. Il traite du sol vivant, des semis, des associations, des haies et des arbres, avec l'échelle et le climat d'ici.
Si votre projet penche vers les arbres, son autre ouvrage, « La forêt comestible » (Éditions de Terran, 192 pages), va plus loin sur les strates et les récoltes étalées sur l'année. Prenez l'un ou l'autre, ils se recoupent largement.
Une alternative, plus institutionnelle, si vous voulez surtout des fiches techniques fiables : « Le Manuel des jardins agroécologiques » de Terre et Humanisme et Pierre Rabhi (Actes Sud, 2012, collection Domaine du possible). Ce n'est pas un livre de permaculture au sens strict, et il ne le revendique pas, mais ses fiches sur le compost, les semis et la préparation du sol sont parmi les plus utilisables du domaine.
Par où ne pas commencer
Trois pièges reviennent constamment, et le premier concerne le livre le plus prestigieux de la discipline.
Le « Permaculture: A Designers' Manual » de Bill Mollison, paru en 1988, est l'ouvrage de référence, six cents pages denses, et il n'existe pas d'édition française courante. Vous le trouverez donc en anglais, à un prix élevé, et vous ne le lirez pas. Même en anglais, ce n'est pas un livre d'apprentissage mais un manuel de conception professionnelle, qu'on consulte pendant un projet. Achetez-le la troisième année, si vous le voulez encore.
Les ouvrages centrés sur une seule technique, ensuite. La butte de culture a fait des ravages : des milliers de gens ont commencé par empiler du bois et de la terre parce que l'image circulait bien, sur des sols et des climats où la butte assèche au lieu de drainer. La permaculture n'a jamais prescrit de buttes. Elle prescrit d'observer, et l'observation conduit parfois à ne rien construire du tout. Même remarque pour « La Permaculture de Sepp Holzer » (Imagine un colibri, 2011, traduit par Patricia Bourguignon), livre passionnant et magnifiquement illustré, mais qui décrit un versant de montagne autrichien à mille cent mètres d'altitude. Ce qui marche chez Holzer marche chez Holzer.
Enfin, les manuels qui promettent l'autonomie alimentaire en quelques mètres carrés. Ils vendent bien, ils s'appuient sur des calculs contestables, et ils préparent une déception. L'autonomie alimentaire réelle demande de la surface, du stockage, des protéines et une organisation du temps que très peu de foyers mettent en place. Il vaut mieux le savoir avant d'acheter le livre qu'après avoir bêché.
Ce qu'un livre ne fera jamais à votre place
C'est ici que la permaculture se distingue vraiment des autres apprentissages par le livre, et l'honnêteté oblige à le dire fort.
La méthode commence par l'observation prolongée d'un lieu unique, le vôtre. Aucun auteur ne sait où votre terrain garde le gel jusqu'à midi, où la nappe remonte en mars, quel angle reçoit le vent du nord, quel chemin vous prenez naturellement pour aller au portail. Ces informations ne sont dans aucun livre et elles décident de tout le plan. La règle empirique la plus répandue chez les praticiens tient en une phrase : passez une année complète à regarder avant de déplacer un mètre cube de terre. C'est frustrant et cela reste le meilleur conseil du domaine.
Un livre ne vous donnera pas non plus de regard extérieur sur votre conception. Un plan a toujours l'air cohérent pour celui qui l'a dessiné. Un cours de conception, une visite de site, ou simplement quelqu'un qui pratique depuis dix ans et qui vous demande pourquoi le poulailler est à cinquante mètres de la cuisine, tout cela corrige en une après-midi ce que six livres laissent passer.
Enfin, un livre ne tiendra pas le carnet à votre place. La discipline repose sur des observations datées, la levée des gelées, les floraisons, les pluies, ce qui a marché et ce qui a séché. Au bout de trois ans, ce carnet devient une source plus précise que n'importe quel ouvrage publié, parce qu'il parle du seul lieu qui vous intéresse.
Après ces cinq livres
Vous aurez alors la méthode, ses principes, un récit d'application française et de quoi faire quelque chose de vos mains. C'est un socle plus solide que celui de beaucoup de gens qui emploient le mot.
La suite dépend de la direction prise. Si c'est l'échelle agricole qui vous attire, les Hervé-Gruyer ont publié « Vivre avec la terre » (Actes Sud, 2019), un coffret en trois volumes qui détaille la méthode du Bec Hellouin, des cultures vivrières à la création d'une microferme. Si c'est le vivant lui-même, vous glisserez vers la botanique et l'écologie du sol, et notre article sur les livres pour apprendre l'écologie trie le sérieux du militant. Si c'est la dimension collective, elle se joue moins dans les livres que dans les réseaux locaux, les groupements d'achat et les fermes qui ouvrent leurs portes.
Le reste de la collection quels livres acheter pour apprendre à applique la même méthode à d'autres domaines, et vous pouvez aussi parcourir les genres du catalogue pour repérer les éditeurs qui tiennent ce sujet depuis longtemps. Une dernière chose vaut d'être dite : les meilleurs permaculteurs que vous rencontrerez ont souvent lu moins que vous ne l'imaginez, et regardé beaucoup plus longtemps.
Quelle est la différence entre permaculture et jardinage écologique ?
Par quel livre commencer la permaculture en français ?
Faut-il lire Bill Mollison et David Holmgren pour comprendre la permaculture ?
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Combien de temps faut-il observer un terrain avant d'aménager ?
Un livre suffit-il pour se lancer, ou faut-il une formation ?
Les livres de permaculture australiens sont-ils utilisables en France ?
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