Quel livre offrir à quelqu'un qui aime le jardinage ?
Regardez la bibliothèque d'un jardinier. Vous y trouverez presque toujours la même chose : deux ou trois beaux livres offerts, encore raides, et à côté un manuel corné, taché, dont la couverture tient avec du ruban adhésif.
Le cadeau raté et le livre aimé se distinguent à ça. Le premier a été choisi pour l'objet, le second pour l'usage. Un jardinier lit dehors, avec les mains terreuses, ou le soir en janvier quand il ne peut rien faire d'autre. Voici douze titres classés selon ce que la personne cultive, depuis combien de temps, et sur quelle surface.
Trois questions à se poser avant d'aller en librairie
Quelle surface ? Un balcon, cinquante mètres carrés en ville, un terrain de campagne : ce sont trois mondes différents et trois rayons différents. Le livre le mieux écrit du monde devient frustrant s'il suppose une place que la personne n'a pas.
Depuis combien de temps ? Un jardinier de trente ans d'expérience n'a rien à apprendre d'un guide généraliste, et il le sentira à la première page. Un débutant, lui, a besoin de quelque chose de très concret.
Et surtout : qu'y a-t-il dans son abri ? Un motoculteur, des sacs d'engrais bleus et un pulvérisateur signalent un jardinier de tradition. Du carton au sol, de la paille, un tas de compost et des orties en macération signalent l'autre école. Offrir un livre de permaculture au premier revient à lui dire poliment qu'il jardine mal depuis quarante ans. C'est l'erreur la plus fréquente de cette catégorie de cadeaux.
Si la personne débute, ou cultive un petit espace
C'est là que le livre utile fait la plus grosse différence, parce que la première année de potager décourage énormément de monde.
Joseph Chauffrey, « Mon petit jardin en permaculture » (Terre vivante) Voir à la FnacMon petit jardin en permaculture, de Joseph Chauffrey (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). L'auteur cultive cent cinquante mètres carrés en zone pavillonnaire près de Rouen et documente ses rendements année après année. C'est ce qui rend le livre précieux : le lecteur reconnaît son propre terrain, ses contraintes d'ombre et de voisinage, au lieu d'admirer une ferme inaccessible.
Didier Helmstetter, « Le Potager du paresseux » (Tana éditions). Un potager sans bêchage, sans compost, sous couvert permanent de foin. La méthode est discutée, l'auteur assume un ton frontal et un peu polémique, et le livre a fait bouger beaucoup de jardiniers français. Il fonctionne très bien pour quelqu'un qui a un terrain et pas de temps.
Si elle veut nourrir sa famille avec son terrain
Le projet change de nature dès qu'il s'agit de produire sérieusement, et les livres à offrir aussi.
Perrine et Charles Hervé-Gruyer, « Permaculture : guérir la terre, nourrir les hommes » (Actes Sud, 2014) Voir à la FnacPermaculture : guérir la terre, nourrir les hommes, de Perrine et Charles Hervé-Gruyer (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Le récit de la ferme du Bec Hellouin, en Normandie, devenue une référence de la micro-agriculture. C'est à la fois une histoire personnelle et une enquête, traduite depuis dans plusieurs langues, et c'est le livre qui a fait connaître le mot permaculture au grand public français.
Masanobu Fukuoka, « La Révolution d'un seul brin de paille » (Guy Trédaniel). Le texte fondateur de l'agriculture dite naturelle, par un microbiologiste japonais qui a passé sa vie à retirer des gestes plutôt qu'à en ajouter. Ne pas labourer, ne pas désherber, ne pas fertiliser. Le livre est court, philosophique autant qu'agricole, et il agace autant qu'il fascine. Offrez-le à quelqu'un que les idées ne dérangent pas.
Si elle jardine depuis trente ans
À ce stade, la technique n'intéresse plus beaucoup. Ce qui plaît, c'est de retrouver son propre travers sous la plume de quelqu'un d'autre.
Karel Capek, « L'Année du jardinier » (traduction française de Joseph Gagnaire, disponible chez 10/18) Voir à la FnacL'Année du jardinier, de Karel Capek (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Écrit en 1929 par l'écrivain tchèque à qui l'on doit le mot robot, illustré par son frère Josef. Mois par mois, il décrit le jardinier tel qu'il est : à quatre pattes, le derrière en l'air, en train de guetter une pousse qui ne vient pas et de maudire la pluie qu'il réclamait la veille. Presque un siècle plus tard, chaque jardinier s'y reconnaît ligne à ligne. C'est le meilleur cadeau de cette liste et le moins offert.
Gilles Clément, « Éloge des vagabondes » (Nil, 2002), sous-titré « Herbes, arbres et fleurs à la conquête du monde ». Le paysagiste du parc André-Citroën et théoricien du jardin en mouvement y prend la défense des plantes qu'on arrache, celles qui arrivent par le vent, les semelles et les cargos. Le livre est court, un peu polémique, et il change durablement le regard qu'on porte sur un pied d'ambroisie au bord d'un trottoir.
Si c'est la plante qui l'intéresse, pas le potager
Beaucoup de jardiniers s'intéressent surtout au végétal lui-même. On leur offre pourtant systématiquement des livres de culture.
Peter Wohlleben, « La Vie secrète des arbres » (Les Arènes, 2017, traduit par Corinne Tresca) Voir à la FnacLa Vie secrète des arbres, de Peter Wohlleben (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un forestier allemand raconte les échanges souterrains entre arbres, l'entraide entre souches et voisins, la lenteur des jeunes hêtres sous le couvert. Le livre a été un succès mondial et a fait grincer une partie de la communauté scientifique sur son vocabulaire, qui prête aux arbres des sentiments humains. Il reste une porte d'entrée remarquable.
Stefano Mancuso et Alessandra Viola, « L'Intelligence des plantes » (Albin Michel, 2018). Mancuso dirige un laboratoire de neurobiologie végétale à Florence. Il défend l'idée que les plantes perçoivent, calculent et communiquent, avec une architecture distribuée qui n'a rien à voir avec la nôtre. Plus rigoureux que Wohlleben, et à peine plus difficile.
Francis Hallé, « Plaidoyer pour l'arbre » (Actes Sud). Le botaniste français qui a passé sa vie dans les canopées tropicales explique ce qu'est réellement un arbre, pourquoi il n'est pas un animal immobile mais un être construit sur une logique complètement différente. Un jardinier qui plante un fruitier après l'avoir lu ne le plante plus de la même manière.
Emanuele Coccia, « La Vie des plantes : une métaphysique du mélange » (Rivages). Court, philosophique, exigeant. À réserver à quelqu'un qui aime penser autant que planter, sinon le cadeau tombe à plat.
Les récits, pour ceux qui ont déjà tous les manuels
Le rayon le plus négligé quand on cherche un cadeau, et souvent celui qui touche le plus.
Robin Wall Kimmerer, « Tresser les herbes sacrées » (Le Lotus et l'Éléphant). L'autrice est botaniste et membre de la nation Potawatomi, et elle fait tenir ensemble deux façons de connaître les plantes : le protocole scientifique et le savoir transmis. Le chapitre sur les fraises sauvages et celui sur la récolte respectueuse circulent beaucoup entre jardiniers depuis quelques années.
Jean Giono, « L'Homme qui plantait des arbres » (Gallimard). Une trentaine de pages, un berger qui replante seul une vallée de Provence, un récit que Giono a écrit sans jamais accepter d'en toucher de droits pour qu'il se diffuse librement. Beaucoup de gens croient l'histoire vraie, ce qui est le plus beau compliment qu'on puisse faire à une fiction. À glisser dans un paquet avec un sachet de graines.
Si le destinataire penche plutôt vers la marche, les oiseaux ou la forêt que vers le potager, regardez aussi du côté des idées pour quelqu'un qui aime la nature, c'est un rayon voisin mais distinct.
Ce qu'il vaut mieux ne pas offrir
Trois catégories reviennent chaque année sous les sapins et repartent chaque année au vide-grenier.
L'encyclopédie alphabétique des plantes de jardin, d'abord. Personne ne lit une encyclopédie, et pour identifier une plante inconnue, tout le monde sort désormais son téléphone. Ces volumes coûtent cher, pèsent lourd et servent trois fois.
Le livre de jardin anglais ensuite, avec ses photographies de bordures parfaites entretenues par une équipe salariée. C'est très beau et légèrement décourageant quand on a un carré d'herbe et un vieux prunier. La personne l'admirera, vous remerciera sincèrement, et ne l'ouvrira plus.
Enfin le manuel générique acheté sur la table des nouveautés parce qu'il y avait le mot potager sur la couverture. Un jardinier repère en dix secondes un livre écrit par quelqu'un qui n'a pas jardiné. Les tableaux de semis y sont recopiés, les photos achetées en banque d'images, et le ton toujours vaguement condescendant.
Le format compte, plus qu'ailleurs
Un livre de jardin sert dehors. Cela a des conséquences concrètes que personne ne mentionne.
Un grand format lourd ne descend jamais au potager. Il reste au salon, ce qui est parfait pour un récit ou un essai, et inutile pour un guide pratique. Pour la technique, visez un format qui se glisse dans une poche de veste ou se pose sur une brouette, avec une reliure qui accepte de rester ouverte à plat.
Pensez aussi à l'âge. Beaucoup de jardiniers passionnés ont soixante-dix ans et plus, et le confort de lecture devient un critère réel : caractères lisibles, papier mat qui ne renvoie pas la lumière, poids raisonnable pour des mains fatiguées. C'est la même logique que pour choisir un livre à offrir à sa grand-mère, et elle est trop souvent oubliée.
Le cadeau qui accompagne le livre
Un livre de jardin gagne à ne pas arriver seul, et c'est rare de pouvoir dire ça d'un livre.
Un sachet de graines de variété ancienne posé sur la couverture, un plant en godet, un crayon de papier pour écrire directement dans les marges : n'importe lequel de ces ajouts transforme un objet en projet. Le jardinier qui reçoit « L'Homme qui plantait des arbres » avec dix glands ramassés dans un parc s'en souviendra longtemps après avoir oublié la moitié de ses cadeaux.
Et si vous vous trompez de livre, ce qui arrive, le jardin a cet avantage sur les autres passions : il donne une deuxième chance tous les ans, à la même saison.
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