Listes et sélectionsLivres pour apprendre

Quels livres pour apprendre à écrire ? 4 titres, dans l'ordre où les lire

Apprendre à écrire de la fiction avec quatre livres seulement, dans un ordre qui a du sens, plus celui à ne surtout pas acheter en premier et ce qu'aucun manuel ne vous donnera.

L'équipe Relit8 min de lecture

Quels livres pour apprendre à écrire ?

Le rayon est immense et il est piégé. La plupart des livres sur l'écriture racontent l'écriture au lieu de l'enseigner, et ceux qui l'enseignent le font souvent selon une norme précise, née dans les départements de creative writing américains, qui ne s'applique pas telle quelle au roman français.

Il en faut quatre. Pas quinze. Voici lesquels, dans quel ordre, et ce que chacun fait réellement pour vous.


Ce qu'un livre peut vous apprendre, et ce qu'il ne peut pas

Un manuel d'écriture vous donne trois choses : un vocabulaire pour nommer ce qui cloche dans votre texte, des solutions techniques à des problèmes récurrents, et l'autorisation d'écrire mal en attendant d'écrire mieux.

Il ne vous donnera ni la phrase, ni la matière, ni l'endurance. La phrase vient de la lecture, en quantité déraisonnable. La matière vient de votre vie et de votre attention. L'endurance vient de la répétition et de rien d'autre.

Gardez cela en tête pendant toute la sélection qui suit : le rôle de ces livres est de raccourcir votre temps de tâtonnement, pas de le supprimer.

Commencez par Stephen King, même si vous détestez son œuvre

Stephen King, « Écriture. Mémoires d'un métier » (Albin Michel, 2001, traduction de William Olivier Desmond) Voir à la FnacÉcriture. Mémoires d'un métier, de Stephen King (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis, aucune connaissance technique demandée.

Le livre est à moitié autobiographique et à moitié pratique, ce qui déroute les lecteurs qui espéraient une méthode. C'est pourtant sa force. King raconte les années de refus, le clou planté au mur qui ne suffisait plus à tenir les lettres de rejet, puis il passe à une boîte à outils très concrète : la place du vocabulaire, la grammaire, le paragraphe comme unité de rythme, la haine argumentée de l'adverbe, la fameuse règle de la deuxième version amputée de dix pour cent.

Il donne aussi le conseil le plus utile du rayon, et le plus impopulaire : si vous n'avez pas le temps de lire, vous n'avez ni le temps ni les outils pour écrire. Beaucoup d'apprentis auteurs veulent écrire trois heures par jour et lisent quatre livres par an. Le rapport devrait être inverse.

Ce qu'il ne fait pas : rien sur la construction longue, presque rien sur le point de vue narratif. King écrit à l'instinct et le revendique. Vous ressortirez motivé, pas outillé.

Ensuite, la méthode : Élisabeth Vonarburg

Élisabeth Vonarburg, « Comment écrire des histoires. Guide de l'explorateur » (Éditions Alire, première parution 1986, plusieurs fois réédité) Voir à la FnacComment écrire des histoires. Guide de l'explorateur, de Élisabeth Vonarburg (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Niveau : vous avez déjà écrit quelque chose et vous voyez que ça ne tient pas.

C'est le meilleur manuel technique disponible en français, et il est écrit par une autrice francophone, ce qui change tout. Vonarburg traite ce dont King ne parle pas : les structures narratives, le point de vue et ses conséquences, la gestion du temps du récit, le rythme, la manière de délivrer une information au lecteur sans l'assommer, la fabrication d'un personnage, le dialogue.

Le livre est organisé comme un parcours, avec un entracte de jeux d'écriture au milieu. Vonarburg refuse explicitement la formule magique, et vous verrez qu'elle passe son temps à ouvrir des options plutôt qu'à donner des règles. Sur le point de vue narratif, ses pages valent à elles seules l'achat : c'est le problème technique qui plombe le plus grand nombre de premiers romans, et presque personne ne l'explique clairement.

Lisez-le une fois d'un bout à l'autre, puis gardez-le comme ouvrage de consultation. Il se relit par chapitres, au moment où le problème se présente.

Puis apprendre à lire autrement : David Lodge

David Lodge, « L'Art de la fiction » (Rivages, traduction de Michel et Nadia Fuchs, édition de poche en 2009) Voir à la FnacL'Art de la fiction, de David Lodge (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Niveau intermédiaire : plus vous avez lu de romans, plus le livre est rentable.

Cinquante courts chapitres, chacun consacré à un procédé, chacun accroché à un extrait précis de la littérature de langue anglaise. Le suspense chez Hardy, le monologue intérieur chez Joyce, le narrateur non fiable, l'ellipse, le titre, la scène érotique, la fin. Lodge était romancier et professeur, et il démonte les mécanismes sans jamais tuer le plaisir du texte.

Son intérêt réel n'est pas de vous apprendre des figures. Il est de vous faire basculer, définitivement, du côté de la lecture technique. Après ce livre, vous ne lisez plus un roman de la même manière : vous voyez le montage, vous repérez où l'auteur a choisi de rester dehors, vous remarquez la coupure entre deux chapitres. C'est la compétence qui fait progresser le plus vite, et elle continue de travailler pour vous des années après.

Réserve honnête : le corpus est presque exclusivement anglo-saxon. Complétez avec vos propres lectures françaises, en vous posant les mêmes questions.

Enfin, la question du pourquoi : Annie Ernaux

Annie Ernaux et Frédéric-Yves Jeannet, « L'Écriture comme un couteau » (Stock, 2003, repris en Folio en 2011) Voir à la FnacL'Écriture comme un couteau, de Annie Ernaux et Frédéric-Yves Jeannet (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Court, dense, sans technique.

Un entretien mené par écrit sur environ un an. Ernaux y explique comment elle travaille, pourquoi elle a abandonné le roman pour une écriture qu'elle qualifie de plate, ce que signifie pour elle écrire depuis un milieu social qui n'écrit pas. Le prix Nobel de 2022 a rendu ce livre plus visible, il était déjà décisif avant.

Pourquoi le mettre dans une liste de manuels alors qu'il n'enseigne aucune technique ? Parce que c'est le seul des quatre qui pose la question que tous les autres esquivent : qu'est-ce que vous cherchez à faire, exactement, et pour qui. Un texte peut être irréprochable techniquement et parfaitement mort. Ernaux montre ce qu'est une intention d'écriture, et à quel prix on s'y tient.

Lisez-le en dernier. Trop tôt, il risque de vous convaincre que la technique ne compte pas, ce qu'il ne dit pas du tout.

Par où ne pas commencer

Ne commencez pas par un manuel de scénario. C'est l'erreur la plus répandue chez les auteurs francophones depuis une quinzaine d'années, et elle produit des romans étrangement identiques.

John Truby, « L'Anatomie du scénario » (Michel Lafon, nouvelle édition en 2017, traduction de Muriel Levet) est un excellent livre, très bien construit, très argumenté. Ses vingt-deux étapes de développement d'une histoire, sa manière de faire découler la structure du désir du personnage et de son défaut moral, tout cela fonctionne. Le problème n'est pas le livre, c'est le moment où on le lit.

Lu en premier, un ouvrage de ce type vous installe une grille avant que vous ayez trouvé une voix. Vous obtenez un texte correctement charpenté que n'importe quel lecteur attentif reconnaît immédiatement comme un texte charpenté. La révélation du personnage arrive à sa place, le dilemme moral aussi, et l'ensemble a la douceur inquiétante d'une chose déjà vue.

C'est le reproche général qu'on peut faire aux manuels américains de creative writing, dont Truby est un cousin. Ils viennent d'une culture de l'atelier où le texte doit être défendable devant un groupe, donc lisible, donc efficace, donc normalisé. Ils sont très bons sur la scène, la tension, le conflit. Ils poussent tous vers la même prose transparente et vers le show, don't tell érigé en dogme. Or une bonne partie du roman français des cinquante dernières années tient précisément dans ce qu'ils interdisent : la digression, le commentaire du narrateur, la phrase qui se voit, l'absence d'intrigue assumée. Ernaux, Modiano, Échenoz, Duras ne passeraient aucun atelier de Iowa City.

Prenez donc ces livres pour ce qu'ils sont : une boîte à outils de construction, pas une esthétique. Et ouvrez-la une fois que vous savez ce que vous voulez construire.

Ce que ces quatre livres ne feront pas

Ils ne vous feront pas écrire. C'est banal à dire et c'est le principal danger du rayon : lire sur l'écriture procure exactement la même satisfaction que d'écrire, sans le désagrément de la page.

Ils ne remplaceront pas non plus un lecteur. À un moment, il vous faudra quelqu'un qui lise votre texte et vous dise où il a décroché. Un atelier d'écriture, un groupe de trois personnes qui s'échangent leurs chapitres, un ami sévère : peu importe la forme, l'information est irremplaçable. Vous ne pouvez pas mesurer votre propre ennui, parce que vous savez déjà ce qui va se passer.

Ils ne remplaceront pas la quantité. Le premier roman est presque toujours un exercice, et les manuscrits qui trouvent un éditeur sont rarement les premiers écrits. Ce qui distingue les auteurs publiés des autres tient moins au talent qu'à un nombre de pages abandonnées considérable.

Enfin, ils ne remplaceront pas la lecture de romans. Cinquante romans lus attentivement vous apprendront plus que dix manuels. Si vous ne deviez garder qu'un seul conseil de cet article, prenez celui-là, et allez plutôt fouiller un catalogue de romans qu'un rayon de méthode.

Et après

Une fois ces quatre livres lus, l'étape suivante n'est pas un cinquième livre. C'est un projet fini, même mauvais, même court. Une nouvelle de vingt pages terminée vous apprend davantage qu'un roman de quatre cents pages abandonné au tiers.

Si l'envie de continuer à lire sur le métier vous reprend, changez d'angle plutôt que de méthode : les correspondances d'écrivains, les entretiens de la Paris Review, les journaux de travail. Vous y verrez ce qu'aucun manuel n'avoue, à savoir que tout le monde galère, y compris ceux dont vous admirez la facilité apparente. Les autres titres de notre collection quels livres acheter pour apprendre à suivent la même logique dans d'autres domaines, et si vous écrivez de la fiction historique, un détour par les livres pour apprendre l'histoire vous servira plus que n'importe quel manuel de structure.

Par quel livre commencer quand on n'a jamais écrit ?

Par « Écriture. Mémoires d'un métier » de Stephen King, chez Albin Michel. Ce n'est pas le plus technique, et c'est précisément pour cela qu'il marche : il vous met devant la table avant de vous parler de structure. Les manuels de méthode sont plus utiles quand vous avez déjà quarante pages ratées derrière vous et des questions précises à leur poser.

Les manuels américains de creative writing sont-ils utiles en français ?

Utiles, oui, mais à lire avec distance. Ils viennent d'un système de formation où l'on apprend à produire des textes évaluables en atelier, ce qui pousse vers une prose efficace, transparente, aux effets calibrés. Le roman français valorise davantage la voix, la digression et la phrase. Prenez-y les outils de construction, laissez-y les injonctions de style.

Faut-il lire un livre sur le scénario pour écrire un roman ?

Seulement en deuxième ou troisième lecture, et en sachant ce que vous y cherchez. Les ouvrages de scénario, comme ceux de John Truby ou de Robert McKee, sont excellents sur la mécanique des scènes et le désir du personnage. Ils sont muets sur ce qui fait la moitié d'un roman : la voix narrative, le rythme des phrases, ce qui se passe dans une tête et non à l'écran.

Combien de livres sur l'écriture faut-il lire ?

Trois ou quatre suffisent pour une vie d'écriture. Au-delà, la lecture de manuels devient une forme confortable de procrastination : on a l'impression de progresser sans jamais affronter la page. Le meilleur signe qu'il est temps d'arrêter d'en acheter, c'est quand vous reconnaissez déjà les conseils avant de tourner la page.

Un atelier d'écriture remplace-t-il ces livres ?

Il apporte autre chose, et c'est complémentaire. Un livre vous donne des concepts, un atelier vous donne des lecteurs. Savoir que votre chapitre 3 ennuie huit personnes sur dix est une information qu'aucun manuel ne peut produire. En revanche, un atelier médiocre peut vous faire écrire comme le groupe, ce qui est le principal risque du format.

Faut-il écrire tous les jours pour progresser ?

La régularité compte plus que le volume. Beaucoup d'auteurs publiés écrivent trois ou quatre fois par semaine, pas sept. Ce qui casse la progression, c'est l'interruption de plusieurs semaines, parce qu'il faut ensuite reconstruire tout le contexte du texte avant de pouvoir avancer. Une heure trois fois par semaine bat trois heures un dimanche sur deux.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

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