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Quels livres pour apprendre le chinois ? 4 méthodes dans l'ordre où les ouvrir

Le chinois s'apprend en deux apprentissages séparés : l'oral tonal et les sinogrammes. Quatre méthodes dans l'ordre, ce que chacune règle, et celles qu'il ne faut pas acheter en premier.

L'équipe Relit9 min de lecture

Les livres de ce parcours, dans l'ordre

LivrePourquoiAcheter
Méthode d'initiation à la langue et à l'écriture chinoisesJoël BellassenVoir Méthode d'initiation à la langue et à l'écriture chinoises, de Joël Bellassen à la Fnac (lien affilié)
Le chinoisPhilippe KantorVoir Le chinois, de Philippe Kantor à la Fnac (lien affilié)
Méthode de chinois, premier niveauIsabelle Rabut, Wu Yongyi et Liu HongVoir Méthode de chinois, premier niveau, de Isabelle Rabut, Wu Yongyi et Liu Hong à la Fnac (lien affilié)
L'idiot chinois », volume 1, « Rudiments pour la compréhension des caractères chinoisKyril RyjikVoir L'idiot chinois », volume 1, « Rudiments pour la compréhension des caractères chinois, de Kyril Ryjik à la Fnac (lien affilié)

Quels livres pour apprendre le chinois ?

Le scénario se répète. Quelqu'un décide d'apprendre le chinois, achète une grosse méthode, travaille sérieusement trois mois, puis se retrouve devant un locuteur natif qui ne comprend pas une phrase sur deux. La grammaire était bonne, le vocabulaire aussi. Les tons, non. Ils avaient été traités comme un raffinement de prononciation, alors qu'ils font partie du mot.

L'autre moitié du problème arrive en même temps. Les caractères ont été appris comme du vocabulaire, un par un, par listes thématiques, sans jamais regarder de quoi ils sont faits. Au bout de deux cents, la mémoire sature. Ce n'est pas un défaut de mémoire, c'est un défaut de méthode.

Le chinois n'est pas plus difficile qu'une autre langue, il est double. Il faut mener deux apprentissages qui n'ont presque rien en commun : une langue orale tonale, et un système d'écriture qui n'écrit pas les sons. Les quatre livres qui suivent sont classés dans cet ordre, et chacun règle un problème précis.


Deux apprentissages, deux carnets

Prenez cette décision avant d'acheter quoi que ce soit, elle structure tout le reste.

D'un côté, l'oral. Un mot chinois se compose d'une syllabe et d'un ton, et le ton n'est pas une couleur affective posée sur la syllabe : il en fait partie. En mandarin standard il y en a quatre, plus un ton neutre. La même syllabe ma désigne selon le ton la mère, le chanvre, le cheval ou une insulte. Un francophone entend d'abord ces variations comme de l'expressivité, parce que notre langue utilise l'intonation pour poser une question ou marquer l'agacement. En chinois, l'intonation lexicale et l'intonation expressive coexistent, et il faut apprendre à les séparer. Cela se travaille à voix haute, avec un enregistrement, jamais avec les yeux.

De l'autre, l'écriture. Un sinogramme ne se prononce pas à la lecture, il se reconnaît. Mais il n'est pas non plus un dessin arbitraire à photographier : la grande majorité des caractères courants sont composés, avec un élément qui oriente vers le sens et un autre qui suggère une prononciation approximative. Les clés, ces deux cent quatorze composants classificateurs, sont l'entrée dans cette logique. Apprendre les caractères sans les décomposer revient à apprendre des mots français lettre par lettre sans jamais remarquer les préfixes.

Deux carnets, donc, et deux moments de travail. C'est le conseil le plus rentable de cet article, et il ne coûte rien.

Par où commencer : Joël Bellassen, « Méthode d'initiation à la langue et à l'écriture chinoises »

Joël Bellassen, « Méthode d'initiation à la langue et à l'écriture chinoises » (La Compagnie, ouvrage paru en 1989, plusieurs fois révisé, connu de tous les étudiants sous le nom de « petit livre jaune », enregistrements audio disponibles) Voir à la FnacMéthode d'initiation à la langue et à l'écriture chinoises, de Joël Bellassen (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis.

C'est le livre fondateur de l'enseignement du chinois en France. Joël Bellassen a été le premier inspecteur général de chinois de l'Éducation nationale, et cette méthode a formé plusieurs générations d'élèves de collège, de lycée et d'université. Elle s'est vendue à plus de cent vingt mille exemplaires pour sa première édition seule.

Ce qu'elle vous apprend précisément : à traiter la langue orale et l'écriture comme deux objets distincts, ce que presque aucune autre méthode ne fait aussi franchement. Les leçons présentent les dialogues, le vocabulaire, la grammaire, puis, dans une partie séparée, les caractères avec la décomposition de leurs éléments graphiques et des aides mnémotechniques.

Et voici le point qui déroute les acheteurs pressés : le volume n'enseigne que quatre cents caractères. Beaucoup y voient une méthode incomplète. C'est une décision pédagogique, et elle est juste. Ces quatre cents caractères sont choisis par fréquence d'apparition dans les textes réels, et ils couvrent environ soixante-dix pour cent des occurrences d'un texte courant. Bellassen préfère quatre cents caractères vraiment tenus, chacun replacé dans sa famille graphique, à mille caractères survolés. Le seuil psychologique compte aussi : arriver au bout d'un livre change tout, abandonner à la page deux cents d'un manuel de mille caractères ne laisse rien.

Ce qu'elle ne vous apprend pas : à parler avec aisance. La progression orale est plus lente que celle d'une méthode conversationnelle, et le format sent parfois la salle de classe, ce qu'il assume.

Ensuite, pour l'oral et le rythme quotidien : Philippe Kantor, « Le chinois » (Assimil)

Philippe Kantor, « Le chinois » (Assimil, collection Sans peine, cent cinq leçons, dialogues en caractères et en pinyin, enregistrements audio d'environ quatre heures) Voir à la FnacLe chinois, de Philippe Kantor (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis, mais fonctionne mieux en parallèle de Bellassen qu'à sa place.

Philippe Kantor a étudié le chinois à Paris 7, obtenu une bourse pour Pékin en 1974 et compte parmi les premiers agrégés et certifiés de chinois en France. Sa méthode suit le principe maison d'Assimil : une leçon courte par jour, une phase passive pendant laquelle vous vous contentez d'écouter, de lire et de traduire, puis une phase active à partir de la moitié du livre.

Ce qu'elle vous apprend précisément : à entendre. Les enregistrements sont la vraie valeur du produit, et la brièveté des leçons rend la régularité tenable, ce qui compte davantage que l'intensité. Trente minutes par jour pendant sept mois valent mieux que trois heures un dimanche sur deux.

Ce qu'elle ne vous apprend pas : l'écriture de manière systématique. Assimil affiche les caractères mais ne construit pas de progression graphique. Si vous n'utilisez que cette méthode, vous saurez parler et vous serez analphabète, situation plus fréquente qu'on ne le croit chez les autodidactes. C'est pour cela que Bellassen vient d'abord, et Assimil avec lui.

Un mot sur les tons, valable pour les deux livres : ne lisez jamais un dialogue en silence avant de l'avoir entendu. Votre cerveau lui attribuerait une prosodie française, et vous passeriez ensuite des mois à la désapprendre.

Le manuel universitaire, quand vous voulez du solide : « Méthode de chinois, premier niveau »

Isabelle Rabut, Wu Yongyi et Liu Hong, « Méthode de chinois, premier niveau » (L'Asiathèque, nouvelle édition, quatorze leçons, plus de sept heures d'enregistrements accessibles par QR code ou en téléchargement) Voir à la FnacMéthode de chinois, premier niveau, de Isabelle Rabut, Wu Yongyi et Liu Hong (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : trois à six mois de pratique, ou l'équivalent d'un semestre.

Isabelle Rabut est professeur de langue et de littérature chinoises à l'Inalco, Wu Yongyi y est maître de conférences, et l'ouvrage sert de manuel d'année d'initiation dans cet établissement. Chaque leçon se divise en deux moitiés, l'une orale, l'autre écrite, avec l'apprentissage d'une trentaine de caractères, un texte et des exercices.

Vous remarquerez que cette structure reprend la séparation posée par Bellassen. Ce n'est pas un hasard : c'est devenu la manière française d'enseigner le chinois, et elle a fait ses preuves.

Ce qu'elle vous apprend précisément : la rigueur. Les explications grammaticales sont détaillées, les exercices nombreux, les corrigés fournis. Après ce volume, la grammaire chinoise de base ne vous réserve plus de surprise, et vous avez de quoi enchaîner sur le deuxième niveau.

Ce qu'elle ne vous apprend pas : la légèreté. C'est un manuel d'université, il en a la densité et le prix. Acheté en premier par un curieux du dimanche, il finit sur une étagère.

Le livre qui débloque les caractères : Kyril Ryjik, « L'idiot chinois »

Kyril Ryjik, « L'idiot chinois », volume 1, « Rudiments pour la compréhension des caractères chinois » (éditions You Feng, nouvelle version établie avec Marie-Anne Destrebecq, série qui compte plusieurs volumes de fiches étymographiques) Voir à la FnacL'idiot chinois », volume 1, « Rudiments pour la compréhension des caractères chinois, de Kyril Ryjik (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : deux ou trois cents caractères déjà rencontrés, sinon le propos reste abstrait.

Ce n'est pas une méthode de langue et il ne faut surtout pas le commencer en premier. C'est une exploration du fonctionnement interne de l'écriture chinoise : comment un caractère est construit, ce que ses éléments apportent, pourquoi telle famille de signes partage un composant. Le titre est ironique, l'ouvrage est exigeant.

Ce qu'il vous apprend précisément : à arrêter de mémoriser. Passé un certain point, un caractère inconnu cesse d'être une image opaque et devient un assemblage lisible, dont vous devinez à moitié le sens et parfois la prononciation. C'est le moment où la courbe d'apprentissage s'inverse. Beaucoup d'apprenants abandonnent avant de l'atteindre, faute d'avoir su qu'il existait.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à faire une phrase. Aucun dialogue, aucune progression communicative. Utilisez-le comme un compagnon de vos autres livres, jamais seul.

Par où ne pas commencer

Les listes de vocabulaire HSK. Le HSK est l'examen officiel de compétence en chinois, et ses listes de mots par niveau circulent partout, souvent sous forme de fiches à réviser. Réviser une liste hors contexte est le meilleur moyen d'apprendre des mots avec le mauvais ton et sans savoir les employer. Les listes servent à vérifier ce que vous savez, pas à l'apprendre.

Les beaux livres sur l'étymologie poétique des caractères. Ils sont agréables, souvent bien illustrés, et une partie de leurs explications relève de la légende plutôt que de la paléographie. Le caractère de la femme sous un toit qui signifierait la paix, l'idéogramme de la crise qui contiendrait l'opportunité, ces histoires charmantes ont été largement démenties par les spécialistes. Elles peuvent aider la mémoire à court terme, elles installent des idées fausses à long terme.

Les gros dictionnaires en début de parcours. Un dictionnaire de sinogrammes se consulte par clés, par nombre de traits ou par prononciation, et ces trois entrées supposent des compétences que vous n'avez pas encore. Une application de reconnaissance par tracé vous rendra pendant six mois un service que le papier ne peut pas rendre.

Enfin, les manuels en anglais, si l'anglais n'est pas votre langue de confort. Il existe d'excellentes séries américaines, mais apprendre une troisième langue à travers une deuxième ajoute une couche de fatigue dont vous n'avez pas besoin. Le paysage éditorial français est ici largement suffisant, ce qui n'est pas vrai pour toutes les langues asiatiques.

Ce que les livres ne feront pas à votre place

Ils ne corrigeront pas vos tons. C'est la limite dure de l'autoformation en chinois, et elle n'a pas d'équivalent en espagnol ou en allemand. Vous pouvez répéter un enregistrement mille fois en croyant l'imiter et produire tout autre chose, parce que votre oreille filtre ce qu'elle ne sait pas encore entendre. Il faut quelqu'un en face, quelques heures par mois suffisent : un cours en association, un tandem linguistique, un professeur en ligne. Prenez cette correction tôt, une habitude tonale installée pendant deux ans se déloge très mal.

Ils ne vous feront pas écrire. La main apprend ce que l'œil oublie, et l'ordre des traits n'est pas une coquetterie calligraphique : il conditionne la recherche dans les dictionnaires, la saisie manuscrite et la stabilité du souvenir. Comptez dix minutes de tracé par jour, sur un cahier quadrillé, dès la première semaine.

Ils ne remplaceront pas la rencontre avec du chinois réel. Une série, une chaîne de cuisine, un forum, un roman en édition bilingue, n'importe quoi qui ne soit pas conçu pour les apprenants. Attendez d'avoir tenu six mois, puis introduisez-en régulièrement, même en n'y comprenant qu'un tiers.

Après ces quatre livres

Vous aurez la séparation de l'oral et de l'écrit, une grammaire de base solide, quelques centaines de caractères tenus et une idée juste de la façon dont fonctionne le système d'écriture. C'est le seuil à partir duquel le chinois cesse d'être un mur.

La suite dépend de votre objectif. Pour l'examen, les manuels de préparation au HSK prennent le relais et deviennent utiles à ce stade précis. Pour la lecture, les éditions bilingues de nouvelles contemporaines sont une entrée douce, avant les romanciers eux-mêmes, dont vous trouverez plusieurs traduits dans les pages auteurs. Pour le voyage, un mois d'immersion vaut une année de méthode, et le contraire n'est pas vrai.

Si cette manière d'apprendre une langue vous convient, la même logique s'applique ailleurs : voyez le reste de notre collection quels livres acheter pour apprendre à, et notamment pour apprendre le japonais, où la question de l'écriture se pose autrement, ou pour apprendre le coréen, dont l'alphabet s'apprend en un week-end.

Faut-il apprendre à parler chinois avant d'apprendre les caractères ?

Les deux en parallèle, mais dans deux carnets séparés et avec deux méthodes de travail distinctes. L'oral repose sur les tons, qui se travaillent à l'oreille et à la voix, en imitant un enregistrement. L'écriture repose sur les composants graphiques, qui se travaillent au crayon et par familles. Mélanger les deux dans une même séance donne l'impression d'avancer et produit en réalité deux apprentissages bâclés.

Combien de caractères faut-il connaître pour lire un journal chinois ?

Environ trois mille caractères pour lire confortablement la presse généraliste, mais la courbe est très favorable au début. Les quatre cents caractères enseignés par la méthode de Joël Bellassen couvrent déjà autour de soixante-dix pour cent des occurrences d'un texte courant, parce que quelques centaines de caractères reviennent sans arrêt. Ce sont les mille suivants qui coûtent cher.

Les tons sont-ils vraiment indispensables ou peut-on se faire comprendre sans ?

Ils sont indispensables, et c'est le point sur lequel les débutants francophones se trompent le plus longtemps. Le ton n'est pas une intonation expressive comme en français, c'est une partie du mot au même titre qu'une consonne. Un ton faux ne rend pas votre phrase bizarre, il la rend incompréhensible ou dit autre chose. Apprenez chaque mot avec son ton dès le premier jour, jamais après.

Faut-il apprendre les caractères simplifiés ou traditionnels ?

Les simplifiés, sauf raison précise. Ils sont en usage en Chine continentale et à Singapour, et ce sont eux qu'enseignent presque toutes les méthodes françaises. Les traditionnels restent utilisés à Taïwan, à Hong Kong et à Macao, et dans les textes anciens. Si votre projet concerne Taïwan ou la littérature classique, prenez les traditionnels d'emblée plutôt que de convertir plus tard.

Pourquoi la méthode Bellassen limite-t-elle volontairement le nombre de caractères ?

Parce que le vrai problème du débutant n'est pas la quantité, c'est la structure. Bellassen sépare l'apprentissage de la langue orale de celui de l'écriture, et sélectionne les caractères par fréquence réelle plutôt que par thème. Quatre cents caractères solidement acquis, décomposés en leurs éléments graphiques, valent mieux que mille reconnus vaguement. La limite est une décision pédagogique, pas une insuffisance de l'ouvrage.

Le pinyin suffit-il pour se débrouiller à l'oral ?

Pour les premiers mois, oui, et c'est même l'entrée normale. Le pinyin est la transcription officielle en alphabet latin, avec les tons notés par des accents. Le piège est de s'y installer : au bout d'un an sans caractères, votre vocabulaire se met à saturer, parce que le chinois compte énormément d'homophones que seule l'écriture distingue. Fixez-vous une date de bascule dès le départ.

Une méthode papier suffit-elle ou faut-il un professeur ?

Une méthode papier vous emmène très loin en grammaire, en vocabulaire et en écriture. Elle ne corrigera jamais vos tons, et c'est exactement là que se joue votre intelligibilité. Quelques heures avec un locuteur natif, en ligne ou dans une association, réparent en un mois des habitudes que vous traîneriez trois ans autrement. Le livre est votre programme, l'oreille humaine est votre correcteur.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

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