Quels livres pour apprendre le bonsaï ?
La scène se répète tous les ans, autour de Noël et de la fête des mères. On offre un petit arbre dans une coupe, il tient six semaines, il jaunit, il perd ses feuilles, et la personne conclut qu'elle n'a pas la main verte. Ce n'est presque jamais la vraie raison.
Le débutant qui cherche un livre cherche généralement les mauvaises informations. Il veut savoir tailler, ligaturer, choisir un style, reconnaître un chokkan d'un shakan. Or l'immense majorité des bonsaï meurent d'un problème d'eau, de lumière ou d'espèce mal choisie, jamais d'une ligature ratée. On ne tue pas un arbre en le taillant mal. On le tue en l'oubliant sur un radiateur.
D'où l'ordre proposé ici : culture d'abord, espèces ensuite, esthétique en dernier. Quatre livres, et une liste de ceux qu'il vaut mieux ne pas ouvrir en premier.
Ce que vous croyez apprendre, et ce qui décide vraiment
Un bonsaï n'est pas une espèce, c'est une technique de culture appliquée à un arbre ordinaire. Un genévrier de haie, un érable champêtre, un charme, un pin : les mêmes que ceux que vous croisez en forêt. Cela a une conséquence directe et que beaucoup ignorent : ces arbres ont besoin d'un hiver. Ils vivent dehors toute l'année, gel compris pour la plupart, et l'appartement les tue lentement.
Les seules espèces qui supportent l'intérieur sont tropicales ou subtropicales, principalement des ficus, des carmona, des podocarpus, des serissa. Elles exigent alors beaucoup de lumière et une hygrométrie que nos logements chauffés n'offrent pas naturellement. Le carmona, très vendu sous le nom d'arbre à thé de Fukien, est probablement l'un des arbres les plus difficiles qu'on puisse mettre entre les mains d'un débutant.
Deuxième point, l'arrosage. Le substrat de bonsaï, à base de pouzzolane, d'akadama ou de pumice, draine en quelques secondes. Il n'a rien à voir avec un terreau de plante verte. Un arbre en pot plat par trente degrés peut demander deux arrosages par jour, et le même arbre en février peut n'en demander aucun pendant une semaine. Un livre qui vous donne une fréquence fixe vous ment. Un bon livre vous apprend à juger au poids du pot et à la surface du substrat.
Voilà ce que le premier livre doit vous transmettre. Le reste attendra.
Premier livre : Nicolas Coulon et Elodie Marconnet, « Bonsaïs, comment les cultiver facilement »
Nicolas Coulon et Elodie Marconnet, « Bonsaïs, comment les cultiver facilement » (Éditions Ulmer, 2018, cent vingt pages, environ trois cents illustrations) Voir à la FnacBonsaïs, comment les cultiver facilement, de Nicolas Coulon et Elodie Marconnet (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis.
C'est un livre court, ce qui est ici une qualité et non un défaut. Il traite l'installation, l'exposition, l'arrosage, le rempotage, la fertilisation, puis donne des fiches de culture pour une quarantaine d'espèces d'intérieur et d'extérieur. La partie technique de mise en forme existe, elle reste volontairement mesurée.
Ce qu'il vous apprend précisément : à ne pas tuer l'arbre. Vous saurez où le poser, à quelle fréquence réelle l'arroser selon la saison, quand rempoter et à quoi ressemble une racine saine. Vous saurez surtout dire, en regardant une étiquette de jardinerie, si l'espèce peut ou non passer l'hiver dans votre salon.
Ce qu'il ne vous apprend pas : la formation à long terme. Cent vingt pages ne permettent pas de traiter le grossissement du tronc, la construction de la ramification ou la restructuration d'un vieux sujet. Ce n'est pas son ambition, et c'est très bien ainsi pour une première année.
Deuxième livre : Isabelle et Rémy Samson, « Le Petit Larousse des bonsaï »
Isabelle et Rémy Samson, « Le Petit Larousse des bonsaï » (Larousse, édition 2021) Voir à la FnacLe Petit Larousse des bonsaï, de Isabelle et Rémy Samson (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : un arbre vivant depuis quelques mois, et des questions précises à son sujet.
Rémy Samson est probablement le nom le plus connu du bonsaï en France. Horticulteur installé à Châtenay-Malabry, il a passé plus de quarante ans avec des dizaines de milliers d'arbres, et l'ouvrage porte cette accumulation d'observations. Le livre s'organise autour de fiches par espèce, avec pour chacune les modes de multiplication, les conditions d'entretien, le calendrier des gestes et le diagnostic des maladies courantes.
Ce qu'il vous apprend précisément : ce que votre arbre en particulier réclame. Un érable du Japon, un pin sylvestre et un ficus n'ont ni le même besoin en eau, ni la même fenêtre de rempotage, ni la même réaction à la taille. Cette information espèce par espèce est la seule qui vous évite d'appliquer à un conifère un conseil valable pour un feuillu, erreur classique et coûteuse.
Ce qu'il ne vous apprend pas : à travailler un arbre de bout en bout. C'est une encyclopédie de consultation, pas une méthode suivie. On l'ouvre pour une question, on le referme, on y revient trois semaines plus tard.
Troisième livre : Peter Warren, « Comment créer et entretenir vos bonsaïs »
Peter Warren, « Comment créer et entretenir vos bonsaïs » (Larousse, 2015 pour l'édition française, adaptation de Catherine Delvaux, réédité en 2022) Voir à la FnacComment créer et entretenir vos bonsaïs, de Peter Warren (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : au moins un cycle annuel complet derrière vous.
Warren est un Britannique qui s'est formé plusieurs années au Japon, et son livre porte la marque de cet apprentissage : on y voit des séquences de travail complètes, pas des gestes isolés. Choix du sujet, décision du style à partir de ce que l'arbre propose déjà, taille de structure, ligature, entretien dans la durée.
Ce qu'il vous apprend précisément : à regarder un arbre avant d'y toucher. C'est le passage difficile de l'apprentissage. La taille de formation n'est pas une application de règles géométriques, c'est une lecture du tronc, du mouvement, de la position des branches basses. Les photographies en séquence font ici ce qu'un texte seul ne fait pas.
Ce qu'il ne vous apprend pas : la patience. Il montre des transformations réussies, ce qui donne mécaniquement l'impression que les choses vont vite. Entre deux photos d'une même page peuvent tenir trois ans de croissance.
Quatrième livre : Alain Barbier et Rosenn Le Page, « Le traité Rustica des bonsaïs »
Alain Barbier et Rosenn Le Page, « Le traité Rustica des bonsaïs » (Rustica, 2022, quatre cents pages, soixante-cinq fiches d'espèces détaillées) Voir à la FnacLe traité Rustica des bonsaïs, de Alain Barbier et Rosenn Le Page (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : deux ou trois arbres en culture et l'envie d'aller plus loin.
C'est le volume de fond de cette liste, celui qu'on garde. Histoire et philosophie de la pratique, gestes d'entretien, pas à pas illustrés de création, formation, rempotage, ligature, fertilisation, restructuration, protection hivernale, puis les fiches d'espèces adaptées au climat français.
Ce qu'il vous apprend précisément : à relier les gestes entre eux. Pourquoi une taille sévère au mauvais moment de l'année compromet le rempotage de l'année suivante, comment le choix du pot influe sur l'arrosage, comment un arbre récupère d'une intervention lourde. C'est la logique d'ensemble, celle qui manque quand on a appris par tutoriels épars.
Ce qu'il ne vous apprend pas : le geste lui-même. Quatre cents pages ne remplacent pas une démonstration sur un arbre vivant, et l'ouvrage ne prétend pas le contraire.
L'arbre de jardinerie, et les livres par lesquels ne pas commencer
Un mot d'abord sur l'achat, parce qu'il précède la lecture pour beaucoup de gens.
Le bonsaï vendu en grande surface ou en rayon jardinerie est presque toujours un mauvais premier arbre. Il est produit en série, souvent importé, empoté dans un substrat trop rétenteur pour un transport et une durée de vente, étiqueté « bonsaï d'intérieur » sans que l'espèce soit précisée. Vous héritez donc d'un arbre inconnu, dans un pot inadapté, avec une consigne fausse. Un jeune plant de genévrier, de charme ou d'érable champêtre acheté en pépinière ordinaire coûte moins cher, vit dehors où il doit vivre, et vous laisse construire quelque chose au lieu de tenter de sauver un malade.
Côté livres, voici ce qu'il vaut mieux repousser.
Les grands ouvrages d'esthétique japonaise et les livres de styles, magnifiques et parfaitement inutiles la première année. Vous y apprendrez à nommer une dizaine de formes canoniques, ce qui ne vous servira que le jour où votre arbre aura assez de matière pour qu'une forme se pose.
Les manuels techniques anglo-saxons de référence, y compris les classiques signés par les grands noms américains ou japonais, souvent non traduits ou traduits anciennement. Ils supposent un climat, des espèces et un niveau de pratique qui ne sont pas les vôtres au départ.
Les albums de photographies de collections. Ce sont des livres de contemplation, achetez-les quand vous voudrez du plaisir, pas quand vous cherchez une méthode.
Enfin, méfiez-vous des ouvrages généralistes qui traitent le bonsaï en un chapitre au milieu d'un livre sur les plantes en pot. Le bonsaï tient à des détails de substrat et de cycle annuel qu'un chapitre ne peut pas couvrir. Sur les plantes en pot d'appartement, un livre dédié fait mieux, comme sur les plantes d'intérieur.
Ce qu'aucun livre ne fera à votre place
Il y a trois choses que ces quatre volumes ne vous donneront pas.
La première est le geste de rempotage. Ouvrir une motte, démêler, décider quelle racine part et laquelle reste, juger si l'arbre supportera l'opération cette année : cela se voit, cela se sent sous les doigts, et aucune photographie ne transmet la résistance d'une racine qu'on ne devrait pas couper. Les clubs de bonsaï, présents dans la plupart des villes françaises et souvent affiliés à une fédération, organisent des ateliers où vous ferez ce geste sous surveillance. Une matinée là-bas vaut un rayon entier de librairie.
La deuxième est l'observation quotidienne. Un bonsaï se regarde tous les jours, pas toutes les semaines. Le livre vous dit qu'un arbre assoiffé montre des feuilles molles avant de jaunir. Il ne vous fera pas passer devant l'arbre le matin. Personne d'autre que vous ne le fera.
La troisième est la connaissance des arbres eux-mêmes. Savoir à quoi ressemble un vieux pin en montagne, comment une branche basse meurt et laisse une cicatrice, comment un tronc s'incline sous le vent dominant : c'est de là que vient le sens de ce qu'on fait. Une promenade en forêt avec un guide de terrain fait autant pour votre pratique qu'un chapitre de technique, et apprendre à reconnaître les arbres est le complément le plus naturel à ce parcours.
Après ces quatre livres
Vous aurez la culture, les espèces, la formation et la vue d'ensemble. C'est assez pour tenir plusieurs arbres en vie et en travailler un sérieusement, ce qui est déjà loin devant la moyenne.
La suite se joue moins en librairie qu'ailleurs. Un club, une exposition régionale, un atelier avec un praticien confirmé, et surtout du temps : la variable dont aucun livre ne peut vous dispenser. Beaucoup de pratiquants complètent d'ailleurs par le versant horticole classique, et un bon manuel de jardinage explique mieux le sol, les engrais et les maladies que la plupart des livres spécialisés.
Si l'apprentissage par les livres vous convient, le reste de la collection quels livres acheter pour apprendre à applique la même méthode à d'autres pratiques, et vous pouvez aussi parcourir les genres pour repérer les éditeurs sérieux en horticulture.
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