Quels livres pour apprendre à reconnaître les arbres ?
Il y a une scène qui se répète chaque Noël dans des dizaines de milliers de foyers français. Quelqu'un annonce qu'il aimerait « s'y connaître en arbres », et il reçoit « La Vie secrète des arbres ». Le livre est lu, souvent aimé, parfois offert à son tour. Six mois plus tard, la personne se promène en forêt et ne sait toujours pas si l'arbre devant elle est un charme, un hêtre ou un orme.
Ce n'est pas la faute du lecteur. C'est que le livre qu'on lui a offert ne fait pas ce qu'on croit qu'il fait. Reconnaître les arbres est une compétence d'observation, elle s'acquiert avec un guide de terrain, un carnet et des chaussures. Les beaux essais viennent après, et ils sont bien meilleurs une fois qu'on sait de quoi ils parlent. Voici quatre livres, dans un ordre qui tient compte de cela, plus la liste de ce qu'il ne faut surtout pas acheter en premier.
Ce que « reconnaître un arbre » veut vraiment dire
Un débutant regarde une feuille. Un botaniste regarde huit choses en même temps, et la feuille arrive en cinquième position.
Il regarde d'abord la silhouette générale et le port, c'est-à-dire la manière dont l'arbre occupe l'espace, parce qu'un tilleul et un peuplier ne se tiennent pas de la même façon. Puis l'écorce, sa couleur, sa texture, la façon dont elle se fissure ou s'exfolie. Puis la disposition des rameaux, opposés ou alternes, ce qui élimine déjà la moitié des candidats. Puis les bourgeons, qui sont le critère le plus fiable de tous et le seul disponible en février. Ensuite seulement la feuille, la fleur, le fruit, et le milieu où l'arbre pousse.
Cette hiérarchie a une conséquence pratique immédiate. Un livre qui vous présente les arbres par leurs feuilles, et uniquement par leurs feuilles, vous laisse démuni la moitié de l'année et vous apprend le mauvais réflexe. Un guide qui traite les sept critères vous rend autonome. C'est le seul critère de tri qui compte au moment d'acheter.
Premier livre : Owen Johnson, « Guide Delachaux des arbres de France »
Owen Johnson, « Guide Delachaux des arbres de France » (Delachaux et Niestlé, 2016, 256 pages, illustrations de David More) Voir à la FnacGuide Delachaux des arbres de France, de Owen Johnson (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis. C'est le seul achat vraiment obligatoire de cette liste.
Un peu plus de deux cents espèces d'arbres et d'arbustes présents en France, chacune décrite partie par partie : silhouette, écorce, rameaux, bourgeons, fleurs, fruits, feuilles. Les planches sont dessinées et non photographiées, ce qui paraît vieillot et qui est en réalité un avantage décisif. Un dessin montre le caractère typique de l'espèce, là où une photo montre un individu particulier, pris sous une lumière particulière, un jour particulier. Devant un arbre réel, le dessin gagne à chaque fois.
Ce qu'il vous apprend précisément : à procéder par élimination. La clé de détermination, illustrée par des centaines de croquis en couleur, vous fait poser les bonnes questions dans le bon ordre. Vous cesserez de chercher « à quoi ça ressemble » pour commencer à vérifier des critères, et c'est ce basculement qui fait toute la différence.
Ce qu'il ne vous apprend pas : les essences exotiques des parcs urbains. Si votre terrain de jeu est un square parisien planté de sophoras, de ginkgos et de paulownias, ce guide vous laissera régulièrement sans réponse. C'est le sujet du livre suivant.
Deuxième livre : Owen Johnson et David More, « Guide Delachaux des arbres d'Europe »
Owen Johnson et David More, « Guide Delachaux des arbres d'Europe » (Delachaux et Niestlé, plus de 1 500 espèces décrites et illustrées, plusieurs éditions successives) Voir à la FnacGuide Delachaux des arbres d'Europe, de Owen Johnson et David More (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : une première saison passée avec le guide précédent, ou une envie très décidée.
C'est le même travail, en beaucoup plus gros. Sous-espèces, variétés et espèces voisines y sont décrites et le plus souvent illustrées, avec les silhouettes et les détails, feuilles en tête. Owen Johnson étudie les arbres d'Europe depuis plus de vingt ans, David More est illustrateur naturaliste et a notamment travaillé pour le Muséum d'histoire naturelle de Londres.
Ce qu'il vous apprend précisément : à traiter les cas que le guide français abandonne. Les cultivars horticoles, les essences ornementales importées, les érables et les tilleuls de parcs qui ne ressemblent à rien de sauvage. C'est aussi le volume qui vous accompagnera en voyage, du sud de l'Espagne à la Scandinavie.
Ce qu'il ne vous apprend pas : à faire un choix. Mille cinq cents espèces, pour un débutant, c'est une source de doute plutôt qu'une aide. Achetez-le quand vous aurez déjà buté trois ou quatre fois sur les limites du premier, pas avant. Beaucoup de gens font l'inverse, prennent le plus complet par prudence, et se découragent.
Troisième livre : Jacques Tassin, « Penser comme un arbre »
Jacques Tassin, « Penser comme un arbre » (Odile Jacob, 2018, 144 pages, repris en poche) Voir à la FnacPenser comme un arbre, de Jacques Tassin (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis technique, mais se lit infiniment mieux quand on sait déjà nommer une dizaine d'espèces.
Tassin est chercheur en écologie végétale au Cirad. Son livre est court, dense, et il occupe une place particulière dans le paysage éditorial français : c'est la réponse sérieuse à la vague des livres sur la sensibilité et la communication des arbres. Il ne balaie pas le sujet d'un revers de main, il examine ce que la recherche montre réellement, ce qu'elle suggère, et ce qu'on lui fait dire.
Ce qu'il vous apprend précisément : à distinguer un fait établi d'une extrapolation séduisante. Les racines échangent bien des molécules par l'intermédiaire de champignons, c'est documenté. En conclure que la forêt est une communauté solidaire dotée d'intentions, c'est un saut que la biologie ne fait pas. Tassin tient les deux bouts, l'émerveillement et la rigueur, sans sacrifier ni l'un ni l'autre.
Une opinion, franchement : ce livre devrait être offert à la place de celui dont je vais parler plus bas. Il est plus court, plus beau à certains endroits, et il ne vous laissera pas avec des idées fausses à corriger plus tard.
Quatrième livre : Francis Hallé, « Plaidoyer pour l'arbre »
Francis Hallé, « Plaidoyer pour l'arbre » (Actes Sud, 2005, 212 pages) Voir à la FnacPlaidoyer pour l'arbre, de Francis Hallé (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : rien d'obligatoire, mais c'est le livre le plus exigeant de la sélection.
Hallé est botaniste, spécialiste des forêts tropicales et des architectures végétales, connu du grand public pour le Radeau des cimes qui permettait d'étudier la canopée par le dessus. Il a enseigné à Montpellier pendant près de trente ans. Ce livre est une analyse structurale et fonctionnelle de l'arbre, portraits d'espèces à l'appui, hévéa et eucalyptus notamment, avec des photographies de figuiers étrangleurs, de mangroves et de baobabs.
Ce qu'il vous apprend précisément : ce qu'est un arbre du point de vue de l'arbre. Il refuse l'anthropomorphisme de manière explicite et méthodique, et c'est précisément ce refus qui rend le propos vertigineux. Un arbre est modulaire, il se répète, il n'a pas d'individualité au sens où vous en avez une, il n'a pas d'âge limite programmé de la même façon. Les schémas techniques y voisinent avec des citations poétiques et historiques, ce qui donne un objet éditorial étrange et attachant.
Ce qu'il ne vous apprend pas : à identifier quoi que ce soit. Aucune clé, aucune planche de détermination. C'est un livre de compréhension, à lire au coin du feu, pas dans un sac à dos. Si l'approche végétale vous a plu, prolongez avec notre parcours pour apprendre la botanique, où Hallé revient sous un autre titre.
Par où ne pas commencer
Voici la partie qui vous fera gagner le plus de temps, et qu'aucune liste ne fait.
« La Vie secrète des arbres » de Peter Wohlleben (Les Arènes, 2017 pour l'édition française, traduit de l'allemand par Corinne Tresca, original paru en 2015). Le livre s'est vendu par millions et il a un mérite immense : il a donné à des centaines de milliers de gens l'envie de regarder une forêt. Mais il n'apprend pas à reconnaître les arbres, il n'a jamais prétendu le faire, et il contient des affirmations que la profession forestière conteste. L'Académie d'agriculture de France lui a consacré une analyse critique détaillée en 2018, reprise par la Société française d'écologie, qui relève des sources absentes ou invérifiables, des extrapolations non justifiées et un anthropomorphisme permanent qui finit par donner une image irréelle du fonctionnement d'une forêt. Ce n'est pas un procès en sorcellerie, c'est une mise au point. Lisez Wohlleben si le récit vous tente, en troisième ou quatrième position, et lisez Tassin dans la foulée.
Les guides entièrement photographiques vendus comme guides de terrain. Ils sont beaux et ils échouent au moment où vous en avez besoin, devant un rameau nu en janvier. Gardez-les pour le salon.
Les livres organisés par feuilles uniquement, souvent titrés « reconnaître les arbres facilement ». Ils fonctionnent quatre mois par an et vous installent le mauvais réflexe.
Enfin, les applications de reconnaissance par photo. Elles ont leur usage, celui de trancher un doute, mais elles court-circuitent l'étape qui fait progresser. Vous obtenez une réponse sans avoir formulé la question, et vous ne retenez rien.
Ce que les livres ne feront pas à votre place
Aucun guide ne vous fera reconnaître un arbre. Ce qui vous le fera reconnaître, c'est de passer devant le même arbre vingt fois.
Prenez cinq arbres, cinq seulement, sur un trajet que vous faites déjà. Nommez-les avec le guide, notez la date, et revenez les voir en novembre, en février, en avril. Vous verrez les bourgeons gonfler, l'écorce changer d'aspect selon l'humidité, la silhouette apparaître une fois les feuilles tombées. Cette poignée d'arbres vous en apprendra plus que trois cents pages parcourues.
Un livre ne remplacera pas non plus quelqu'un qui vous montre. Les associations locales, les Centres permanents d'initiatives pour l'environnement, les Offices nationaux des forêts et beaucoup de communes organisent des sorties gratuites ou presque. Une heure avec un forestier vaut une saison de lecture, parce qu'il vous dira ce que vous regardez au lieu de vous laisser deviner.
Un dernier conseil, souvent négligé : achetez une loupe de botaniste. Elle coûte peu, tient dans une poche, et elle sert autant sur un bourgeon que sur une écorce. C'est le seul accessoire qui change immédiatement ce que vous voyez.
Après ces quatre livres
Vous aurez alors un guide utilisable en toute saison, un second pour les cas difficiles, et deux livres qui vous auront donné une idée juste de ce qu'est un arbre. C'est plus que ce que possède la plupart des gens qui parlent de forêt.
La suite dépend de ce qui vous a pris. Si c'est le regard, allez vers « Écorces, voyage dans l'intimité des arbres du monde » de Cédric Pollet (Ulmer, 192 pages, prix P. J. Redouté artistique en 2009), dix ans de photographies d'écorces sur cinq continents, et vous ne regarderez plus jamais un tronc de la même manière. Si c'est le vivant qui se cache dessous, les champignons vous attendent, avec les précautions que le sujet impose, dans notre parcours pour apprendre la mycologie. Si c'est le vivant qui s'y pose, passez aux oiseaux, où la même logique de guide de terrain s'applique presque à l'identique.
Et si la méthode vous convient, le reste de la collection quels livres acheter pour apprendre à l'applique à une quarantaine d'autres domaines.
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