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Quels livres pour apprendre la vie du sol ? 4 titres dans l'ordre où les lire

Le sol n'est pas un support à amender mais un milieu vivant à comprendre. Quatre livres dans l'ordre, du jardinier au traité de pédologie, et ceux qu'il vaut mieux ouvrir en dernier.

L'équipe Relit10 min de lecture

Les livres de ce parcours, dans l'ordre

LivrePourquoiAcheter
Jardiner sur sol vivantGilles DomenechVoir Jardiner sur sol vivant, de Gilles Domenech à la Fnac (lien affilié)
Éloge du ver de terreChristophe GatineauVoir Éloge du ver de terre, de Christophe Gatineau à la Fnac (lien affilié)
Le Sol vivant : bases de pédologie, biologie des solsJean-Michel GobatVoir Le Sol vivant : bases de pédologie, biologie des sols, de Jean-Michel Gobat à la Fnac (lien affilié)
Des vers de terre et des hommesMarcel B. BouchéVoir Des vers de terre et des hommes, de Marcel B. Bouché à la Fnac (lien affilié)

Quels livres pour apprendre la vie du sol ?

La demande arrive presque toujours sous la même forme. Quelqu'un a remarqué que sa terre se compacte, que l'eau stagne ou file, que rien ne pousse comme prévu, et il cherche quoi mettre dedans. Du compost, de la corne broyée, du fumier, un engrais vert, une préparation quelconque. La question est mal posée, et elle explique pourquoi tant de gens achètent trois livres d'amendements avant de comprendre un seul mot de ce qui se passe sous leurs pieds.

Un sol n'est pas un contenant. C'est un milieu structuré, en partie minéral, en partie vivant, où des agrégats se forment et se défont, où des racines et des champignons échangent, où des animaux fabriquent de la porosité en circulant. Tant que ce modèle n'est pas en place, les recettes n'ont aucun sens : vous appliquerez à un sol argileux battant ce qui a été écrit pour un sable filtrant, et vous conclurez que ça ne marche pas.

Voici quatre livres, du jardin au traité, plus la partie que personne n'écrit : ceux qu'il vaut mieux ne pas ouvrir en premier, et le cas des Bourguignon.


D'abord, sachez de quel sol vous parlez

Trois personnes très différentes veulent apprendre la vie du sol, et elles n'ont pas besoin des mêmes pages.

La première a un jardin. Elle veut savoir pourquoi sa terre se comporte comme elle se comporte, et quoi changer sans y passer ses week-ends. Deux livres lui suffiront, et le premier de cette liste couvre déjà la moitié de ses questions.

La deuxième vient de l'agriculture ou s'y destine, sur quelques hectares ou davantage. Elle a besoin des mécanismes, parce que ses décisions engagent des saisons entières et du matériel. Le troisième livre lui est destiné, et elle le gardera vingt ans.

La troisième est simplement curieuse du vivant, et le sol est la porte d'entrée la plus sous-estimée qui existe. Elle peut lire ces livres dans n'importe quel ordre, mais elle aimera surtout le dernier.

Notez aussi ce que ce sujet n'est pas. La vie du sol est un objet d'étude, la permaculture est une méthode de conception d'un lieu. Elles se recoupent, elles ne se remplacent pas, et notre article sur les livres pour apprendre la permaculture explique où passe la frontière.

Premier livre : Gilles Domenech, « Jardiner sur sol vivant »

Gilles Domenech, « Jardiner sur sol vivant : quand les vers de terre remplacent la bêche ! » (Larousse, 2021) Voir à la FnacJardiner sur sol vivant, de Gilles Domenech (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis.

Domenech est pédologue de formation, avec un parcours universitaire à Toulouse et Aix-en-Provence, du terrain au Mali et en France, et il forme des jardiniers et des maraîchers depuis 2007. Il a cofondé en 2012 le réseau Maraîchage sol vivant. Cette trajectoire produit un livre inhabituel dans son rayon : les explications précèdent les recettes, et les recettes se déduisent des explications.

Ce qu'il vous apprend précisément : la différence entre texture et structure, ce qui est le seuil d'entrée du sujet. La texture est la proportion d'argile, de limon et de sable, elle ne change pas et vous devez faire avec. La structure est la manière dont ces particules s'assemblent en agrégats, elle change constamment, elle dépend de la matière organique, des racines et des animaux, et c'est sur elle que vous agissez. Vous comprendrez aussi pourquoi un sol nu se dégrade, ce que fait vraiment un couvert végétal, et pourquoi retourner la terre coûte plus qu'il ne rapporte.

Ce qu'il ne vous apprend pas : la chimie fine et la classification des sols. Ce n'est pas son objet et le livre ne prétend pas le contraire.

Deuxième livre : Christophe Gatineau, « Éloge du ver de terre »

Christophe Gatineau, « Éloge du ver de terre : notre futur dépend de son avenir » (Flammarion, 2018, 224 pages) Voir à la FnacÉloge du ver de terre, de Christophe Gatineau (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis, se lit d'une traite.

Un livre entier sur les vers de terre paraît excessif jusqu'à ce qu'on l'ouvre. Gatineau est agronome et paysan, et son parti pris est de faire du lombric l'entrée du sujet plutôt qu'un détail parmi d'autres. Le pari fonctionne : le ver de terre creuse, ingère, mélange, remonte, et sa galerie fait exactement ce que vous cherchez à obtenir avec des outils. Le livre a beaucoup circulé et a changé le regard d'un public large, ce qui est rare pour un ouvrage consacré à un invertébré.

Ce qu'il vous apprend précisément : que la fertilité est un processus animal autant que chimique. Les galeries font circuler l'air et l'eau, les déjections agrègent les particules, la matière organique de surface est enfouie sans qu'aucune machine intervienne. Une fois cette mécanique comprise, vous ne regarderez plus une bêche de la même façon.

Ce qu'il ne vous apprend pas : le reste de la faune et de la flore du sol. Les collemboles, les nématodes, les bactéries et les champignons y sont présents mais secondaires. C'est le prix d'un livre qui a choisi son personnage.

Si le ton militant vous gêne, une alternative existe : Bernard Bertrand et Victor Renaud, « Le Génie du sol vivant » (Éditions de Terran, 2009, préface de Gilles Clément) Voir à la FnacLe Génie du sol vivant, de Bernard Bertrand et Victor Renaud (lien affilié, ouvre un nouvel onglet), qui parcourt l'ensemble des acteurs du sol et la formation de l'humus, avec une iconographie soignée.

Troisième livre : Gobat, Aragno et Matthey, « Le Sol vivant »

Jean-Michel Gobat, Michel Aragno et Willy Matthey, « Le Sol vivant : bases de pédologie, biologie des sols » (Presses polytechniques et universitaires romandes, troisième édition parue en 2010, première édition en 1998, environ 800 pages) Voir à la FnacLe Sol vivant : bases de pédologie, biologie des sols, de Jean-Michel Gobat (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis réel : les deux étapes précédentes, ou un bagage scientifique.

C'est le livre que les autres résument. Trois parties : la pédologie générale, avec les constituants du sol, ses propriétés et les processus qui le forment ; les relations entre les organismes et le sol, de la décomposition du bois mort à la formation de la tourbe, du compostage à la dépollution biologique ; puis les grands types de sols et leur fonctionnement. Près de mille cinq cents définitions et plus de mille deux cents références bibliographiques accompagnent le texte.

Ce qu'il vous apprend précisément : à raisonner comme un pédologue plutôt qu'à collectionner des faits. Vous comprendrez pourquoi un même apport de matière organique donne des résultats opposés selon le climat, le pH et la fraction argileuse, et pourquoi un conseil vu en vidéo ne se transpose pas d'une région à l'autre.

Ce qu'il ne vous apprend pas : quoi faire samedi matin. C'est un ouvrage universitaire, il se consulte autant qu'il se lit, et personne ne le termine d'une traite. Achetez-le quand vous vous surprendrez à vouloir vérifier une affirmation lue ailleurs.

Quatrième livre : Marcel Bouché, « Des vers de terre et des hommes »

Marcel B. Bouché, « Des vers de terre et des hommes : découvrir nos écosystèmes fonctionnant à l'énergie solaire » (Actes Sud, 2014, 321 pages, avec la collaboration d'Alain Canet) Voir à la FnacDes vers de terre et des hommes, de Marcel B. Bouché (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : de la patience, et les livres précédents.

Bouché est l'un des grands spécialistes mondiaux des lombriciens, jardinier devenu directeur de recherche, ancien secrétaire des sections de pédozoologie des unions internationales des sciences biologiques et des sciences du sol. Il a passé sa carrière sur un objet que presque personne ne regardait, et son livre porte la marque de cette solitude : il est dense, digressif, parfois rugueux, et l'auteur lui-même suggère de sauter certains chapitres.

Ce qu'il vous apprend précisément : l'échelle. Les vers de terre constituent la première biomasse animale terrestre, et le livre développe ce que Bouché appelle les lombritechniques, c'est-à-dire l'usage délibéré de cette population pour restaurer une fertilité, réhabiliter un milieu dégradé ou traiter des déchets organiques. Vous passez du jardin à la question agricole et industrielle sans changer de sujet.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à lire vite. C'est un livre exigeant, et il est là pour cela.

Le cas Bourguignon, ce qui fait consensus et ce qui est discuté

Impossible de parler de vie du sol en français sans croiser Claude et Lydia Bourguignon. Ils sont partout : conférences, vidéos vues des millions de fois, et le classique de librairie « Le Sol, la terre et les champs » (Sang de la Terre, première parution en 1989, réédité depuis), auquel s'ajoute leur « Manifeste pour une agriculture durable » (Actes Sud, 2017). Claude Bourguignon est ingénieur agronome, diplômé de l'Institut national agronomique Paris-Grignon en 1974, entré à l'INRA de Dijon en 1981 comme attaché de recherche, parti ensuite fonder avec Lydia le Laboratoire d'analyse microbiologique des sols, en 1989, qui travaille surtout pour des viticulteurs.

Ce qui fait consensus dans la communauté scientifique : l'appauvrissement d'une grande partie des sols agricoles en matière organique et en activité biologique, sous l'effet conjugué du travail profond, des intrants de synthèse et de la simplification des rotations. Sur ce point, le couple a alerté tôt et il avait raison de le faire.

Ce qui est contesté, et par qui : d'anciens collègues de l'INRA, devenu INRAE, leur reprochent de ne pas étayer suffisamment un discours alarmiste, et des formules comme « le sol est mort » sont jugées simplificatrices ou catastrophistes. Leur tendance à parler des sols comme s'ils fonctionnaient tous de la même façon est également critiquée, alors que la variabilité entre un limon de Beauce et une rendzine bourguignonne est justement le cœur du sujet. Enfin, leur soutien à l'agriculture biodynamique est contesté par l'Association française pour l'information scientifique. En juin 2017, le syndicat enseignant SNETAP-FSU a obtenu du ministère de l'Agriculture que leurs conférences ne soient plus organisées dans les établissements publics d'enseignement agricole, en invoquant un discours parfois simplificateur.

La conclusion pratique n'est pas de les écarter, elle est de les lire au bon moment. Après Domenech, Gatineau et Gobat, vous ferez la part entre le constat et l'emphase. Avant eux, vous prendrez l'ensemble pour argent comptant.

Par où ne pas commencer

Les manuels d'amendement, d'abord. Ils remplissent les rayons et ils vous vendent une liste : tant de compost, tant de fumier, tant de broyat, telle préparation à telle période. Sans diagnostic préalable, ces quantités sont arbitraires. La même dose de matière organique nourrit un sol et en asphyxie un autre.

Les ouvrages centrés sur une technique unique, ensuite. Le bois raméal fragmenté, les couverts permanents, le compost de surface, la culture sur buttes : ce sont des outils, chacun avec un domaine de validité étroit, et chacun a produit sa vague de déceptions chez des gens qui l'avaient appliqué hors contexte.

Les livres de mycorhizes grand public, enfin, du moins ceux qui promettent une révélation. Les symbioses entre racines et champignons sont un fait ancien, décrit et mesuré. Les extrapolations sur un réseau de communication entre arbres font l'objet de controverses sérieuses entre chercheurs depuis quelques années, et un ouvrage qui présente ces hypothèses comme établies vous raconte une belle histoire plutôt qu'il ne vous apprend un sol.

Ce qu'un livre ne fera pas à votre place

Il ne creusera pas. Le geste fondateur de cette discipline tient en un coup de bêche de trente centimètres, un jour où la terre n'est ni détrempée ni sèche : vous regardez les horizons, vous comptez les vers, vous cherchez les racines, vous sentez l'odeur. Un sol vivant sent la forêt. Un sol asphyxié sent le renfermé. Aucun auteur ne peut faire ce test pour vous, et il vaut trois chapitres.

Un livre ne datera pas non plus vos observations. La seule donnée qui vaille sur votre parcelle est une série : où l'eau stagne en février, où la terre craque en juillet, quand les vers remontent, ce qui a poussé et ce qui a manqué. Au bout de trois ans, ce carnet devient une source plus précise que n'importe quel ouvrage publié, parce qu'il parle du seul sol qui vous concerne.

Enfin, un livre ne vous donnera pas de contradicteur. Les réseaux de maraîchage sur sol vivant, les groupes d'agriculteurs qui échangent leurs essais, les journées techniques des chambres d'agriculture font en une matinée ce que six ouvrages laissent dans le flou, et ils parlent de votre région.

Après ces quatre livres

Vous aurez alors un modèle mental du sol, l'animal qui le fabrique, la référence pour vérifier, et de quoi tenir une conversation avec un agronome sans hocher la tête au hasard.

La suite dépend de ce qui vous a pris. Si c'est le vivant lui-même, Marc-André Selosse, professeur au Muséum national d'histoire naturelle, a écrit sur les symbioses et sur le sol des livres qui prolongent cette curiosité, et nous en citons un dans notre article sur les livres pour apprendre le jardinage. Si c'est le versant agricole, l'agroforesterie et les couverts végétaux forment la porte suivante.

Le reste de la collection quels livres acheter pour apprendre à applique la même méthode ailleurs, et les genres du catalogue permettent de repérer les éditeurs qui tiennent ce sujet depuis longtemps. Une chose reste vraie après toutes ces lectures : les gens qui connaissent le mieux leur sol sont ceux qui l'ont regardé le plus souvent, pas ceux qui en ont le plus lu.

Par quel livre commencer quand on ne connaît rien à la vie du sol ?

Par « Jardiner sur sol vivant » de Gilles Domenech (Larousse, 2021). L'auteur est pédologue de formation et cofondateur du réseau Maraîchage sol vivant, ce qui donne un livre rare : les explications de fonctionnement viennent avant les gestes, et les gestes en découlent. Vous y trouverez la texture, la structure, le rôle de la matière organique et des racines, avec des applications directes au jardin. C'est le seuil le plus bas pour entrer dans le sujet sans commencer par une liste d'amendements.

Quelle différence entre la vie du sol et la permaculture ?

La vie du sol est un objet d'étude : la biologie et la physique d'un milieu, les vers, les champignons, les bactéries, les agrégats, les racines. La permaculture est une méthode de conception qui décide de l'emplacement des choses sur un terrain. Les deux se croisent souvent dans les rayons de librairie, elles ne répondent pas à la même question. On peut passer un an à comprendre son sol sans jamais dessiner un plan de conception, et l'inverse est également vrai.

Faut-il faire analyser son sol avant de lire quoi que ce soit ?

Non, l'ordre inverse est plus utile. Une analyse de sol vous renverra des pourcentages d'argile, de limon, de sable, un taux de matière organique, un pH et des teneurs en éléments. Ces chiffres ne veulent rien dire tant que vous ne savez pas ce qu'ils décrivent. Lisez d'abord de quoi vous donner le vocabulaire, faites l'analyse ensuite : elle vous coûtera le même prix et vous apprendra dix fois plus.

Peut-on se fier aux livres de Claude et Lydia Bourguignon ?

Sur le diagnostic général, celui de l'appauvrissement biologique des sols agricoles sous l'effet du labour profond, des intrants de synthèse et de la simplification des rotations, ils rejoignent un constat largement partagé. Ce qui leur est reproché par d'anciens collègues de l'INRA, devenu INRAE, tient aux formulations : des affirmations jugées simplificatrices ou catastrophistes, l'idée que tous les sols fonctionneraient de la même manière, et le soutien à la biodynamie que conteste l'Association française pour l'information scientifique. Lisez-les après avoir lu autre chose, pas avant.

Un livre suffit-il pour améliorer un sol appauvri ?

Il vous donnera le raisonnement, pas le calendrier. Un sol se répare sur des années, par des apports réguliers de matière organique, une couverture permanente, un arrêt du travail profond et un peu de patience. Les seules informations qui décideront de vos choix sont locales : la profondeur de votre terre végétale, la remontée de l'eau en hiver, la présence ou l'absence de vers quand vous creusez. Un carnet d'observations daté vaut plus que le cinquième livre.

Les livres de vulgarisation sur les champignons du sol sont-ils fiables ?

Ils le sont quand ils citent leurs sources et quand ils distinguent ce qui est établi de ce qui est encore discuté. Les symbioses mycorhiziennes sont un fait ancien et bien décrit. En revanche, les extrapolations sur une communication entre arbres via les réseaux fongiques font l'objet de débats vifs entre chercheurs, et un livre qui les présente comme acquises vous vend une histoire plutôt qu'un savoir.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

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