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Quels livres pour apprendre la typographie ? 4 titres dans l'ordre

La typographie n'est pas un choix de police, c'est un travail sur l'espace. Quatre livres dans l'ordre, la place des règles françaises, et ce qu'aucun manuel ne remplace.

L'équipe Relit9 min de lecture

Les livres de ce parcours, dans l'ordre

LivrePourquoiAcheter
Typographie, guide pratiqueDamien GautierVoir Typographie, guide pratique, de Damien Gautier à la Fnac (lien affilié)
Le détail en typographieJost HochuliVoir Le détail en typographie, de Jost Hochuli à la Fnac (lien affilié)
Le petit manuel de composition typographiqueMuriel ParisVoir Le petit manuel de composition typographique, de Muriel Paris à la Fnac (lien affilié)
Lexique des règles typographiques en usage à l'Imprimerie nationaleImprimerie nationaleVoir Lexique des règles typographiques en usage à l'Imprimerie nationale, de Imprimerie nationale à la Fnac (lien affilié)

Quels livres pour apprendre la typographie ?

Demandez à quelqu'un ce qu'il entend par apprendre la typographie, et il vous répondra neuf fois sur dix qu'il aimerait mieux choisir ses polices. C'est une réponse compréhensible et c'est une fausse piste. Le choix du caractère est la partie visible, celle qui se raconte, celle sur laquelle tout le monde a un avis. Elle occupe cinq minutes dans un projet qui en demande quarante heures.

Le reste du temps se passe sur l'espace. Combien d'air entre deux lettres, combien entre deux mots, combien entre deux lignes, quelle largeur de colonne, quel blanc de marge, où couper. Un texte composé dans un caractère médiocre mais bien réglé se lit sans effort. Le même texte dans un caractère magnifique, mal interligné et justifié trop large, fatigue au bout de trois paragraphes. Les typographes appellent gris typographique la densité générale que produisent ces réglages vus de loin, en plissant les yeux, et c'est à peu près le seul critère qui compte.

Voici quatre livres, dans l'ordre où ils se lisent. Deux vous apprennent l'espace, deux vous donnent les règles françaises, qui ne sont pas les règles anglaises.


Ce que vous apprenez n'est pas ce que vous montrez

Trois personnes arrivent sur cette question et ne s'arrêteront pas à la même étape.

La première compose déjà des documents, mémoire, rapport, plaquette, et sent que quelque chose cloche sans pouvoir le nommer. Les deux premiers livres règlent son problème.

La deuxième vient du graphisme ou du web et veut cesser de bricoler ses réglages au jugé. Elle doit tout lire, et particulièrement le troisième titre, qui traite du cas français que les ressources anglophones ignorent.

La troisième est correctrice, éditrice, secrétaire de rédaction, ou travaille sur du texte destiné à l'impression. Pour elle, le quatrième ouvrage n'est pas une lecture mais un outil de travail quotidien, et elle peut le prendre dès le premier jour.

Si vous arrivez ici depuis le graphisme, sachez que la typographie en est un chapitre autonome, avec sa propre littérature. Notre sélection pour apprendre le design graphique s'arrête volontairement au seuil de ce chapitre, et les deux parcours se complètent sans se recouper.

Premier livre : Damien Gautier, « Typographie, guide pratique »

Damien Gautier, « Typographie, guide pratique » (Pyramyd, deuxième édition parue en 2001, environ quatre-vingt-seize pages, abondamment illustré) Voir à la FnacTypographie, guide pratique, de Damien Gautier (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis.

Damien Gautier enseigne à l'École nationale supérieure des beaux-arts de Lyon et dirige un atelier consacré au dessin de caractères et à l'édition. Son guide fait un travail que peu de livres français font aussi bien en si peu de pages : partir de l'anatomie de la lettre, hauteur d'œil, empattements, graisse, chasse, puis remonter jusqu'à la structure de la page.

Ce qu'il vous apprend précisément : le vocabulaire, et l'articulation entre le micro et le macro. Vous saurez nommer ce que vous regardez, ce qui est la condition pour en discuter avec un imprimeur, un correcteur ou un développeur. Le format court est une qualité ici, le livre ne noie rien.

Ce qu'il ne vous apprend pas : le détail des réglages. Il pose les notions, il ne vous accompagne pas dans les arbitrages fins d'un texte long. Il montre aussi son âge sur les questions d'outil, ce qui n'a aucune importance puisque les notions n'ont pas bougé.

Deuxième livre : Jost Hochuli, « Le détail en typographie »

Jost Hochuli, « Le détail en typographie. La lettre, l'interlettrage, le mot, l'espacement, la ligne, l'interlignage, la colonne » (éditions B42, 2015, traduit de l'allemand par Victor Guégan, une soixantaine de pages) Voir à la FnacLe détail en typographie, de Jost Hochuli (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : le vocabulaire de base, donc le livre précédent.

Le sous-titre est le sommaire, et il dit tout du projet. Hochuli, typographe suisse né en 1933, remonte du plus petit au plus grand, une échelle après l'autre, et ne parle jamais de style. Le texte original date de 1987 et a été publié dans sept langues avant que B42 en donne une nouvelle traduction française.

Ce qu'il vous apprend précisément : que la lisibilité se joue à des niveaux que vous n'aviez jamais examinés séparément. Pourquoi les capitales demandent plus d'interlettrage que les bas-de-casse. Pourquoi une ligne trop longue oblige l'œil à chercher le début de la suivante, et comment l'interlignage compense en partie ce défaut. Pourquoi une justification serrée produit des rivières de blanc dans le bloc de texte.

Une opinion franche : c'est le meilleur livre de cette liste, et le plus court. Soixante pages qui changent durablement votre façon de regarder un paragraphe. Le rapport entre l'épaisseur du volume et ce qu'il vous laisse est sans équivalent dans la discipline.

Ce qu'il ne vous apprend pas : les usages français. Hochuli travaille dans un contexte germanique et suisse. Il ne dit rien de l'espace insécable avant le point-virgule ni des guillemets chevrons, et c'est exactement pour cela que la suite existe.

Troisième livre : Muriel Paris, « Petit manuel de composition typographique »

Muriel Paris, « Le petit manuel de composition typographique » (publié par l'auteure, première version en 1999, troisième version en 2008) Voir à la FnacLe petit manuel de composition typographique, de Muriel Paris (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : les deux étapes précédentes, ou une pratique équivalente.

Muriel Paris est graphiste et typographe, et son manuel a la particularité d'être composé selon les principes qu'il expose, ce qui en fait sa propre démonstration. Le livre traite de la composition du texte français : casse, abréviations, écriture des nombres, ponctuation et ses espaces, guillemets, italique, coupures de mots.

Ce qu'il vous apprend précisément : les conventions qui distinguent un document composé en français d'un document composé selon les réglages par défaut d'un logiciel anglo-saxon. C'est un écart qui saute aux yeux d'un professionnel en une seconde et qu'un débutant ne voit jamais. L'espace fine insécable avant les deux-points, le point-virgule, le point d'interrogation et le point d'exclamation. Les guillemets chevrons plutôt que les guillemets droits. Les accents sur les capitales, qui ne sont pas facultatifs malgré ce qu'on répète.

Ce qu'il ne vous apprend pas : l'exhaustivité normative. Le manuel est compact et pédagogique, il tranche les cas fréquents. Pour les cas rares, il faut l'ouvrage suivant.

Quatrième livre : le « Lexique des règles typographiques en usage à l'Imprimerie nationale »

« Lexique des règles typographiques en usage à l'Imprimerie nationale » (Imprimerie nationale, troisième édition de 1990, environ cent quatre-vingt-seize pages, régulièrement retirée depuis) Voir à la FnacLexique des règles typographiques en usage à l'Imprimerie nationale, de Imprimerie nationale (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : aucun pour l'usage, mais aucun intérêt tant que vous n'avez pas de texte à composer.

Publié depuis 1971, ce petit volume est l'autorité de référence dans l'édition française, aux côtés du Code typographique et du Ramat. Il est organisé alphabétiquement par entrée : abréviations, capitales, chiffres, coupures, italique, noms géographiques, titres d'ouvrages, unités de mesure.

Ce qu'il vous apprend précisément : rien, si vous le lisez comme un livre. Beaucoup de gens l'achètent, le feuillettent, le trouvent aride et le rangent. C'est le mauvais usage. On l'ouvre quand une question se pose, on la résout en quinze secondes, on referme. Faut-il une majuscule à ministre dans cette phrase, comment écrire une plage d'années, où couper un mot composé en fin de ligne. Au bout de six mois, une trentaine de règles sont passées en mémoire sans effort.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à composer. Aucune notion de grille, d'interlignage, de hiérarchie. Le Lexique arbitre le texte, il ne le met pas en forme. Confondre les deux est l'erreur la plus fréquente sur ce sujet.

Par où ne pas commencer

Par un livre de polices. Les recueils qui alignent trois cents caractères sur trois cents pages, avec un pangramme et une notice, sont agréables à feuilleter et n'apprennent rien. Vous en sortirez avec des envies et aucune méthode, ce qui produit exactement le défaut que ces livres prétendent corriger.

Deuxième famille à écarter en entrée : les manuels anglo-saxons de composition, dont le plus cité est le traité de Robert Bringhurst. Le livre est excellent dans son ordre, il raisonne dans les conventions anglophones, et un débutant francophone en tirera des habitudes qu'il faudra ensuite désapprendre. Lisez-le plus tard, quand vous saurez repérer ce qui ne s'applique pas chez vous.

Troisième piège, plus discret : les guides de typographie web achetés avant tout le reste. Ils traitent d'un cas particulier, celui d'un texte dont vous ne contrôlez ni la taille finale ni la largeur ni parfois le caractère. Commencer par là revient à apprendre les exceptions avant la règle.

Enfin, méfiez-vous des monographies de fondeurs et des beaux livres consacrés à un seul caractère. Ce sont d'excellents objets et de mauvais points de départ, parce qu'ils supposent que vous savez déjà ce qui distingue un caractère d'un autre.

Ce que les livres ne feront pas à votre place

Ils ne vous montreront pas votre propre texte imprimé. C'est la limite la plus concrète de cette discipline : un bloc de texte jugé sur un écran rétroéclairé et le même bloc sorti sur papier n'ont pas la même densité. Le gris change, les blancs paraissent différents, les rivières apparaissent. Imprimez vos épreuves, même sur une imprimante ordinaire, même en noir et blanc. Une page sur deux de ce que vous croyiez réglé ne l'était pas.

Ils ne vous donneront pas non plus de texte à composer. Un exercice inventé ne ressemble à rien de réel, parce que la difficulté vient toujours du contenu : un titre trop long, une note de bas de page qui ne tient pas, un tableau qui déborde, un nom propre impossible à couper. Cherchez un document existant, un rapport associatif, un programme de festival, un mémoire, et recomposez-le en entier.

Ils ne remplaceront pas non plus le fait de regarder du texte composé par d'autres. Ouvrez trois livres de poche de trois éditeurs différents, à la même page, et comparez la largeur de marge de petit fond, la taille du corps, l'interlignage. Vous verrez trois réponses cohérentes à la même question. La typographie s'apprend beaucoup par ce genre de comparaison silencieuse, et les rayonnages d'une médiathèque ou d'une boîte à livres vous en fournissent des centaines gratuitement.

Dernier point, moins technique : personne ne vous dira que votre composition est bonne, parce qu'une bonne composition ne se remarque pas. Le succès de ce travail est son invisibilité, ce qui en fait une discipline sans applaudissements. Il faut aimer ça.

Après ces quatre livres

Vous aurez le vocabulaire, une compréhension de l'espace, les conventions françaises et un ouvrage d'arbitrage sur votre bureau. C'est largement de quoi composer un document long sans que personne ne grimace.

La suite dépend de la direction que prend votre travail. Si c'est la page imprimée, allez vers la mise en page et les systèmes de grille, puis vers l'histoire des caractères, qui explique pourquoi un Garamond et un Helvetica ne racontent pas la même chose. Si c'est le geste de la lettre qui vous a retenu, la calligraphie est le chemin inverse du même sujet, la main plutôt que la machine, et beaucoup de dessinateurs de caractères sont passés par là.

Le reste de la collection quels livres acheter pour apprendre à applique la même règle partout : peu de titres, un ordre, et ce que chacun ne fait pas.

Apprendre la typographie, est-ce apprendre à choisir une police ?

Non, et c'est le malentendu de départ. Le choix du caractère occupe cinq minutes dans un projet, les réglages d'espace occupent le reste. Interlettrage, approche, interlignage, largeur de colonne, blancs de marge, ces décisions produisent la lisibilité et la couleur générale du texte. Deux personnes qui utilisent le même caractère obtiennent des résultats sans rapport selon la façon dont elles gèrent ces espaces.

Le Lexique de l'Imprimerie nationale suffit-il pour apprendre la typographie ?

Il ne l'apprend pas, il l'arbitre. Le Lexique dit quelles majuscules prennent l'accent, comment abréger un titre de noblesse, où placer l'espace insécable avant un point-virgule. Ce sont des règles de composition du texte français, pas une méthode de mise en forme. Vous l'ouvrez pour trancher un cas précis, quinze secondes, puis vous le refermez. C'est un outil de bureau, pas un cours.

Les règles typographiques anglaises s'appliquent-elles au français ?

Non, et beaucoup d'erreurs viennent de là. Le français demande une espace fine insécable avant les deux-points, le point-virgule, le point d'interrogation et le point d'exclamation, l'anglais n'en met aucune. Le français utilise les guillemets chevrons, l'anglais les guillemets droits ou courbes. La plupart des tutoriels et des réglages logiciels par défaut sont anglo-saxons, et vous appliquerez leurs conventions sans le savoir si personne ne vous prévient.

Faut-il savoir dessiner des caractères pour comprendre la typographie ?

Non. Dessiner un caractère est un métier à part entière, qui demande des années et un logiciel spécialisé. Comprendre l'anatomie d'une lettre, hauteur d'œil, jambages, empattements, graisse, suffit largement pour bien utiliser ce que d'autres ont dessiné. Les typographes qui composent et ceux qui dessinent ne font pas le même travail, même s'ils partagent un vocabulaire.

Combien de temps pour composer un texte proprement ?

Quelques mois de pratique régulière suffisent pour qu'un document long cesse d'être visiblement amateur, à condition d'avoir quelqu'un qui relit vos épreuves. Le regard, lui, met des années à se former. Vous saurez que vous progressez le jour où un livre mal composé vous gênera physiquement à la lecture, sans que vous puissiez d'abord dire pourquoi.

Un livre de typographie est-il utile pour du travail à l'écran ?

Oui, avec un décalage. Les principes d'espacement, de hiérarchie et de longueur de ligne se transposent directement du papier à l'écran. Ce qui change, c'est le contrôle : sur le web, la taille du texte, la largeur de colonne et parfois le caractère lui-même dépendent de l'appareil du lecteur. Vous composez une intention plutôt qu'un résultat, mais l'intention se juge avec les mêmes critères.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

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