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Quels livres pour apprendre la calligraphie ? 5 titres selon l'écriture choisie

Avant la plume et l'encre, il faut choisir une main et une réglure. Cinq livres, latins, arabes et japonais, ce que chacun apprend, et le grand traité qu'il ne faut surtout pas acheter en premier.

L'équipe Relit9 min de lecture

Les livres de ce parcours, dans l'ordre

LivrePourquoiAcheter
Calligraphie, le guide completJulien ChazalVoir Calligraphie, le guide complet, de Julien Chazal à la Fnac (lien affilié)
Manuel de calligraphie anglaise. Apprendre à manier la plume pour maîtriser l'écriture anglaiseNoémie KerenVoir Manuel de calligraphie anglaise. Apprendre à manier la plume pour maîtriser l'écriture anglaise, de Noémie Keren à la Fnac (lien affilié)
Calligraphie. Du signe calligraphié à la peinture abstraiteClaude MediavillaVoir Calligraphie. Du signe calligraphié à la peinture abstraite, de Claude Mediavilla à la Fnac (lien affilié)
Calligraphie arabe vivanteHassan MassoudyVoir Calligraphie arabe vivante, de Hassan Massoudy à la Fnac (lien affilié)
Calligraphie japonaise, une initiationYuuko SuzukiVoir Calligraphie japonaise, une initiation, de Yuuko Suzuki à la Fnac (lien affilié)

Quels livres pour apprendre la calligraphie ?

La scène se répète. On reçoit un coffret à Noël, un porte-plume, quatre becs, un flacon d'encre noire et un carnet. On s'installe, on trace son prénom, et le résultat est décevant sans qu'on comprenne pourquoi. Alors on recommence en essayant de faire joli, on épaissit les pleins à la main, on rallonge les déliés, on invente. Trois semaines plus tard, on a fabriqué une écriture décorative personnelle qui ne ressemble à aucune main historique, et qui ne progresse plus.

C'est l'erreur fondatrice de la discipline. La calligraphie n'est pas une écriture embellie, c'est la reproduction d'un modèle réglé, avec un outil tenu à un angle donné, dans un ordre de traits donné, entre des lignes tracées d'avance. La liberté vient après, et elle vient de la maîtrise, jamais à sa place.

Le second piège est celui du rayon. Sous une même étiquette, les librairies rangent trois traditions qui ne partagent ni les outils, ni les proportions, ni le sens d'écriture. Voici cinq livres, classés selon ce que vous voulez apprendre, avec le grand traité qu'il ne faut surtout pas acheter en premier.


Choisissez une main avant d'acheter quoi que ce soit

Une main, en calligraphie, c'est un style d'écriture historique complet : un alphabet, des proportions, un angle de plume, un ductus. L'onciale, la caroline, la gothique textura, l'italique de chancellerie, l'anglaise. Elles ne sont pas des variantes esthétiques du même geste, elles sont des techniques différentes.

Deux familles d'outils séparent le terrain latin. La plume large, taillée en biseau, produit ses pleins et ses déliés par sa seule orientation : vous maintenez un angle constant, disons trente degrés, et l'épaisseur du trait varie selon sa direction. Vous n'appuyez jamais. La plume pointue, souple, fonctionne à l'inverse : le trait s'ouvre sous la pression, se referme quand vous relâchez, et c'est ce que fait l'anglaise, appelée aussi copperplate.

Le débutant qui achète les deux et alterne n'apprend ni l'une ni l'autre, parce que les réflexes de main sont contradictoires. Choisissez-en une, tenez six mois. L'onciale est la plus indulgente à la plume large : ses formes sont rondes, larges, sans capitales séparées, et un tracé légèrement irrégulier reste lisible. L'anglaise est plus exigeante mais très gratifiante, à condition d'accepter des semaines d'exercices d'ovales avant la première lettre.

Et dans les deux cas, tracez votre réglure. Hauteur de corps, hauteur de plume, inclinaison, interligne. C'est fastidieux, cela ressemble à un devoir de primaire, et c'est exactement ce qui sépare un apprenti d'un amateur qui stagne.

Premier livre : Julien Chazal, « Calligraphie, le guide complet »

Julien Chazal, « Calligraphie, le guide complet » (Eyrolles, première édition 2012, nouvelle édition en 2023, 224 pages) Voir à la FnacCalligraphie, le guide complet, de Julien Chazal (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Niveau requis : aucun.

Julien Chazal enseigne la calligraphie et l'ouvrage s'en ressent : la progression est celle d'un cours, pas celle d'un album. On commence par l'installation, la tenue du porte-plume, le choix des papiers et des encres, puis par les premiers traits abstraits, avant tout alphabet.

Ce qu'il vous apprend précisément : la structure d'une lettre. Vous comprendrez ce que veut dire mesurer une hauteur de corps en largeurs de plume, pourquoi une gothique se serre et une onciale s'étale, et comment un même alphabet change entièrement d'allure si vous modifiez l'angle de deux degrés. Le livre couvre plusieurs mains latines, ce qui vous laisse choisir en connaissance de cause.

Ce qu'il ne vous apprend pas : l'histoire des écritures, sinon par touches. Vous saurez tracer une caroline sans savoir grand chose de son contexte carolingien. Cela viendra avec le troisième livre, et il vaut mieux dans cet ordre.

Deuxième livre : Noémie Keren, « Manuel de calligraphie anglaise »

Noémie Keren, « Manuel de calligraphie anglaise. Apprendre à manier la plume pour maîtriser l'écriture anglaise » (auto-édité, 2023, 144 pages) Voir à la FnacManuel de calligraphie anglaise. Apprendre à manier la plume pour maîtriser l'écriture anglaise, de Noémie Keren (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Niveau requis : aucun, mais uniquement si vous avez choisi la plume pointue.

Précision d'honnêteté : ce titre est publié à compte d'auteur, ce qui explique qu'il soit absent des tables de librairie. C'est aussi, à notre connaissance, le seul manuel complet en français entièrement consacré à l'anglaise, ce qui lui donne une place que la taille de son éditeur ne laisse pas deviner.

Ce qu'il vous apprend précisément : la mécanique de la plume flexible. Posture, inclinaison du papier, porte-plume oblique, pression et relâchement, puis un parcours lettre à lettre, minuscules d'abord, capitales ensuite, ce qui est le bon ordre et n'est pas toujours respecté ailleurs. La question de la réglure à cinquante-quatre degrés, l'inclinaison caractéristique de cette écriture, y est traitée sérieusement.

Ce qu'il ne vous apprend pas : les autres mains. C'est un manuel monographique, assumé comme tel. Si l'anglaise ne vous attire pas, ce livre ne vous servira à rien, et l'inverse est vrai : aucun guide généraliste ne vous mènera aussi loin sur cette écriture.

Troisième livre : Claude Mediavilla, « Calligraphie »

Claude Mediavilla, « Calligraphie. Du signe calligraphié à la peinture abstraite » (Imprimerie nationale, 1993, 332 pages) Voir à la FnacCalligraphie. Du signe calligraphié à la peinture abstraite, de Claude Mediavilla (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Niveau requis : un an de pratique. Ne se lit pas d'une traite.

C'est le grand livre français sur le sujet, et personne ne l'a remplacé. Mediavilla, calligraphe et enseignant, y déroule l'histoire de l'écriture latine période par période, avec pour chacune le contexte historique, les sources paléographiques et les planches d'étude nécessaires à l'apprentissage du style. La dernière partie ouvre vers le signe contemporain et la peinture abstraite, ce que le sous-titre annonce.

Ce qu'il vous apprend précisément : d'où viennent les formes que vous tracez. Une capitale romaine n'a pas les proportions qu'elle a par goût, elle les tient de la gravure sur pierre. Une gothique s'est resserrée parce que le parchemin coûtait cher. Comprendre cela change la manière de copier un modèle, parce que vous cessez de recopier un dessin et commencez à reproduire un geste qui avait une raison.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à débuter. Le volume est lourd, savant, et ses planches supposent que vous sachiez déjà tenir une plume à angle constant. Acheté en premier, il impressionne et paralyse. Acheté en deuxième année, il devient l'ouvrage que vous rouvrirez pendant vingt ans.

Quatrième livre : Hassan Massoudy, « Calligraphie arabe vivante »

Hassan Massoudy, « Calligraphie arabe vivante » (Flammarion, première édition en 1981, réédité en couleurs) Voir à la FnacCalligraphie arabe vivante, de Hassan Massoudy (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Niveau requis : aucun pour la lecture, mais un enseignant est vivement conseillé pour la pratique.

Massoudy, né en Irak et installé à Paris, est le calligraphe arabe le plus connu en France. Son livre est à la fois un manuel et une réflexion de praticien. Il détaille la préparation, les outils, la taille du calame, les recettes d'encre et les supports, puis le code de l'écriture, points diacritiques et unités de mesure, puis les styles, koufi, naskhi, farsi, thuluth, ruqʿa, diwani, maghribi, et enfin la composition.

Ce qu'il vous apprend précisément : que la calligraphie arabe est un système de proportions avant d'être un tracé. La hauteur d'une lettre s'y mesure en points losangés posés avec le calame, ce qui donne à chaque style sa grille propre. Rien de ce que vous avez appris sur la plume large latine ne se transpose, et c'est un excellent rappel que le mot calligraphie recouvre plusieurs disciplines.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à tailler votre calame correctement. C'est le geste qui se transmet le plus mal par le livre, et celui dont tout dépend. Une taille approximative rend le reste impossible, quel que soit votre sérieux.

Cinquième livre : Yuuko Suzuki, « Calligraphie japonaise »

Yuuko Suzuki, « Calligraphie japonaise, une initiation » (Mango, 2021) Voir à la FnacCalligraphie japonaise, une initiation, de Yuuko Suzuki (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Niveau requis : aucun, aucune connaissance du japonais n'est demandée pour commencer.

Yuuko Suzuki, née à Osaka en 1956, a commencé la calligraphie à six ans et enseigné plus de vingt ans à Paris, notamment au musée Guimet. Son ouvrage part des quatre trésors du lettré, le pinceau, l'encre, la pierre à encre et le papier, puis avance vers les caractères, les mots, enfin les poèmes, au grand et au petit pinceau, en kana ou en mélangeant kana et kanji.

Ce qu'il vous apprend précisément : un rapport au geste que la tradition latine ignore. Le pinceau est tenu vertical, le mouvement part de l'épaule, l'encre se prépare en frottant le bâton sur la pierre, et cette préparation fait partie de l'exercice. L'ordre des traits n'y est pas une convention pédagogique mais une règle stricte dont dépend la forme finale du caractère.

Ce qu'il ne vous apprend pas : la langue. Vous calligraphierez des signes dont vous ne comprendrez pas tout, ce qui est acceptable au début et devient frustrant assez vite. Beaucoup de praticiens finissent par apprendre un peu de japonais pour cette raison, et personne ne le regrette.

Par où ne pas commencer

Voici la partie que les listes ne font jamais, et qui vous fera gagner le plus de temps.

Ne commencez pas par Mediavilla, même si c'est le titre que tout le monde vous citera, et à juste titre. Trois cent trente pages d'histoire de l'écriture lues avant d'avoir tracé mille traits produisent un effet précis : vous savez reconnaître une rustica sans savoir tenir un angle de plume trente secondes. C'est un ouvrage de consolidation, pas d'initiation.

Ne commencez pas non plus par les coffrets et les cahiers d'exercices vendus en grande surface. Les becs y sont souvent mal ébarbés, l'encre trop épaisse, et le papier boit. Vous attribuerez à votre main des défauts qui viennent du matériel, ce qui est la meilleure façon d'abandonner en un mois.

Écartez enfin, pour le moment, les livres de brush lettering et de hand lettering. Le rayon en déborde, les couvertures sont attirantes, et la discipline est réelle. Elle n'est simplement pas la même : on y dessine des lettres, avec des repentirs, quand la calligraphie les écrit en un passage. Un débutant qui commence par le lettering acquiert un œil et aucun ductus, et il devra tout reprendre. L'inverse n'est pas vrai : un calligraphe passe au lettering en quelques semaines.

Ce que les livres ne feront pas à votre place

Aucun livre ne verra que vous tenez votre plume à quarante-cinq degrés alors que le modèle en demande trente. C'est pourtant l'erreur la plus répandue, et elle rend toute progression impossible parce qu'elle fausse chaque lettre de la même manière. Un enseignant la corrige en dix secondes, un stage de week-end suffit, et beaucoup d'associations et de bibliothèques municipales en proposent.

Aucun livre ne remplacera non plus la répétition ingrate. Deux heures de traits verticaux parallèles, sans une seule lettre, valent mieux que trois alphabets bâclés. Le plaisir vient plus tard, et il vient précisément de là. C'est un point commun avec l'origami, où la précision des premiers plis conditionne tout le reste du modèle.

Enfin, un livre ne vous apprendra pas à regarder une forme. Si vous n'arrivez pas à voir que votre o est un ovale penché et non un cercle, aucun modèle ne vous sauvera. C'est un travail d'œil, et il se muscle ailleurs : voyez du côté des livres pour apprendre à dessiner, dont les premiers exercices d'observation servent directement ici.

Après ces cinq livres

Vous aurez alors une main tenue, une compréhension de la mécanique de l'outil, un socle historique et une idée de ce que font les traditions voisines. C'est beaucoup plus que ce dont dispose la plupart des gens qui pratiquent depuis des années.

La suite dépend de ce qui vous a pris. Si c'est la lettre, allez vers la paléographie et vers les manuscrits numérisés, dont les bibliothèques mettent des milliers de feuillets en ligne gratuitement. Si c'est le geste, allez vers le grand format, l'encre diluée et la calligraphie contemporaine, celle vers laquelle Mediavilla ouvre à la fin de son livre. Si c'est l'objet, allez vers la reliure et l'enluminure, qui prolongent naturellement la page écrite.

Vous pouvez aussi parcourir les genres et les rayons pratiques pour repérer les rééditions, ou continuer avec les autres titres de notre collection quels livres acheter pour apprendre à.

Par quel livre commencer la calligraphie latine quand on part de zéro ?

Par « Calligraphie, le guide complet » de Julien Chazal, chez Eyrolles, réédité en 2023. Il commence par la tenue de l'outil, l'angle de plume et la réglure avant de montrer la moindre lettre, ce qui est le bon ordre. Les ouvrages qui ouvrent sur un alphabet à recopier vous laissent inventer votre propre geste, et ce geste sera faux pendant des années.

Quelle écriture apprendre en premier, l'onciale ou l'anglaise ?

Les deux sont de bons départs, mais elles n'utilisent pas le même outil et ne s'apprennent pas ensemble. L'onciale se trace à la plume large, celle qui produit les pleins et les déliés par son angle et non par la pression. L'anglaise se trace à la plume pointue et flexible, où c'est la pression qui ouvre le trait. Choisissez selon l'outil qui vous attire, et tenez-vous y au moins six mois avant d'en essayer un second.

Faut-il vraiment travailler sur une réglure tracée ?

Oui, et c'est le conseil le plus ignoré des débutants. Une main calligraphique se définit par des proportions mesurées en hauteurs de plume, une inclinaison constante et un interligne fixe. Sans lignes tracées, vous fabriquez une écriture personnelle avant d'avoir un ductus, c'est à dire l'ordre et la direction des traits qui composent chaque lettre. Tracez vos lignes au crayon, elles s'effacent, et gardez la réglure pendant toute la première année.

La calligraphie arabe s'apprend-elle dans les mêmes livres que la latine ?

Non, et il ne faut pas essayer. L'outil diffère, le calame taillé en biseau, le sens de l'écriture est inverse, et les proportions se mesurent en points losangés posés à la plume, un système qui n'a pas d'équivalent occidental. Les grands styles, koufi, naskhi, thuluth, diwani, maghribi, se travaillent chacun avec ses règles. Il vous faut un ouvrage dédié, et si possible un enseignant, car la taille du calame se transmet mal par l'écrit.

Le brush lettering, c'est de la calligraphie ?

C'est une pratique voisine et distincte, qu'il vaut mieux ne pas confondre au moment d'acheter un livre. Le lettering dessine des lettres, souvent au feutre pinceau, avec une liberté de composition et des retouches possibles. La calligraphie les écrit, en un seul passage, selon un modèle réglé. Les deux se nourrissent, mais un manuel de lettering ne vous donnera ni ductus ni proportions, et vous vous en apercevrez au bout de trois mois.

Quel matériel minimum pour commencer sans se tromper ?

Pour une main à la plume large : un porte-plume droit, un jeu de becs de deux à cinq millimètres, un encre non waterproof pour ne pas encrasser, et du papier lisse assez épais, un simple papier machine de bonne qualité fait l'affaire au début. Pour l'anglaise : un porte-plume oblique, quelques becs pointus flexibles et de la gomme arabique. Évitez les coffrets cadeaux tout prêts, dont les plumes sont souvent médiocres et découragent sans raison.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

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