Quels livres pour apprendre la plongée ?
Il existe très peu de sports où l'on vous demande d'ouvrir un livre. On apprend à courir en courant, à grimper en grimpant, et les manuels y sont facultatifs. La plongée fait exception. La formation fédérale française comporte une partie théorique évaluée, avec des questions sur la loi de Mariotte, la saturation des tissus, les prérogatives de profondeur, et vous la réviserez sur papier ou sur écran, mais vous la réviserez.
C'est une bonne nouvelle pour un lecteur. Cela veut dire que le rayon plongée d'une librairie maritime n'est pas décoratif : ces ouvrages sont des supports de cours, écrits pour un examen précis, et il y a une réponse claire à la question « lequel me faut-il ». La réponse dépend uniquement du niveau que vous préparez.
Avant tout le reste, une chose qui n'est pas négociable. Rien de ce qui suit ne vous autorise à descendre seul. La plongée se pratique en club ou en structure encadrée, avec un moniteur, dans une progression validée dans l'eau. Aucun livre ne vous apprendra à gérer un essoufflement à vingt mètres ni à remonter dans les règles, et vous ne trouverez ici aucune procédure de décompression : ces choses s'apprennent avec quelqu'un à côté de vous. Le livre sert à comprendre pourquoi les gestes sont ceux-là.
Le manuel qui correspond à votre niveau
La série qui domine le marché français s'appelle Plongée Plaisir, publiée par GAP Éditions depuis 1999, et elle est découpée exactement comme le cursus fédéral. C'est sa force et c'est aussi sa limite : hors de ce cursus, elle perd une partie de son intérêt.
Le découpage tient en trois volumes pour la quasi-totalité des plongeurs loisir. Un pour l'entrée dans l'activité et l'autonomie en petite profondeur, un pour l'autonomie plus profonde, un pour l'encadrement. Vous n'aurez jamais besoin des trois en même temps, et c'est précisément l'erreur que font ceux qui achètent la série complète en janvier.
Premier manuel : Plongée Plaisir Niveaux 1 et 2
Alain Foret et Pablo Torres, « Plongée Plaisir Niveaux 1 et 2 » (GAP Éditions, 12e édition parue en 2024, environ 384 pages en couleur) Voir à la FnacPlongée Plaisir Niveaux 1 et 2, de Alain Foret et Pablo Torres (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis.
C'est le volume qui accompagne l'entrée dans l'activité, du baptême jusqu'à l'autonomie encadrée à vingt mètres. Il réunit deux niveaux dans un seul livre, ce qui évite d'en racheter un l'année suivante, et il contient environ quatre cents exercices corrigés répartis en séries de tests, plus des évaluations finales par niveau.
Ce qu'il vous apprend précisément : la physique appliquée à un corps immergé, ce qui se passe dans vos oreilles et vos sinus quand la pression double, le fonctionnement d'un détendeur, la lecture d'un ordinateur, le vocabulaire des signes, et le cadre réglementaire qui définit qui a le droit de faire quoi et à quelle profondeur. La partie physiologie est celle qui vous servira le plus longtemps, bien après l'examen.
Ce qu'il ne vous apprend pas : l'eau. Vous pouvez connaître par cœur le chapitre sur l'équilibrage et rester mal lesté pendant vingt plongées. La sensation de flottabilité neutre ne se transmet pas par écrit, elle s'obtient en gaspillant beaucoup d'air à mal la chercher.
Un conseil de méthode : ne lisez pas ce livre d'un bout à l'autre avant la première séance. Lisez le chapitre qui correspond au cours théorique que votre club vient de faire, dans la semaine qui suit. La théorie de plongée se comprend mal dans le vide, et très bien quand elle explique une sensation que vous avez eue le dimanche précédent.
Deuxième manuel : Plongée Plaisir Niveau 3
Alain Foret, « Plongée Plaisir Niveau 3 » (GAP Éditions, 12e édition, environ 272 pages) Voir à la FnacPlongée Plaisir Niveau 3, de Alain Foret (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : le niveau 2 acquis, et un nombre significatif de plongées derrière vous.
Le niveau 3 est celui de l'autonomie, avec des prérogatives qui vont jusqu'à quarante puis soixante mètres selon les aptitudes validées. Le manuel change de nature en conséquence. Le niveau 1 et 2 explique comment ça marche, le niveau 3 explique comment on décide.
Ce qu'il vous apprend précisément : la planification d'une plongée autonome, la gestion de l'autonomie en air, l'orientation, les procédures en profondeur, la responsabilité juridique de plongeurs qui descendent sans encadrant, et une physiologie nettement plus fine sur la narcose et les accidents de désaturation. La différence de ton avec le volume précédent est frappante : on ne vous décrit plus une activité, on vous confie une décision.
Ce qu'il ne vous apprend pas : le jugement. Savoir qu'il faut interrompre une plongée et l'interrompre réellement, devant deux camarades qui veulent continuer, sont deux compétences distinctes. La seconde s'acquiert au fil des saisons, et surtout au contact de plongeurs expérimentés qui l'ont déjà fait.
Le volume qu'il ne faut pas acheter en premier
Alain Foret, « Plongée Plaisir Niveaux 4 et 5 » (GAP Éditions, 12e édition parue en janvier 2025) Voir à la FnacPlongée Plaisir Niveaux 4 et 5, de Alain Foret (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Il est excellent. Il n'est pas pour vous tout de suite.
Ce volume prépare au guide de palanquée, c'est-à-dire à la conduite d'autres plongeurs sous l'eau, et à la direction de plongée d'exploration. Organisé en une dizaine de chapitres avec autant de tests de connaissances, il traite la réglementation en détail, les devoirs du guide, l'orientation, la prévention des risques, les tables et ordinateurs, et il s'adresse aussi aux candidats aux monitorats.
Beaucoup de plongeurs l'achètent trop tôt, par enthousiasme, après une bonne saison. Deux problèmes. Le premier est qu'il suppose acquis absolument tout le contenu des volumes précédents, ce qui rend sa lecture décourageante quand ce n'est pas encore le cas. Le second est plus bête et plus coûteux : le niveau 4 se prépare généralement plusieurs années après le niveau 3, et d'ici là une nouvelle édition sera sortie. Vous aurez payé un livre pour le remplacer avant de l'avoir ouvert sérieusement.
La règle est simple : on achète le manuel du niveau au moment où l'on s'inscrit à la formation de ce niveau, pas avant.
Pourquoi l'édition à jour compte ici plus qu'ailleurs
Sur la plupart des sujets, acheter un manuel d'occasion vieux de huit ans est une économie raisonnable. En plongée, c'est une fausse bonne affaire, et c'est la particularité la moins connue de ce rayon.
Deux raisons. La première est réglementaire. Le code du sport encadre la plongée en France, les prérogatives des brevets et les conditions d'exercice ont été révisées à plusieurs reprises, et un manuel ancien peut décrire des aptitudes ou des profondeurs qui ne correspondent plus au texte en vigueur. Vous réviseriez une théorie que l'examen ne pose plus.
La seconde est technique. Les pratiques évoluent, notamment tout ce qui touche aux ordinateurs de plongée, à la gestion des paliers et aux consignes de sécurité. Un ouvrage édité avant la généralisation de certains équipements consacre des pages à des méthodes que plus personne n'emploie.
Vérifiez donc le numéro d'édition avant d'acheter, y compris en neuf : les librairies écoulent parfois un ancien tirage. Sur ce point précis, la plongée ressemble plus au code de la route qu'à la littérature.
Un quatrième livre, qui n'est pas un manuel
Steven Weinberg, avec Frédéric André et Sylvain Le Bris, « Découvrir la vie sous-marine, Méditerranée » (GAP Éditions, 4e édition parue fin 2023, environ 584 pages) Voir à la FnacDécouvrir la vie sous-marine, Méditerranée, de Steven Weinberg, avec Frédéric André et Sylvain Le Bris (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis, et il existe des volumes équivalents pour d'autres façades.
Celui-là ne sert à aucun examen, et c'est peut-être le plus utile de la liste sur le long terme. Weinberg est biologiste marin et photographe sous-marin depuis les années soixante. Le guide recense environ 850 espèces avec plus de 1400 images et des fiches d'identification.
L'expérience de club est parlante : une bonne partie des gens qui arrêtent la plongée arrêtent après le premier ou le deuxième niveau, et rarement pour des raisons techniques. Ils arrêtent parce qu'ils descendent, regardent du bleu, remontent, et ne voient pas ce qu'il y aurait à voir. Apprendre à nommer ce qui est là transforme une plongée banale à quinze mètres en une sortie où il se passe quelque chose. C'est un investissement de motivation autant que de connaissance.
Une remarque pratique : ce guide se consulte après, pas pendant. Notez ce que vous avez vu au retour, cherchez le soir. Vous retiendrez infiniment mieux qu'en feuilletant des planches à froid.
Ce que ces livres ne feront pas à votre place
Ils ne vous mettront pas dans l'eau, et ce n'est pas une formule.
La plongée est une activité où la théorie donne une confiance parfois disproportionnée à la compétence réelle. On peut réciter les mécanismes de l'accident de décompression et paniquer à la première fuite de masque. Le corps s'entraîne séparément de la tête, et il s'entraîne en piscine l'hiver, en fosse, puis en milieu naturel, sous la surveillance de quelqu'un dont c'est le métier ou le bénévolat.
Ils ne remplaceront pas non plus le club sur un autre point, moins évident : la plongée est une activité de binôme. Vous ne descendez jamais seul, et la qualité de vos plongées dépend de gens que vous ne rencontrerez pas dans un livre. Le club vous donne des camarades de palanquée, une organisation de sorties, du matériel entretenu, et quelqu'un qui remarque que votre lestage est mauvais avant que vous ne le remarquiez vous-même.
Enfin, un rappel qui vaut d'être écrit noir sur blanc. Aucune procédure lue quelque part ne se teste seul, dans l'eau, pour voir. C'est le mode d'accident le plus classique chez les plongeurs autodidactes, et il n'a rien de théorique.
Par où continuer
Une fois le cursus engagé, la lecture change de fonction. Elle cesse d'être une révision et redevient un plaisir : biologie marine, archéologie sous-marine, récits d'exploration, photographie sous-marine. C'est aussi le moment où les guides régionaux prennent tout leur sens, parce que vous voyagez pour plonger et que chaque mer a sa faune.
Si l'idée d'un apprentissage qui mêle un manuel et un encadrement vous convient, elle se retrouve dans d'autres disciplines de plein air. Voyez quels livres pour apprendre l'escalade, où le rapport entre le papier et le terrain se pose exactement dans les mêmes termes, ou quels livres pour apprendre la survie en nature. Le reste de la collection quels livres acheter pour apprendre à applique la même méthode ailleurs, et le catalogue par genres permet de repérer les éditions récentes, ce qui compte particulièrement ici.
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