Quels livres pour apprendre l'escalade ?
Il y a un achat que presque tous les grimpeurs débutants font, et qui se révèle presque toujours prématuré : le manuel d'entraînement. Six mois après la première séance en salle, on plafonne, on en conclut qu'il manque de la force, on commande quatre cents pages de planification, de suspensions et de cycles de charge. Trois mois plus tard on a mal aux doigts et on grimpe toujours pareil.
Le diagnostic était faux. Ce qui bloque un grimpeur de première année, ce sont presque toujours deux choses : des pieds imprécis, et la peur. La force viendra toute seule, simplement en grimpant. Les pieds et la peur, eux, ne s'améliorent que si on les travaille consciemment, et c'est là qu'un livre sert réellement à quelque chose.
Voici quatre titres seulement, dans un ordre qui correspond à ce que vous savez faire, plus la liste de ce qu'il ne faut surtout pas acheter en premier.
D'abord, ce qu'aucun livre ne vous apprendra
Disons-le tout de suite, avant les recommandations : l'assurage ne s'apprend pas dans un livre. Ni dans une vidéo, ni auprès d'un ami qui vous montre vite fait au pied de la voie.
Manipuler une corde, un descendeur, un nœud d'encordement, vérifier son partenaire, gérer un mou, tout cela se transmet dans une salle ou un club, en présence de quelqu'un dont c'est le métier de regarder vos mains et de vous corriger. La quasi-totalité des salles françaises délivrent une formation à l'assurage et la sanctionnent par un passeport ou un test avant de vous laisser grimper en tête. Ce n'est pas une formalité administrative, c'est le seul filtre sérieux qui existe.
Les manuels dont je parle plus bas contiennent tous un chapitre sécurité, et c'est très bien qu'ils l'aient. Lisez-le. Mais lisez-le comme un rappel de ce qu'on vous a montré en salle, jamais comme un substitut. Un livre ne verra pas que votre main de freinage quitte la corde une demi-seconde à chaque avalage, et c'est précisément cette demi-seconde qui envoie les gens à l'hôpital.
Cette réserve posée, la lecture a une vraie place dans la progression d'un grimpeur, et une place que beaucoup sous-estiment.
Premier livre : Laurence Guyon et Olivier Broussouloux, « Escalade en salle »
Laurence Guyon et Olivier Broussouloux, « Escalade en salle. S'initier et progresser » (Glénat, 2022) Voir à la FnacEscalade en salle. S'initier et progresser, de Laurence Guyon et Olivier Broussouloux (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis, à lire dans les premières semaines.
Les deux auteurs sont grimpeurs et entraîneurs, à l'origine du site La Fabrique verticale, et ils ont fait le choix que très peu d'ouvrages français avaient fait avant eux : partir de la salle. C'est une évidence pédagogique et pourtant elle était rare. La plupart des manuels d'escalade décrivent encore la falaise comme la pratique normale et la salle comme un entraînement d'hiver, alors que la grande majorité des grimpeurs d'aujourd'hui commencent sur des prises en résine et n'en sortiront peut-être jamais.
Ce qu'il vous apprend précisément : à quoi servent les cotations et pourquoi elles mentent d'une salle à l'autre, comment choisir des chaussons qui ne vous dégoûteront pas au bout de deux séances, ce que signifie grimper les bras tendus, comment placer les pieds, et comment aborder les premières chutes volontaires. Les schémas de posture sont clairs, et il y a une vraie attention à la question du gainage et du placement de bassin, qui est le sujet numéro un des trois premiers mois.
Ce qu'il ne vous apprend pas : le rocher, les relais, l'équipement d'une longueur. C'est assumé et c'est cohérent.
Deuxième livre : Arno Ilgner, « La Voie des guerriers du rocher »
Arno Ilgner, « La Voie des guerriers du rocher. Préparation mentale pour grimpeurs » (Éditions du Mont-Blanc, 2015 pour l'édition française, nouvelle édition en 2021, traduit de l'anglais par Renaud Roussel) Voir à la FnacLa Voie des guerriers du rocher. Préparation mentale pour grimpeurs, de Arno Ilgner (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : quelques mois de pratique, assez pour avoir déjà eu peur.
Je place ce livre en deuxième position, ce qui va contre toutes les listes que vous trouverez ailleurs. La raison est simple : au bout de trois ou quatre mois, ce n'est plus la technique qui vous limite dans une voie donnée, c'est le moment où vous cessez de vous engager. Vous vous crispez sur une prise confortable, vous surdosez chaque mouvement, vous descendez avant d'avoir essayé. Aucun manuel technique ne traite ce problème, parce que ce n'est pas un problème technique.
Ilgner, grimpeur américain, a construit sa méthode à partir de la psychologie du sport et d'une lecture personnelle de la littérature sur la posture du guerrier. Le titre fait un peu peur, l'ouvrage est nettement plus sobre que sa couverture ne le laisse croire. Il s'est vendu à plus de cent mille exemplaires dans une dizaine de langues.
Ce qu'il vous apprend précisément : à distinguer le risque réel du risque ressenti, à décider avant d'être fatigué plutôt qu'après, à observer votre attention pendant l'effort au lieu de la subir. La notion centrale est celle d'engagement conscient : on choisit d'essayer ou on choisit de redescendre, mais on choisit.
Ce qu'il ne vous apprend pas : à chuter en sécurité. Les séances de chutes progressives se font encadrées, avec un assureur qui sait donner du mou. Le livre vous prépare la tête, la salle prépare le corps.
Troisième livre : Nicolas Glée et Jean-Paul Rousselet, « Escalade »
Nicolas Glée et Jean-Paul Rousselet, « Escalade : initiation, progression, technique, sécurité, entraînement » (Glénat, collection Solo, troisième édition parue en 2022) Voir à la FnacEscalade : initiation, progression, technique, sécurité, entraînement, de Nicolas Glée et Jean-Paul Rousselet (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : une saison de grimpe, l'envie de sortir de la salle.
C'est le manuel généraliste le plus à jour du catalogue français, et sa force est le format : compact, très illustré, organisé en une cinquantaine d'exercices concrets plutôt qu'en longs développements. La collection Solo de Glénat est celle des guides techniques de montagne, ce qui se sent dans le traitement du matériel et de la falaise.
Ce qu'il vous apprend précisément : les gestes techniques nommés et décomposés, ce qui change quand on quitte la résine pour le calcaire, la lecture d'une voie avant de partir, la préparation physique de base et les premiers repères d'entraînement. La partie sur la sécurité en extérieur est sérieuse et vous donnera le vocabulaire nécessaire pour suivre une formation, ce qui reste l'ordre des choses.
Ce qu'il ne vous apprend pas : le détail. Cinquante exercices sur deux cents pages, cela veut dire deux à quatre pages par sujet. C'est le format qui fait sa qualité de manuel de terrain et sa limite de manuel de référence.
Quatrième livre : Jean-Pierre Verdier et Didier Angonin, « Escalade »
Jean-Pierre Verdier et Didier Angonin, « Escalade, s'initier et progresser » (Amphora, nouvelle édition actualisée parue en 2013, plus de quatre cents pages) Voir à la FnacEscalade, s'initier et progresser, de Jean-Pierre Verdier et Didier Angonin (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : un an de pratique régulière, ou un projet d'encadrement.
Voici le pavé, et il arrive en dernier pour une bonne raison. Verdier a longtemps été formateur et l'ouvrage porte cette origine : c'est un manuel de pédagogie de l'escalade autant qu'un manuel d'escalade. Il est utilisé par des initiateurs de club depuis plus d'une décennie et il y a une raison à cette longévité.
Ce qu'il vous apprend précisément : la logique derrière les gestes. Pourquoi telle position de pied change l'équilibre général, comment décomposer un mouvement pour l'expliquer à quelqu'un, comment construire une progression sur une saison. Si vous encadrez ne serait-ce qu'un ami débutant, ce livre change votre manière de le faire.
Ce qu'il ne vous apprend pas : l'état de l'art matériel. L'édition date de 2013 et le matériel a bougé, les chaussons comme les assureurs à freinage assisté. Croisez cette partie avec le Glénat de 2022.
Par où ne pas commencer
C'est la section la plus utile de cet article, et celle que les listes de recommandations évitent.
Les manuels d'entraînement, d'abord. « Escalade training. 100 exercices spécifiques d'entraînement » d'Hervé Di Domenico et Kevin Arc (Amphora, 2022, environ 380 pages) et son tome consacré à la planification sont des ouvrages solides, écrits par des gens qui savent de quoi ils parlent. Ils s'adressent à des grimpeurs qui ont déjà deux ou trois ans de pratique, un geste propre, et un volume de grimpe suffisant pour qu'un cycle d'entraînement ait un sens. Achetés au bout de six mois, ils vous feront travailler des qualités physiques qui ne sont pas votre facteur limitant, avec un risque de tendinopathie des doigts qui, lui, est bien réel.
Même remarque pour « Escalade à bloc, 130 clés pour booster votre entraînement » de Laurence Guyon et Olivier Broussouloux (Amphora, 2019, environ 400 pages), excellent livre au demeurant, et qui deviendra très utile le jour où le bloc sera votre pratique principale et non votre échauffement.
Deuxième piège : les récits d'ascension achetés comme des manuels. Les livres d'alpinistes et de grimpeurs sont souvent magnifiques et ne vous apprendront pas à grimper. Lisez-les pour ce qu'ils sont, c'est-à-dire de la littérature, et ne comptez pas dessus pour votre technique de pied.
Troisième piège, plus subtil : les traités de préparation physique généraliste. Beaucoup de grimpeurs débutants se rabattent dessus faute de mieux et se retrouvent à faire des séances de force qui n'ont aucun rapport avec ce dont l'escalade a besoin. Si le sujet vous intéresse, le raisonnement de fond mérite un détour par les livres pour apprendre la musculation, mais avec la même prudence sur l'ordre des choses.
Ce que les livres ne feront pas à votre place
Le volume de grimpe reste le premier facteur de progression pendant au moins deux ans. Deux séances par semaine, régulières, battent n'importe quelle bibliothèque. C'est frustrant à lire mais c'est ainsi.
Un livre ne verra pas non plus ce que vous faites. C'est sa limite absolue en escalade, plus encore que dans d'autres disciplines, parce que le geste est invisible de l'intérieur. Vous croyez avoir les bras tendus, la vidéo montre des coudes pliés en permanence. Vous croyez poser vos pieds, la vidéo montre trois repositionnements par prise. Filmez-vous sur une voie facile, une fois par mois. C'est l'exercice le plus rentable de tout ce parcours et presque personne ne le fait.
Enfin, un livre ne vous donnera pas de partenaire. L'escalade est l'un des rares sports où le progrès dépend directement de la personne au bout de la corde : sa fiabilité, sa disponibilité, et sa capacité à vous dire que vous descendez trop vite. Une salle où vous connaissez cinq personnes vous fera progresser davantage qu'une salle mieux équipée où vous ne connaissez personne.
Après ces quatre livres
Vous aurez alors la base technique, un cadre pour la peur, un manuel de terrain et une référence pédagogique. À ce stade, la lecture cesse d'être le levier principal et redevient ce qu'elle doit être : un complément à des heures de mur.
La suite dépend de ce que vous devenez. Si vous partez vers la falaise, les topos régionaux et les manuels d'équipement prennent le relais. Si vous restez en salle et que le bloc vous prend, les ouvrages d'entraînement écartés plus haut deviennent enfin pertinents, et vous les lirez avec les bonnes questions en tête.
Pour un lecteur qui aime préparer ses sorties, le voisinage thématique le plus utile reste celui de la montagne et de l'autonomie en extérieur : voyez les livres pour apprendre la survie en nature, où la même question du livre contre le terrain se pose avec encore plus de force. Le reste de la collection quels livres acheter pour apprendre à applique la même méthode à d'autres disciplines, et vous pouvez toujours parcourir les genres du catalogue pour repérer les éditions récentes des manuels sportifs.
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