Quels livres pour apprendre la survie en nature ?
Ce sujet a un problème que les autres n'ont pas. Sur la philosophie ou la boulangerie, les mauvais livres font perdre du temps. Ici, le rayon lui-même est faussé : la survie en nature s'est trouvée annexée, depuis une quinzaine d'années, par une littérature d'anticipation anxieuse qui vend de la préparation à l'effondrement sous couvert d'apprendre à ne pas mourir de froid.
Ce sont deux sujets distincts. Le premier est une question de physiologie et de décision, documentée, enseignée par des secouristes, et qui concerne tout randonneur qui s'égare un après-midi de novembre. Le second relève de l'imaginaire politique. Le marché les confond parce que la confusion se vend bien.
Voici donc quatre livres seulement, avec le critère qui a servi à écarter les autres.
Le critère de tri, à appliquer avant tout achat
Ouvrez la table des matières et regardez la répartition des pages.
Un ouvrage sérieux consacre son volume principal à la thermorégulation, à l'hydratation, à l'orientation, aux premiers secours et à la décision de rester sur place ou de bouger. Le feu et l'abri y figurent, mais comme des moyens de maintenir une température corporelle, pas comme des exploits.
Un ouvrage douteux consacre son volume principal aux pièges, aux armes improvisées, au feu par friction et à un scénario de rupture d'approvisionnement. Il comporte souvent des photographies dramatiques, un ton martial, et il est fréquemment autoédité, donc jamais contredit par un comité de lecture.
Deux vérifications complémentaires suffisent à trancher : cherchez une bibliographie, et cherchez qui est l'auteur. Un instructeur qui forme réellement des gens depuis vingt ans ne raconte pas les mêmes choses qu'un rédacteur qui compile des vidéos. La différence se voit dès l'introduction.
Ce qui tue vraiment, et ce que le rayon vend
Une statistique change la manière de lire tout le rayon : dans les accidents de randonnée qui tournent mal en Europe, la nourriture n'est presque jamais en cause. Un adulte en bonne santé tient des jours sans manger. Il ne tient pas la nuit dans le vent, mouillé, à huit degrés.
L'hypothermie et la déshydratation font l'essentiel des dégâts, souvent aggravées par une blessure qui immobilise et par une décision prise trop tard. Or les livres du rayon consacrent des chapitres entiers aux collets, à la pêche improvisée et à la construction d'arcs, sujets qui n'ont jamais sauvé personne en France mais qui font de belles images.
Le débutant achète donc, presque systématiquement, un livre sur ce qui ne le concerne pas. Il apprend le feu par friction, technique difficile à maîtriser et longue à exécuter, et néglige l'apprentissage nettement plus utile qui consiste à savoir quand s'arrêter, se protéger du vent et se signaler.
Un mot sur ce dernier point, parce qu'il est contre-intuitif. La règle enseignée par les secouristes, dans la grande majorité des situations d'égarement, est de rester sur place. Le réflexe naturel est l'inverse : marcher, chercher, avancer. C'est ce réflexe qui transforme une nuit inconfortable en recherche de plusieurs jours. Aucun livre de pièges ne vous dira cela.
Premier livre : David Manise, « Manuel de (sur)vie en milieu naturel »
David Manise, « Manuel de (sur)vie en milieu naturel » (Éditions Amphora, deuxième édition, 2016, 220 pages, également diffusé sous le titre « Manuel de survie en milieu naturel ») Voir à la FnacManuel de (sur)vie en milieu naturel, de David Manise (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis.
Manise est anthropologue de formation et instructeur de survie depuis plus de vingt ans. Il a grandi au Québec, ce qui explique une familiarité avec le froid qu'on ne trouve pas dans les manuels rédigés depuis une capitale. Il dirige un centre de formation, et le livre est visiblement écrit par quelqu'un qui a vu des gens échouer sur des gestes simples.
Ce qu'il vous apprend précisément : l'ordre des priorités, et pourquoi cet ordre. Les seize chapitres traitent la gestion du risque, l'usage des outils coupants, les premiers secours, l'orientation, les moyens d'alerte, la régulation thermique par le froid et par la chaleur, l'abri, l'eau, l'alimentation et l'hygiène. La partie thermique occupe une place que peu d'ouvrages lui accordent, ce qui est précisément le signe recherché.
Ce qu'il ne vous apprend pas : les gestes, évidemment, et l'auteur ne prétend pas le contraire. Il désamorce également, avec une certaine ironie, les représentations télévisuelles du genre. Si vous cherchiez un livre d'aventure, celui-ci vous décevra, et c'est sa qualité principale.
Deuxième livre : Baptiste Verhamme, « Guide des premiers secours en plein air et en milieu isolé »
Baptiste Verhamme, « Guide des premiers secours en plein air et en milieu isolé » (Éditions du Chemin des Crêtes, deuxième édition, mars 2023) Voir à la FnacGuide des premiers secours en plein air et en milieu isolé, de Baptiste Verhamme (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : aucun, mais il prend tout son sens après Manise.
Verhamme est médecin urgentiste, titulaire de diplômes universitaires de médecine d'urgence en montagne et de médecine maritime. Le livre traite l'hypothermie, les gelures, le coup de chaleur, la déshydratation, l'attente prolongée des secours, l'évacuation et le transport d'une victime, ainsi que les accidents en terrain difficile.
Ce qu'il vous apprend précisément : ce qui se passe réellement dans un corps quand il refroidit, et pourquoi les délais changent tout. C'est le complément exact du premier livre. Manise vous donne le cadre, Verhamme vous donne la clinique, et la lecture des deux fait comprendre pourquoi la plupart des conseils qui circulent en ligne sont au mieux inutiles.
Ce qu'il ne vous apprend pas : à pratiquer. Un manuel de secourisme sans formation pratique reste de la culture générale, utile mais incomplète. Une formation aux premiers secours, largement accessible et courte, transforme ce livre en compétence.
Troisième livre : Tristan Gooley, « La boussole naturelle »
Tristan Gooley, « La boussole naturelle. L'art de s'orienter en toutes circonstances et en tous lieux » (JC Lattès, 2012, traduit de l'anglais par Marie Boudewyn) Voir à la FnacLa boussole naturelle. L'art de s'orienter en toutes circonstances et en tous lieux, de Tristan Gooley (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : aucun. Édition d'origine épuisée, à chercher d'occasion.
Gooley est navigateur, membre du Royal Institute of Navigation, et il a fondé une école d'orientation sans instruments. Son livre recense les indices utilisables pour se situer : le vent, la lumière, la mousse et les lichens, la forme des arbres, le reflet de l'eau, les toiles d'araignées, la lune et les étoiles.
Ce qu'il vous apprend précisément : à ne pas dépendre d'une batterie. C'est la compétence la plus sous-estimée du domaine, parce que le smartphone donne l'illusion qu'elle est réglée. Elle ne l'est pas : la plupart des égarements commencent par un appareil déchargé, mouillé ou sans réseau, et par un randonneur qui n'a jamais appris à lire un versant.
Ce qu'il ne vous apprend pas : la carte et la boussole classiques, qu'il suppose plutôt qu'il ne les enseigne. Une initiation à la lecture de carte, dans un club de randonnée ou d'orientation, reste le socle. Gooley vient après, et il est du genre à changer durablement la manière dont on regarde un paysage, ce qui en fait aussi un très bon livre de promenade ordinaire.
Quatrième livre : Emmanuel Cauchy, « Petit manuel de médecine de montagne »
Emmanuel Cauchy, « Petit manuel de médecine de montagne » Voir à la FnacPetit manuel de médecine de montagne, de Emmanuel Cauchy (lien affilié, ouvre un nouvel onglet), illustrations de Ronan Begoc (Glénat, collection Solo, 2007). Prérequis : les deux premiers livres, ou l'équivalent. À réserver à ceux qui vont en altitude.
Cauchy, mort en 2015 dans une avalanche, était médecin urgentiste et secouriste en montagne, guide de haute montagne, et cofondateur de l'Ifremmont, institut de formation et de recherche en médecine de montagne. Le livre couvre les pathologies liées à l'altitude, au froid et à la chaleur, les traumatismes liés à la foudre et aux avalanches, le soin des plaies, et la composition des trousses selon l'activité pratiquée.
Ce qu'il vous apprend précisément : le détail physiologique du froid et de l'altitude, à un niveau que les manuels généralistes ne peuvent pas atteindre. Les pages sur les gelures sont d'une précision rare pour un ouvrage grand public.
Ce qu'il ne vous apprend pas : la survie hors montagne, qu'il n'aborde pas. Ne l'achetez pas si votre terrain est la forêt de plaine ou le littoral. C'est un quatrième livre de spécialisation, pas un quatrième livre obligatoire.
Sur les plantes et les champignons, un mot sérieux
Tous les manuels de survie comportent un chapitre sur les comestibles sauvages, et tous devraient s'en abstenir.
Quinze pages ne permettent pas d'identifier une plante de façon fiable, encore moins un champignon. Les confusions dangereuses ne se jouent pas sur des différences visibles au premier coup d'œil, mais sur des caractères précis qu'un dessin de manuel ne restitue pas. Le problème est aggravé par le contexte : quelqu'un qui feuillette un chapitre de survie est, par hypothèse, fatigué et pressé, soit les pires conditions pour une détermination.
Si le sujet vous intéresse pour lui-même, ce qui est une bonne idée, traitez-le comme une discipline à part entière. Nous avons consacré un article séparé aux livres pour apprendre la botanique et un autre pour apprendre la mycologie, où la même règle revient : sur les champignons, aucun livre ne remplace la validation d'une récolte par un pharmacien ou par une société mycologique locale.
Retenez surtout ceci : en situation d'égarement de courte durée, la question de manger ne se pose pas. C'est une préoccupation de fiction.
Par où ne pas commencer
Les manuels militaires de survie, à commencer par les rééditions du manuel des forces spéciales britanniques. Ils ont un statut mythique et ils sont écrits pour un contexte qui n'est pas le vôtre : soldats entraînés, en territoire hostile, avec des objectifs de mission. Le transfert vers un randonneur français est faible, et le ton entretient exactement l'imaginaire dont il faut se défaire.
Les livres de préparation à l'effondrement. Reconnaissables au vocabulaire, aux listes de stocks et à une bibliographie inexistante. Ils traitent d'un sujet légitime en soi, l'anticipation des crises, mais ils ne vous apprendront rien sur la thermorégulation et beaucoup sur l'anxiété de leur auteur.
Les gros volumes illustrés qui promettent trois cents techniques. Le format encourage la dispersion, alors que le sujet demande l'inverse : cinq gestes maîtrisés valent trois cents gestes survolés.
Les livres célèbres d'aventuriers de télévision, enfin. Ils se lisent avec plaisir, ils sont parfois écrits par des gens compétents, et ils enseignent des comportements spectaculaires calibrés pour la caméra. Un professionnel de la montagne vous dira que le boire d'urgence et la traversée de rivière filmés à l'écran comptent parmi les images les plus dommageables du genre.
Ce que les livres ne feront pas à votre place
Ils ne vous mettront pas dans le froid. Toute la théorie de la thermorégulation est facile à comprendre assise dans un fauteuil, et complètement différente quand vous êtes trempé depuis deux heures et que vos doigts ne répondent plus. Le seul moyen de le savoir est de l'avoir vécu, dans un cadre encadré, lors d'un stage ou d'une sortie avec un club.
Ils ne testeront pas votre matériel. Une couverture de survie, un briquet, un sifflet et une lampe frontale doivent avoir été sortis de leur emballage avant le jour où ils comptent. Beaucoup de gens transportent depuis des années un équipement qu'ils n'ont jamais ouvert.
Ils ne prendront pas la décision à votre place, et c'est la vraie compétence du domaine. Faire demi-tour à quinze heures parce que le temps tourne, alors que le sommet est à quarante minutes, ne s'apprend dans aucun manuel. Cela s'apprend en écoutant des gens qui ont eu peur et qui racontent honnêtement pourquoi.
Ils ne remplacent pas non plus le fait de dire où vous allez et quand vous rentrez. C'est gratuit, cela prend dix secondes, et cela change davantage vos chances que la totalité des livres cités ici.
Après ces livres
Deux suffisent pour être sérieusement mieux préparé que la moyenne : Manise pour le cadre, Verhamme pour la clinique. Le troisième et le quatrième dépendent de votre terrain.
La suite ne passe plus par la lecture. Une formation aux premiers secours, une sortie encadrée par temps désagréable, une nuit dehors organisée avec quelqu'un qui sait, valent alors plus que dix ouvrages supplémentaires. C'est la particularité de ce domaine : il se lit vite et se pratique lentement, exactement l'inverse de ce que le rayon suggère.
Si cette manière de trier vous a convenu, le reste de notre collection quels livres acheter pour apprendre à l'applique à d'autres sujets où le marché est également encombré. Et pour repérer les guides naturalistes de terrain, les genres du catalogue donnent un point de départ plus fiable qu'un classement de ventes.
Comment reconnaître un livre de survie sérieux d'un livre douteux ?
Par quel livre commencer la survie en nature ?
Un livre de survie apprend-il à identifier les plantes comestibles ?
Faut-il lire des livres sur le survivalisme ?
Un stage remplace-t-il les livres ?
Quel livre pour le froid et la montagne en particulier ?
Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.