Quels livres pour apprendre la natation ?
C'est le sport où le conseil « lisez un livre » a la plus mauvaise réputation, et elle est en partie méritée. Personne n'a jamais appris à nager dans un fauteuil. L'eau ne se comprend pas, elle s'éprouve, et un adulte qui n'est pas à l'aise en petite profondeur ne réglera rien par la lecture.
Pourtant, le même sport est aussi celui où le livre corrige le plus de choses. La raison est particulière à la natation : vous ne voyez pas ce que vous faites. En course à pied, vous sentez votre appui. En musculation, vous voyez la barre. Dans l'eau, la sensation ment presque tout le temps, et beaucoup de nageurs répètent pendant des années un défaut qu'ils croient corrigé.
Voici trois livres seulement, dans un ordre qui correspond à ce que vous savez déjà faire, avec pour chacun ce qu'il corrige et ce qu'il ne corrigera jamais.
Ce qu'un livre peut faire, et ce qu'il ne fera pas
Il peut agir sur trois choses.
La position du corps, d'abord, parce qu'elle est une affaire de compréhension autant que de sensation. Comprendre qu'un corps humain flotte à peu près naturellement et que ce sont vos jambes qui descendent, à cause de la position de votre tête et de vos poumons, change une séance dès le lendemain.
La respiration, ensuite. C'est le point où l'explication écrite est étonnamment efficace, parce que la plupart des nageurs adultes ne savent pas qu'ils bloquent leur air au lieu d'expirer dans l'eau. Une fois lue, cette idée se teste immédiatement.
La propulsion, enfin, mais partiellement. Un livre vous dira quels segments poussent réellement l'eau et lesquels brassent du vide. Il ne vous dira pas si le vôtre le fait.
Ce qu'il ne fera pas : vous voir. Aucune page ne vous signalera que votre bassin plonge, que votre coude tombe, que votre tête sort trop haut à l'inspiration. Cette information ne peut venir que d'un maître-nageur, d'un club, ou d'une vidéo prise depuis le bord, ce dernier procédé étant gratuit et scandaleusement sous-utilisé.
Premier livre : Terry Laughlin et John Delves, « La méthode TI »
Terry Laughlin et John Delves, « La méthode TI, une révolution en natation » (Ancre de Marine, 2015 pour l'édition française, avec des QR codes renvoyant vers des tutoriels vidéo) Voir à la FnacLa méthode TI, une révolution en natation, de Terry Laughlin et John Delves (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : savoir flotter et se déplacer, même mal.
Laughlin était entraîneur américain et a formulé sa méthode à la fin des années 1980, sous le nom de Total Immersion. Son idée directrice tient en une phrase : un nageur lent n'est pas quelqu'un qui pousse trop peu, c'est quelqu'un qui freine trop. Le travail commence donc par l'équilibre, l'alignement et la réduction de la traînée, la propulsion venant après.
Ce qu'il vous apprend précisément : à cesser de vous battre avec l'eau. La progression proposée est faite d'exercices courts, décomposés, à répéter, et l'accent est mis sur la rotation du corps autour de son axe plutôt que sur le mouvement d'épaule isolé. Pour un adulte qui nage un crawl épuisant et lent, c'est la lecture qui produit le déclic le plus rapide.
Ce qu'il ne vous apprend pas : la nuance. La méthode est présentée comme une révolution, le titre le dit, et cet enthousiasme un peu missionnaire agace certains entraîneurs. Une partie du monde de la natation lui reproche de sous-estimer la puissance et l'entraînement physiologique, et ce reproche n'est pas absurde pour qui vise la compétition. Pour un nageur de loisir, le rapport bénéfice sur effort reste excellent.
Deuxième livre : Ian McLeod, « Natation, anatomie et mouvements »
Ian McLeod, « Natation, anatomie et mouvements » (Vigot, 2011 pour l'édition française, traduit de l'américain « Swimming Anatomy » paru chez Human Kinetics en 2009) Voir à la FnacNatation, anatomie et mouvements, de Ian McLeod (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : trois à six mois de bassin régulier, et de préférence une douleur ou une question précise.
Le principe est celui d'un atlas commenté : une série d'exercices, chacun accompagné d'une planche où les muscles réellement sollicités sont mis en couleur, organisés par groupe et rapportés à chacune des quatre nages. McLeod est physiothérapeute du sport et a travaillé avec des nageurs universitaires américains.
Ce qu'il vous apprend précisément : où travaille votre corps, et donc pourquoi il vous fait mal. L'épaule du nageur est la blessure la plus répandue chez les adultes qui reprennent, et elle vient presque toujours d'un mouvement mal orienté répété quelques milliers de fois. Voir quels muscles sont chargés dans une traction de bras change la manière dont on la fait.
Ce qu'il ne vous apprend pas : à nager. C'est un livre de compréhension anatomique et de renforcement, pas une méthode d'apprentissage. Acheté en premier, comme cela arrive souvent, il produit de belles planches qui ne se fixent sur rien, parce que vous n'avez pas encore les sensations auxquelles les rattacher.
Troisième livre : Raymond Catteau et Gérard Garoff, « L'enseignement de la natation »
Raymond Catteau et Gérard Garoff, « L'enseignement de la natation » (Vigot, ouvrage paru dans les années 1970, troisième édition mise à jour et augmentée, plus de quatre cents pages) Voir à la FnacL'enseignement de la natation, de Raymond Catteau et Gérard Garoff (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : une motivation pédagogique. Ce n'est pas un livre pour améliorer votre crawl.
Il faut dire ce qu'il est : un traité de pédagogie de l'activité aquatique, écrit pour des enseignants, vendu à des dizaines de milliers d'exemplaires et devenu la référence francophone de la discipline. Catteau y défend une idée qui a structuré l'enseignement de la natation en France : on n'apprend pas à nager en apprenant des nages, on apprend à nager en transformant un terrien en nageur, ce qui suppose de régler d'abord la question de l'équilibre, de la respiration et de l'immersion.
Ce qu'il vous apprend précisément : pourquoi un débutant fait ce qu'il fait. Pourquoi il relève la tête, pourquoi il pédale, pourquoi il n'expire pas. Si vous accompagnez un enfant ou un adulte qui a peur de l'eau, ce livre vous évitera l'erreur la plus courante, qui consiste à enseigner un mouvement de bras à quelqu'un dont le problème est ailleurs.
Ce qu'il ne vous apprend pas : à vous entraîner. L'ouvrage est ancien, dense, et parle d'apprentissage, pas de performance. Sa lecture demande un vrai effort. Catteau a d'ailleurs prolongé son propos quarante ans plus tard dans « La natation de demain, une pédagogie de l'action » (Atlantica), plus accessible sur la partie théorique.
Par où ne pas commencer
Les manuels de plans d'entraînement, avant d'avoir une technique. Nager quatre kilomètres par semaine avec un geste défectueux ne construit pas un nageur, cela construit une tendinite. L'ordre juste est technique d'abord, volume ensuite, et c'est l'inverse de ce que font la plupart des adultes motivés.
Les ouvrages de préparation au triathlon, si vous ne nagez pas encore correctement. Ils supposent une aisance acquise et traitent surtout de gestion d'effort et de transition. Excellents plus tard, sans objet maintenant.
Les livres de vaincre la peur de l'eau achetés à la place d'un cours. La phobie aquatique se traite dans l'eau, avec quelqu'un, et beaucoup de piscines municipales proposent des créneaux d'apprentissage adulte à des tarifs modestes. Aucun ouvrage ne vaut ce créneau.
Et une remarque de format : méfiez-vous des guides tout en photos sans texte explicatif. Une photo montre une position finale, elle ne dit rien du chemin, et c'est précisément le chemin qui vous manque.
Ce que les livres ne feront pas à votre place
Ils ne vous mettront pas à l'eau, et la fréquence compte plus que tout le reste. Deux séances courtes par semaine valent mieux qu'une longue, parce que la sensation de l'eau se perd vite et se retrouve lentement.
Ils ne verront pas votre défaut. Demandez à quelqu'un de vous filmer trente secondes depuis le bord, puis regardez la vidéo assis, sans indulgence. La quasi-totalité des nageurs découvrent alors qu'ils font exactement ce qu'ils croyaient avoir corrigé. C'est désagréable et c'est l'exercice le plus rentable du parcours.
Ils ne vous donneront pas de retour immédiat. Le maître-nageur corrige pendant que le geste se produit, ce qu'aucun livre ne peut faire. Quelques séances encadrées, même espacées, valent plus qu'une étagère entière, et beaucoup de clubs de natation adulte acceptent les nageurs de loisir sans niveau minimum.
Après ces trois livres
Vous aurez alors une position de corps, une compréhension anatomique et, si vous êtes allé jusqu'à Catteau, une idée de ce qu'apprendre à nager veut dire. C'est plus que ce dont dispose la majorité des gens qui font des longueurs depuis dix ans.
La suite dépend de votre objectif. Si vous visez la distance, le travail devient physiologique et les principes rejoignent ceux de l'endurance en général : voyez quels livres pour apprendre à courir, dont plusieurs titres traitent aussi de la natation dans leurs plans. Si c'est l'épaule et le renforcement qui vous préoccupent, quels livres pour apprendre la musculation prolonge naturellement McLeod. Et le reste de la collection quels livres acheter pour apprendre à suit le même principe : peu de titres, dans le bon ordre, et l'honnêteté de dire ce qu'ils ne feront pas.
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