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Quels livres pour apprendre l'anglais ? Par où commencer la lecture en VO

Un livre seul n'apprend pas une langue, mais lire en version originale reste le meilleur levier de progression. Cinq titres par niveau, les éditions bilingues, et les livres à ne surtout pas acheter en premier.

L'équipe Relit10 min de lecture

Les livres de ce parcours, dans l'ordre

Quels livres pour apprendre l'anglais ?

Commençons par une honnêteté qui vous fera économiser de l'argent : aucun livre n'apprend une langue. Vous pouvez terminer la meilleure méthode du marché, connaître les temps irréguliers par cœur, et rester incapable de commander un café à Bristol. Ce n'est pas un défaut des livres, c'est la nature du problème. Une langue se pratique.

En revanche, il y a un usage du livre qui est probablement le meilleur levier de progression disponible en autonomie, et il ne consiste pas à acheter une méthode. Il consiste à lire des romans en version originale. Les recherches sur ce qu'on appelle la lecture extensive convergent depuis les années 1980 : lire beaucoup, à un niveau juste en dessous de sa limite, pour le plaisir et sans dictionnaire, produit des gains de vocabulaire et de compréhension que le travail par listes n'égale pas.

La vraie question n'est donc pas quelle méthode acheter. C'est par quel livre commencer sans abandonner à la page trente. Voici cinq réponses, plus la liste de ce qu'il ne faut surtout pas prendre en premier.


Le principe qui commande tout le reste

Un texte se lit confortablement quand vous comprenez environ quatre-vingt-dix-huit mots sur cent. En dessous de quatre-vingt-quinze, la lecture devient un décodage et le plaisir disparaît. C'est le seuil qui décide de tout.

Traduit en pratique : si vous butez plus de deux ou trois fois par page, le livre est trop dur pour maintenant. Ce n'est pas un jugement sur vous, c'est une information sur le livre. Reposez-le et prenez plus simple. Le nombre de personnes qui ont renoncé à lire en anglais après avoir attaqué Virginia Woolf en première tentative est considérable, et aucune d'elles n'était en cause.

Deuxième conséquence, moins évidente : relire un livre que vous connaissez déjà en français est une stratégie excellente. Vous connaissez l'intrigue, donc vous pouvez perdre le fil d'une phrase sans perdre l'histoire, et votre cerveau reconstitue le sens des mots inconnus par le contexte. C'est exactement le mécanisme qu'on cherche.

Premier palier : les nouvelles en édition bilingue

La collection Folio bilingue, Gallimard Voir à la FnacLa collection Folio bilingue, Gallimard (lien affilié, ouvre un nouvel onglet), notamment Roald Dahl, « L'Homme au parapluie et autres nouvelles / The Umbrella Man and Other Stories ». Niveau A2 à B1. Texte anglais et traduction française en vis-à-vis, avec introduction et notes.

Le format bilingue résout un problème précis : le découragement des premières heures. Vous lisez la page de gauche en anglais, vous vérifiez sur la page de droite ce que vous n'avez pas compris, et vous continuez. La vérification prend trois secondes au lieu de trois minutes de dictionnaire, et vous ne sortez jamais du texte.

Le choix de la nouvelle plutôt que du roman compte autant que le bilinguisme. Une nouvelle de Dahl fait quinze pages. Vous la terminez, vous avez fini quelque chose en anglais, et cette sensation d'achèvement vaut plus qu'on ne le croit quand on démarre. Dahl écrit par ailleurs une prose limpide, avec des chutes qui donnent envie de lire la suivante.

Ce que ce format ne vous apprend pas : à tenir la distance. Quinze pages ne construisent pas l'endurance de lecture, et il faudra passer au roman. La collection contient beaucoup d'autres auteurs anglophones, de Hemingway à Fitzgerald, et vaut d'être parcourue en librairie plutôt que choisie sur catalogue.

Une règle non négociable si vous prenez du bilingue : la page anglaise d'abord, toujours. Lire le français en premier annule tout le bénéfice, et c'est ce que fait la majorité des acheteurs au bout de deux semaines.

Deuxième palier : Mark Haddon, « The Curious Incident of the Dog in the Night-Time »

Mark Haddon, « The Curious Incident of the Dog in the Night-Time » (Jonathan Cape, 2003, disponible en poche chez Vintage, environ 270 pages) Voir à la FnacThe Curious Incident of the Dog in the Night-Time, de Mark Haddon (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Niveau B1. C'est votre premier roman entier en anglais.

Christopher, quinze ans, découvre le chien de sa voisine tué à coups de fourche et décide de mener l'enquête. Il raconte lui-même, et sa manière de penser produit des phrases courtes, factuelles, sans métaphores et sans sous-entendus. Pour un lecteur non natif, c'est une aubaine : la difficulté d'un roman anglais vient rarement du vocabulaire, elle vient des tournures implicites et des idiomes. Ici il n'y en a presque pas.

Ce qu'il vous apprend précisément : que vous êtes capable de finir un roman en anglais. C'est le seuil psychologique, et il ne se franchit qu'une fois. Vous y gagnerez aussi le vocabulaire du quotidien britannique, celui des trains, des maisons, des disputes de famille, qui est justement celui qui manque après des années de cours axés sur les textes de presse.

Ce qu'il ne vous apprend pas : la langue littéraire. Haddon a construit un narrateur volontairement dépouillé. Ne concluez pas que l'anglais littéraire vous est acquis, il vous reste tout à faire de ce côté, et c'est très bien ainsi.

Troisième palier : Ernest Hemingway, « The Old Man and the Sea »

Ernest Hemingway, « The Old Man and the Sea » (première publication en 1952, une centaine de pages, innombrables éditions de poche) Voir à la FnacThe Old Man and the Sea, de Ernest Hemingway (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Niveau B1 à B2. Prérequis : avoir fini au moins un roman entier auparavant.

Un vieux pêcheur cubain n'a rien pris depuis quatre-vingt-quatre jours, puis ferre un marlin plus grand que sa barque. Le livre a valu le prix Pulitzer à Hemingway en 1953 et a pesé dans son Nobel l'année suivante.

Ce qu'il vous apprend précisément : que la simplicité syntaxique peut porter une langue superbe. Hemingway écrit des phrases courtes coordonnées par « and », presque sans subordination, avec un vocabulaire concret. Vous comprendrez presque tout, et vous sentirez pour la première fois quelque chose d'un texte en anglais plutôt que de simplement le décoder. Ce basculement est le vrai objectif de tout ce parcours.

Ce qu'il ne vous apprend pas : le vocabulaire courant. La moitié des mots concernent la mer, la pêche, les cordages et les poissons, ce qui ne vous servira jamais en réunion. Peu importe : ce que vous venez chercher ici est un rapport à la langue, pas un lexique.

Une opinion, que j'assume : recommander « Of Mice and Men » de Steinbeck comme premier ou deuxième livre est une mauvaise idée répandue. Il est court, oui, mais il est écrit en anglais dialectal du Midwest rural, avec des élisions et des graphies phonétiques dans presque chaque dialogue. C'est nettement plus dur que Hemingway.

Le livre de grammaire qui sert d'appui : Raymond Murphy

Raymond Murphy, « English Grammar in Use » (Cambridge University Press, cinquième édition, 2019, version avec corrigés) Voir à la FnacEnglish Grammar in Use, de Raymond Murphy (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Niveau B1 à B2. À utiliser en consultation, jamais en lecture suivie.

Le principe est constant depuis quarante ans et il est excellent : une notion par double page, l'explication à gauche avec des exemples, les exercices à droite, les corrigés en fin de volume. Vous avez buté sur un « would have been going » dans votre roman, vous ouvrez à la page concernée, vous y passez quinze minutes, vous refermez.

Ce qu'il vous apprend précisément : à mettre un nom sur ce que vous croisez. La lecture vous donne l'intuition qu'une tournure existe, Murphy vous donne la règle et surtout les cas où elle ne s'applique pas. Les deux ensemble valent bien mieux que chacun séparément.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à parler. Faire cent pages d'exercices ne produit aucune fluidité. Le livre est un outil de désambiguïsation, pas un entraînement.

Si votre niveau est plus fragile, la version d'entrée s'appelle « Essential Grammar in Use », couvre A1 et A2, et existe dans une édition adaptée au public francophone. Prenez celle-là sans complexe, un livre trop dur ne sert à rien.

Le vocabulaire, seulement en cas de plateau réel

Jean Rey, Christian Bouscaren et Alain Mounolou, « Le Mot et l'Idée 2. Anglais, vocabulaire thématique » (Ophrys, ouvrage ancien régulièrement réédité, dernière refonte en 2021) Voir à la FnacLe Mot et l'Idée 2. Anglais, vocabulaire thématique, de Jean Rey, Christian Bouscaren et Alain Mounolou (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Niveau B2 et au-delà. Prérequis : avoir lu plusieurs livres et sentir que votre vocabulaire plafonne.

Le vocabulaire est classé par thèmes, du corps humain à la justice en passant par la météo, avec les faux amis signalés et un volume d'exercices séparé. C'est un ouvrage de préparation aux concours, et il a la sécheresse du genre.

Ce qu'il vous apprend précisément : les mots que la lecture ne vous donnera pas, parce qu'ils sont trop spécialisés ou trop rares dans les romans. Le vocabulaire administratif, juridique, médical, technique. Si vous devez travailler en anglais, ce type d'ouvrage est le complément logique de la lecture.

Ce qu'il ne vous apprend pas : l'usage. Une liste de mots vous donne des étiquettes, pas la capacité de les employer au bon moment ni les collocations qui vont avec. Ne commencez jamais par là, et n'y venez que si vous avez identifié un plafond précis.

Par où ne pas commencer

Voici les achats les plus fréquents et les moins productifs.

Les grammaires universitaires françaises, à commencer par la « Grammaire explicative de l'anglais » de Paul Larreya et Claude Rivière chez Pearson, cinquième édition en 2019 et nouvelle édition en 2024. C'est un ouvrage remarquable, et il est écrit pour les étudiants d'anglais, les candidats au CAPES et à l'agrégation. Il explique pourquoi les règles sont ce qu'elles sont, avec un appareil théorique qui suppose que vous maîtrisez déjà l'usage. Acheté par un débutant, il finit sur une étagère au bout de trois semaines.

Shakespeare, Austen, les Brontë, Dickens. L'anglais du seizième au dix-neuvième siècle n'est pas l'anglais que vous cherchez à comprendre, et le lexique en est partiellement mort. Personne ne commencerait le français par Montaigne. Gardez-les pour plus tard, ils vous attendront.

Les méthodes qui promettent un délai dans leur titre. « L'anglais en trois mois », « courant en quarante jours », tout ce genre. Le problème n'est pas leur contenu, souvent correct, c'est le contrat qu'elles passent avec vous : elles vendent une fin, alors que l'apprentissage d'une langue n'en a pas. Vous vous jugerez en échec au jour quarante et un.

Les listes de mille mots essentiels apprises hors contexte. Elles produisent une connaissance passive de mots que vous ne reconnaîtrez pas quand vous les rencontrerez dans une phrase, parce que vous les aurez appris seuls. Le contexte est ce qui fixe un mot en mémoire, et un roman est une machine à contexte.

Enfin, un mot sur les romans en version simplifiée, les « graded readers ». Ils sont pédagogiquement défendables et beaucoup de professeurs les recommandent. Je les trouve tristes : on vous fait lire un texte appauvri, et vous n'aurez jamais l'expérience d'avoir lu un vrai livre. Si vous pouvez tenir avec du bilingue non simplifié, préférez-le.

Ce qu'aucun livre ne fera à votre place

La lecture ne vous donnera pas de prononciation. Vous apprendrez des mots dont vous ignorez la sonorité, et vous les prononcerez faux pendant des années. Beaucoup de lecteurs francophones découvrent tardivement qu'ils ont dans la tête une version inventée de mots qu'ils écrivent parfaitement. Le remède est simple : écoutez la version audio des livres que vous lisez, ou lisez et écoutez en parallèle. Cette combinaison est probablement le meilleur usage de votre temps.

La lecture ne vous donnera pas non plus de parole. Produire une phrase en temps réel, avec quelqu'un en face qui attend, mobilise des mécanismes que la compréhension n'entraîne pas. Il n'existe aucun raccourci ici. Il faut parler, mal, souvent, avec quelqu'un. Un partenaire d'échange linguistique, un groupe de conversation, un cours en visioconférence, peu importe le canal.

Elle ne vous donnera pas d'oreille non plus. L'anglais parlé réel enchaîne les mots, avale les syllabes et déplace les accents. Un texte écrit ne prépare à rien de tout ça. Vingt minutes d'écoute quotidienne, y compris passive, changent cela en quelques mois.

Ce que la lecture donne, en revanche, personne d'autre ne le donne : un vocabulaire large et contextualisé, l'intuition de ce qui se dit et de ce qui ne se dit pas, et une familiarité qui finit par ressembler à du confort. C'est la moitié du travail. L'autre moitié se fait avec des oreilles et une bouche.

Après ces cinq livres

Vous aurez franchi le seuil, et c'est le seul point difficile. À partir du troisième roman terminé, la question ne sera plus quel livre est accessible, mais quel livre vous avez envie de lire, ce qui est une bien meilleure question.

Le meilleur conseil pour la suite tient en une phrase : lisez en anglais ce que vous liriez de toute façon. Si vous aimez le polar, prenez du polar contemporain, dont la langue est simple et l'intrigue tirante. Si vous suivez une série d'auteur, continuez-la en VO à partir du tome où vous en êtes. La motivation vaut plus que le niveau, et un livre passionnant trop difficile se finit mieux qu'un livre facile qui vous ennuie.

Vous pouvez explorer le catalogue par auteur pour repérer les écrivains anglophones dont l'œuvre est largement traduite, ce qui permet de passer d'une langue à l'autre selon la fatigue du soir. Et si cette manière d'apprendre par les livres vous convient, le reste de notre collection quels livres acheter pour apprendre à applique le même principe à d'autres domaines, par exemple pour apprendre à écrire, où la question du modèle et de l'imitation se pose exactement de la même façon.

Quel est le meilleur premier roman à lire en anglais ?

« The Curious Incident of the Dog in the Night-Time » de Mark Haddon, paru chez Jonathan Cape en 2003 et disponible en poche chez Vintage. Le narrateur est un adolescent qui pense en phrases courtes et déclaratives, ce qui donne un anglais d'une simplicité rare pour un roman adulte. L'intrigue est une enquête, donc vous avez envie de savoir la suite, ce qui est le seul carburant qui compte les premières semaines.

Les éditions bilingues sont-elles utiles ou est-ce de la triche ?

Elles sont utiles si vous les utilisez dans le bon sens : lire d'abord la page anglaise en entier, puis vérifier sur la page française. La collection Folio bilingue de Gallimard est faite pour ça, avec le texte original et la traduction en vis-à-vis et des notes. Le piège est de lire le français d'abord, auquel cas vous lisez une traduction et vous ne progressez pas du tout.

Faut-il chercher chaque mot inconnu dans le dictionnaire ?

Non, et c'est la règle qui sauve le plus de lecteurs. Si vous vous arrêtez toutes les deux lignes, vous abandonnerez au troisième chapitre. Continuez tant que vous suivez l'histoire, et ne cherchez un mot que s'il revient une troisième fois ou s'il bloque le sens d'un paragraphe entier. Le reste s'installe par répétition, sans que vous le décidiez.

Harry Potter est-il un bon livre pour débuter en anglais ?

Moins qu'on ne le dit. La prose de J.K. Rowling est fluide, mais le premier tome contient des dizaines de mots inventés, du vocabulaire de pensionnat britannique et des dialogues transcrits en accent régional pour Hagrid. Un lecteur A2 s'y noie. Le tome 1 fonctionne bien à partir d'un solide B1, surtout si vous connaissez déjà l'histoire en français, ce qui aide beaucoup.

Quel livre de grammaire acheter pour accompagner la lecture ?

« English Grammar in Use » de Raymond Murphy, chez Cambridge University Press, cinquième édition parue en 2019. Chaque notion tient sur une double page, explication à gauche et exercices à droite, avec les corrigés. C'est un livre à consulter quand une structure vous a arrêté dans votre lecture, pas à lire du début à la fin. Pour un niveau plus faible, la version rouge « Essential Grammar in Use » couvre A1 et A2.

Combien de temps avant de lire un roman en VO sans effort ?

Comptez trois à cinq romans pour que la lecture cesse d'être laborieuse, et une quinzaine pour qu'elle devienne aussi confortable qu'en français. Le premier est de loin le plus dur, le deuxième est deux fois plus facile, et l'écart se creuse ensuite très vite. La condition est de ne pas espacer : trois romans en six mois valent mieux que dix en cinq ans.

Lire en anglais suffit-il pour parler anglais ?

Non, et il faut le dire clairement. La lecture construit le vocabulaire, la syntaxe et l'intuition de ce qui sonne juste, ce qui est énorme. Elle ne construit ni la prononciation, ni l'oreille, ni la capacité à produire une phrase en temps réel. Ces trois-là demandent de l'écoute quotidienne et des conversations réelles. Lire vous fait comprendre, parler s'apprend en parlant.

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