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Quels livres pour apprendre la géologie ? 4 titres dans l'ordre où les lire

Un parcours d'entrée en géologie en quatre livres, ce que chacun vous apprend, pourquoi le guide d'identification ne doit pas être votre premier achat, et comment éviter le rayon lithothérapie.

L'équipe Relit9 min de lecture

Les livres de ce parcours, dans l'ordre

LivrePourquoiAcheter
Roches et paysages, reflets de l'histoire de la TerreFrançois MichelVoir Roches et paysages, reflets de l'histoire de la Terre, de François Michel à la Fnac (lien affilié)
Le guide du géologue amateurAlain FoucaultVoir Le guide du géologue amateur, de Alain Foucault à la Fnac (lien affilié)
Terre de France. Une histoire de 500 millions d'annéesCharles FrankelVoir Terre de France. Une histoire de 500 millions d'années, de Charles Frankel à la Fnac (lien affilié)
Ce que disent les pierresMaurice MattauerVoir Ce que disent les pierres, de Maurice Mattauer à la Fnac (lien affilié)

Quels livres pour apprendre la géologie ?

Le scénario est presque toujours le même. On revient d'une randonnée avec trois cailloux dans le sac, on veut savoir ce que c'est, on achète un guide d'identification des minéraux, et on se retrouve six mois plus tard avec un catalogue de noms et une étagère de fragments qui ne racontent rien. Le livre n'était pas mauvais. Il répondait juste à une autre question que celle qu'on se posait vraiment.

Parce que la question de départ, presque toujours, n'est pas « comment s'appelle ce caillou ». C'est « pourquoi cette falaise est-elle rayée », « pourquoi le sol change-t-il de couleur en haut du col », « pourquoi y a-t-il des coquillages fossiles à mille mètres d'altitude ». La géologie s'apprend en lisant un paysage, et on remonte ensuite vers l'échantillon. L'inverse fonctionne mal.

Voici quatre livres seulement, dans cet ordre, plus une section sur ce qu'il ne faut surtout pas acheter en premier, et une mise au point nécessaire sur un rayon de librairie qui pollue le sujet.


Premier livre : François Michel, « Roches et paysages »

François Michel, « Roches et paysages, reflets de l'histoire de la Terre » (Belin, collection Bibliothèque scientifique, 2005, 256 pages, en partenariat avec le BRGM) Voir à la FnacRoches et paysages, reflets de l'histoire de la Terre, de François Michel (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis.

François Michel est géologue et guide de haute montagne, et cette double casquette se sent à chaque page. Le livre est construit à l'endroit : il part de formes de relief et de photographies de terrain, plus de quatre cents, et il remonte vers les mécanismes. Vous voyez d'abord un paysage que vous auriez pu photographier vous-même, puis on vous explique ce qui l'a fabriqué.

Ce qu'il vous apprend précisément : à relier une forme visible à un processus invisible. Pourquoi un versant s'effondre en gradins, pourquoi une roche se débite en plaquettes, ce que signifie une discordance quand deux paquets de couches ne sont pas parallèles. À la fin, vous ne regardez plus une falaise de la même manière, et c'est exactement le but.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à identifier un échantillon dans la main. Le livre travaille à l'échelle du paysage et parfois de l'affleurement, rarement à celle du fragment de dix centimètres. Pour ça, l'étape suivante.

Deuxième livre : Alain Foucault, « Le guide du géologue amateur »

Alain Foucault, « Le guide du géologue amateur » (Dunod, 4e édition 2023, plus de six cents illustrations, avec accès en ligne à une bibliothèque de fossiles) Voir à la FnacLe guide du géologue amateur, de Alain Foucault (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : quelques sorties, et des questions concrètes en attente.

Alain Foucault est professeur au Muséum national d'Histoire naturelle, et ce guide est celui qu'on emporte réellement. Il couvre le matériel, la méthode de prélèvement, la lecture d'un affleurement, l'identification des roches et des fossiles, et la déontologie du ramassage, qui n'est pas un détail : beaucoup de sites sont protégés et la collecte y est réglementée.

Ce qu'il vous apprend précisément : la gestuelle. Où frapper, quoi noter, comment situer un échantillon dans une série, pourquoi un caillou sans provenance ne vaut rien scientifiquement. C'est le livre qui transforme une promenade en observation.

Ce qu'il ne vous apprend pas : l'histoire longue. Il vous outille, il ne vous raconte pas ce qui s'est passé sous vos pieds pendant cinq cents millions d'années. C'est le rôle du troisième.

Troisième livre : Charles Frankel, « Terre de France »

Charles Frankel, « Terre de France. Une histoire de 500 millions d'années » (Seuil, 2007, repris en poche) Voir à la FnacTerre de France. Une histoire de 500 millions d'années, de Charles Frankel (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : le vocabulaire de base, que les deux précédents vous ont donné.

Charles Frankel est géologue et il a le sens du récit. Le livre suit la fabrication du territoire français dans l'ordre chronologique, de la Bretagne ancienne aux dinosaures de Bourgogne et de Provence, de la surrection des Alpes aux volcans d'Auvergne et à l'assèchement de la Méditerranée. Chaque chapitre s'accompagne d'une carte de la France à l'époque considérée, avec des rivages qui ne ressemblent à rien de connu, et d'itinéraires concrets pour aller voir sur place.

Ce qu'il vous apprend précisément : que la géologie est une discipline historique. Les roches ne sont pas des objets, ce sont des archives, et elles se lisent dans un ordre. Le jour où vous comprenez que le calcaire de votre région était un fond marin tropical, quelque chose bascule.

Ce qu'il ne vous apprend pas : la mécanique fine. Frankel raconte remarquablement, il démontre peu. Si vous voulez comprendre comment un géologue déduit une histoire d'un caillou, il faut le quatrième.

Quatrième livre : Maurice Mattauer, « Ce que disent les pierres »

Maurice Mattauer, « Ce que disent les pierres » (Pour la Science, diffusion Belin, 1998) Voir à la FnacCe que disent les pierres, de Maurice Mattauer (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : les trois étapes précédentes, ou l'équivalent en sorties.

Soixante pierres, une par double page, chacune photographiée et décryptée. Mattauer, professeur de géologie à Montpellier jusqu'à sa mort en 2009, a passé sa carrière sur la tectonique des chaînes de montagnes, et ce petit livre est une leçon de méthode déguisée en album.

Ce qu'il vous apprend précisément : le raisonnement. Devant chaque échantillon, l'auteur montre ce qu'il observe, ce qu'il en déduit, et dans quel ordre les événements se sont produits. C'est le seul des quatre qui vous fait entrer dans la tête d'un géologue au travail. Une pierre plissée n'est plus une curiosité, c'est une scène de crime avec des indices datables.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à trouver ces pierres. Le livre suppose l'échantillon déjà là, bien éclairé, bien choisi. Sur le terrain, l'essentiel du temps se passe à ne rien voir d'intéressant. C'est normal, et aucun livre ne prépare vraiment à cette part-là.

Par où ne pas commencer

Trois erreurs d'achat reviennent constamment.

Le guide d'identification des minéraux, d'abord. C'est le premier réflexe et c'est un contresens. Ces guides sont des clés de détermination, conçues pour trancher entre deux hypothèses, pas pour en faire naître. Devant deux cents planches de cristaux, un débutant sans question précise ne fait que feuilleter. Le même guide, ouvert avec un caillou en main et une carte géologique sous le coude, devient excellent. C'est une question de moment, pas de qualité.

Le « Dictionnaire de géologie » ensuite, celui de Foucault, Raoult, Cecca et Platevoet (Dunod, 8e édition, 2014, environ 400 pages et plus de cinq mille définitions). C'est l'ouvrage de référence en français, et il est très bon. Il n'a simplement rien à faire dans les mains de quelqu'un qui débute. Un dictionnaire répond, il n'enseigne pas. Achetez-le le jour où une notice de carte du BRGM vous aura résisté trois fois de suite.

Les beaux livres de photographies de minéraux, enfin. Ils sont splendides et parfaitement inutiles pour apprendre. Une améthyste sur fond noir n'a plus de contexte, plus de gisement, plus d'histoire. C'est un objet de décoration, ce qui est très bien, mais ce n'est pas de la géologie.

Le rayon lithothérapie, et comment le contourner

Il faut le dire franchement, parce que personne ne le fait et que le lecteur débutant tombe dedans presque mécaniquement.

La lithothérapie prête aux pierres des vertus sur la santé, le sommeil, l'humeur ou l'énergie. Ces effets n'ont jamais été mis en évidence par une étude contrôlée, et aucun mécanisme physique connu ne pourrait les produire. Il s'agit d'une pseudoscience. Le problème n'est pas qu'elle existe, c'est qu'en librairie elle occupe souvent le même mètre de rayon que la minéralogie, avec les mêmes couvertures de cristaux photographiés en gros plan, et qu'elle capte massivement les recherches sur le mot « minéraux ».

Le tri se fait en trente secondes, sur trois signaux.

Regardez la table des matières. Un ouvrage de minéralogie classe par famille chimique ou par système cristallin, et chaque fiche mentionne une formule, une dureté sur l'échelle de Mohs, une densité, des gisements. Un ouvrage de lithothérapie classe par usage, sommeil, confiance en soi, protection, ou par chakra.

Regardez l'éditeur et la collection. Dunod, Belin, Delachaux et Niestlé, les éditions du BRGM, les guides Vigot ou les publications des sociétés savantes régionales publient de la science. Les collections bien-être et développement personnel publient autre chose, et l'assument généralement en couverture.

Regardez le vocabulaire. Les mots « énergie », « vibration », « purifier une pierre », « recharger un cristal » n'appartiennent à aucun manuel de sciences de la Terre. À l'inverse, « faciès », « métamorphisme », « affleurement » et « stratigraphie » ne se trouvent jamais dans un livre de lithothérapie.

Un mot de nuance quand même : certains de ces ouvrages contiennent des fiches descriptives correctes, parce qu'elles sont recopiées d'ailleurs. Cela ne les rend pas fréquentables comme source, puisque rien n'y distingue le passage exact du passage inventé. Payez pour un livre où tout est vérifiable.

Ce que les livres ne feront pas à votre place

La géologie a ceci de particulier qu'elle se pratique dehors, souvent accroupi, et qu'aucune quantité de lecture ne remplace la première fois où vous reconnaissez une faille sur un talus de route.

Un livre ne vous donnera pas la carte de chez vous. Le BRGM publie les cartes géologiques de la France au 1/50 000 et les rend consultables librement en ligne via son portail InfoTerre. Imprimez la feuille de votre commune, marchez dessus, et comparez. C'est l'exercice le plus formateur de tout ce parcours, et il est gratuit.

Un livre ne corrigera pas non plus vos erreurs d'identification. Vous croirez tenir un basalte, ce sera une andésite, et rien dans le livre ne vous détrompera. Les clubs de minéralogie, les associations naturalistes, les maisons de parc naturel régional et les sorties encadrées par les universités populaires font ce travail-là. Une journée avec quelqu'un qui sait vaut trois mois de lecture solitaire, et la plupart de ces sorties sont peu coûteuses ou gratuites.

Enfin, un livre ne vous donnera pas la patience. La géologie de terrain, c'est beaucoup de marche pour peu d'observations. Ceux qui tiennent sont ceux qui aiment déjà marcher.

Après ces quatre livres

Vous aurez une manière de regarder un versant, une méthode de terrain, une histoire longue du territoire et un modèle de raisonnement. C'est un socle solide, et il tient sur une étagère de trente centimètres.

La suite dépend de ce qui vous a attrapé. Si ce sont les fossiles, la paléontologie vous attend et le vocabulaire ne sera plus un obstacle. Si ce sont les reliefs, allez vers la tectonique et les guides régionaux, souvent excellents et publiés localement. Si c'est le sol lui-même, la pédologie et l'agronomie prennent le relais, et le lien avec le vivant devient évident.

C'est d'ailleurs par là que la géologie rejoint le reste. Les mêmes paysages se lisent autrement selon la porte d'entrée, et notre collection quels livres acheter pour apprendre à propose les deux autres : pour apprendre la botanique, où la roche explique la flore, et pour apprendre l'écologie, où tout finit par se tenir. Vous pouvez aussi parcourir les genres et rayons pour repérer les éditions récentes, qui comptent beaucoup dans une discipline où les cartes et les datations se révisent.

Par quel livre commencer la géologie quand on part de zéro ?

Par « Roches et paysages, reflets de l'histoire de la Terre » de François Michel (Belin, 2005). Il part de paysages que vous avez déjà vus, une falaise, un col, une vallée, et remonte vers les processus qui les ont formés. C'est le sens de lecture naturel pour un débutant. Le guide d'identification, lui, part de l'échantillon, ce qui suppose que vous sachiez déjà quoi chercher et pourquoi.

Faut-il acheter un guide d'identification des minéraux en premier ?

Non, et c'est l'achat que font presque tous les débutants. Un guide d'identification est un outil de tri, pas un outil de compréhension. Il vous donnera un nom pour votre caillou, il ne vous dira pas comment ce caillou est arrivé là ni ce que sa présence signifie. Achetez-le en deuxième position, quand vous aurez des questions de terrain précises à lui poser.

Les livres de lithothérapie ont-ils un rapport avec la géologie ?

Aucun. La lithothérapie attribue aux pierres des effets sur la santé, l'humeur ou l'énergie, ce qui ne repose sur aucune donnée expérimentale et relève de la pseudoscience. Le problème pratique est que ces ouvrages occupent souvent le même rayon que les vrais guides de minéralogie et utilisent le même vocabulaire de couverture. Vérifiez la table des matières avant d'acheter : un livre sérieux parle de dureté, de système cristallin et de gisement, pas de chakras.

Peut-on apprendre la géologie sans sortir sur le terrain ?

Vous pouvez apprendre le vocabulaire et les grands mécanismes, pas la lecture d'un affleurement. La géologie se pratique le nez sur la roche, avec la lumière rasante du matin et une carte à la main. Les sorties encadrées par une association naturaliste, un club de minéralogie ou un parc naturel régional vous feront progresser plus vite en une journée que trois soirées de lecture.

Faut-il une carte géologique et laquelle ?

Oui, dès que vous commencez à sortir. Le BRGM publie les cartes géologiques de la France au 1/50 000 et les met en consultation libre sur son portail InfoTerre. Commencez par la feuille de chez vous : reconnaître sur le terrain une limite que vous avez repérée sur la carte est le moment où la géologie cesse d'être abstraite. La notice qui accompagne chaque feuille vaut souvent un petit livre à elle seule.

Le « Dictionnaire de géologie » est-il un bon premier achat ?

Non, c'est un excellent troisième ou quatrième achat. Un dictionnaire de cinq mille définitions répond à des questions que vous ne vous posez pas encore. Il devient indispensable le jour où vous butez sur un terme dans une notice de carte ou un article, et ce jour arrive plus tard qu'on ne croit. Achetez-le quand vous en aurez marre de chercher les mêmes mots en ligne.

Combien de temps pour lire correctement un paysage ?

Une saison de sorties régulières suffit pour reconnaître les grandes familles de roches de votre région et comprendre la structure d'un versant. Aller plus loin, dater une déformation, reconstituer une histoire tectonique, demande des années et l'aide de gens plus compétents. La bonne nouvelle est que le premier palier, celui qui change votre regard sur les paysages, s'atteint vite.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

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