Listes et sélectionsLivres pour apprendre

Quels livres pour apprendre la botanique ? 3 titres, dans l'ordre, et une flore qui attendra

Un parcours d'entrée en botanique en trois livres : comprendre d'abord comment une plante est construite, et n'ouvrir la flore de détermination qu'une fois le vocabulaire acquis.

L'équipe Relit9 min de lecture

Les livres de ce parcours, dans l'ordre

LivrePourquoiAcheter
La Botanique redécouverteAline Raynal-RoquesVoir La Botanique redécouverte, de Aline Raynal-Roques à la Fnac (lien affilié)
Éloge de la plante, pour une nouvelle biologieFrancis HalléVoir Éloge de la plante, pour une nouvelle biologie, de Francis Hallé à la Fnac (lien affilié)
La Flore de France et d'Europe occidentaleMarjorie Blamey et Christopher Grey-WilsonVoir La Flore de France et d'Europe occidentale, de Marjorie Blamey et Christopher Grey-Wilson à la Fnac (lien affilié)

Quels livres pour apprendre la botanique ?

Le scénario est presque toujours le même. Quelqu'un décide de mettre des noms sur les plantes qu'il croise, achète une flore illustrée épaisse, la prend en promenade le dimanche suivant, tombe sur une jolie fleur jaune et ouvre la clé de détermination. Première question : plante à feuilles opposées ou alternes ? Ça va encore. Deuxième question : ovaire supère ou infère ? Là, ça se complique. Troisième question, sur la forme des stipules, et le livre se referme.

La flore n'y est pour rien. Elle a été écrite pour quelqu'un qui possède déjà un vocabulaire anatomique, et ce vocabulaire ne s'improvise pas au bord d'un chemin. La botanique se prend dans l'autre sens : comprendre d'abord comment une plante est construite, ensuite seulement demander à un livre de vous dire laquelle vous avez sous les yeux. Trois livres suffisent pour cette bascule, et l'ordre dans lequel vous les lisez compte davantage que leur nombre.


Ce que vous cherchez vraiment

« Apprendre la botanique » recouvre deux ambitions qui ne demandent pas les mêmes lectures.

La première est la détermination : savoir nommer, distinguer deux ombellifères qui se ressemblent, tenir un carnet d'espèces. C'est une compétence technique, un peu ingrate au début, très gratifiante après une saison.

La seconde est la compréhension : savoir pourquoi une plante a cette forme, comment elle vit sans se déplacer, ce que veut dire croître par les extrémités pendant toute une vie. C'est de la biologie végétale, et elle change durablement la façon de regarder un arbre.

Le parcours ci-dessous mène aux deux, dans cet ordre : la construction, puis le sens, puis la nomination. Si vous n'êtes venu que pour la première ambition, vous vous arrêterez au troisième livre. Si vous êtes venu pour la seconde, le deuxième livre est peut-être le seul dont vous ayez besoin.

Premier livre : Aline Raynal-Roques, « La Botanique redécouverte »

Aline Raynal-Roques, « La Botanique redécouverte » (Belin et INRA Éditions, 1994) Voir à la FnacLa Botanique redécouverte, de Aline Raynal-Roques (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis, sinon une réelle envie d'y passer plusieurs semaines.

Aline Raynal-Roques a enseigné au Muséum national d'histoire naturelle et le livre porte cette marque : il vous prend au niveau zéro et vous mène assez loin, sans jamais supposer un cours antérieur. Il est richement illustré de dessins au trait, ce qui est exactement ce dont on a besoin ici, parce qu'un schéma légendé de coupe florale apprend en dix secondes ce qu'une photographie ne montre pas.

Ce qu'il vous apprend précisément : le vocabulaire de la morphologie végétale, et surtout la logique derrière ce vocabulaire. Vous saurez ce qu'est un limbe, un pétiole, une stipule, une inflorescence en grappe ou en ombelle, un ovaire supère. Vous comprendrez pourquoi ces critères ont été retenus par les botanistes plutôt que la couleur des pétales, qui est le premier caractère qu'un débutant regarde et l'un des moins fiables. Vous verrez aussi comment se structurent les grandes familles, et c'est là que le gain de temps est le plus spectaculaire.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à identifier une espèce donnée. Ce n'est pas une flore, il ne contient pas de clé régionale. C'est le manuel qui rend la flore lisible.

Un mot sur son âge. Le livre a plus de trente ans et la classification a beaucoup bougé depuis, avec le passage à une systématique fondée sur la phylogénie moléculaire. Certains regroupements de familles ont changé de nom. Cela ne périme pas l'ouvrage, parce que la morphologie qu'il enseigne, elle, n'a pas bougé d'un millimètre. Sachez simplement que sur la classification des grands groupes, vous devrez compléter ailleurs.

Deuxième livre : Francis Hallé, « Éloge de la plante »

Francis Hallé, « Éloge de la plante, pour une nouvelle biologie » (Seuil, 1999, repris en poche dans la collection Points Sciences) Voir à la FnacÉloge de la plante, pour une nouvelle biologie, de Francis Hallé (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Se lit sans prérequis, mais donne beaucoup plus après le premier livre.

Francis Hallé est botaniste, spécialiste des arbres tropicaux et des architectures végétales, connu du grand public pour le Radeau des cimes qui permettait d'étudier la canopée par le dessus. Ce livre est sa charge argumentée contre une biologie qui a été construite à partir de l'animal et qui, faute de mieux, pense la plante comme un animal raté.

Ce qu'il vous apprend précisément : que presque toutes vos intuitions sur le vivant sont des intuitions d'animal. Un arbre n'a pas d'individualité au sens où vous en avez une, il est modulaire et se répète. Il n'a pas d'âge limite programmé de la même manière. Il fabrique sa matière à partir de l'air et de la lumière, il ne se déplace pas, donc il ne peut pas fuir, donc il investit dans la chimie plutôt que dans la vitesse. Hallé tire les conséquences de chacune de ces différences, une à une, et le résultat est un des livres de science les plus retournants qu'on puisse lire en français.

Ce qu'il ne vous apprend pas : la flore de votre région, ni la moindre technique de détermination. C'est un livre d'idées écrit par un homme de terrain. Il est ici parce qu'il transforme une corvée de vocabulaire en curiosité durable, et je n'ai pas trouvé mieux pour ça.

Une opinion assumée : si vous ne devez lire qu'un seul livre de cette liste et que vous n'avez aucune intention de déterminer quoi que ce soit, prenez celui-là.

Troisième livre : Blamey et Grey-Wilson, « La Flore de France et d'Europe occidentale »

Marjorie Blamey et Christopher Grey-Wilson, « La Flore de France et d'Europe occidentale » (Eyrolles, 2006) Voir à la FnacLa Flore de France et d'Europe occidentale, de Marjorie Blamey et Christopher Grey-Wilson (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : le vocabulaire du premier livre, et une loupe.

Marjorie Blamey était illustratrice botanique et ses planches sont ce qui fait la valeur de l'ouvrage : des dessins à l'aquarelle, avec les détails diagnostiques mis en évidence, ce qu'une photographie ne réussit presque jamais. Une photo montre un individu dans une lumière donnée, un dessin montre l'espèce.

Ce qu'il vous apprend précisément : à déterminer, pour de bon. Le volume couvre plusieurs milliers d'espèces de France et d'Europe occidentale, avec descriptions, habitats et périodes de floraison. Il est assez complet pour ne pas vous laisser en plan sur une plante commune, et assez maniable pour partir avec, ce qui est le vrai critère.

Ce qu'il ne vous apprend pas : les groupes difficiles. Les saules, les ronces, les épervières, les graminées quand elles ne sont pas en fleur, aucune flore généraliste ne les traite correctement. Sur ces genres, tout le monde bute, y compris les botanistes chevronnés, et il faut alors des ouvrages spécialisés ou un avis extérieur.

Une flore ne se lit pas, elle se consulte

C'est le malentendu qui coûte le plus cher, et il mérite sa section.

Personne n'a jamais lu une flore de la première à la dernière page, pas plus qu'on ne lit un dictionnaire. Une flore est un outil d'interrogation. On y arrive avec une plante en main, une question précise, et on en ressort avec un nom ou avec une impasse assumée.

L'usage correct ressemble à ceci. Vous êtes sur le terrain, vous avez la plante entière sous les yeux, y compris la base de la tige et si possible les feuilles inférieures, qui diffèrent souvent des supérieures. Vous avez une loupe de poche à dix grossissements. Vous regardez d'abord la famille : la tige est-elle carrée, la fleur a-t-elle deux lèvres, les fleurs sont-elles groupées en ombelle, y a-t-il quatre pétales en croix. Vous entrez ensuite dans la clé du genre, en relisant chaque question deux fois, parce qu'une clé dichotomique est impitoyable : une erreur au deuxième embranchement rend faux tout ce qui suit, sans jamais vous prévenir.

Et quand vous n'y arrivez pas, vous notez ce qui vous a bloqué. C'est en accumulant ces blocages que l'on progresse, beaucoup plus qu'en accumulant des déterminations faciles.

Deux conseils pratiques qui valent des chapitres entiers. Ne cueillez pas systématiquement : photographiez la plante entière, la fleur de face, la fleur de profil, les feuilles, la base de la tige, et déterminez le soir. Et travaillez la même station à plusieurs semaines d'intervalle : la même prairie vous apprendra plus que dix promenades différentes, parce que vous y verrez les mêmes plantes changer d'état.

Par où ne pas commencer

Trois pièges, très fréquents.

Flora Gallica, publiée par la Société botanique de France chez Biotope en 2014, est la flore de référence pour le territoire français et elle est remarquable. Elle est aussi presque entièrement dépourvue d'illustrations et fonctionne par clés serrées, avec un vocabulaire technique dense. C'est l'ouvrage vers lequel vous irez au bout de deux ou trois saisons, quand une flore illustrée ne vous suffira plus. L'acheter en premier, c'est acheter un très bon livre au très mauvais moment.

Les vieilles flores héritées d'une grand-mère, celles de Gaston Bonnier notamment, ont un charme réel et un problème réel : la nomenclature a changé, des espèces ont été démembrées, d'autres regroupées. Vous obtiendrez un nom qui n'existe plus, ce qui vous empêchera de croiser vos données avec n'importe quelle source récente.

Enfin, les beaux livres de plantes sauvages comestibles, très nombreux en librairie. Il n'y a rien à leur reprocher sur le fond, sauf qu'ils vous font commencer par la question la plus risquée. Confondre deux Apiacées, famille qui contient à la fois la carotte sauvage et la grande ciguë, est une erreur de débutant classique et grave. Apprenez à déterminer, ensuite vous cueillerez. La logique est la même que pour les champignons, où le tri entre les guides sérieux et les autres est encore plus décisif.

Ce que les livres ne feront pas à votre place

Ils ne vous donneront pas l'œil. La détermination est une compétence perceptive avant d'être une compétence livresque : elle consiste à voir vite ce qui compte dans un fouillis de détails. Cela s'acquiert par des heures accroupi, pas par des heures assis.

Ils ne corrigeront pas vos erreurs. Vous déterminerez faux, souvent, la première année, et personne dans votre salon ne vous le dira. Une sortie mensuelle avec une société botanique départementale, une association naturaliste ou un conservatoire botanique national règle ce problème en une matinée. Ces sorties sont fréquemment gratuites ou presque, et les botanistes amateurs sont, en règle générale, extraordinairement disponibles pour un débutant qui pose des questions.

Ils ne remplaceront pas non plus un herbier. Faire sécher vingt plantes entre deux journaux, les étiqueter avec la date, le lieu et le nom retenu, oblige à regarder chaque exemplaire pour de bon. C'est l'exercice le plus rentable de la première année et à peu près personne ne le fait.

Après ces trois livres

Vous aurez la construction, le sens, et l'outil. La suite dépend du terrain qui vous a attrapé.

Si ce sont les arbres, la sylviculture et les flores forestières vous attendent. Si ce sont les milieux, la phytosociologie apprend à lire un paysage par les cortèges d'espèces plutôt que plante par plante, et c'est passionnant. Si ce sont les usages, l'ethnobotanique et les plantes médicinales forment un domaine entier, avec sa littérature sérieuse et son abondante littérature douteuse.

Et si c'est le jardin qui vous a mené jusqu'ici, l'entrée par les livres de jardinage est complémentaire de celle-ci : la botanique explique pourquoi une plante fait ce qu'elle fait, le jardinage explique ce que vous pouvez en faire. Les autres disciplines de terrain suivent la même règle du vocabulaire d'abord, comme l'ornithologie, et le reste de la collection quels livres acheter pour apprendre à applique la même méthode à une cinquantaine de sujets. Vous trouverez aussi de quoi explorer les ouvrages classés par genre si vous cherchez une édition précise.

Faut-il acheter une flore de détermination pour débuter en botanique ?

Pas en premier achat, non. Une flore fonctionne par clé dichotomique : à chaque étape, elle vous demande de choisir entre deux descriptions anatomiques précises, du type ovaire supère ou infère, feuilles opposées ou alternes. Si ce vocabulaire ne vous dit rien, vous vous perdez au troisième embranchement et vous concluez que la botanique est réservée aux initiés. Commencez par un livre qui explique comment une plante est construite, la flore devient alors utilisable en quelques semaines.

Quelle loupe faut-il pour la botanique de terrain ?

Une loupe de poche à main, grossissement dix fois, avec une bonne lentille achromatique. C'est l'accessoire qui change tout et il coûte moins cher que la plupart des livres cités ici. Beaucoup de critères de détermination portent sur des détails de un à trois millimètres : la pilosité d'une tige, le nombre d'étamines, la forme d'une ligule. Sans loupe, la moitié des questions posées par une flore restent sans réponse et vous devinez au lieu de déterminer.

Les applications de reconnaissance de plantes remplacent-elles une flore ?

Elles rendent un service réel et Pl@ntNet, développée par des organismes de recherche publics français, est honnête sur son taux d'erreur. Mais une application vous donne un nom, elle ne vous apprend pas à voir. Deux ans d'usage exclusif d'une application laissent un botaniste incapable de justifier une seule détermination. Utilisez-la comme une hypothèse à vérifier dans la flore, pas comme un verdict.

Peut-on apprendre la botanique seul, sans sortie de terrain ?

On peut apprendre la théorie seul, la détermination beaucoup plus difficilement. Une plante vue en photo et une plante vue au sol ne posent pas les mêmes problèmes : sur le terrain il y a la variabilité, les individus abîmés, les stades non fleuris. Une seule sortie avec une société botanique locale, un conservatoire botanique national ou une association naturaliste vous apprendra ce que trois cents pages ne transmettent pas.

Faut-il apprendre les familles botaniques avant les espèces ?

Oui, et c'est le raccourci le plus rentable du parcours. Il y a des dizaines de milliers d'espèces en Europe et quelques dizaines de familles vraiment fréquentes. Reconnaître une Lamiacée à sa tige carrée et à sa corolle en deux lèvres, une Brassicacée à ses quatre pétales en croix, une Apiacée à son ombelle, divise votre travail de détermination par vingt avant même d'ouvrir la clé.

La nomenclature latine est-elle indispensable ?

Elle l'est dès que vous voulez lire deux livres différents sans vous tromper. Les noms français varient d'une région à l'autre et un même nom vernaculaire désigne parfois trois plantes sans lien. Vous n'avez pas à apprendre par cœur : retenez d'abord les noms de genres, qui sont peu nombreux et qui portent l'essentiel de l'information. Les épithètes d'espèce viendront avec la répétition.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

Découvre des livres près de chez toi

Sur Relit, explore les livres partagés par les lecteurs autour de toi et trouve ta prochaine lecture.

Essayer gratuitement

À lire aussi