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Quels livres pour apprendre la construction en terre crue ? 4 références dans l'ordre

Pisé, adobe, bauge, torchis, enduits : quatre ouvrages à lire dans l'ordre pour apprendre la construction en terre crue, et ce qu'aucun d'eux ne dit sur la mise en oeuvre réelle en France.

L'équipe Relit9 min de lecture

Les livres de ce parcours, dans l'ordre

LivrePourquoiAcheter
Bâtir en terre, du grain de sable à l'architectureLaetitia Fontaine et Romain AngerVoir Bâtir en terre, du grain de sable à l'architecture, de Laetitia Fontaine et Romain Anger à la Fnac (lien affilié)
Construire en terre crue, construction, rénovation, finitionsUlrich Röhlen et Christof ZiegertVoir Construire en terre crue, construction, rénovation, finitions, de Ulrich Röhlen et Christof Ziegert à la Fnac (lien affilié)
Les « Guides de bonnes pratiques de la construction en terre crue »Voir Les « Guides de bonnes pratiques de la construction en terre crue » à la Fnac (lien affilié)
Traité de construction en terreCRAterre, Hugo Houben et Hubert GuillaudVoir Traité de construction en terre, de CRAterre, Hugo Houben et Hubert Guillaud à la Fnac (lien affilié)

Quels livres pour apprendre la construction en terre crue ?

Un chantier en terre crue commence presque toujours de la même façon : quelqu'un a vu un mur en pisé dans le Dauphiné ou une maison en bauge en Bretagne, s'est dit que le matériau était sous ses pieds et gratuit, puis a acheté le livre le plus épais du rayon. Six mois plus tard, il possède une culture solide sur les architectures de terre du Yémen et n'a toujours aucune idée de ce que vaut la terre de son propre terrain.

C'est le décalage central de ce domaine. La littérature disponible en français est excellente sur la matière et sur le patrimoine, beaucoup plus mince sur la question qui décide de tout : que faire, ici, avec cette terre-là, dans un cadre assurable. Quatre références suffisent, à condition de les prendre dans le bon ordre et de savoir ce que chacune ne couvre pas.


Terre crue n'est pas une technique, c'est une famille

Le vocabulaire piège les débutants dès la première recherche. Sous l'expression construction en terre crue se rangent au moins six familles de mise en oeuvre, qui ne se ressemblent que par le matériau.

Le pisé se compacte humide dans un coffrage, par couches successives, et donne des murs porteurs épais. L'adobe est une brique moulée puis séchée au soleil, maçonnée ensuite au mortier de terre. La bauge s'empile à la main en levées grasses fibrées de paille, sans coffrage, et sèche entre chaque levée. Le torchis garnit une structure bois, il ne porte rien. La terre allégée sert d'isolant en remplissage. Les enduits de terre, enfin, sont la porte d'entrée de loin la plus accessible, et celle par laquelle presque tout le monde devrait commencer.

Ces six familles n'exigent ni la même terre, ni le même matériel, ni la même saison, ni le même niveau. Un livre qui les traite ensemble vous donne la carte. Il ne vous donnera jamais le geste.

Avant tout achat, testez la terre du site

Voici l'ordre que je défends, et il déplaira à ceux qui aiment choisir une technique avant de regarder par la fenêtre : la terre décide, pas vous.

Une terre trop argileuse fissure en séchant et se rattrape avec du sable. Une terre trop sableuse ne tient pas et manque de liant. Une terre organique de surface, la couche de jardin, ne convient à rien du tout et se met de côté. Ces trois phrases orientent déjà mieux un projet que cent pages de photographies.

Deux essais suffisent pour commencer, et ils se font avec un bocal et vos mains. Le test de sédimentation, terre tamisée dans l'eau, laisse apparaître après une nuit les couches de sable, de limon et d'argile, dans des proportions lisibles à l'oeil nu. Le test du cigare, un boudin de terre humide qu'on fait dépasser du bord d'une table jusqu'à rupture, mesure la cohésion. La longueur du morceau qui casse vous dit à peu près à quelle famille de technique votre terre se prête.

Faites-les avant d'acheter quoi que ce soit. Vous saurez ensuite quel chapitre vous intéresse vraiment.

Premier livre : Fontaine et Anger, « Bâtir en terre »

Laetitia Fontaine et Romain Anger, « Bâtir en terre, du grain de sable à l'architecture » (Belin, 2009, plusieurs fois réimprimé) Voir à la FnacBâtir en terre, du grain de sable à l'architecture, de Laetitia Fontaine et Romain Anger (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis. Les deux auteurs viennent du laboratoire CRAterre de l'école d'architecture de Grenoble, et le livre est né de l'exposition « Ma terre première » présentée à la Cité des sciences.

C'est le seul ouvrage grand public qui explique pourquoi la terre tient. Vous y apprenez qu'un tas de grains humides se comporte comme un château de sable, que l'argile agit comme une colle activée par l'eau, que l'ajout de sable dans une terre grasse relève d'une logique granulaire précise et pas d'une recette de grand-mère. Les illustrations sont nombreuses et le propos reste physique sans devenir un cours.

Ce qu'il vous apprend précisément : à comprendre ce que vous manipulez, donc à diagnostiquer plus tard une fissure ou un enduit qui farine au lieu d'appliquer une recette au hasard.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à construire. Il n'y a pas de mode opératoire ici, pas de dosage à reproduire, aucune donnée de dimensionnement. C'est un livre de compréhension, et il faut le prendre pour ce qu'il est.

Deuxième livre : Röhlen et Ziegert, « Construire en terre crue »

Ulrich Röhlen et Christof Ziegert, « Construire en terre crue, construction, rénovation, finitions » (Le Moniteur, 2013, traduit de l'allemand par Anne Mochel, 313 pages) Voir à la FnacConstruire en terre crue, construction, rénovation, finitions, de Ulrich Röhlen et Christof Ziegert (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : avoir une idée de la matière, donc le livre précédent ou l'équivalent.

C'est l'ouvrage de mise en oeuvre le plus complet disponible en français, et il vient d'Allemagne, ce qui explique à la fois sa qualité et sa limite. L'Allemagne dispose depuis longtemps de règles écrites pour la terre crue, les Lehmbau Regeln, et d'une filière industrielle de produits terre normalisés. Les auteurs travaillent dans cet écosystème. Le résultat est un livre technique, chiffré, organisé par ouvrage : murs, planchers, enduits, finitions, rénovation de l'existant.

Ce qu'il vous apprend précisément : les séquences de travail, les précautions de séchage, les points singuliers qui posent problème dans la vraie vie, jonction avec un plancher, remontées capillaires, protection des pieds de mur. C'est le livre à ouvrir sur le chantier, pas dans le canapé.

Ce qu'il ne vous apprend pas : le cadre français. Les valeurs et les références normatives citées sont allemandes. Il faut le savoir en le lisant, sans quoi vous croirez disposer d'un cadre réglementaire que vous n'aurez pas.

Troisième référence : les guides de bonnes pratiques français

Les « Guides de bonnes pratiques de la construction en terre crue » Voir à la FnacLes « Guides de bonnes pratiques de la construction en terre crue » (lien affilié, ouvre un nouvel onglet), rédigés par les associations professionnelles de la filière, ARESO, ARPE, AsTerre, le Collectif Terreux Armoricains et TERA, validés fin 2018, rassemblés dans une édition d'octobre 2020 puis mis à jour depuis. Six textes, un par technique : pisé, bauge, torchis, brique de terre crue, terre allégée, enduits en terre. Ils se téléchargent gratuitement sur les sites des associations rédactrices.

Ce n'est pas un livre, et c'est justement pour cela que je l'intercale ici. En l'absence de DTU pour la terre crue, ces textes constituent le seul document français faisant référence commune entre un artisan, un maître d'ouvrage et un assureur. Ils fixent les critères d'aptitude d'une terre, les tolérances, les conditions de mise en oeuvre acceptables, les cas où l'on refuse.

Ce qu'ils vous apprennent précisément : ce qui est défendable en France. Un guide de bonnes pratiques ne vous fera pas rêver, il vous évitera un litige.

Ce qu'ils ne vous apprennent pas : la culture du matériau, l'histoire, la beauté. Ce sont des textes secs, écrits pour la profession. Lisez-les après les deux ouvrages précédents, jamais avant.

Quatrième livre : le traité de CRAterre

CRAterre, Hugo Houben et Hubert Guillaud, « Traité de construction en terre » (Parenthèses, 1989, premier volume de la collection L'encyclopédie de la construction en terre, environ 300 pages et plus de 600 illustrations) Voir à la FnacTraité de construction en terre, de CRAterre, Hugo Houben et Hubert Guillaud (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : sérieux. Ce n'est pas un premier achat.

Hugo Houben est ingénieur physicien, Hubert Guillaud architecte, tous deux au laboratoire grenoblois qui a fait de la France un pôle mondial sur ce sujet. Le traité recense les techniques du monde entier, les essais d'identification des terres, les stabilisations, les pathologies. Rien de comparable n'existe en français depuis, et l'ouvrage est toujours réimprimé quarante ans après sa parution, ce qui en dit long.

Ce qu'il vous apprend précisément : la profondeur. Vous y trouverez la réponse à des questions que vous ne saviez pas poser en commençant, sur la stabilisation à la chaux, sur les essais de laboratoire, sur des techniques que vous n'aviez jamais vues.

Ce qu'il ne vous apprend pas : ce qui se pratique aujourd'hui. Les produits, les machines, le contexte assurantiel et la filière ont changé depuis 1989. Prenez-le comme une encyclopédie de référence, pas comme un guide de chantier contemporain.

Par où ne pas commencer

Les beaux livres d'architecture de terre, d'abord. Ils sont magnifiques, ils montrent le Ksar d'Aït-Ben-Haddou et des villas contemporaines en pisé apparent, et ils ne contiennent aucune information exploitable. Offrez-les, ne comptez pas dessus.

Les manuels étrangers non traduits, ensuite, en particulier les ouvrages anglo-saxons de cob ou de rammed earth. Ils sont souvent excellents et parfaitement inapplicables ici, parce que le climat, les terres, les règles de construction et le rapport à l'assurance n'ont rien à voir. Un ouvrage sur le cob de l'Oregon ne vous aidera pas en Normandie.

Enfin, méfiez-vous des rééditions anciennes vendues sans date visible. Sur ce sujet, l'année de parution est une information technique. Un texte antérieur à 2018 ignore par construction les guides de bonnes pratiques, donc ignore le seul cadre qui rend un chantier assurable en France. Vérifiez toujours l'édition avant de commander, exactement comme il faut le faire pour un livre sur l'isolation, où les exigences thermiques bougent tous les cinq ans.

Ce que les livres ne feront pas à votre place

Ils ne vous donneront pas la main. La consistance correcte d'une terre à bauge se reconnaît à la façon dont elle colle au gant, celle d'un enduit à la façon dont il glisse sur la taloche. Aucune photographie ne transmet ça. Deux jours de chantier participatif valent les quatre ouvrages réunis pour ce point précis, et les associations régionales de terre crue en organisent toute l'année, souvent sur des restaurations de bâti ancien.

Ils ne vous trouveront pas non plus d'artisan. Le nombre de professionnels formés à la terre crue reste faible et très inégalement réparti sur le territoire, avec des bassins historiques, Rhône-Alpes pour le pisé, la Bretagne et la Normandie pour la bauge, le Nord et l'Est pour le torchis. Repérez les entreprises avant de dessiner le projet, pas après.

Ils ne régleront pas la question de l'assurance. C'est le mur invisible sur lequel butent la moitié des projets. Prévenez votre assureur en amont, montrez les guides de bonnes pratiques, acceptez que certaines parties de l'ouvrage soient traitées autrement. Une extension en terre crue sur une structure conventionnelle passe beaucoup mieux qu'une maison entière en autoconstruction.

Et ils ne feront pas le temps de séchage. Un mur en pisé sèche des mois, une bauge davantage encore, et aucune lecture n'accélère ce calendrier. C'est probablement l'écart le plus violent entre les livres et les chantiers.

Après ces quatre références

Vous aurez alors la matière, la mise en oeuvre, le cadre français et le fonds encyclopédique. C'est très largement de quoi mener un projet d'enduits intérieurs seul, et de quoi dialoguer d'égal à égal avec un artisan sur un projet porteur.

La suite dépend de la technique qui vous a retenu. Si c'est le pisé, la littérature régionale rhônalpine sur la restauration du bâti en pisé vous attend. Si ce sont les enduits, le passage aux mortiers de chaux se fait naturellement, et un ouvrage de maçonnerie devient utile pour tout ce qui touche aux supports et aux fondations. Si votre projet est une réhabilitation complète, la logique d'ensemble se joue ailleurs que dans le matériau, et c'est le sujet de notre sélection sur comment rénover sa maison. Le reste de la collection quels livres acheter pour apprendre à applique la même méthode aux autres savoir-faire manuels.

Faut-il un livre différent pour le pisé et pour le torchis ?

Pour comprendre la matière, non : un seul ouvrage général suffit, parce que les mécanismes physiques sont les mêmes. Pour la mise en oeuvre, oui, absolument. Le pisé se compacte dans un coffrage, le torchis se garnit sur une structure bois, la bauge s'empile par levées. Les outils, les dosages, les temps de séchage et les pathologies n'ont presque rien en commun. Les guides de bonnes pratiques français sont d'ailleurs publiés par technique, pas en volume unique.

Comment tester la terre de son terrain sans laboratoire ?

Le test de sédimentation en bocal donne déjà beaucoup : de la terre tamisée, de l'eau, on agite, on laisse reposer vingt-quatre heures, et les couches de sable, de limon et d'argile se lisent à l'oeil. Ajoutez le test du cigare, qui mesure la cohésion d'un boudin de terre humide. Ces essais dits de terrain figurent dans tous les ouvrages sérieux. Ils orientent vers une technique plutôt qu'une autre, ils ne remplacent pas une analyse granulométrique avant un chantier porteur.

Peut-on construire en terre crue en France et être assuré ?

Oui, mais pas dans les mêmes conditions qu'un mur en parpaing. La terre crue relève de la technique non courante au sens des assurances, faute de DTU. Depuis 2018, les guides de bonnes pratiques validés par la profession donnent un cadre écrit auquel les assureurs peuvent se référer, et c'est ce qui change tout. Annoncez le projet à l'assureur avant le chantier, et faites intervenir des artisans qui connaissent ces textes.

Le Traité de construction en terre de CRAterre est-il encore à jour ?

Sur la physique de la matière et sur la typologie des techniques, oui, il reste sans équivalent en français. Sur la réglementation, les produits industriels et les pratiques d'entreprise, non : l'ouvrage date de 1989 et son horizon est mondial, pas hexagonal. C'est un livre de fond à garder toute une vie, ce n'est pas le document que vous ouvrirez la veille de couler un mur.

Un enduit de terre crue tient-il dans une pièce humide ?

Dans une cuisine, oui, sans difficulté particulière. Dans une salle d'eau avec projections directes, il faut protéger les zones exposées, par un tadelakt, un enduit à la chaux ou un revêtement dur. La terre crue est réversible par l'eau, c'est sa qualité écologique et sa limite technique en même temps. Le guide de bonnes pratiques consacré aux enduits en terre traite précisément ces cas.

Faut-il faire un stage avant de se lancer ?

Oui, et c'est le conseil le plus rentable de cet article. Un week-end de chantier participatif vous apprend en deux jours ce qu'aucune photo ne transmet : la consistance exacte d'une terre prête, le bruit d'un pisé bien damé, la fatigue réelle du geste. Les associations régionales de terre crue en organisent régulièrement, souvent sur des chantiers de restauration.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

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