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Quels livres pour apprendre l'orthographe ? 4 ouvrages et lequel acheter en premier

Trois usages, trois livres différents : le manuel qu'on travaille, le mémento qu'on consulte, l'ouvrage qui tranche. Voici lequel prendre d'abord quand on veut simplement arrêter de douter dans ses mails.

L'équipe Relit9 min de lecture

Les livres de ce parcours, dans l'ordre

LivrePourquoiAcheter
Bled. Orthographe, grammaire, conjugaisonVoir Bled. Orthographe, grammaire, conjugaison à la Fnac (lien affilié)
Bescherelle. L'orthographe pour tousVoir Bescherelle. L'orthographe pour tous à la Fnac (lien affilié)
Maîtrisez l'orthographeBruno Dewaele et Agnès ColombVoir Maîtrisez l'orthographe, de Bruno Dewaele et Agnès Colomb à la Fnac (lien affilié)
Le Bon UsageMaurice Grevisse et André GoosseVoir Le Bon Usage, de Maurice Grevisse et André Goosse à la Fnac (lien affilié)

Quels livres pour apprendre l'orthographe ?

Il existe une scène que beaucoup de gens ont vécue. On décide de reprendre son orthographe, on entre dans une librairie, et on ressort avec Le Bon Usage. Un volume énorme, cartonné, dont la seule présence sur l'étagère donne le sentiment d'avoir réglé la question. Deux ans plus tard le livre a été ouvert trois fois, et on hésite toujours entre « je vous serais gré » et « je vous saurais gré » en écrivant à un client.

Le problème n'est pas l'achat, c'est la confusion entre trois objets très différents qu'on range sous la même étiquette. Un manuel d'entraînement, un mémento de consultation et un ouvrage de référence savante ne servent pas au même moment et ne s'utilisent pas de la même façon. Voici les quatre livres qui comptent, ce que chacun fait réellement, et lequel prendre d'abord si votre objectif est simplement d'arrêter de douter.


Séparez d'abord les trois usages

Le premier usage est l'entraînement. Vous savez à peu près la règle, mais elle ne se déclenche pas au moment d'écrire. C'est le cas le plus fréquent chez l'adulte, et il n'a rien à voir avec l'ignorance : c'est un problème d'automatisme, qui se répare par la production, pas par la lecture. Il vous faut un livre qui vous fait écrire.

Le deuxième usage est la consultation. Vous écrivez, un doute survient, vous voulez la réponse en vingt secondes et retourner à votre texte. Il vous faut un livre à index, avec des règles isolables, qu'on ouvre debout.

Le troisième usage est l'arbitrage. Vous avez déjà cherché, deux sources se contredisent, ou vous devez justifier un choix devant quelqu'un. Il vous faut un ouvrage qui expose l'usage et ses variations plutôt qu'une règle unique.

La plupart des gens achètent l'outil du troisième usage pour résoudre un problème du premier. D'où les mille cinq cents pages jamais ouvertes.

Le premier achat : le Bled

« Bled. Orthographe, grammaire, conjugaison » (Hachette Éducation, édition régulièrement mise à jour) Voir à la FnacBled. Orthographe, grammaire, conjugaison (lien affilié, ouvre un nouvel onglet), dans la lignée du manuel créé par Édouard et Odette Bled, tous deux instituteurs, dont le premier cours d'orthographe paraît chez Hachette au sortir de la guerre. Aucun prérequis. C'est l'achat que je recommande en premier, sans nuance.

La raison tient à sa structure. Une règle courte, immédiatement suivie d'exercices, immédiatement suivis des corrigés. Vous ne lisez pas de l'orthographe, vous en faites. Et c'est le seul dispositif qui agisse sur un adulte, parce que votre difficulté n'est presque jamais de comprendre l'accord du participe passé employé avec avoir : c'est de le poser correctement à onze heures du soir dans un mail que vous relisez mal.

Ce qu'il vous apprend précisément : à réactiver des règles que vous connaissez sans y accéder. Les homophones grammaticaux, les accords, les terminaisons verbales en -é et -er, les pluriels des noms composés. Le volume adulte couvre aussi la conjugaison, y compris les temps qu'on n'écrit plus jamais et qu'on rate donc systématiquement le jour où on doit les écrire.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à écrire bien. Le Bled produit des phrases correctes, il ne produit pas de style, et il ne prétend d'ailleurs pas le faire. Ne lui reprochez pas d'être aride, c'est sa fonction.

Un mot sur le sentiment scolaire que ce livre peut réveiller. Il est réel, il passe en une semaine, et il vaut mieux que de continuer à hésiter dans ses courriers pendant dix ans par fierté.

Le second achat : le Bescherelle orthographe

« Bescherelle. L'orthographe pour tous » (Hatier, collection Bescherelle, régulièrement réédité) Voir à la FnacBescherelle. L'orthographe pour tous (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis. À prendre en même temps que le Bled si vous écrivez beaucoup, un peu plus tard sinon.

Attention à ne pas confondre les titres : le Bescherelle que tout le monde a chez soi est celui de la conjugaison, avec ses quatre-vingt-douze tableaux de verbes. Celui-ci est différent. Il traite l'orthographe d'usage et l'orthographe grammaticale : accords, homophones, emploi des majuscules, coupure des mots, écriture des nombres, abréviations, tolérances de 1990.

Ce qu'il vous apprend précisément : rien, tant que vous ne le consultez pas. Sa valeur est ailleurs. Il vous fait gagner du temps sur les questions que vous vous posez déjà, et il vous en fait gagner beaucoup sur les questions périphériques qu'on n'apprend jamais à l'école : comment écrit-on une somme en toutes lettres, met-on une majuscule à « ministre », comment accorde-t-on « ci-joint » placé avant le nom, faut-il un trait d'union à « vingt et un mille ». Ce sont les points qui font hésiter dans un contexte professionnel.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à ne plus faire de fautes. Un ouvrage de consultation ne corrige que les erreurs dont vous avez conscience. Or les fautes les plus tenaces sont celles où vous ne doutez pas. Seuls les exercices les débusquent, ce qui ramène au Bled.

Le livre d'entraînement pour adultes : Dewaele et Colomb

Bruno Dewaele et Agnès Colomb, « Maîtrisez l'orthographe » (Eyrolles, deuxième édition en 2019) Voir à la FnacMaîtrisez l'orthographe, de Bruno Dewaele et Agnès Colomb (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : avoir fait un premier passage de remise à niveau, ou savoir précisément ce qui vous manque.

Bruno Dewaele est professeur de lettres modernes, chroniqueur de langue française, vainqueur des premiers Dicos d'or et détenteur du titre de champion du monde d'orthographe obtenu en 1992 à New York lors de la dictée de Bernard Pivot. Ce détail n'est pas un argument d'autorité gratuit : quelqu'un qui a passé sa vie à corriger sait quelles fautes reviennent, et cet ouvrage est construit sur cette connaissance-là.

Ce qu'il vous apprend précisément : à traiter vos points faibles séparément. Le livre est organisé autour de difficultés ciblées, avec des tests permettant de mesurer où vous en êtes, dans une logique de certification professionnelle. Pour un adulte qui reprend l'orthographe en vue d'un entretien, d'un concours ou d'un poste où l'on écrit, ce cadrage fonctionne mieux qu'un manuel généraliste parce qu'il ne vous fait pas refaire ce que vous savez déjà.

Ce qu'il ne vous apprend pas : les fondations. Si vos accords de base ne sont pas stables, commencez par le Bled et revenez ensuite. Le même auteur signe également des recueils de dictées et de textes à corriger, qui sont un excellent entraînement une fois les règles remises en place, et un mauvais point de départ avant.

L'ouvrage qui tranche : Le Bon Usage

Maurice Grevisse et André Goosse, « Le Bon Usage » (De Boeck Supérieur, seizième édition parue en 2016) Voir à la FnacLe Bon Usage, de Maurice Grevisse et André Goosse (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : de vraies bases, et un motif précis de l'ouvrir. Plus de mille cinq cents pages.

Maurice Grevisse, professeur belge, publie la première édition en 1936. Après sa mort, son gendre André Goosse reprend et refond l'ouvrage, qui décrit le français réellement écrit en s'appuyant sur des milliers de citations d'auteurs. C'est le point important : Le Bon Usage ne dit pas seulement ce qu'il faut faire, il montre ce que les écrivains ont fait, y compris quand ils divergent.

Ce qu'il vous apprend précisément : que l'orthographe et la grammaire françaises comportent des zones où plusieurs usages coexistent légitimement. L'accord après « la plupart », le pluriel de certains noms composés, l'emploi du subjonctif après « après que », l'accord de l'adjectif de couleur. Sur chacun de ces points, une règle simple circule et se trompe par excès de simplicité. Grevisse expose la nuance et vous permet de défendre votre choix.

Ce qu'il ne vous apprend pas : la vitesse. Trouver une réponse dans Le Bon Usage prend plusieurs minutes et suppose de savoir formuler sa question en termes grammaticaux. C'est un outil de spécialiste, ou d'amateur devenu sérieux. Ce n'est pas ce qu'on ouvre quand on doute au milieu d'un mail, et ce n'est pas pour ça qu'il a été écrit.

Achetez-le si vous écrivez pour votre métier, si vous corrigez les textes des autres, ou si la langue vous intéresse pour elle-même. Sinon, la bibliothèque municipale en a un exemplaire, et c'est amplement suffisant.

Par où ne pas commencer

Le Bon Usage en premier achat, donc. C'est l'erreur la plus courante et la plus compréhensible : c'est l'ouvrage le plus prestigieux du rayon, il paraît logique de prendre le meilleur. Sauf qu'un livre de référence ne se lit pas et qu'il ne vous entraînera à rien. Il vous rassurera pendant quinze jours puis prendra la poussière.

Les recueils de « pièges » et de « fautes à ne plus commettre » achetés seuls. Ils se lisent agréablement, ils font de bons cadeaux, et leur rendement pédagogique est proche de zéro. Une faute lue dans un livre n'est pas une faute évitée dans un texte, parce que rien ne l'attache à votre propre pratique d'écriture. Ils fonctionnent très bien en complément, jamais en fondation.

Les grammaires universitaires générales, si votre objectif est l'orthographe. Une grammaire descriptive du français vous expliquera la structure de la phrase avec une précision remarquable et ne vous dira pas si « les mesures qu'il a prises » prend un s. Les deux disciplines se recoupent moins qu'on ne l'imagine.

Enfin, méfiez-vous des règles courtes qui circulent sur les réseaux sociaux et des moyens mnémotechniques trop élégants. Beaucoup sont vrais dans quatre-vingt-dix pour cent des cas et vous installent une certitude fausse dans les dix pour cent restants, qui sont précisément les cas où vous vous ferez reprendre.

Ce qu'un livre ne réparera pas

Il ne remplacera pas l'écriture. On ne progresse en orthographe qu'en produisant du texte et en le faisant relire. Écrire trois lignes par jour et les relire à voix haute le lendemain vaut plus que trente pages de règles. La lecture à voix haute est sous-estimée : elle fait entendre les accords qui manquent, particulièrement au pluriel.

Il ne remplacera pas non plus un relecteur. Vous êtes le pire correcteur de vos propres textes, parce que vous lisez ce que vous vouliez écrire. Un collègue, un conjoint, ou simplement un délai de vingt-quatre heures avant relecture attrapent des choses qu'aucune règle apprise n'attrapera.

Un mot sur les correcteurs automatiques. Ils sont devenus très bons, et ils créent un piège nouveau : ils corrigent sans que vous appreniez rien, et ils vous laissent sans filet le jour où vous écrivez ailleurs. Utilisez-les en dernière passe, jamais en première. Essayez de trouver la faute avant qu'ils ne la soulignent, ne serait-ce qu'une fois sur trois.

Enfin, il faut dire une chose que les livres ne disent jamais. Une partie de l'orthographe française est arbitraire, historiquement accidentelle, et n'obéit à aucune logique récupérable. Pourquoi « charrette » avec deux r et « chariot » avec un seul, pourquoi « souffler » et « boursoufler ». Ces mots-là s'apprennent un par un, et personne ne les sait tous. Ce n'est pas un échec personnel.

Après ces quatre livres

L'objectif raisonnable n'est pas de ne plus jamais faire de faute, c'est de réduire le doute. Quand vous saurez que vous savez, vous écrirez plus vite et vous relirez mieux, ce qui est le vrai bénéfice de tout ce travail.

À partir de là, la meilleure suite est la lecture elle-même. On absorbe une part considérable de l'orthographe d'usage sans y penser, simplement en voyant les mots correctement écrits en grande quantité. Rien ne remplace des heures passées dans des textes bien édités : c'est lent, c'est passif, et ça fonctionne. Vous trouverez de quoi choisir dans le catalogue par genres, et si le plaisir d'apprendre par les livres vous a pris, le reste de la collection quels livres acheter pour apprendre à applique le même tri ailleurs, notamment pour apprendre à écrire, où la question n'est plus la correction mais ce qu'on en fait.

Quel livre d'orthographe acheter en premier quand on est adulte ?

Le Bled Orthographe Grammaire Conjugaison, chez Hachette Éducation, parce que c'est le seul des grands classiques qui vous fasse écrire. Il alterne règle courte, exercices et corrigés, ce qui est exactement ce dont on a besoin quand le problème n'est pas de comprendre une règle mais de l'appliquer sous pression. Le Bescherelle et le Grevisse viennent après, et ils répondent à des questions différentes.

Le Bon Usage de Grevisse est-il utile à quelqu'un qui écrit juste des mails ?

Non, pas comme premier achat. Le Bon Usage compte plus de mille cinq cents pages et décrit l'usage du français en discutant les cas litigieux, avec des milliers de citations d'auteurs à l'appui. C'est un ouvrage qu'on consulte pour trancher, pas pour apprendre. Il devient précieux si vous écrivez professionnellement et que vous devez justifier un choix. Pour lever un doute quotidien, un Bescherelle suffit et se manipule infiniment mieux.

Quelle différence entre le Bled et le Bescherelle ?

Le Bled est un manuel d'entraînement : leçons brèves, exercices, corrigés. On le travaille. Le Bescherelle est un mémento : règles classées, tableaux, index. On le consulte. Les deux sont utiles et ne se remplacent pas. Si vous devez n'en acheter qu'un et que votre problème est de faire encore des fautes en écrivant, prenez le Bled. Si votre problème est de perdre du temps à vérifier, prenez le Bescherelle.

Peut-on progresser en orthographe à l'âge adulte ?

Oui, et souvent plus vite qu'à l'école, pour une raison simple : un adulte sait quelles fautes il fait. Un enfant apprend tout le système, un adulte a besoin de réparer une dizaine de points précis, presque toujours les mêmes. Accord du participe passé avec avoir, tout adverbe, leur, quelque, ci-joint, après que. Repérez vos dix erreurs récurrentes et travaillez-les. Le reste, vous le savez déjà.

Les applications de dictée remplacent-elles un livre d'orthographe ?

Elles remplacent bien l'exercice quotidien et mal l'explication. Une application vous signale que vous avez faux et vous montre la bonne réponse, ce qui produit une correction sans compréhension. Le gain réel vient quand vous comprenez pourquoi la règle est ainsi. Combinez : l'application pour la régularité, un manuel pour les explications que l'application survole. Employées seules, elles font surtout progresser sur leur propre format de questions.

Faut-il apprendre l'orthographe rectifiée de 1990 ?

Il faut surtout savoir qu'elle existe et que les deux graphies sont admises. Nénuphar et nénufar, événement et évènement, oignon et ognon sont également corrects. Les ouvrages récents signalent les variantes. Le seul vrai conseil : choisissez une graphie et tenez-la dans un même document. L'incohérence à l'intérieur d'un texte se remarque davantage qu'un choix ancien ou nouveau assumé jusqu'au bout.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

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