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Quels livres pour apprendre l'éducation positive ? 3 titres, dans l'ordre, sans culpabiliser

Le rayon parentalité est saturé de livres qui font se sentir coupable. Voici trois titres dans un ordre de lecture, ce que chacun apporte, et ce qu'il faut savoir des raccourcis neuroscientifiques du genre.

L'équipe Relit8 min de lecture

Les livres de ce parcours, dans l'ordre

LivrePourquoiAcheter
Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlentAdele Faber et Elaine MazlishVoir Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent, de Adele Faber et Elaine Mazlish à la Fnac (lien affilié)
J'ai tout essayé !Isabelle FilliozatVoir J'ai tout essayé !, de Isabelle Filliozat à la Fnac (lien affilié)
Pour une enfance heureuseCatherine GueguenVoir Pour une enfance heureuse, de Catherine Gueguen à la Fnac (lien affilié)

Quels livres pour apprendre l'éducation positive ?

Autant le dire tout de suite : une bonne partie du rayon parentalité fonctionne à la culpabilité. Vous êtes fatigué, vous avez crié, vous ouvrez un livre pour vous améliorer, et le livre vous explique en substance que ce cri a laissé une trace. Vous refermez le livre plus mal qu'en l'ouvrant.

Ce mécanisme est très efficace commercialement et assez peu utile pratiquement. Il est même contre-productif, parce qu'un parent qui se sent en faute ne change pas ses gestes, il se cache. Le tri que je propose ici est fondé sur ce critère avant tout autre : un livre utile décrit des situations et propose des formulations ; un livre qui repose sur la peur des conséquences vous coûtera plus qu'il ne vous rapporte.

Il y a par ailleurs trois familles d'ouvrages sous la même étiquette « éducation positive », et elles ne servent pas du tout au même moment. Voici ces trois familles, un livre par famille, et l'ordre dans lequel les aborder.


Trois familles de livres sous une même étiquette

La première famille est celle des manuels de communication. Ils décrivent des scènes concrètes, proposent des phrases, montrent ce qui déclenche l'escalade et ce qui la désamorce. Ils ne théorisent presque pas. Ce sont les plus immédiatement utilisables, et de loin les plus rentables pour un parent en difficulté un mardi soir.

La deuxième famille s'appuie sur les neurosciences du développement. Elle explique les comportements de l'enfant par la maturation de son cerveau, et en tire des recommandations éducatives. Ces livres donnent du sens à ce qu'on observe, ce qui n'est pas rien quand on ne comprend plus rien. Ils demandent aussi une lecture plus attentive, pour des raisons que je détaille plus loin.

La troisième famille regroupe les essais militants, qui prennent position contre les violences éducatives ordinaires ou pour une refonte du rapport adulte-enfant. Ils sont souvent bien écrits et parfois décisifs dans un parcours personnel. Ils ne vous diront pas quoi faire à dix-neuf heures trente.

L'erreur classique consiste à commencer par la troisième famille, à en sortir convaincu et démuni, puis à ne jamais lire la première.

Premier livre : Faber et Mazlish, « Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent »

Adele Faber et Elaine Mazlish, « Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent » (Éditions du Phare pour l'édition française, original américain paru en 1980) Voir à la FnacParler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent, de Adele Faber et Elaine Mazlish (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis.

Les deux autrices ont travaillé avec le psychologue Haim Ginott et animé pendant des années des groupes de parents à New York. Le livre en garde la structure : des dialogues, des vignettes dessinées, des exercices à faire, et une insistance presque agaçante sur le fait de pratiquer avant de passer au chapitre suivant.

Ce qu'il vous apprend précisément : reformuler ce que l'enfant ressent au lieu de le contredire, décrire un problème plutôt que d'accuser, offrir un choix réel plutôt qu'un ordre, et se passer des éloges génériques du type « bravo, tu es formidable » au profit d'une description de ce qui a été fait. Ces gestes sont petits, ils s'apprennent en quelques semaines, et ils modifient réellement le climat d'une maison.

Ce qu'il ne vous apprend pas : pourquoi ça marche. Le livre est délibérément athéorique, il ne s'appuie sur aucun argument de développement cérébral, ce qui est d'ailleurs sa force : il n'a rien à démoder. Sa datation se voit ailleurs, dans certains exemples de vie familiale très marqués par l'Amérique de 1980, et cela ne gêne presque jamais la lecture.

Deuxième livre : Isabelle Filliozat, « J'ai tout essayé ! »

Isabelle Filliozat, « J'ai tout essayé ! » (Marabout, 2011, illustré par Anouk Dubois) Voir à la FnacJ'ai tout essayé !, de Isabelle Filliozat (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis. Se lit bien après Faber et Mazlish, ou en parallèle.

Le sous-titre annonce le programme : l'opposition, les pleurs et les crises de rage entre un et cinq ans. Isabelle Filliozat est psychothérapeute et une des voix les plus diffusées de ce courant en France, ce qui lui vaut à la fois un très large lectorat et des critiques régulières.

Ce qu'il vous apprend précisément : à relire des scènes qui vous paraissaient être de la provocation. L'enfant qui hurle dans un magasin, celui qui refuse de mettre son manteau, celui qui frappe : le livre propose pour chacune une lecture développementale et une conduite à tenir, sur des doubles pages illustrées faciles à retrouver. Le format est délibérément consultable dans l'urgence.

Ce qu'il ne vous apprend pas, et c'est là qu'il faut être précis : les explications par le cerveau immature que le livre mobilise sont des synthèses grand public, pas des résultats détaillés. Elles fonctionnent très bien comme grille de lecture pour ne plus prêter à un enfant de deux ans des intentions d'adulte. Elles ne constituent pas une démonstration scientifique de la méthode proposée. Prenez les conseils, prenez l'explication avec une distance raisonnable, et le livre reste très utile.

Troisième livre : Catherine Gueguen, « Pour une enfance heureuse »

Catherine Gueguen, « Pour une enfance heureuse » (Robert Laffont, 2014) Voir à la FnacPour une enfance heureuse, de Catherine Gueguen (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : avoir déjà pratiqué, sinon le livre risque de peser.

Catherine Gueguen est pédiatre, et son ouvrage a joué un rôle réel dans la diffusion en France de l'argument neuroscientifique en parentalité. C'est le livre du courant qui va le plus loin dans la mobilisation de travaux sur le cerveau de l'enfant, l'attachement, le stress et les hormones.

Ce qu'il vous apporte : une cohérence. Après deux manuels pratiques, ce livre relie les gestes entre eux et leur donne un cadre. Beaucoup de lecteurs décrivent une bascule à sa lecture, le passage d'un ensemble de trucs à une position éducative assumée. Cela a une valeur, et je ne vais pas faire semblant du contraire.

Ce qu'il faut savoir en le lisant : plusieurs des affirmations neuroscientifiques les plus reprises de ce courant ont été contestées publiquement par des chercheurs en sciences cognitives, en France notamment par Franck Ramus, qui reproche à cette littérature de tirer des conclusions éducatives fortes de résultats de laboratoire qui ne les portent pas, et de généraliser à partir de situations de maltraitance sévère des effets attribués ensuite au stress parental ordinaire. Le débat est public et documenté, il ne relève pas de la rumeur.

Ma position, que je vous donne franchement : cette critique est fondée sur le plan scientifique et ne rend pas le livre inutile. Une recommandation éducative peut être bonne sans que son argument cérébral soit exact, et l'essentiel de ce que propose Catherine Gueguen, écouter, ne pas humilier, accompagner l'émotion, ne dépend pas de la validité du détail neurobiologique. Lisez donc les passages en blouse blanche comme de l'argumentation, pas comme de la preuve. Et si le sujet du cerveau vous intéresse pour lui-même, il vaut bien mieux l'aborder de front, avec les livres de notre sélection pour apprendre les neurosciences, dont plusieurs sont écrits précisément pour trier le solide du douteux.

Par où ne pas commencer

Ne commencez pas par un essai militant sur les violences éducatives ordinaires. Ces livres ont leur place et leur nécessité, mais ils s'adressent à quelqu'un qui a déjà des outils. Lus en premier par un parent épuisé, ils produisent surtout de la honte, et la honte n'a jamais aidé personne à mieux répondre à un enfant de trois ans qui refuse de dormir.

N'achetez pas non plus un livre parce qu'il promet une méthode complète et un enfant transformé en quelques semaines. Le rayon en est plein, particulièrement dans les traductions rapides d'ouvrages anglophones de développement personnel. Un titre qui garantit un résultat sur un être humain de trois ans vous ment sur ce qu'il peut faire.

Un dernier signal d'alerte, souvent fiable : les ouvrages qui présentent l'éducation comme un choix binaire entre deux camps, les parents bienveillants d'un côté et les autres de l'autre. Ce cadrage vend bien et informe mal. Les parents que vous connaissez, vous compris, se situent tous quelque part au milieu, selon le jour et selon la fatigue.

Ce que les livres ne feront pas à votre place

Un livre ne connaît pas votre enfant. Il décrit des enfants en général, ce qui est déjà beaucoup, et il ignore complètement le tempérament, l'histoire et le contexte du vôtre. Deux enfants d'une même fratrie répondent différemment à la même formulation, et aucun ouvrage ne peut anticiper cela. C'est pour cette raison que je me garde bien de vous dire quoi faire avec le vôtre.

Un livre ne vous verra pas non plus faire. Les techniques de communication sont typiquement le genre de compétence qu'on croit maîtriser après lecture et qu'on applique très mal en pratique, parce qu'on ne s'entend pas soi-même. Un groupe de parole, un atelier de parents, une discussion avec quelqu'un qui connaît la situation, tout cela corrige en une heure ce que trois cents pages n'ont pas corrigé.

Enfin, aucun livre grand public ne remplace un professionnel quand la situation le demande. Si un comportement vous inquiète durablement, si un enfant souffre, si le climat familial s'est installé dans un conflit dont personne ne sort, c'est un médecin, un pédopsychiatre ou un service dédié qu'il faut aller voir, et rapidement. Un ouvrage de parentalité peut vous aider à formuler ce que vous observez avant le rendez-vous. C'est utile, et c'est sa limite.

Après ces trois livres

Vous aurez alors des formulations qui marchent, une grille pour lire les crises, et un cadre général auquel vous adhérez ou non. C'est suffisant pour arrêter de lire pendant un moment et pour pratiquer, ce qui est de toute façon la seule chose qui fera une différence.

Si c'est le versant communication qui vous a le plus servi, il se prolonge très bien hors du cadre familial : voyez notre sélection pour apprendre à mieux communiquer, où les mêmes principes d'écoute se retrouvent appliqués au travail et au couple. Et le reste de la collection quels livres acheter pour apprendre à suit la même règle du tri exigeant, particulièrement sur les rayons où le meilleur voisine avec le très approximatif.

Par quel livre commencer l'éducation positive quand on est débordé ?

Par « Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent » de Faber et Mazlish, parce que c'est un manuel de phrases et de situations, pas un essai. Vous pouvez l'ouvrir au chapitre qui correspond à votre problème du moment et en tirer quelque chose d'utilisable le soir même. Les livres de fond viennent après, quand vous avez de nouveau de la place mentale pour lire trois cents pages d'affilée.

L'éducation positive, est-ce que ça veut dire ne jamais dire non ?

Non, et c'est le contresens le plus courant, entretenu par des lectures rapides. Les auteurs de ce courant défendent des limites claires et tenues, en travaillant sur la manière de les poser plutôt que sur leur existence. Ce qui est remis en cause, c'est la punition, l'humiliation et le chantage affectif comme outils, pas le cadre lui-même. Un livre qui vous propose de supprimer toute contrainte n'est pas représentatif du courant.

Les arguments neuroscientifiques de ces livres sont-ils fiables ?

En partie seulement, et il faut le savoir en lisant. Le fait que le cerveau de l'enfant se développe progressivement et que les relations précoces comptent fait consensus. En revanche, certaines formulations très diffusées, sur les effets d'un stress ordinaire ou sur ce qu'un enfant serait incapable de faire avant tel âge, ont été contestées publiquement par des chercheurs en sciences cognitives comme allant au-delà de ce que montrent les études. Lisez ces passages comme des arguments, pas comme des preuves.

Ces livres ne culpabilisent-ils pas les parents ?

Beaucoup, oui, et c'est un vrai reproche fait au rayon dans son ensemble. Un livre qui explique que chaque cri laisse une trace place le parent dans une position intenable, puisque personne ne tient sans jamais craquer. Le critère de tri que je vous propose est simple : gardez les ouvrages qui décrivent le comportement de l'enfant et proposent des gestes, écartez ceux dont le ressort principal est la peur des conséquences.

Faut-il lire plusieurs livres ou un seul suffit-il ?

Un seul manuel bien travaillé vaut mieux que six essais survolés, et c'est vrai dans ce domaine plus qu'ailleurs. Les techniques de communication ne s'acquièrent qu'en les appliquant plusieurs semaines de suite, ce qui suppose de rester sur le même livre. Ajoutez-en un deuxième quand le premier ne répond plus à ce que vous rencontrez, pas quand vous vous ennuyez.

Ces approches conviennent-elles à tous les enfants ?

Les principes de base, écouter, nommer les émotions, poser des limites sans humilier, conviennent très largement. Mais aucun livre grand public n'est écrit pour votre enfant en particulier, et certaines situations sortent complètement de leur cadre : troubles du neurodéveloppement, souffrance durable, conflits familiaux lourds. Dans ces cas, un livre peut aider à comprendre, il ne remplace ni un professionnel de santé ni un accompagnement adapté à l'enfant concerné.

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