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Quels livres pour apprendre l'entrepreneuriat ? 4 titres, dans l'ordre utile

Le rayon entrepreneuriat est saturé de livres qui vendent surtout une formation. Voici quatre titres qui servent vraiment, dans l'ordre, et le critère pour repérer un livre-vitrine.

L'équipe Relit9 min de lecture

Les livres de ce parcours, dans l'ordre

LivrePourquoiAcheter
La création d'entreprise. Création, reprise, développementRobert PapinVoir La création d'entreprise. Création, reprise, développement, de Robert Papin à la Fnac (lien affilié)
Créer ou reprendre une entrepriseVoir Créer ou reprendre une entreprise à la Fnac (lien affilié)
Lean Startup. Adoptez l'innovation continueEric RiesVoir Lean Startup. Adoptez l'innovation continue, de Eric Ries à la Fnac (lien affilié)
L'Art de se lancer 2.0. Le guide tout-terrain pour tout entrepreneurGuy KawasakiVoir L'Art de se lancer 2.0. Le guide tout-terrain pour tout entrepreneur, de Guy Kawasaki à la Fnac (lien affilié)

Quels livres pour apprendre l'entrepreneuriat ?

Entrez dans une grande librairie et regardez le rayon. Vous verrez des couvertures avec des photos d'auteurs souriants, des titres qui promettent la liberté, la vie de rêve ou la sortie du salariat, et beaucoup de mots en majuscules. Une bonne moitié de ces livres a une fonction précise, et ce n'est pas de vous apprendre à créer une entreprise : c'est de vous conduire vers une formation, un abonnement ou un programme d'accompagnement vendu par l'auteur.

Ce rayon est un des plus pollués de la librairie française, avec la nutrition et la bourse. Le paradoxe, c'est que les livres réellement utiles à un créateur d'entreprise en France sont ennuyeux, épais, publiés chez Dunod ou Eyrolles, et personne n'en parle. Voici quatre titres seulement, dans l'ordre où ils servent, plus un critère simple pour reconnaître un livre-vitrine avant de le payer.


Séparez trois choses que le rayon mélange

Sous l'étiquette « entrepreneuriat », trois genres différents cohabitent, et les listes en ligne les empilent sans les distinguer.

Il y a les récits, biographies de fondateurs, histoires d'entreprises, mémoires. Ils donnent de l'élan et parfois une intuition juste. Ils ne donnent aucune méthode, parce qu'ils racontent uniquement des survivants : les mille personnes qui ont pris les mêmes décisions et coulé n'écrivent pas de livre.

Il y a les méthodes de validation, qui vous apprennent à savoir si quelqu'un veut de votre produit avant que vous n'ayez dépensé trois ans dessus. C'est un genre anglo-saxon, souvent bon, et souvent appliqué hors de son domaine.

Et il y a les guides juridiques, fiscaux et financiers français. Statut, régime social, TVA, prévisionnel, financement. Ils sont les seuls réellement indispensables, parce qu'aucune traduction d'un livre américain ne vous expliquera la différence entre une SASU et une EURL au regard de vos cotisations.

Le bon parcours commence par le troisième genre et finit par le premier. Toutes les listes font l'inverse.

Premier livre : Robert Papin, « La création d'entreprise »

Robert Papin, « La création d'entreprise. Création, reprise, développement » (Dunod, seizième édition) Voir à la FnacLa création d'entreprise. Création, reprise, développement, de Robert Papin (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). L'ouvrage a longtemps porté le titre « Stratégie pour la création d'entreprise », sous lequel vous le trouverez d'occasion, et il a été renommé au fil des éditions. Aucun prérequis, mais du temps.

Papin a fondé HEC Entrepreneurs et enseigne la création d'entreprise depuis les années soixante-dix. Le livre fait plusieurs centaines de pages et suit un projet du premier chiffrage jusqu'aux trois premières années d'exploitation.

Ce qu'il vous apprend précisément : à traduire une idée en chiffres. Comment calculer un seuil de rentabilité, estimer un besoin en fonds de roulement, construire un compte de résultat prévisionnel, et à quel moment le décalage entre vos encaissements et vos décaissements vous tuera même si votre activité est rentable. C'est la partie que personne ne raconte sur les réseaux sociaux et qui explique la majorité des défaillances de jeunes entreprises.

Ce qu'il ne vous apprend pas : à vous motiver. Le livre est austère, il se lit par chapitres et se consulte plus qu'il ne se dévore. Achetez la dernière édition disponible, la matière fiscale et sociale bouge.

Une remarque de méthode : si ce livre vous fait renoncer à votre projet, il vient de vous faire économiser deux ans et vos économies. C'est un service, pas un échec.

Deuxième livre : le guide « Créer ou reprendre une entreprise »

« Créer ou reprendre une entreprise » (Eyrolles, ouvrage collectif de l'APCE devenue Bpifrance Création, réédité chaque année, vingt-septième édition) Voir à la FnacCréer ou reprendre une entreprise (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Aucun prérequis. À utiliser en même temps que Papin, pas après.

C'est le manuel de référence des créateurs français, mis à jour annuellement parce que son contenu périme vite. Choix de la forme juridique, régimes sociaux du dirigeant, fiscalité, aides, formalités, reprise d'un fonds existant. Il n'a aucune ambition littéraire et n'en a pas besoin.

Ce qu'il vous apprend précisément : ce que votre situation implique concrètement. Que change le passage en SASU pour votre protection sociale, ce que déclenche le dépassement des seuils de la micro-entreprise, quels dispositifs existent si vous êtes demandeur d'emploi. Ce sont exactement les questions sur lesquelles les livres américains sont muets, et sur lesquelles se joue votre première année.

Ce qu'il ne vous apprend pas : la stratégie. Il vous dit comment faire, jamais s'il faut le faire. Vérifiez toujours la date de la dernière édition avant d'acheter, un exemplaire de trois ans peut vous induire en erreur sur un seuil ou un dispositif d'aide.

Si la partie financement vous laisse démuni, la question de fond n'est pas l'entreprise mais votre rapport aux chiffres, et notre article sur quels livres pour apprendre à gérer son argent traite ce préalable.

Troisième livre : Eric Ries, « Lean Startup »

Eric Ries, « Lean Startup. Adoptez l'innovation continue » (Pearson, 2012, traduit de l'anglais par Marianne Bouvier, Magali Guenette et Catherine Sobecki) Voir à la FnacLean Startup. Adoptez l'innovation continue, de Eric Ries (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : avoir déjà un projet précis en tête, sinon le livre reste abstrait.

Ries a bâti sa méthode sur l'échec d'une première société, et il en parle. L'idée centrale est simple et a été utile à beaucoup de gens : construire le plus petit objet capable de vous dire si quelqu'un veut de votre produit, le mettre entre les mains de vrais utilisateurs, mesurer, recommencer.

Ce qu'il vous apprend précisément : à distinguer ce que vous savez de ce que vous supposez. Chaque projet repose sur trois ou quatre hypothèses cachées, et Ries vous force à les écrire puis à les tester une par une plutôt qu'à parier sur toutes en même temps. Cet exercice seul justifie la lecture.

Ce qu'il ne vous apprend pas, et c'est important : la gestion. Le livre s'adresse à des projets à forte incertitude technologique, en général logiciels. Pour un commerce, un service local ou un artisanat, l'incertitude ne porte pas sur le concept mais sur l'emplacement, la marge et la trésorerie, et le vocabulaire du pivot ne vous sera d'aucun secours. Beaucoup de créateurs français ont perdu du temps à appliquer la Silicon Valley à une activité qui n'en avait aucun besoin.

Quatrième livre : Guy Kawasaki, « L'Art de se lancer 2.0 »

Guy Kawasaki, « L'Art de se lancer 2.0. Le guide tout-terrain pour tout entrepreneur » (Diateino, deuxième édition, la première parution française datant de 2006 dans une traduction de Marylène Delbourg-Delphis) Voir à la FnacL'Art de se lancer 2.0. Le guide tout-terrain pour tout entrepreneur, de Guy Kawasaki (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Prérequis : les trois étapes précédentes. À lire en dernier, volontairement.

Kawasaki a été l'un des premiers évangélistes d'Apple avant de devenir investisseur. Son livre est direct, drôle, organisé en chapitres courts, et couvre le pitch, le recrutement des premières personnes, la levée de fonds, la relation aux médias.

Ce qu'il vous apprend précisément : à parler de votre projet. La partie sur la présentation, la fameuse règle des dix diapositives, vingt minutes, trente points de police, est devenue un standard parce qu'elle marche. Vous saurez pourquoi votre discours actuel endort et comment le raccourcir.

Ce qu'il ne vous apprend pas : le contexte français. Le financement décrit est celui du capital-risque américain, qui concerne une fraction minuscule des créateurs. Lisez-le pour la communication et l'énergie, ignorez la partie levée de fonds si votre projet n'est pas une startup technologique.

Si votre problème est de trouver des clients plutôt que des investisseurs, allez plutôt vers quels livres pour apprendre le marketing, qui traite la question autrement mieux qu'un chapitre d'un livre d'entrepreneuriat.

Par où ne pas commencer, et comment repérer un livre-vitrine

Voici la partie la plus rentable de cet article.

Le critère principal tient en une question : d'où vient l'argent de l'auteur ? Si sa fortune vient d'entreprises qu'il a effectivement bâties dans un autre secteur, écoutez. Si elle vient principalement de la vente de formations, de programmes ou d'abonnements sur le thème de la réussite entrepreneuriale, le livre est un dispositif commercial, et son intérêt réel se mesure à ce qu'il vous apprend une fois retirés les renvois vers l'écosystème payant de l'auteur. Souvent, il reste une trentaine de pages.

Trois signaux secondaires, faciles à vérifier debout dans le rayon. Le livre renvoie plusieurs fois vers un site, un groupe privé ou une vidéo gratuite. Il ne contient aucun chiffre vérifiable sur les entreprises de son auteur : pas de chiffre d'affaires, pas de bilan, pas d'échec daté. Et la quatrième de couverture parle de vous, de votre potentiel et de vos blocages plutôt que du contenu.

Ce test écarte une bonne partie du rayon francophone à succès. Le cas d'Olivier Roland, dont « Tout le monde n'a pas eu la chance de rater ses études » se vend très bien, mérite d'être traité franchement : le livre défend la formation autodidacte avec de vrais arguments, mais il fonctionne aussi comme la porte d'entrée d'un écosystème de formations payantes, et il faut le lire en le sachant. Ce n'est pas un livre à mettre en premier dans les mains de quelqu'un qui cherche à créer une entreprise en France, parce qu'il ne traite ni le juridique, ni le prévisionnel, ni la trésorerie.

Deux autres pièges de démarrage. Les biographies de fondateurs de la tech, qui donnent le sentiment d'apprendre alors qu'elles racontent des trajectoires irreproductibles. Et les livres traduits sur le mindset, dont le contenu utile tient dans une préface, et qui remplacent la préparation par de l'excitation.

Ce que les livres ne feront pas à votre place

Aucun ouvrage ne vous dira si votre marché existe. Cette information se trouve dehors, dans les vingt ou trente conversations avec des clients potentiels que presque personne ne mène avant de se lancer. Une heure passée à interroger un professionnel de votre futur secteur vaut trois chapitres.

Aucun livre ne relira votre prévisionnel. Les réseaux d'accompagnement français le font, souvent gratuitement : chambres de commerce et de métiers, BGE, Initiative France, Réseau Entreprendre, couveuses. Un expert-comptable pour une heure de consultation coûte moins cher qu'un mois d'erreur sur votre statut.

Et aucun livre ne vous empêchera de lire à la place d'agir. Le rayon entrepreneuriat est un excellent refuge pour qui a peur de commencer. Fixez-vous une limite : trois ou quatre ouvrages, puis un premier client, même petit, même mal payé. Vous apprendrez plus en facturant une fois qu'en lisant dix fois.

Après ces quatre livres

Vous aurez la mécanique financière, le cadre juridique, une méthode pour tester vos hypothèses et de quoi parler de votre projet sans ennuyer votre interlocuteur. C'est suffisant pour démarrer, et c'est plus que ce dont dispose la majorité des gens qui s'immatriculent.

La suite ne se lit plus dans le rayon entrepreneuriat mais dans les rayons voisins : la comptabilité de gestion si vos marges vous échappent, la vente si votre carnet reste vide, le droit du travail le jour de la première embauche. Chaque problème appellera son livre, et ce sera le bon moment pour l'acheter.

Vous pouvez parcourir le reste de notre collection quels livres acheter pour apprendre à pour les domaines qui vous manquent, et regarder du côté des genres pour repérer les éditions récentes, qui comptent beaucoup sur les ouvrages juridiques et fiscaux.

Par quel livre commencer quand on veut créer son entreprise en France ?

Par « La création d'entreprise » de Robert Papin, chez Dunod, qui en est à sa seizième édition. C'est un manuel français, écrit par le fondateur d'HEC Entrepreneurs, qui traite le chiffrage, le prévisionnel, le statut et le financement dans le cadre juridique réel. Il refroidit, ce qui est exactement ce dont on a besoin au départ. Les livres américains d'inspiration viendront après, quand vous saurez de quoi vous parlez.

Comment repérer un livre d'entrepreneuriat qui sert surtout de vitrine à une formation ?

Regardez trois choses. La biographie de l'auteur en quatrième de couverture : si sa réussite consiste principalement à vendre des méthodes pour réussir, c'est un signal. Le nombre de renvois vers un site, un webinaire ou un groupe privé dans le corps du texte. Et l'absence totale de chiffres vérifiables sur ses propres entreprises. Un livre qui ne cite jamais un bilan, un impôt ou un échec chiffré vend une promesse, pas une méthode.

Le « Lean Startup » d'Eric Ries est-il adapté à tous les projets ?

Non, et c'est le contresens le plus fréquent. Ries écrit pour des projets à très forte incertitude, typiquement logiciels, où l'on ignore encore si quelqu'un veut du produit. Si vous ouvrez une boulangerie, un cabinet de kiné ou une entreprise de plomberie, l'incertitude porte sur l'emplacement, la marge et la trésorerie, pas sur la validation du concept. Le vocabulaire du pivot et du produit minimum viable ne vous servira pas à grand-chose.

Faut-il lire des biographies d'entrepreneurs célèbres ?

Pour le plaisir, oui. Pour apprendre, très peu. Ces récits souffrent d'un biais bien identifié : on ne raconte que les survivants. Les mêmes décisions prises par des milliers de fondateurs qui ont échoué ne sont jamais racontées, ce qui rend impossible d'en tirer une règle. Lire Steve Jobs vous donnera de l'énergie pendant deux semaines, pas une méthode pour calculer votre besoin en fonds de roulement.

Un livre suffit-il à monter un business plan solide ?

Il vous donne la structure et le vocabulaire, il ne vérifie rien. Un prévisionnel se fait relire par un expert-comptable, et les réseaux d'accompagnement français, chambres de commerce, BGE, Initiative France, Réseau Entreprendre, le relisent gratuitement ou presque. Comptez ces rendez-vous comme faisant partie du parcours de lecture, pas comme une option. C'est le seul moment où quelqu'un vous dira que votre hypothèse de chiffre d'affaires est fantaisiste.

Combien de livres faut-il lire avant de se lancer ?

Trois ou quatre, pas davantage, et surtout pas pendant deux ans. Le rayon entrepreneuriat a ceci de particulier qu'il peut devenir une manière très confortable de ne jamais commencer. Après un manuel français, un guide juridique et un livre de méthode, vous en saurez plus que la plupart des créateurs le jour de leur immatriculation. Le reste s'apprend en discutant avec des gens qui l'ont fait.

Les liens « Voir à la Fnac » sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. Les livres sont choisis indépendamment.

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